‹ Les illustrations canadiennes [microforme]Chapitre 32 sur 65 · MALADIE ET MORT DE MADAME DE LA PELTRIE · texte numérisé non relu

MALADIE ET MORT DE MADAME DE LA PELTRIE

Le 12 novembre 1671, Mme de la Peltrie fut atteinte d’une pleurésie qui l'emporta le septième jour.

Pendant cette courte maladie les vertus qu'on avait remarquées en elle pendant sa vie, brillèrent d'un dernier et si vif éclat que toutes les personnes qui en furent témoins, en étaient toutes surprises.

“ Jamais elle ne fut plus humble, plus affable, plus patiente, plus mortifiée, plus obéissante à la supérieure, aux ordonnances du médecin, plus pieuse, plus unie avec Dieu, plus résignée à sa sainte volonté.”

Mme de la Peltrie avait eu toute sa vie un grand amour pour la pauvreté, aussi voulaitelle que la pauvreté régnât dans sa chambre de malade comme une reine dans un palais; et, dans ce but, elle pria celles qui la soignaient d'enlever de sur une petite table une quantité de

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Le 15, elle fit son testament, en présence de M. Talon, intendant, qui avait voulu y assister, tant pour faire honneur à la mourante, que pour donner plus d'autorité à ses dernières volontés. Le 17, son médecin lui apprit qu’elle ne passerait pas le lendemain ; elle ne fut ni surprise, ni effrayée, et n'avait aucun regret de mourir.

“ J’estime, dit-elle, mille fois plus le jour de ma mort, que toutes les années de ma vie.” Elle pria alors celles qui l’entouraient de ne plus l’entretenir que de l'éternité.

Comme le lendemain elle demandait à quel jour on était et qu’on lui répondit qu’on était au mercredi : “ Dieu soit béni, dit-elle, ah! que je serais heureuse de mourir aujourd’hui! c’est un jour destiné à honorer saint Joseph.” Peu après, elle entra en agonie.

Elle reçut les derniers sacrements de la main de M. de Bernières, grand vicaire de Mgr de Pétrée, avec une dévotion et une joie extrêmes ; elle avait toute sa connaissance, et remercia ses chères filles pour leur charité envers elle et les soins qu'elles lui avaient prodigués. Elle reconnut avec beaucoup de consolation et de satisfaction qu'ayant tout quitté pour Notre-Seigneur, elle en recevait le centuple dès cette vie. Ces paroles du Sage : “ fimenti Dominum bene erit in extremis, l'âme qui a passé sa vie dans la crainte de Dieu, s’en trouvera bien à sa mort,” ont été

vérifiées en cette pieuse dame : le jour de sa mort a été pour elle un jour de bénédiction.

Après une agonie de deux heures, Mme de la Peltrie expira doucement vers les huit heures du soir. Elle était âgée de 68 ans, et était depuis trente-trois ans en Canada. Sa dernière journée se passa dans des désirs si ardents de voir Dieu et de le posséder que les heures lui semblaient des années et qu’elle demandait incessamment quand arriverait ce bienheureux moment qui l’unirait pour jamais à son souverain bien.

Avant de l’ensevelir, on enleva son cœur poui le remettre aux révérends pères jésuites, ainsi qu'elle l'avait ordonné dans son testament. Elle avait déclaré, toujours à cause de son extrême humilité, qu'elle voulait que ce cœur fut placé dans une petite caisse de bois, non rabotée, enveloppé seulement de terre mêlée avec dela chaux vive, et que, dans cet état, il fut livré aux pères jésuites comme “ marque du respect et de l’affection” qu’elle a toujours eus pour leur sainte compagnie, pour être posé et enterré sous les marches de l’autel de leur église, où repose le saint Sacrement, afin qu'il fut consommé et réduit en poussière aux pieds de la divine majesté.”

Le lendemain de sa mort, Mme de la Peltrie fut ensevelie dans le chœur des religieuses dans un cercueil de plomb.

Vénérée et chérie de tous, ses obsèques se firent au milieu d’un conoours immense de per-

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sonnes de Québec et des bourgades voisines.

Na perte causait un deuil universel ; elle était profondément regrettée de tous, aussi “ les larmes ne furent-elles pas épargnées à ses obsèques, où les personnages les plus considérables avaient tenu à honneur d'assister.”

Le clergé, qui seul pouvait pénétrer dans le chœur de la communauté, y entra processionnellement pour y faire l'enterrement, pendant que les assistants aux obsèques attendaient dans l'église extérieure. La funèbre cérémonie terminée, la procession se reforma pour transporter le cœur de Mme de la Peltrie à l'église des jésuites. Ce cœur était porté, sous un crêpe noir, par un des notables du pays, ancien conseiller du conseil souverain ; après lui marchaient M. de Courcelles, gouverneur, M. Talon, intendant, et toute l’assemblée. À la porte de l’église des jésuites, le supérieur reçut ce cœur, précieux des mains de M. de Bernières exécuteur testamentaire, et le porta au pied des marches de l'autel dont Mme de la Peltrie avait donné le grand tableau, et la lampe en argent avec une somme d'argent pour son entretien.

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