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DESSEINS DES ASSOCIÉS DE MONTRÉAL

On sait combien furent réellement merveilleuses les circonstances qui précédèrent et firent décider la création d’une colonie dans l'ile de Montréal ; personne n’ignore qu'à l’insu l’un de l’autre, un prêtre éminent M. Olier et un humble laïque, M. de la Dauversière, inspirés par la divine Providence, s’occupaient de procurer la gloire de Dieu dans l’île de Montréal, en Canada. Les détails de l’entrevue à Meudon de ces deux parfaits chrétiens qui, éclairés par une lumière surnaturelle, se reconnaissent sans s'être jamais vus, s’'embrassent et s’entretiennent de leurs desseins et de leurs inspirations, ces détails sont, sans aucun doute, dans la mémoire de tous les Canadiens.

De cette entrevue naquit la société de Montréal, et par suite Villemarie.

Aux deux premiers associés que nous venons de nommer, se joignirent rapidement quelques-uns de leurs amis,âmes pieuses,entièrement dévouées à la gloire de Dieu. Cette petite société, ainsi formée, se charge de tout, fournit à toutes les dépenses, et supporte toutes les charges et toutes les fatisues nécessaires pour mener à bonne fin une entreprise aussi importante et aussi difficile que la fondation d’une colonie dans un pays tant éloigné de la France.

Les associés résumèrent dans un acte leurs vues et leurs projets qui, ainsi qu’on va le voir, ne laissaient rien au hasard, mais au contraire prévoyaient et réglaient toutes choses.

Nous allons citer les points principaux de cet acte, doublement précieux, tant parce qu’il est le premier acte officiel de l’histoire de Montréal, que parce qu'il est d’une grande importance historique.

De plus cet acte montre complètement le but que se proposaient les associés ; ilexplique Gonc les commencements de la colonie. Sa reproduction est toute indiquée avant de commencer à parler de M. de Maisonneuve qui, en parfaite communion de vueset de projets avec les associés

| d dont il faisait partie, dépensa toute sa vie | pour faire triompher l’œuvre de Montréal.

Nous citons : “ Le dessein des associés de

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“ gloire de Dieu et pour le salut des sauvages. ‘“ Pour atteindre ce but ils ont arrêté entre eux “ d'envoyer l’an prochain à Montréal quarante ‘ hommes bien conduits, équipés de toutes cho- ‘ses nécessaires pour une habitation lointaine, “et de fournir deux chaloupes ou pinasses pour “transporter de Québec à Montréal les vivres “et les équipages des colons. Ces quarante “hommes, étant arrivés dans l'ile, se logeront “et se fortifieront, avant toutes choses, contre “les sauvages, puis s'occuperont pendant qua- “tre ou cinq ans à défricher la terre et la mettre “ enétat d’étrecultivée.Pouravancer cetouvrage, “les associés augmenteront d'année en année “le nombre des ouvriers, selon leur pouvoir ; ‘“ enverront des bœufs et des laboureurs en pro- “ portion de ce qu’il y aura de terres défrichées, et un nombre suflisant de bestiaux pour en peupler l’île et engraisser la terre. Les cinq années étant expirées, les associés feront construire une maison sans interrompre le défrichement des terres, la meubleront de toutes les choses nécessairrs pour la commodité de ceux qui voudront aller en personne servir Dieu et les sauvages dans ce pays. Ils feront ensuite bâtir un séminaire pour y instruire ‘“ les enfants mâles des sauvages. On tâchera de “ conserver habituellement dans ce séminaire “ dix ou douze ecclésiastiques, dont trois ou “ quatre sauront les langues du pays, afin de “ les enseigner aux missionnaires qui viendront

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de France. Les autres ecclésiastiques s'occuperont à l'instruction des enfants des sauvages el des Français, habitants de Ia dite île. fl faudra encore un séminaire de religieuses pour instruire les filles sauvages et les françaises, et un hôpital pour y soigner les pau-

‘vres malades. Enfin, toutes ces choses étant

en bon état, on ne pensera qu’à bâtir des maisons tant pour loger quelques familles françaises, notamment les ouvriers nécessaires au pays, qne les jeunes gens mariés qui auraient été instruits au séminaire, et les autres sauages convertis qui voudraient s’y arrêter. On leur donnera quelques terres défrichées, des crains pour les semer, des outils et des hommes pour leur apprendre à les cultiver. Au moyen de ces mesures, les associés espèrent de la bonté de Dieu voir en peu de temps une nouvelle Eglise, qui imitera la pureté et la charité de la primitive ; ils espèrent encore que, dans la suite eux-mêmes et leurs successeurs étant bien établis dans l'ile de Montréal, pourront s'étendre sur les terres et y faire de nouvelles habitations, tant pour la commodité du pays que pour faciliter la conversion des sauvages. ?

Cet acte prouve jusqu'à l'évidence que les

associés de Montréal n'avaient nullement l’intention de faire de la colonisation comme on en faisait d'ordinaire ; mais que leur dessein principal était la conversion des sauvages, puis leur

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civilisation. Ils voulaient, ainsi que le dit M. Olier dans les Véritables motifs, “ y assembler (à “ Montréal) un peuple de Français et de sau- “ vages pour les rendre sédentaires, les former à cultiver les arts mécaniques et la terre, les unir sous une même discipline, dans les exer- “ cices de la vie chrétienne, chacun selon sa “ force, complexion, ou industrie, et faire célé- “ brer les louanges de Dieu en un désert où Jésus- “Christ n’a jamais été nommé ; naguère le “ repaire des démons, maintenant par sa grâce, “ son domicile, et le séjour délicieux des anges.”

M. DE MAISONNEUVE MIS EN RAPPORT AVEC LES ASSOCIÉS. SON DÉPART POUR LE CANADA

La première opération des associés fut d’acheter à M. de Lauzon l'ile de Montréal. Dès que le roi eut ratifié cette acquisition, ils s’empressèrent de s'occuper des préparatifs nécessaires pour faire un grand embarquement en 1641.

Mais si, pour résister dans l’île de Montréal aux attaques certaines des sauvages de ce pays, il était besoin d'hommes parfaits chrétiens et, en même temps, courageux et braves, il était encore plus nécessaire de donner à ces hommes un

vaillant et pieux chef pour les commander, Ce fut, à ce moment, la grande préoccupation des assOCIÉS.

L'un d'eux M. de la Dauversière, s’en étant ouvert au R. P. Charles Lalemant, jésuite, le bon père lui dit: “Je sais un brave gentilhomme champenois, nommé Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, qui a telle et telle qualité et qui serait bien votre fait” Pour bien connaitre ce gentilhomme, M de la Dauversière fut se loger dans l'hôtel qu'il habitait, et parla très souvent devant lui de l'affaire de Montréal, alors sur le tapis M. de Maisonneuve ne cessait d'interroger M. de la Dauversière, il lui faisait force questions, et voulait tout connaitre en détail. Un jour, il vint trouver M. de la Dauversière, lui disant que pour fuir les occasions, et éviter les débauches si fréquentes dans l'armée, il serait heureux de s'éloigner, et que s’il pouvait servir à son dessein, il s’offrait très volontiers. Il ajouta qu’étant très désintéressé et ayant assez de fortune pour son peu d’ambition, il emploicrait sa bourse et sa vie dans cette entreprise sans vouloir autre chose que l’honneur d’y servir Dieu et le roi, son maitre, dans le métier des armes qu'il avait toujours pratiqué.

je langage si chrétien et si résolu enchanta M. de la Dauversière. [1 reçut M. de Maisonneuve comme un présent de la divine Providence qui voulait accomplir son œuvre et l'offrait à cet effet aux associés de Montréal,

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Et c'était bien réellement un présent que la Providence faisait à la compagnie de Montréal en Jui donnant un homme si capable de réussir, dans les dessein, qu'elle avait sur la compagnie par rapport à l'ile de Montréal. En eflet, Maisonneuve avait toutes les qualités nécessaires pour fonder l’œuvre qui tenait tant à cœur aux associés. À ce chef qui allait représenter la société dans ces pays lointains et assumer toute la responsabilité d’une entreprise si périlleuse, il fallait des qualités que l’on trouve rarement réunies dans un seul homme :

la foi et le zèle de l’apôtre, la bravoure du soldat et la prudence du général, la sagesse et la prévoyance de l'administrateur, la science et l’intésrité du juge.

Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, avait toutes ces qualités ; mais 1l était surtout et avant tout un fervent chrétien, un véritable serviteur de Dieu, Aussi Dieu pour le récompenser lui fit-il une large part dans l’accomplissement de cette œuvre, entreprise pour la plus grande gloire de son saint Nom.

Nous ne pouvons dans le cadre forcément restreint de cet ouvrage donner une histoire détaillée de la vie de M. de Maisonneuve. Ce travail a été fait dernièrement d’une façon magistrale par un sulpicien, M. P. Rousseau, et c'est à ce monument éleve à la gloire de Maisonneuve que devront référer ceux qui voudront

connaitre toutes les particularités de cette vie si bien remplie et si chrétiennement vécue.

Quant à nous, nous nous bornerons aux grands traits qui donnent une connaissance suffisante du fondateur de Montréal.

Du lieu de sa naissance, des premières années de sa jeunesse, on nesaitrien. [l apparaît pour la première fois, à l’âge de 13 ans, sur les champs de bataille de la Hollande, où malgré son jeune âge, il se signalait par sa valeur. Dans des pays hérétiques et au milieu des libertins qui abondent dans les armées, Maisonneuve conserva une foi ferme et ardente et une pureté de mœurs bien rare dans les camps.

Pour éviter les sociétés licencieuses de ses camarades, il apprit à pincer du luth afin d'’occuper le temps qu’il avait de libre. Vint un moment où la crainte des jugements de la divine justice s’'empara tellement de lui que pour fuir les périls de ce monde perverti qu’il connaissait si bien, il désira aller servir Dieu dans son métier des armes en quelque pays étranger.

Ce fut pendant que cette pensée le préoccupait le plus qu'il lut chez un de ses amis une des relations que les pères jésuites de Québec faisaient paraître tous les ans. Il pensa de suite qu'il trouverait peut-être dans la “ Nouvelle- France quelque emploi où il pourrait s'occuper selon Dieu et son état parfaitement retiré du monde.”

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quel il ouvrit l'intention de son âme et c’est à la suite de cette visite que le pieux missionnaire fit connaître M. de Maisonneuve à M. de la Dauversière, comme nous l'avons déjà raconté.

Les associés de Montréal avaient trouvé, grâce à la Providence, celui qui devait commander la première expédition ; la Providence continua à les assister, en disposant, à leur insu, la femme dont ils avaient tant besoin pour prendre soin des denrées et marchandises nécessaires à ces premiers colons, en même temps que

pour servir de sœur hospitalière pour les malades et les blessés,

C'était Melle Jeanne Mance que Dieu avait

choisie pour venir travailler dans cette nouvelle vigne.

Enfin, après bien des difficultés, arriva le jour si attendu des associés et des colons : le jour de l'embarquement, M. de Maisonneuve monta avec 25 hommes dans un vaisseau, Melle Mance et lie P. Jacques de la Place, jésuite, dans un autre avec 12 hommes seulement. Après une traversée des plus heureuses, Melle Mance arriva à Québec, le 8 août 1641, et M. de Maisonneuve, dont le vaisseau avait été assailli par de furieuses tempêtes, le 20 du même mois. Le printemps suivant, le 18 mai 1642, M. de Maisonneuve à la tête de sa recrue, et accompagné de plusieurs jésuites, de Melle Mance, de M. de Montmagny, de Mme de la Peltrie, arrivait

au lieu déjà choisi par Champlain et débarquait là où devait s'élever Montréal.

Et maintenant que M. de Maisonneuve est rendu sur cette terre qu'on veut gagner à Dieu, nous allons le voir mettre an service de cette œuvre grandiose toutes les qualités dont nous avons déjà dit que la Providence l'avait doué.

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