DEUXIEME CYCLE : COTE DES HOMMES
Dans les familles de vieille noblesse se conservent parfois d'étranges traditions.
Mais avez-vous jamais ouï parler de plus originale que celle qu'on se transmet de père en fds, depuis des siècles, dans la valeureuse et féale lignée des Puygiron ?
Elle fut inaugurée par JeJian-Tancrède de Puygiron, conde de Bonnevigne, qui accompagna saint Louis à la huitième croisade, mais n'en fut pas moins un des plus solides buveurs et des plus rudes paillards de son temps.
Il tenait pour indubitable et déclarait avec la conviction la plus profonde que, pour un garçon noble, il n'est pas d'acte plus important, en toute la vie, que celui par lequel il s'initie à l'amour et fait pour la prendère fois œuvre de mdle. « J'en sçais, assurait-il, qui en prirent les femmes
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en desgouts pour le plus fascheiix dam de leur souche et postérité. » Aussi décida-t-il solennellement que, désormais, sous peine de forfaiture, l'aîné de la famille devrait rendre compte à son père de la façon dont il recevrait la douce investiture, et serait sacré homme avant d'être armé chevalier.
La série de ces singuliers procès-verbaux d'alcôve vient d'être découverte par un avisé chercheur. On ij relève une hardiesse naïve curieusement mêlée à la plus respectueuse déférence. C'est un recueil de Lettres à mon père du plus stupéfiant imprévu. On verra, à leur lecture, que chez les Puygiron les débuts promettaient, et qu'ils ne purent se plaindre, ces innocents, de n'avoir point les mains pleines.