‹ Les illustrations canadiennes [microforme]Chapitre 55 sur 65 · COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE · texte numérisé non relu

COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE

Quelque temps après, le 14 octobre de la même année, le major Closse eut l’occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bra-

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voure dans un combat contre des Iroquois dont la présence avait été signalée par les dogues.

Les Français avaient amené de France quelques dogues pour veiller, à leur manière, à la sûreté du fort. ‘“ Ces chiens faisaient tous les matins une grande ronde pour découvrir les ennemis et allaient ainsi sous la conduite d’une chienne nommée Pilotte. L'expérience de tous les jours avait fait connaître à tout le monde cet instinct admirable que Dieu donnait à ces animaux pour nous garantir—c'est M. Dollier de Casson qui parle—de quantité d’embuscades que les [roquois nous faisaient partout, sans qu'il nous fût possible de nous en garantir, si Dieu n’y eut pourvu par ce moyen.” Le P. J.

Talemant, dans la Relation de 1647, parle lui aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. “ Il y avait dans Montréal, ditil, une chienne qui jamais ne manquait d'aller, tous les jours, à la découverte conduisant ses petits avec elle ; et si quelqu'un d’eux faisait le rétif, elle le mordait pour le faire marcher. Bien plus : si l’un d’eux retournait au milieu de sa course, elle se jetait sur lui, comme par châtiment an retour. Si elle découvrait dans ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au fort en aboyant et donnant à connaître que l'ennemi n’était pas loin.”

Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboïiements signalant la présence de l'ennemi, qui devait se trouver

du côté où regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui était toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d’être chargé par M. des Musseaux, d’aller à la découverte. Il partit aussitôt avec vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les chiens. Il détacha en avant-garde trois de ses soldats : La Lochetière, Baston et un autre avec l’ordre de s’arrêter en un lieu qu’il leur désigne. La Lochetière, emporté par son courage, dépasse ce lieu, et, pour découvrir plus aisément l'ennemi, monte sur unarbre, afin de voir si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait tout près de cet arbre. Dès que La Lochetière y fut monté, ils poussent d’abord leurs huées ordinaires, puis font une décharge qui tue La Lochetière, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d’un coup de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres éclaireurs, comprenant le danger et craignant d’être enveloppés, se retirent et subissent de furieuses décharges auxquelles ils échappent sains et saufs.

Lambert Closse se prépare à une énergique défense contre cet ennemi, comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme pendant quelque temps, mais on allait être investi de

toute part par deux cents Iroquois quand un

brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une petite maison, crie au major de se retirer au plus vite, s’il ne veut être enveloppé.

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Closse se retourne, et voit le périlextrême dans lequel on se trouve, car les Iroquois environnent déjà sa petite troupe et même la maison où se trouve Prudhomme. Le selut, si salut il peut y avoir, est dans cette maison ; à tout prix, il faut s’y réfugier. Il commande donc à sa petite troupe de forcer les Iroquois ct d'arriver à la maison coûte que coûte. Cet ordre est exécuté avec tant d'audace et d'élan que les Français, après avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent gagner ce refuge. Dès qu'ils y sont entrés, ils se mettent tous à percer des meurtrières, d’où ils dirigent un feu nourri sur les sauvages. Ceux-ci pressés autour de la maison qu'ils entourent de toute part, ripostent vigoureusement ; leurs balles passent au travers des murs de cette bicoque, construite très légèrement, et l’une d'elles vient blesser et mettre hors de combat un des assiégés, Laviolette. Ce fut une perte sensible pour cette troupe déjà si peu nombreuse,car Laviolette, un des plus beaux soldats de Montréal, s'était toujours montré très courageux et invincible. Les assiégés ne sont cependant pas abattus, ils continuent à faire des décharges meurtrières qui, dès le début, renversent par terre un grand nombre d’Iroquois, les mettant dans un grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi qui s’approchait était reçu par une terrible décharge. Le feu continue

avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions ; mais bientôt elles viennent à manquer car on ne s'était pas approvisionné pour soutenir un siège,

La position de nos braves devient des plus critiques ; il faut ou se rendre à discrétion à ces cruels Iroquois, ou se précipiter au milieu d’eux et mourir les armes à la main. Le major Closse a la charge de cette petite armée, et doit tout faire pour la sauver, et ne s’abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les expédients auront été épuisés. Il aperçoit une chance de salut, il va essayer. On peut encore être sauvé si quelqu'un a assez de courage pour se rendre jusqu’au fort et en ramener des munitions: À peine a-t-il indiqué cette chance suprême que Baston, excellent coureur, s'offre à lui pour tenter l'aventure. Le major, transporté de joie d’un tel dévouement, prodigue à ce brave les témoignages d'amitié ; il fait ouvrir la porte et protège la sortie de cet audacieux soldat par des décharges bien nourries.

Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans recevoir aucune blessure : il arrive bientôt au fort et en revient immédiatement avec dix hommes, conduisant deux pièces de campagne, prêtes à tirer, et des cartouches. Pour aller du fort à la maison assiégée, on profite d’un rideau qui cachait aux Iroquois l’arrivée de cet inappréciable renfort. Dès qu'on se trouve à découvert, on décharge sur les Iroquois les

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deux petites pièces de campagne, et M. Closse ayant fait au même moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite maison. Dès qu'il y fut arrivé, le feu éclate avec une nouvelle intensité pour montrer aux Iroquois “ si cette poudre nouvelle valait bien la précédente. ”

Les choses changent alors rapidement de face ; les Iroquois comprenant que ce siège devient trop meurtrier pour eux, se décident à battre en retraite. Mais pendant cette retraite qui dégénéra bientôt en déroute complète, ils furent assaillis par de nouvelles décharges qui tuèrent plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent dans cette rencontre si meurtrière pour eux, parce que, quoiqu'ils aient eu beaucoup de morts, ils les emportèrent presque tous et parce que, selon leur habitude, ils se gardèrent de se vanter des gens qu’ils avaient perdus. “ Il est vraidit M. Dollier de Casson, en parlant de ce combat, que les Froquois n’ont pu se taire absolument et que exagérant leurs pertes, ils les ont exprimées en ces termes : nous sommes tous morts. Quant aux blessés, ils ont avoué dans la suite trente-sept guerriers complètement estropiés par suite de cette action. ”

Au sujet de la coutume des Iroquois d’emporter leurs morts, voici ce que remarque M, Dollier de Casson : “ Quoique ces barbares ne soient pas très forts, ils ont cependant une force étonnante pour porter des fardeaux, chacun pouvant avoir sur ses épaules la charge d'un

mulet et s'enfuir ainsi avec un mort ou un blessé, comme s’il ne portait presque rien, c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, après les combats, on trouve si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter. ”

Quant aux Français, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La Lochetière, et n’eurent qu'un blessé, Laviolette.

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