ASPIRATIONS DU P. DE BRÉBEUF POUR LE MARTYRE
Un rare et vif intérêt s'attache à la destinée du P. Jean de Brébeuf, tant par ses qualités d'apôtre, sa sainteté éminente que par son cruel martyre, en 1649, pendant qu'il travaillait dans la vigne du Seigneur.
Le martyre était son désir le plus ardent ; mourir pour la gloire de Jé^us-Christ était le sentiment qui dominait son âme. Il s'offrit à
Dieu en holocauste, en victime consacrée à la mort, par un vœu qu'il conçut en ces termes plus de douze ans avant sa mort :
" Mon Dieu et mon Seigneur Jésus, que pourrai-je vous rendre pour tous les biens que vous m'avez prévenus ? Je prendrai de votre main le calice de vos souffrances et j'invoquerai votre nom. Je fais donc vœu en la présence de votre Père éternel, et du Saint-Esprit, en la présence de votre mère très sacrée, et de son chaste époux saint Joseph, devant les Anges, les Apôtres et les Martyrs, et mes bienheureux pères St Ignace et St François-Xavier : oui, mon Sauveur Jésus, je vous fais vœu de ne jamais manquer de mon côté à la grâce du martyre, si par votre infinie miséricorde vous me la présentez quelque jour, à moi votre indigne serviteur. Je m'y oblige en telle façon que je prétends que, tout le reste de ma vie, ce ne soit plus une chose licite, qui demeure en ma liberté de fuir des occasions de mourir et de répandre mon
sang pour vous Et quand j'aurai reçu le
coup de la mort, je m'oblige à l'accepter de votre main avec tout l'agrément et la joie de mon cœur. Et partant, mon aimable Jésus, je vous offre dès aujourd'hui, dans les sentiments de joie, que j'en ai, et mon sang et mon corps, et ma vie ; afin que je ne meure que pour vous, si vous me faites cette grâce, puisque vous avez bien daigné mourir pour moi. • Faites que je vive en telle façon, qu'enfin vous m'octroyiez
LE R. P. JEAN DE BREBEUF 7o
cette faveur de mourir si heureusement. Ainsi, mon Dieu et mon Sauveur, je prendrai de votre main le calice de vos souffrances, et j'invoquerai votre nom, Jésus, Jésus, Jésus."
Jamais victime ne fit avec plus de joie le sacrifice de sa vie ; jamais martyr ne demanda plus ardemment à Dieu de verser tout son sang pour la gloire de son nom !
Dieu exauça le vœu du P. de Brébeuf, et lui donna le courage de supporter avec un héroïsme surhumain les tortures du martyre le plus cruel, ainsi qu'on le verra, quand nous aurons raconté ses travaux depuis son arrivée en Canada jusqu'à sa mort.