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que Madame Catherine de Médicis a donné sa fille Marguerite au roi de Navarre...
Mon époux et moi cheminons au long de la rivière de Loire, en un carrosse de belle façon italienne qui reproduit sur ses panneaux les amours d'Enéas et de Dido. Nous nous dirigeons devers le château de Monthor sis à mi-chemin d'Amboise à Monconlour, dans ce riant pays de Touraine qui n'est que fleurs et fruits. Nos lèvres à tous deux sont closes et verrouillées comme portes de cachot. Mais les yeux du vidame brillent de l'éclat magique des escarboucles. Il a mine tout à fait noble et plaisante dans sa fraise godronnée. Pourquoi le diable l'a-t-il fait huguenot ?
« Madame, me dit-il enfin d'une yoix douce comme une musique, ne voulezvous point me bailler un baiser?
— Je vous le baillerai, monsieur, quand nous adorerons le même Dieu.
— Ce que j'adore céans, reprend-il, c'est la perfection de votre visag-e et la douceur de vos traits mig-nons.
— Alors, fais-je d'un air courroucé, ce
LES MILLE ET UNE NUITS... DE NOCE l'Jo
seroit péché de vous procurer plus longtemps tentation. »
Et je noue incontinent sur ma fig-ure le masque de velours que je porte suivant le vouloir de la mode. Le vidame se tient coi. Bien lui en prend, car je cache sous mon vertugadin certain poig-nard damasquiné de Florence dont je n'hésiterois point à faire emploi, s'il osoit pousser plus loin ses galanteries.
Le soir tombe. Phœbé éclaire notre route, mais nos amours ne risquent point d'effaroucher sa chasteté. Une hostellerie paroît sur le chemin. Nous y allons demeurer jusqu'à l'aube, car le pays est infesté de stradiots, reitres et maheutres, gens d'armes de tous pays et de toutes confessions que la paix a mués en malandrins pillards et ravageurs. Nous prenons chacun notre chambre, ainsi que feroient gens qui ne se connaissent point.
A peine ai-je soufflé ma chandelle qu'il se mène tumulte infernal dans l'hostellerie. J'ouïs formidable tapage de ferraille, cris et jurons en jargon étranger qui
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semblent jappements de chiens à la curée. Ce sont des reîtres ivres et tout enflammés de luxure qui viennent d'envahir le loiris. Ils cognent à ma porte à furieux coups d'espadon, l'ouvrent à force, s'élancent vers ma couche comme taureaux en rut.
Sainte Vierge ! Je n'ai que le temps de me précipiter, nue plus qu'aux trois quarts, dans la chambre de mon époux.
L'épée à la main, il bondit vers les paillards.
— Pasque-Dieu ! messieurs, s'écrie-t-il, je ne savois sur qui passer mon humeur.
Vous tombez à propos !
Et il les charge si merveilleusement qu'en moins qu'il n'en faut pour le dire, il en couche trois sur le carreau. Il presse si fort les autres qu'il les met hors la chambre. Puis, en manière de barricade, il pousse le lit contre la porte.
« Prenez-y place, madame, dit-il de sa voix tendre, et finissez votre nuictée en toute quiétude. Je saurai respecter des charmes qui m'appartiennent et dont le hasard seul me révèle l'adorable suavité. »
Qu'il a de bravoure, de fierté et de délicatesse ! Mais femme n'est que ruse et malice. Je feins grand trouble de pudeur en murmurant :
« Ah 1 monsieur, quel déplaisir est mien d'avoir laissé en ma chambre masque, corselet et vertug-adin !
— Voulez-vous donc que je passe au travers de cette gueusaille allemande pour aller les quérir? s'écrie le vidame, reprenant son épée et tout prêt à s'élancer au dehors.
— Non, monsieur, lui dis-je, restez plutôt auprès de moi pour me garder de ces damnés soudards. »
Derrière la porte et le lit, les reîtres mènent un vacarme à ne point ouïr la foudre. Mais je m'en sens toute aiguillonnée. Je m'étends sur la couche, en attirant doucement mon époux vers moi.
« Venez encore plus près, lui fais-je, car j'ai grand'peur. »
Et incontinent je lui baille un baiser.
« Diane, s'écrie-t-il, en grand transport
lyG l'initiation amoureuse
de joie, c'est donc le même dieu que nous adorons ?
— Oui-da, monsieur, lui dis-je en le pressant bien fort sur mes tétins mignards, et ce petit dieu a g-entil nom : l'Amour. »
Diane de Monthor.
L'InITI \\ ION Amoukicusiî
Le I.ii de Riirolhoche.