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ETABLISSEMENT DE LA COLONIE

Comme il était trop tard pour songer à s'établir à Montréal avant l'hiver, on se résigna à attendre le printemps à Québec, où le gouverneur M.de Montmagny, et les anciens colons faisaient les plus vives instances pour les re-

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tenir : M. de Montmagny proposait l'ile d'Orléans pour l'établissement des nouveaux colons : “Ce que vous me proposez, répondit M. de “ Maisonneuve, serait bon si on m'avait envoyé “ pour délihérer et choisir un poste : mais la “compagnie qui m'envoie, ayant déterminé “ que j'irais à Montréal, il est de mon honneur ‘et vous trouverez bon que j'y monte, pour commencer une colonie, quand tous les arbres “de cette île se devraient changer en autant “ d'Iroquois.” M. de Montmagny comprit la noblesse de ce langage, et en fut si satisfait qu'il offrit à son ami de le conduire à Ville-Marie pour reconnaître le poste et en prendre possession. La proposition fut joyeusement acceptée, et le 15 octobre, M. de Montmagny, le père Vimont, supérieur des jésuites, et quelques compagnons accomplirent sur les lieux les cérémonies prescrites en semblable circonstance, et prirent possession, au nom de la compagnie, de Montréal.

Pendant ce temps, Mademoiselle Mance s’était acquis l'affection de la mère de l’Incarnation, de Mme de la Peltrie et de tous les colons, si bien qu’un vénérable vieillard, Pierre Puyseau, qui était venu joindre Champlain quelques années auparavant, demanda à être l'associé des nouveaux colons, et leur abandonna ses meubles, ses bestiaux et ses deux fiefs de St-Michel et de Ste Foye, près de Sillery, avec la magnifique maison qu'il y possédait.

Au printemps, tout se trouva prêt pour le

départ, et le 8 mai 1642 ‘ une petite flotte con- “ sistant en deux barques, une pinasse et une “ gœabare, partit de St-Michel du Puyseau, em- “ portant MM. de Montmagny, du Puyseau, de “ Maisonneuve, le père Vimont, Mme de la “ Peltrie, Mlle Mance, les ouvriers et les soldats, “et neuf jours après, le 17, la flottille arriva cn “ face de Montréal.”

Le lendemain, le père Vimont célébra la messe sur le rivage, et le St Sacrement resta exposé sur l’autel toute la journée : c'est de ce 18 mai 1642 que date Montréal.

Les colons avaient débarqué sur la Pointe à Callière ; ce fut là qu'ils commencèrent à établir un fort et une église. En attendant, ils couchaïient sous la tente près de l'autel qu'ils avaient élevé ; plus tard, quand les habitations furent construites, ils voulurent, pour la pinpart, continuer à vivre en commun dans une sorte de pension, où tout appartenait à chacun, et où régnait la véritable fraternité chrétienne.

Le jour de la fête de l’Assomption fut un jout de réjouissances pieuses : M. Olier, qui jetait alors les fondements du séminaire de St-Sulpice, avait fait offrir solennellement à Marie, par les associés, le domaine de l'île de Montréal, et la nouvelle avait été reçue avec enthousiasme par les colons. Les associés avaient même adopté pour sceau de la compagnie la figure de Notre- Dame, et confirmé le nom de Ville-Marie, si heureusement donné à cette terre prédestinée.

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Cependant les travaux du fort se poursuivaient avec activité ; ils faillirent être bien tristement interrompus par le débordement du fleuve ; en effet les fortifications, pour être plus à l'abri des surprises de l’ennemi, avaient été établies sur une langue de terre entre le fleuve et une petite rivière qui s'y déversait un peu plus loin. Or, on n'avait pas songé qu'à l'automne des inondations pourraient monter jusque là. C’est ce qui eut lieu ; la petite rivière déborda, les fossés se remplirent. Dans cette extrémité M. de Maisonneuve ne se découragea pas : se confiant en la Providence, il plante au bord des flots une croix de bois, et fait vœu, si Dieu veut sauver ce fort, où se trouvent, avec les provisions de la colonie, les seuls moyens de la préserver des attaques de l’ennemi, de porter sur ses épaules une croix semblable jusqu'au sommet de la montagne. Sa confiance fut récompensée : le flot s'arrêta au seuil du fort, puis s'écoula lentement, et rentra dans son lit. Le 25 décembre, M. de Maisonneuve accomplit son vœu: il chargea ses épaules d’une lourde croix, et la porta l’espace d’une lieue le long des flancs escarpés de la montagne, jusqu'au sommet où elle fut solennellement plantée. Un pèlerinage s'établit à partir de ce jour à la croix de la montagne.

Jusqu'alors l'habitation de Montréal avait eu le bonheur de n'être point découverte par les Iroquois, mais elle ne pouvait rester plus long-

temps cachée à ces coureurs de bois sans cesse à la poursuite des Hurons ou Algonquins. Malheureusement dix de ces derniers, se trouvant serrés de près par un parti iroquois, s’enfuirent vers le fort des Français, pour y chercher ab:: et protection.

Leurs ennemis n’osèrent les y poursuivre ; mais ils reconnurent la place, et se proposèrent de dresser des embuscades aux environs, aussitôt que l’on serait remis de l'alarme qu’ils venaient de donner. Leur patiente malice eut tout le succès qu'ils en avaient attendu, et au mois de juin, ils surprirent, à quelques milles au-dessus de Ville-Marie, une flottille huronne chargée de pelleteries qu’elle venait échanger avec les Européens.

Les Hurons, étonnés de cette brusque attaque, ne songèrent pas même à se défendre ; ils se mirent à fuir dans la direction des Français, en laissant vingt-trois de leurs compagnons entre les mains de leurs ennemis. Les Iroquois s’acharnèrent à leur poursuite, et poussèrent jusqu'aux portes des fortifications, où ils tuèrent trois Français, et en emmenèrent deux autres prisonniers. L'un s’échappa plus tard, et à son retour, fit comprendre par ses récits tout ce qu’on avait à craindre de la perfidie de ces sauvages.

À partir de ce jour, la colonie ne fut plus sans appréhensions, et il faut avouer qu'elles étaient bien fondées. Mais l’imminence du danger ne faisait qu'accroitre la ferveur; Melle Mance

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surtout se montrait calme et confiante et s’efforçait de rassurer tout le monde par sa sérénitc. e bonnes nou es d'’aille 1 arrivè De bonr velles d’ailleurs lui arrivèrent par M. de Montmagny, qui vint, sur ces entrefaites, visiter la colonie, et la rassurer dans son , isolement et ses dangers.

“ Les associés de France ne les avaient pas “oubliés: sur les vaisseaux arrivaient des se- ‘“ cours pour Montréal, conduits par un gentil- “homme champenois, M. Louis d’Ailleboust “ de Coulonge, qui était accompagné de sa ‘ femme et de sa belle-sœur. La bienfaitrice “ inconnue n'avait pas non plus oublié sa pro- “ tégée, et persistait à fonder immédiatement “un hôpital à Ville-Marie.”

Le jour de l’Assomption 1643, en effet, M.

d’Ailleboust, très honnête et “ très vertueux gentilhomme associé à la compagnie de Montréal,” débarqua à Québec avec “ sa femme et sa bellesœur, de pareil courage et vertu, (1)” avec quelques ouvriers et le courageux Jean de Saint-Père. C'était un précieux secours pour la colonie, qui allait en avoir besoin contre les terribles Iroquois, car, en y comprenant Québec, elle ne comptait encore que 200 Européens.

Cependant l’hôpital allait se construire ; Mme de Bullion avait fait passer à sa protégée 42000 livres, dont 6000 devaient être consacrées à la construction des bâtiments, etles 86000 autres

(1) Père Vimont. Rel. de 1643.

servir à constituer une rente de 2000 livres, qui serait la dotation de l'hôpital. Elle joignait deux autres mille livres pour être employées par Melle Mance comme elle le jugerait bon. Mais elle exigea des sociétaires, par un acte du 2 janv. 1644, que cette donation ne fût pas détournée de son objet ‘“ la fondation d’un hôpital, “au nom eten l'honneur de St Joseph, pour “ nourrir, traiter et médicamenter les pauvres ‘“ malades du pays et les faire instruire des ‘“ choses nécessaires à leur salut.”

M. de Maisonneuve choisit un terrain à l'abri des inondations, sur la colline qui a servi si longtemps d'emplacement à l'hôpital. Les ouvriers travaillèrent avec ardeur, et construisirent un bâtiment de 60 pieds de long sur 24 de large. “ Il se composait d’une cuisine, d’une “ chambre pour Melle Mance, d’une autre pour ‘ lesservantes et de deux pièces pour les malades. “ On y adjoignit un petit oratoire de pierre, de ‘“ neuf à dix pieds carrés, assez bien orné et “ voûté, pour y mettre à couvert de la pluie le “ saint Sacrement, qui commença à y reposer “ dès que l'hôpital eût été achevé, sans cesser “ d’être toujours dans la chapelle du fort.”

La piété des colons et de leur digne gouverneur, et l'affection qu'ils témoignaient aux pauvres sauvages commençaient à rapporter des fruits ; ils se présentaient nombreux au baptême, car soixante-dix à quatre-vingts personnes avaient reçu le baptême en 1648; le chef de

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l'ile lui-même, que les Français appelaient le Borgne, se convertit et reçut au baptème le nom de Paul.

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