LA DECOUVERTE DU MARIAGE
A Paris, mercredi 22^ février iGgo.
Mon père,
Je vous veux, d'abord, exprimer toute ma reconnoissance pour la jeune épouse dont vous m'avez pourvu. Fut-il jamais au monde beauté plus accomplie que mon Athénaïs, cette fleur de quinze ans ! C'est un grand honneur que de posséder un tel trésor, lorsque, comme moi, on compte tout juste ses seize printemps. Je vous loue, mon père, au delà de ce que je puis dire de n'avoir point écouté les gens malavisés qui vous engageoient à différer cette union. « N'est-ce point folie, radotoient ces fâcheux, de marier une fille qui n'a
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point achevé son temps de pension en la maison royale de Saint-Cyr à un jouvenceau que chacun sait innocent comme l'enfant qui vient de naître ? Vous verrez qu'ils ne sauront seulement s'y prendre pour faire un enfant. »
Je vous jure, mon père, qu'il n'est point besoin de prendre des leçons de l'Amour avant de connoître Athénaïs, car elle s'entend à merveille à le révéler par le seul pouvoir de ses yeux, de ses attraits et de ses façons.
Je vous dois avouer cependant que je me sentis quelque antroisse en l'âme lorsque, les violons partis et la fête terminée, je me trouvai seul en notre chambre nuptiale avec la nouvelle vicomtesse de Puygiron. J'étois en effet assez ignorant touchant le mariag-e. Mon oncle l'évêque m'avoit bien dit que c'étoit une chose sainte, mais je m'imag-inois bien, à part moi, qu'il y avoit en cette situation autre chose que de la sainteté. Ce que je connaissois bien cependant, c'étoit que les époux dévoient dormir ensemble. Aussi priai-je Athénaïs
de quitter son ajustement pour se mettre au lit. Aussitôt, elle me donna à contempler sans voiles son sein et une grande })artie de sa personne, qui étoient si blancs et si bien faits (jue j'en ressentis par tout mon corps un transport inexprimable.
Je ne fus pas long-temps avant de la rejoindre. Mais, dès que je me trouvai étendu entre les draps auprès de ses appas si tendres et mig-nons, il arriva que je me sentis soudain accablé de confusion et de timidité. Alors, elle me mit bien doucement son bras autour du col, en me disant :
« Monsieur mon mari, ma mère m'a bien recommandé de ne rien vous refuser de ce que vous exig-eriez de moi, cette nuit. Je suis votre servante et toute prête à vous obéir. »
Ce discours me mit un peu dans l'embarras, mais je m'en rendis promptement maître et répondis à cette si touchante beauté :
« Eh bien, donnez-moi un baiser. »
Je voulus la baiser au front, mais je ne
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sais par quel sort imprévu ce furent ses lèvres que les miennes rencontrèrent. Je ne pouvois détacher ma bouche de celle d'Athénaïs, et elles faisoient entre elles comme ces cerises qui sont deux accolées en une seule sur une même tige. Je m'enivrois de sa chaleur comme d'un vin magique, si bien que j'osai la serrer contre moi et prendre pour ainsi dire connoissance de tous ses charmes. J'éprouvois un tel contentement de la tenir aussi étroitement embrassée que je murmurai comme pour moi-même :
« Voilà donc cette grande joie du mariage dont on parle tant ! C'est notre hymen qui s'accomplit ! »
Mais mon épouse bien-aimée me repartit:
« Attendez encore, mon cher mari, car, pour moi, jecroisque ce n'est point tout. »
Alors, je ne sais comment cela se passa, mais par une certaine façon dont Athénaïs me pressoit contre son sein, nous fûmes soudain, non plus par nos bouches seules, mais par nos corps tout entiers, comme
un fruit double sur une lige unique. Et, après avoir repris nos sens, elle soupiroit : « Cette fois, c'est bien le mariage. » Votre fils digne de votre confiance et de l'union où vous l'avez engagé.
Jean-Philippe de Puygiron.