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Les ilots d'amour

Les îles d'amour l Elles furent l'une des plus gracieuses traditions de l'antiquité. A CytJière, à Pap/ios, à Amathonte, à Lesbos, se dressaient, sereines et blanches architectures de marbre dans l'azur, des temples de Vénus où de passionnés pèlerins venaient chercher des voluptés savantes qu'aiguisait encore, pour ces raffinés enthousiastes, le piment de Vexaltation religieuse. Hélas ! tout dégénère, et dans notre monde moderne appauvri Eros ne possède plus que des îlots !

Où sont-ils ? Partout. L'archipel parisien dissémine ses édens au milieu des houles d'une mer perpétuellement agitée. Et, au milieu du vaste et calme océan de la province, émergent çà et là,

avec plus de discrétion, des terres riantes et tentatrices. C^est là, dans tous ces îlots alanguis de chants de sirènes par/ois enrouées, qu'officient les modernes prétresses de Cijpris, tantôt parées comme des idoles, tantôt humbles d'atours comme des Cendrillons, paons orgiieilleujc ou moineaux des mansardes, cigales ou fourmis, mais toutes égales devant la nudité qui constitue finalement leur vêtement sacerdotal.

Bien que parfois une distance insignifiante les sépare, ces ilôts n'en ont pas moins chacun leur aspect, leur physionomie, leurs caractères particuliers. \on seulement le décor change, mais aussi le rite, la qualité et les aspirations des pèlerins, les séductions et les mœurs des habitantes. Embarquons-nous pour ces Cythères d'abord généralement facile où rares sont les nouveaux débarqués qui se voient décerner la décevante épithète d'indésirable. Cette croisière n'aura qu'un lointain rapport avec celle du pôle Nord. Nous l'appellerons plus justement le tour

du demi-monde. Au ciel pur et léger, Vénus-Astarté nous guidera de sa clarté divine, tandis que le Jlambeau d^amour nous tiendra lieu de phare.

Allons, pilote, à ta barre! Emmène nous d'abord vers cette Terre de Feu des caresses qui s'appelle Paris. Tu nous conduiras ensuite à travers ces Jief s provinciaux qui, revendiquant pour suzerain le seigneur Cupidon, ne sont jamais de mainmorte. Et vous, les passagers, ne prodiguer pas trop les baisers au départ : vous en aurez suffisamment à dépenser à toutes les escales de notre voyage.

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