‹ Les illustrations canadiennes [microforme]Chapitre 47 sur 65 · ME · texte numérisé non relu

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ceux des colons qui avaient essayé de demeurer en dehors, avaient vite été forcés d'y rentrer ou de se réfugier à l'hôpital, transformé en une sorte de redoute militaire : Villemarie, pendant cette période, avait plutôt ressemblé à un poste avancé, chargé de défendre le pays, qu'à une colonie proprement dite.

M. de Maisonneuve avait grande hâte de sortir de set état et d'organiser enfin ce pays en vue d'arriver à en faire une colonie, qui répondrait au but clairement exposé par les associés dans l’acte dont nous avons reproduit les parties principales.

Aussi le voyons-nous dès 1648 faire construire le premier moulin de Montréal comme pour narguer les Iroquois, et leur apprendre qu'on n'avait nullement l'intention de leur abandonner ce champ glorieux “ et que ce boulevard public ne se regardait pas prêt à s’écrouler.”” La même année, M. de Maisonneuve, en sa qualité “ de gouverneur de l’île de Montréal et des terres qui en dépendent ” fait la première concession de terres à Pierre Gadoys, laboureur demeurant à Villemarie. (Cette concession de quarante arpents de terres proche de Villemarie, était consentie aux conditions suivantes :

Le dit Gadoys était tenu et obligé de faire sa résidence ordinaire en l'ile de Montréal, et, à défaut de quoi, il ne pourrait plus prétendre à aucun droit de propriété sur les dites terres concédées, et en ce cas, ces terres

seraient vendues au plus offrant et dernier enchérisseur, et l'argent provenant de cette vente serait employé au profit de la communauté d: Montréal... Le dit Gadoys était en outre obligé à avoir une maison dans sa concession au lieu et place destinés à la construction de la ville, et ne pouvait vendre la totalité ou une partie des terres de sa concession sans le consentement par écrit du gouverneur ou de son remplaçant. Gadoys devait payer une rente annuelle aux seigneurs de Montréal de trois deniers de censive par chaque arpent. Il était aussi obligé de laisser les terres jugées nécessaires pour les chemins ; en remplacement desquelles, on lui en donnerait d’autres au bout de sa concession. Les seigneurs de Montréal se réservaient le droit, pour faciliter la construction de la ville, de prendre deux arpents de terre de cette concession “ pour chaque habitant qui voudra bâtir au lieu destiné pour la dite ville, à la réserve néanmoins de la maison principale du dit Gadoys et de deux arpents aux environs dicelle ” ; il serait donné en compensation au concessionnaire autant de terres qu'on lui en aurait prises, au bout de sa concession vers la montagne ; ces nouvelles terres, il les tiendrait aux mêmes clauses et charges que celles de sa concession.

Cet acte que nous venons d'analyser, et dont les clauses se retrouvent dans les autres actes de concession, porte la date du 4 janvier 1648,

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et est signé Paul de Chomedey. Après que lecture en eut été donnée à Pierre Gadoys, il l'accepta, ainsi qu'il résulte d’un acte du même jour, signé Paul de Chomedey, P. Gadoys,L. Goudeau, César Leyer, témoins, et T. de St-Père, commis greffier. Cet acte fait par St-Père porte le No 1.

Revenu de France, en 1653, avec la sœur Bourgeoys et une recrue plus nombreuse et mieux composée que les précédentes, M. de Maisonneuve va s'occuper activement de donner un établissement solide à la colonie. Il y est aidé par les bonnes dispositions que manifestèrent alors les soldats des premières recrues. D'après leur contrat, fait en France, ils ne devaient servir la compagnie de Montréal et rester dans le pays que pendant cinq ans.

Mais, touchés des bontés de M. de Maisonneuve, et heureux de se trouver parmi des hommes si unis entre eux et si zélés pour le bien de la religion, plusieurs déclarèrent qu'ils voulaient se fixer à Ville-Marie.

Voici les avantages que leur fit M. de Maisonneuve. Outre le don des sommes qui leur avaient été avancées, il donna à chacun d’eux des terres pour les cultiver et en plus un arpent dans le lieu désigné pour la ville, à la rondition d'y bâtir une maison. À ces lib/ralités, il ajoutait une somme en argent que le colon devait rendre s’il quittait l’ile de Montréal. Plusieurs chefs de famille se présentèrent et

reçurent chacun quatre ou cinq cents livres,

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somme très suffisante pour leurs besoins, et d’ailleurs bien supérieure à ceiie donnée, douze ans plus tard, par Louis XIV aux soldats, sergents et même aux officiers qui s'établirent au Canada.

Les terres à cultiver furent généralement choisies au coteau St-Louis, ou à la contrée St- Joseph, et chacun reçut trente arpents, plus l’arpent sur lequel il devait bâtir. On travailla avectant d’ardeur, en vue de hâter ces constructions, que, en 1659, il y avait déjà quarante maisons construites, isolées et situées les unes en face des autres, pour se protéger et se défendre mutuellement. Bâties pendant une période de guerre, ces maisons étaient percées de meurtrières ; habitées par des cultivateurs—soldats bien armés et courageux—elles rendirent le séjour du fort inutile ; il n'abrita plus que M. de Maisonneuve, M. et Mme d’Ailleboust, la sœur Bourgeoys, le major et la garnison ordinaire.

Une colonie ne peut s'établir solidement avec des soldats et des cultivateurs, il lui faut en outre des artisans de toutes professions, s’entraidant mutuellement, M. de Maisonneuve le comprenait bien ; aussi, dans la recrue de 1653, avait-il eu le soin d'engager de bons ouvriers. Ils étaient “ tous savants dans les métiers qu'ils professaient, et tous gens de cœur pour la guerre.”

On travaillait ferme et dur à Ville-Marie à cette époque, et le travail manuel y était honoré

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de tous : M. de Maisonneuve se mêlait aux défricheurs et aux charpentiers, Lambert Closse mettait souvent la main à la charrue, Jean St- Père, premier notaire de Ville-Marie, bâtit luimême sa maison. Les femmes, les religieuses cousaient et taillaient pour habiller les femmes et vêtir les sauvages, d'autres allaient traire les vaches, et portaient le blé au moulin,

Deux entreprises importantes s'imposaient à Maisonneuve : l'établissement d’un nouveau cimetière,la construction d’une église paroissiale.

Le premier cimetière, se trouvant très près du fleuve, était fréquemment inondé, et on devenait alors obligé d'inhumer dans un autre endroit. Pour obvier à ce grave inconvénient, M. de Maisonneuve, en 1654, donna un terrain situé rue St-Joseph, près de l'hôpital, sur l’emplacement occupé en partie aujourd’hui par la place d’'Armes.

Par suite de l’arrivée de la recrue de 1658, l'église du fort se trouvait trop petite, de plus elle était trop éloignée des nouvelles maisons que venaient de se bâtir les colons. M. de Maisonneuve leur proposa donc de construire une nouvelle église qui serait élevée avec le concours de tous les habitants par leurs offrandes, soit en argent, soit en nature. Cette proposition correspondait trop bien à la piété des colons pour ne pas être acceptée avec enthousiasme,

Donc, le 29 juin 1654, eut lieu une assemblée générale dans laquelle M. J. de St-Père fut élu

comme receveur des aumônes destinées à la construction de l'église paroissiale, La première pierre ne put en être posée que le 28 août 1656.

À mesure que la colonie augmentait, augmentaient aussi les besoins spirituels et les p res jésuites, occupi: au travail des missions, ne pouvaient plus suflire à ces besoins. Il fallait maintenant à Ville-Marie des prêtres qui y résideraient d’une manière stable. Nul ne comprenait mieux cette nécessité que M. de Maisonneuve ; aussi, vers la fin de 1655, il se décida à passer en France pour demander à M. Olier d'envoyer à Montréal des prêtres de la compagnie de St-Sulpice. Il n'eut pas à presser beaucoup M. Olier, car ce digne serviteur de Jésus-Christ jugeait que le moment d'accomplir le dessein de Dieu était enfin venu ; il s'apprêta donc à choisir ceux qu'il allait envoyer à Montréal, Tous ses fils s’offrirent ; tous voulaient aller travailler à la conversion des sauvages. Les quatre choisis furent M. l'abbé de Queylus, M. Gabriel Souart, M. Dominique Galinier, et M. d’Allet, diacre, de Paris. Ils acceptèrent cette faveur avec joie et reconnaissance, et “ le temps

étant venu de partir, chacun plia la toilette avec autant de diligence et de promptitude

qu'Isaac lia son fagot en allant vers le lieu qu'on regardait comme celui de son sacrifice.” Ces quatre premiers sulpiciens arrivèrent à Montréal au mois de juillet 1657 et, le 12 août suivant, M. Gabriel Souart fut nommé par M.

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de Queylus curé de Viile-Marie. Il serait impossible de peindre la joie des colons en voyant arriver les quatre prêtres qui devaient résider parmi eux ; cette joie fut encore augmentée par la nomination d'un curé.

La sagesse et l'expérience de M. de Maisonneuve apparaissent dans une ordonnance qu'il publia au mois de novembre 1662 en vue d’activer le défrichement et la culture que le danger des luttes avec les Iroquois avait considérablement ralentis. Cette ordonnance portait que les soldats et les serviteurs, nourris jusqu'alors par le travail des autres, qui, ‘“ sans préjudicier à leurs engagements, défricheraient des terres sur le domaine des seigneurs, jouiraient de ces terres jusqu’à ce qu'on leur en eut donné ailleurs également défrichées. ” Cet ordonnance produisit d'excellents résultats, car avant la fin de l’année, soixante-deux personnes se mirent à défricher ces terres.

Ces nouveaux travailleurs ainsi trouvés, M.

de Maisonneuve s’occupa à protéger leur vie.

Dans ce but et pour avoir toujours sous la main un corps de soldats valeureux, prêts à se porter partout, en protégeant les travailleurs, il publia une ordonnance instituant la milice de la sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph, et disant : ‘“ nous, attendu que cette {/e appartient à la sainte Vierge, avons cru devoir inviter et exhorter ceux qui sont zélés pour son service, de s'unir ensemble par escouades, chacune de sept personnes, et

après avoir élu un caporal à la pluralité des voix, de venir nous trouver pour être enrôlés dans notre garnison, et en cette qualité suivre nos ordres pour la conservation de ce pays. ” Cette ordonnance répondait si bien à l'esprit de patriotisme et de foi des colons, que, le ler février 1663, quatre jours seulement après sa publication, cent quarante hommes se présentèrent pour faire partie de la milice.

Agissant comme gouverneur de Ville-Marie M. de Maisonneuve, le 15 février 1664, rendit une ordonnance pour que les habitants de la ville s’assemblassent au lieu dit le Hangard afin d'y élire cinq notables dont quatre réunis pourraient juger toutes les matières concernant la police. Ces juges devaient tenir une assemblée tous les lundis et M. d’Aïlleboust des } Musseaux, juge ordinaire de Montréal, était / chargé de l'exécution de leurs jugements.

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