MME DE LA PELTRIE AVANT SON DÉPART POUR LE CANADA
Née à Alençon, Marie-Madeleine de la Peltrie était filie de M. de Chauvigny, seigneur de Vaubougon. Dès son enfance elle se fit remarquer par son bon naturel, ses inclinations au bien, sa charité et sa miséricorde. Elle pratiquait assidüment toutes les œuvres de piété et de charité et plus elle avançait en âge, plus elle se sentait attirée vers la vie religieuse. Elle fit tous ses efforts pour entrer en religion, mais, en fille
soumise et respectueuse, elle céda aux désirs de ses parents, et après une infinité de combats et des torrents de larmes, elle obéit à son père et à sa mère et épousa un excellent gentilhomme de la maison de Touvoys, M. de Grival, seigneur de la Peltrie. Elle fut une épouse modèle, et, selon le précepte de Saint-Paul, elle “ n’oublia rien pour faire qu’on ne püt remarquer la moindre tache dans sa couche nuptiale.” Au bout de cinq ans de mariage, M. de la Peltrie mourut, laissant sa femme sans enfants; la petite fille née de leur union étant morte de suite après son baptème.
Veuve et sans enfants, Mme de la Peltrie se sentit fort perplexe: d’un côté elle était poussée à suivre son ancien dessein, et à entrer en religion ; d'un autre côté, la lecture des “ Relations des Jésuites”, lui ayant mis au cœur une grande compassion pour l’âme de tant de sauvages qui se perdaient dans l’ignorance de la foi, elle pensait à se consacrer entièrement elle-même, avec toutes ses richesses, à la conversion de ces malheureux idolâtres.
Comme son âme se débattait dans cette incertitude et qu’elle demandait fréquemment à Dieu de l’éclairer sur ce qu’il attendait d'elle, elle fut atteinte d’une grave maladie qui la mit si bas en peu de temps qu'aucun secours ne semblait pouvoir la sauver. Se voyant en cette extrémité, Mme de la Feltrie “ se sentit fortement inspirée de faire vœu de consacrer ses
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moyens et sa personne à la Nouvelle-France sans en rien communiquer à personne, Peu après, le médecin, en arrivant, la trouva en bien meilleur état, et sans savoir ce qu'elle venait de faire, ni rien de son dessein, lui dit : “ Madame, votre maladie est allée en Canada.” Il parlait mieux qu'il ne le croyait et fit rire la malade, qui fut extrêmement heureuse de voir, par cet effet si extraordinaire, que Dieu acceptait son sacrifice.”
Ayant complètement recouvré la santé, la pieuse dame ne pensa plus qu’à son dessein, et prit la ferme résolution de consacrer ses biens et sa vie à l’œuvre de la conversion des sauvages de la Nouvelle-France. Elle remit entre les mains de personnes de mérite et de grande vertu un papier où elle avait écrit de sa main “ toutes ses vues, ses lumières et ses sentiments sur cette vocation.”
Dans cet écrit, elle déclare premièrement qu'elle n’a pas pris cette résolution à la légère ; bien au contraire, elle a été le sujet de ses entretiens intimes avec Dieu, surtout depuis six ou sept ans ; elle ajoute que, pendant une retraite, elle avait senti des mouvements si puissants pour procurer, par tous les moyens possibles, la gloire de celui qui possédait uniquement son cœur, qu’elle ne se proposait pas moins que de s'employer, de tout son pouvoir, à procurer la conversion et le salut de toutes les nations du monde ; qu'elle accompagnait en esprit tous ces
apôtres de l'Evangile dans leurs dangers et dans leurs fatigues ; et que cent et cent fois le jour elle disait à Dieu : ‘“ Faites de moi, mon Dieu, tout ce qu'il vous plaira, tout est à vous, mon Dieu, mon cœur, mes biens, ma vie.” Elle avait senti que Dieu acceptait l'offre qu’elle lui faisait d'elle-même, et que ses projets réussiraient à sa gloire.
Mme de la Peltrie comprenait cependant qu'elle n'était pas assez forte pour entreprendre tout ce que sc. zèle lui inspirait, et qu'elle devait, en conséquence, se borner à une œuvre particulière. À quelle œuvre se consacrerait-elle ? elle n’avait là-dessus aucune lumière ; elle redoubla ses prières. ses dévotions, fit dire de nombreuses messes pour être éclairée, et enfin rien ne lui apparut de plus avantageux pour la gloire de Dieu que de s’employer, avec tous ses biens, à l'instruction des petites sauvages du Canada. ‘“ O que de bon cœur, disait-elle, j'y consacrerais toutes les richesses de l’univers, si elles étaient à ma disposition! que je souffrirais volontiers tous les martyres imaginables pour coopérer au salut de ces pauvres âmes abandonnées !”
Mme de la Peltrie rencontra une grande opposition dans l’accomplissement de ses pieuses vues de la part de son père. Il avait pour elle Ja plus grande affection et ne pouvait concevoir qu'une jeune veuve de vingt-cinq ans, sans enfants, et recherchée par les meilleurs partis de
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Cette mort rendit Mme de la Peltrie entièrement libre de se donner tout entière à sa pieuse entreprise. Cette entreprise va être désormais sa seule occupation.
MME DE LA PELTRIE SE PRÉPARE POUR PAS- SER EN CANADA. SON ARRIVÉE À QUÉBEC.
Après être allée à Paris où elle s’entretint de son dessein avec de doctes et éminentes personnes, Mme de la Peltrie se rendit à Tours pour choisir des ursulines et s’empressa d'aller soumettre son dessein à l'archevêque. Ce prélat,
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“ très affectionné au salut des âmes, admirant la vertu et le courage de cette dame, lui fit connaître les grandes affections qu’il avait pour les missions de la Nouvelle-France, et lui promit toute son assistance.”
Nous avons déjà dit avec quelle cérémonie et quels sentiments de joie, Mme de la Peltrie fut reçue à la communauté des ursulines. Elle y choisit deux religieuses, la mère Marie de J’Incarnation et la mère Marie de Saint-Joseph, fille de M. de Troche. Mme de la Peltrie et ses deux compagnes allèrent prendre congé de Mgr l’archevêque de Tours qui contempla ‘“ ces trois charitables âmes comme trois victimes qui allaient s’immoler à tant de croix jusques au bout du monde.” Sa Grandeur voulut communier avec elles à la messe célébrée dans sa chapelle, et leur donna ensuite sa sainte bén“diction.
Les trois compagnes vinrent alors à Paris, où Mme de la Peltrie espérait trouver quelques autres ursulines de la communauté de cette ville. N'ayant pu obtenir à cet effet l’approbation de Mgr de Paris, on choisit, dans la communauté des ursulines de Dieppe, la mère Cécile de Sainte-Croix.
Le 4 mai 1639, après mille difficultés Mme de la Peltrie et ses trois compagnes s’embarquèrent pour ce pays après lequel elles soupiraient. Sur le même vaisseau se trouvaient des pères jésuites et des religieuses hospitalières, destinées à soigner les malades et les blessés. Après
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une traversée périlleuse, on arriva à Québec le ler août 1689. Les arrivants furent reçus par le gouverneur, M. de Montmagny, par les jésuites et par tous les Français et sauvages, avec les lémonstrations de la joie la plus vive.
On se rendit d’abord à la chapelle, où on chanta un Te Deum, puis on conduisit aux maisons qui leur étaient provisoirement destinées ces vierges consacrées à Dieu qui venaient de sortir du vaisseau ‘“ aussi fraîches et aussi vermeilles, que quand elles partirent de leurs maisons.”
Le lendemain ces bonnes sœurs dont le cœur débordait le compassion et d'amour pour les sauvages jouirent du plus consolant spectacle, Amenées à Sillery, où se retiraient les sauvages, elles virent ces pauvres gens assemblés à la chapelle, faisant leurs prières et chantant les louanges de Notre-Seigneur. Elles allèrent ensuite, conduites par Mme de la Peltrie, visiter les cabanes et les familles anxieuses de les voir, parlant à tous avec une grande affection et embrassant avec amour toutes les petites filles qu'elles rencontraient, Ces visites terminées, les ursulines se retirèrent dans leur maison où bientôt après on amena à Mme de la Peltrie six filles sauvages et quelques filles françaises.
Voilà l’humble début de la communauté des ursulines ; depuis lors que de progrès, que de développements admirables ont été accomplis ;
que de grâces et de faveurs Dieu a prodiguées à cette communauté !