MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOUT
Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le Maître, après avoir dit sa messe, se dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, l'esprit préoccupé de la fête du jour, et désireux “ de sacrifier sa tête pour Jésus-Christ comme son saint Précurseur.” En qualité d’économe, il allait surveiller dans un
Champ 14 ou 15 ouvriers, chargés d’y retourner
» les __esaver son Tr à plus eux que pour iger.
lière a à ; que anni- ‘à ce Bap-
du blé mouillé. Chacun se mit à l'ouvrage de son côté, en laissant les armes dispersées en plusieurs endroits. Ils étaient d'autant plus imprudents en agissant ainsi qu'ils avaient dit eux-mêmes à M. Le Maître, quelques instants avant, qu'il y avait certainement des ennemis cachés non loin, à cause de quelques indices qu'ils avaient remarqués. Par suite de cet avis, M. Le Maître regardait de côté et d'autre dans les buissons pour voir s’il n’y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba presque dans une de ces embuscades, car récitant alors les petites heures de la décollation de saint Jean-Baptiste, et, obligé de tenir fréquemment les yeux sur son bréviaire, il ne put voir les ennemis que lorsque ceux-ci, après s'être approchés à petit bruit, sortirent du bois,et s’avancèrent vers lui dans l'intention de le prendre vivant, pendant que d’autres se mirent à courir sur les travailleurs.
M. Le Maître, pensant au danger des Français plutôt qu’au sien propre, résolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d’un couteau, dont il se couvrait comme d’un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les travailleurs, en leur criant d'’avoir bon courage et de prendre leurs armes pour défendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce prêtre leur barrait le chemin et les empêchait ainsi de tuer les Français, en conçurent un grand
dépit. Ils ne craignaient pas d’être blessés par M. Le Maître, mais ils étaient furieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient l’approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre à la résidence. Aussi pour se venger de M. Le Maître, ils le tuèrent à coups de fusils. Quoique ayant reçu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maître eut encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant de se retirer, puis il expira.
Les Relations des Jésuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maître et de sa mort.
# C'était trop peu pour notre malheur que tous les états, toutes les conditions, tous les âges eussent été cette année les victimes immolées à la fureur de nos ennemis : il fallait pour mettre le comble à nos infortunes, que l'Eglise eut part à ces sanglants sacrifices, et qu’elle mêlât son sang avec nos larmes par le massacre d'un de ses ministres sacrés, M. Le Maître, homme également zélé et courageux pour le salut des âmes.
“ Ce bon prêtre surveillant des travailleurs, et s'étant un peu retiré d’eux pour réciter son office plus paisiblement, reçut soudain une décharge de fusils. Blessé à mort, il alla rendre l’âme aux pieds des Français qui se trouvèrent incontinent chargés de toutes parts, et investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme des lions de leurs cavernes, jetèrent d'abord
par > lui r le vait mps LUSS1 nt à eurs re le leur
rlent nort.
tous âges ées à ettre part son d'un mme des
rs, et office
arge e aux inent
ante nme bord
mort par terre un des Français, et en prirent un second en vie, bien résolus à n’en laisser échapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitôt la main à l'épée, et, animés d’un grand courage, se firent jour à travers de ces Iroquois et se sauvèrent à la résidence de Saint-Grabriel. Ainsi maîtres du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares *ournèrent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur les vivants. ”
Ce fut d'abord sur M. Le Maître qu'ils s’en prirent ; ils lui coupèrent la tête, ainsi qu’au travailleur Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. M. Le Maître, né en Normandie, était âgé de quarante-quatre ans quand il fut tué.
Pour bien montrer ue dans la guerre qu’ils faisaient aux Français, ils avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation parmi eux, les Iroquois, après avoir tué M. Le Maître, poussèrent de grandes huées de joie pour avoir ainsi mis à mort un ministre de notre sainte religion, une robe notre comme ils appelaient les prêtres. Puis, à ce que raconte la sœur Marie de l’Incarnation, “ un renégat qui se trouvait parmi eux, enleva la soutane de M. Le Maître, s’en revêtit, et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la procession autour du corps, en dérision de ce qu’il avait vu faire aux obsèques des chrétiens. ” Cet apostat marchait pompeusement, ainsi couvert de cette
précieuse soutane, en vue des Montréalais qu'il bravait aveo insolence.
ITT