DERNIERS MOMENTS ET MORT DE CHAMPLAIN
" Le 25 décembre 1635, jour de Nôtre-Sauveur, disent les Relations de 1635, M. de Champlain, notre gouverneur, prit une nouvelle connais-
sance au Ciel." Il mourut ce jour-là, aimé et respecté de tous ; et sa mort causa un deuil universel dans cette colonie à laquelle il s'était dévoué corps et âme.
11 Sa mort, ajoutent les mêmes Relations, a été remplie de bénédictions. Je crois que Dieu lui a fait cette faveur en considération des biens qu'il a procurés à la Nouvelle-France."
Viennent ensuite des détails fort édifiants sur les derniers moments de Champlain : "A sa mort, il perfectionna ses vertus, avec des sentiments de piété si grands qu'il nous étonna tous. Que ses yeux jetèrent de larmes ! que ses affections pour le service de Dieu s'échauffèrent, quel amour n'avait-il pour les familles d'ici !
11 ne fut pas surpris dans les comptes qu'il devait rendre à Dieu : il avait préparé de longue main une confession générale de toute sa vie qu'il fit avec une grande douleur au P. Lallemant. Le père le secourut dans toute sa maladie qui fut de deux mois et demi, ne l'abandonnant point jusques à la mort. On lui fit un convoi fort honorable, tant de la part du peuple que des soldats, des capitaines, et des gens d'Eglise. Le P. Lallemant officia, et on me pria (P. Lejeune) de faire l'oraison funèbre où je ne manquais pas de sujet. Ceux qu'il a laissés après lui ont occasion de se louer, que, s'il est mort hors de France, son nom n'en sera pas moins glorieux à la postérité."
Tout en donnant ses soins les plus assidus au
bien-être matériel et au progrès de la colonie, Champlain ne négligeait nullement l'honneur du culte et l'intérêt des missions. Grande était sa piété.
Il prit une part active à l'arrivée en Canada des récollets et des pères jésuites pour lesquels il fut toujours " fort affectionné " et parmi lesquels il prit, en 1626, le P. Chs Lallemant " pour directeur de sa conscience." Il allait très fréquemment entendre la messe chez les pères, et le dernier jour de la fête de saint Ignace, nous le voyons avec les capitaines de vaisseaux, alors à Québec, aller gagner les indulgences dans la petite chapelle des jésuites. Il s'employa activement à décider les ïïurons à emmener chez eux quelques-uns des pères qui avaient commencé leur instruction.
Pour accomplir un vœu qu'il avait fait depuis la prise de Québec, Champlain fît élever, tout près de l'esplanade du fort, à l'endroit où est aujourd'hui le maître-autel de Notre-Dame, une chapelle, sous le vocable de Notre- Dame-de- Recouvrance.
Sa piété était édifiante, et la vie comme il l'avait réglée dans le fort, était pour tous l'exemple le plus salutaire. " M. de Champlain, disent les Relations de 1634, faisait faire lecture à sa table, le matin, de quelque bon historien, et le soir, de la vie des saints ; le soir se fait l'examen de conscience en sa chambre, et les prières ensuite qui se récitent à genoux. Il fait
sonner la salutation angélique an commencement, an milien et à la fin dn jonr, suivant la coutume de l'Eglise."
Samuel de Champlain fut enterré à Québec, " dans un sépulchre particulier, érigé exprès pour honorer la mémoire de ce signalé personnage qui a tant obligé la Nouvelle-France."
Le R. P. Jean de Brebeuf, Jésuite
son martyre avec le R. P. Gabriel Lalemant, en 1649