VERTUS MILITAIRES DE M. DE MAISONNEUVE
Nous avons vu que, dès l’âge de 13 ans, M.
de Maisonneuve s'était signalé sur les champs de bataille de la Hollande par sa hardiesse et son courage, nous allons le retrouver à Villemarie soldat toujours aussi brave mais ayant de plus la prudence et le sang-froid que doit avoir un chef.
Ces qualités vont paraître avec éclat dans un combat sanglant qui eut lieu le 16 mars
1644. M. de Maisonneuve y courut les plus grands dangers ; la Providence lui donna une assistance qui fut peut-être l’accomplissement de la prière qu'il fit lorsqu'il devint /e premier soldat de la croix : “ Seigneur, nous prions votre “ clémence infinie de protéger toujours et par- “ tout et de délivrer de tous les périls votre ser- ‘“ viteur qui, selon votre parole, désire porter sa “ croix à votre suite, et combattre contre vos “adversaires pour le salut de votre peuple “ choisi. ”
Depuis quelques mois les Iroquois harcelaient les colons ; il n’y avait plus de sûreté pour eux dès qu'ils avaient franchi les portes du fort. Exaspérés par des pertes nombreuses, ils pressaient M. de Maisonneuve de les mener au combat ; mais celui-ci résistait toujours par prudence, vu le petit nombre de combattants qu'il pouvait opposer aux Iroquois. Cette résistance commençait à mal impressionner les colons et à diminuer leur confiance en leur chef. M. de Maisonneuve le comprit. Aussi, le 16 mars 1644, lorsque les chiens par leurs aboïiements furieux eurent indiqué l'approche de l’ennemi et que les colons furent venus le supplier @e se mettre à leur tête et de les mener au combat, il n’hésita plus. À la tête de trente colons, M. de Maisonneuve marche résolument contre au moins deux cents Iroquois. Après un combat très chaud et qui dura si longtemps que les colons épuisèrent leurs provisions, M. de Maisonneuve
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ordonna la retraite ; c'était le seul moyen de salut, moyen cependant bien difficile.
La petite troupe, ayant plusieurs morts ou blessés, se retire d’abord en bon ordre, mais, effrayés par le grand nombre d’Iroquois qui les poursuivent, les colons se sauvent à toutes jambes, laissant fort loin derrière eux M. de Maisonneuve tout seul.
Le chef prudent disparaît alors ; il ne reste que le soldat brave et audacieux. Muni de ses deux pistolets, il se retire lentement, faisant face à tout instant aux Iroquois qui voulaient non tuer mais prendre vivant le gouverneur de Villemarie, comme un magnifique trophée, puis lui faire subir les plus cruels supplices.
Vient un moment où M. de Maisonneuve esc s1 pressé que pour se dégager il tire sur le chef ennemi un coup de pistolet. L’arme ayant raté, le chef sauvage saute sur M. de Maisonneuve, le saisit par le cou, et le serre entre ses bras pour le faire prisonnier ; au même inoment M. de Maisonneuve ievant son second pistolet au-dessus de son épaule, casse la tête au sauvage qui tombe mort. Il peut alors regagner le fort, sans être poursuivi ; les sauvages selon leur h:bitude ne pensant qu'à enlever le corps de leur chef.
Les soldats de M. de Maisonneuve accueillirent son retour avec des transports de joie et d'admiration. Après ce combat, ils conçurent une si grande idée de sa valeur et de son adresse
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au métier des armes que, dès ce moment, ils eurent pour lui le dévouement le plus entier et protestèrent que, jamais plus, ils ne lui permettraient de s’exposer ainsi.
Depuis ce combat, en effet, M. de Maisonneuve se renferma dans son rôle déjà si difficile de chef ; il n’alla plus s’exposer corps à corps contre les sauvages ; mais il dirigea les expéditions, les prépara, les organisa et veilla, avec toutes les qualités d’un chef expérimenté, au salut de la colonie. Et nous trouvons la preuve de sa grande habileté, et de la confiance qu’il inspirait à tous les colons, dans les sentiments de quiétude et de sécurité qui régnaient à Villemarie quand M. de Maisonneuve y retournait après ses voyages fréquents en France, voyages qu'il ne fit jamais, d’ailleurs, que dans l'intérêt du pays auquel il s’était tout entier consacré.