‹ Les ilots d'amourChapitre 33 sur 50 · L'ASSAUT FINAL · texte numérisé non relu

L'ASSAUT FINAL

Huguette a lu avec avidité la « Très vaillante, bataillante et distrayante Chronique de .}faltravers ». L'exemple de ses aïeules la remplit de fierté et d'ardeur. Elle brûle de voler sur leurs traces. Le lendemain, c'est son tour d'épouser. Voici les confidences que, fidèle à la tradition familiale, elle relate sur le vénérable cahier.

24 Juillet iQi3.

Ça y est. Je suis mariée! Oh! je suis émue, émue... Je crois bien que, depuis ma première robe longue, je n'ai jamais été aussi émue que ça! Je suis contente aussi, car mon mari, le vicomte Guy d'Ascalon, est très beau, et d'un chic ! C'est un de ces hommes qu'on est hère d'épouser... S'il a une jolie moustache? D'où revenez-

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vous? Fini, les moustaches. C'était bon du temps de maman, où l'on aimait encore les hussards. Non, monsieur mon mari est rasé, à l'américaine. C'est un homme modern-style en même temps qu'un véritable athlète. Champion de France pour la boxe anglaise, s'il vous plaît! Il a fait aussi ses preuves comme lutteur et sonneur de trompe. C'est un numéro attitré chez Molier. S'il fait quelque autre chose? Mon Dieu, il est encore membre de l'Épatant, des Pommes de terre et de l'Automobile. C'est bien suffisant, il me semble, et je me demande si, avec tout ça, il aura assez de temps pour m'aimer comme je l'entends.

Ah ! mes aïeules, je jure de continuer dignement votre course du flambeau... d'hyménée.

La cérémonie est bouclée. A l'église, Jeanne Raunay a chanté le S tradel la. Pablo Casais a joué du violon. En ce moment, toutes nos relations mordillent dans un sandwich et s'humectent d'une gorgée de Champagne. Guy et moi nous filons dans une quatre cylindres à travers champs,

prés, bois, villages. Frrrr ! Frrrrr ! On passe comme un cyclone. Le paysace ressemble à un cinématographe encore plus trépidant que les autres. Je me pelotonne tendrement contre mon mari. Ça ne paraît pas lui être désagréable, mais je trouve qu'il s'occupe beaucoup de l'heure. Tout le temps sa montre à la main pour savoir quand nous arriverons à Rouen. Je comprends : il veut toutes ses aises, et il lui tarde de voir arriver « l'heure galante », comme auraient dit mes aïeules de la Chronique.

En voilà bien d'une autre! Guy a demandé deux chambres à l'hôtel. Je le soupçonne de vouloir me faire un peu marcher avant la surprise finale. Il aime la fantaisie, il a l'esprit romanesque : tant mieux! Mais, [)Our lui montrer que je ne suis pas sa dupe, sitôt que nous nous trouvons dans ma chambre, je me fais chatte auprès de lui et mets amoureusement mes bras autour de son cou, son beau cou musclé et vigoureux.

Gravement, il les détache en me disant :

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— Je vous remercie, Hug-uelte, d'avoir consenti à retarder de quelques jours notre départ pour l'Engadine. Je vous l'ai dit, je tiens beaucoup à celte brève apparition à Ostende, et, quel que fut mon vif désir d'être tout vôtre, je ne pouvais la remettre. C'est après-demain que s'y donne le grand assaut international de boxe, le matcli décisif auquel on ne peut se dérober. Scbillting- et Doer y seront. Songez que je suis cbampion de France pour les poids lourds. Noblesse oblig-e !

— Mais vous faites très bien, Guy. Seulement, continuai-je en riant, nous en parlerons après-demain, de votre assaut. Pour ce soir...

— Pour ce soir, acheva-t-il, je vous demande la permission de me retirer. Voyezvous, j'ai besoin de toute ma forme contre Scbillting". Une imprudence peut tout g"âter. J'ai tenu à être de bonne heure à Rouen pour y prendre l'indispensable repos exigé par mon manager. Dans deux jours, je n'aurai plus autant de précautions à prendre

et serai tout à vous. Dormez bien et oiisoir.

Il me baise au front et passe dans la chambre à côté. Je suis tellement abasourdie que je n'ai pas trouvé un mot. Ainsi, ça va être ça, ma nuit de noces ! Où est l'épopée d'amour de la Chronique, l'infatig-able duo, la joute de baisers, le festin de caresses? Où sont les galants intrépides, les infatigables héros? Oh ! la triste époque que la nôtre et les piteux caractères ! Estce donc là ce qu'il va me falloir écrire à la suite des triomphales fanfares de celles qui m'ont précédée? Écroulée dans mon fauteuil et ma solitude, je songe avec un violent dépit que du fond du cahier solitaire quarante aïeules me contemplent ! . . .

Mais, soudain, j'entends frapper furieusement à la cloison. Ah! j'en étais bien sûre, ce n'était qu'une ruse, un malin tour d'amoureux. Voilà Guy qui m'appelle !

Ravie, lég-ère, j'ouvre brusquement la porte. Quel spectacle! Il a pendu le longdu mur un plastron matelassé et il s'escrime dessus à formidables coups de poing-.

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Rouge déjà comme une écrevisse, il me regarde toiil, inlerloqué. Puis (de quel air bête, mon Dieu !) il balbutie :

— Vous voyez, chérie, c'est pour Tassaut...

O Emma, Corinne, Aurore, Amintlie, Athénaïs, Anne, Diane, Lucrèce, Yolande, Hildegarde, dire qu'il ose parler d'assaut !...

HUGUETTE d'AsCALON.

L'ÏNITIATiON AMOUREUSE

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