VERTUS CIRÉTIENNES DE M. DE MAISONNEUVE
A peine a-t-il touché terre que le premier
soin de M. de Maisonneuve est de se jeter à genoux pour adorer Dieu, se consacrer à lui et se déclarer de nouveau son serviteur.
Tous ceux qui l’accompagnaient imitent avec transport cet acte d’adoration et alors, tous étant à genoux, font retentir sur ces terres idolätres des psaumes et des hymnes de reconnaissance, suivis bientôt de la célébration de la sainte messe par le R. P. Vimont, S. J.
Après la messe, le T. K. Sacrement fut exposé sur l’autel toute la journée, et depuis ce jour mémorable, il n’a cessé de reposer dans Montréal. Cette première journée, Maisonneuve et tous les Français l’employèrent à des exercices de dévotion.
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SIEUR DE MAISONNEUVE 155 la foi de M. de Maisonneuve. Il fait célébrer avec toute la pompe dont on pouvait disposer la fête de l’Assomption pour ratifier la consécration de l’île de Montréal et de ses habitants à la sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph, consécration que les associés de Montréal avaient fait le 2 février précédent à l'église Notre-Dame de Paris. Le service divin fut célébré ce jour-là dans la chapelle du fort, et pour la première fois, on y plaça le tabernacle et les autres objets du culte que les associés venaient d'envoyer de France.
Un danger terrible qui mettait en un grand péril la colonie naissante, donna occasion à M. de Maisonneuve de montrer la confiance qu'il avait en la Providence. Le fort, nouvellement construit, était situé entre le Saint-Laurent et une petite rivière qui s’y déchargeait. Cette position, très bien choisie pour mettre les colons à l’abri des sauvages, devenait très dangereuse en cas de crue des rivières. Or, en décembre 1642, le Saint-Laurent et la petiterivière débordèrent et leurs vagues furieuses, qui avançaient sans cesse, menaçaient d’une destruction complète le fort et tout ce qui y était renfermé.
M. de Maisonneuve résolut alors d'aller plan. ter une croix au bord de la rivière pour obtenir “qu'il plut à Dieu de la retenir dans son lit, si cela devait être pour sa gloire, ou qu'il fit connaître dans quel autre lieu il voulait être servi. ” Tous les colons adoptèrent ce projet et,
se joignant à M. de Maisonneuve, réunissant leurs pricres aux siennes, ils accompagnérent leur chef au bord du fleuve où il planta la croix, en promettant à Dieu d'aller porter lui seul une autre croix sur la montagne de Montréal, #il daignait exaucer sa demande.
Les eaux ne se retirèrent pas de suite, Un moment, au contraire, le péril s'était accru, car les eaux dans leur fureur avaient atteint le seuil du fort. Mais M. de Maisonneuve ne désesgpérait pas, sa confiance en Dieu n'était pas ébranlée ; il redoublait ses prières, espérant toujours qu’elles seraient entendues. Bientôt, en effet, les eaux s'arrétèrent, puis commencèrent à se retirer. la colonie était sauvée.
Dieu a protégé les colons, il a cédé à ja violence des prières de son pieux serviteur, aussi celui-ci s'empresse-t-il de réaliser sa promesse, Maisonneuve a la vertu de la reconnaissance, et pour en rendre témoignage, le 6 janvier 1643, jour de l'Epiphanie, il portera la croix sur la Montagne. Ce jour là, à la suite d'une procession générale, il marche, pendant plus d’une lieue, portant sur ses épaules une croix pesante, dans des chemins très difficiles. Et lorsqu'on fut arrivé, Maisonneuve planta lui-même cette croix sur laquelle on avait enchassé de précieuses reliques. Devant elle fut célébré le saint sacrifice par le R. P. Duperron.
La charité de M. de Maisonneuve était inépuisable et son affection pour les sauvages se
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traduisait en d'incessantes libéralités, ce qui faisait dire au KR. P. Vimont : “ La libéralité est sans doute la meilleure chaine dont on puisse user pour gagner et attacher le cœur des sauvages. ” Cette libéralité toucha le cœur d'un Algonquin, le Borgne de l'île. Orateur distingué dans sa tribu, d'un excessif orgueil, il avait toujours refusé d'être instruit dans la foi, et en détournait même les siens. Cependant, le ler mars 1645, il arriva à Villemarie, et vint trouver M. de Maisonneuve pour lui dire qu'il arrivait dans le seul but d'être instruit et baptisé. On juge aisément de la joie de M. de Maisonneuve ; aussi, après que le Borgne de l'ile eut été instruit et qu'il fut présenté au saint baptême, lui servitil de parrain en lui donnant son nom.
Le zéle d’apôtre de M. de Maisonneuve ne s’étendait pas aux seuls sauvages ; il l’exerçait aussi envers les colons. Préoccupé avant tout de l'âme de ces braves, qui, ayant à se défendre contre les [roquois, étaient journellement exposés à la mort,il forma une confrérie de soixantetrois colons, chargés plus spécialement de la garde de tous. Ces confrères furent appelés les soldats de la très sainte Vierge et M. de Maisonneuve fut leur cnef. Les confrères montaient la garde, à tour de rôle, et comme alors ils étaient très en danger, ils se tenaient autant que possible en état de grâce en se confessant et en communiant le jour où ils étaient de garde. Les périls les plus sérieux, l'exemple de confrères
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