JUDAÏSME AUX ÉTATS-UNIS CONFÉRENCE
faite, le 18 Décembre 190i, à la Société des Etudes Juives.
Mesdames, Messieurs, Si i'ai accepté de prendre la parole devant 'OUB, c'est avec l'intention de rendre ici publi- [Uement témoignage de ce que j'ai vu en Améique, d'un spectacle qui, assurément, est un des ►lus grands, un des plus frappants, j 'oserai même lire, un des plus merveilleux que l'on puisse encontrer sur cette terre américaine, terre .es prodiges, en même temps que terre .6 la liberté. J'ai vu, de mes propres yeus, des oilliers, des centaines de milliers d'êtres huoains, proscrits du vieux monde, qui, avec la iberté, ont trouvé, au-delà de l'Océan, la sécuité, la dignité, souvent aussi la prospérité; qui, û moins de quinze ou vingt ans, se sont com.-
plètement transformés, si bien qu'il est par malaisé de les reconnaître, phénomène ad:
rable qui fait également honneur à T Améric et à Israël, à ces juifs naguère encore pei cutés qui, en peu d'années, ont su mettra largement à profit la tolérance américaine les conditions d'existence du Nouveau-Mon Je crois, quant à moi, que deux choses s tout ont fait le succès, la grandeur, la richcî et, si l'on veut, la supériorité des Etats-Unis, première, c'est que l'Amérique est peut-ê le pays du monde où les institutions ouvr le champ le plus large à toutes les faculi à toutes les énergies, en même temps q toutes les initiatives. La seconde, c'est que le sol américain, mis en valeur depuis d( ou trois siècles par des générations successi de colons et de pionniers, accourus de tous pays d'Europe, se sont donné rendez-v les hommes les plus énergiques, les caracte les mieux trempés, les esprits les plus enl prenants. De cette rencontre, unique peut-e dans l'histoire, des institutions qui assur à l'activité humaine le plus libre jeu et hommes les plus capables d'user de cette libe: devait naturellement résulter un prodigi^ développement en tout sens, économiq industriel, commercial, politique. Entre t
les colons qu'ont poussés, depuis trois siècles, vers les rivages de l'Amérique, l'intolérance religieuse ou la tyrannie politique, l'esprit d'entreprise ou l'esprit d'indépendance, aucuns peut-être, depuis les puritains de la * May Flower », n'y ont été conduits par des motifs plus nobles que ces fils d'Israël, chassés de l'Europe par l'iniquité des lois ou par l'intolérance des mœurs ; aucuns, en quittant le Vieux-Monde peut un continent noiiveau, n'y ont apporté plus de résolution, d'énergie, d'initiative, c'eat-à-dire précisément les qualités qui ont fait la force d'expansion et l'incomparable vigueur de la civilisation américaine (1).
(1) Je dois conaialer ici que l'iniliaiive de ce mouvement d'émigration en Amérique revient, en grande partie, à une Société qui faîl à la fois honneur au judaïsme et à la France, u ['Alliance Urailite universelle.
En 1869, la famine sévissait en Pologne; {'Alliance chargea deux de ses membres, dont l'un, M. Leveo, eal son président actuel, d'aller sur place pour y distribuer des secours ei y éludiur la situation des juifs. Sur leur proposition, V Alliance expédia aux Elals-Unis 500 émîgrants choisis parmi les plus robuBtes. C'était le premier convoi de juifs russes se dirigeant vers la terre de Liberté. Lorsque, en 1S8U1882, les troubles de la Liihuanie forcèrent près de 20,000 juifs à passer la frontière galicienne, Y Alliance eul k s'occuper de cette immense agglomération. Elle se souvint alors du succès de l'espëdiiion de 18051 et organisa l'émigration vers les Etats-Unis d'une partie des réfugiés réunis à Brody. De 1882 à 1890, elle continua cette œuvre, en envoyant aux Etats-Unis les familles restées en Russie de ces premiers groupes d'émigranls.
Cea victimes des préjugés du Vieux-Mond je souhaitais ardemment de vérifier par mo même comment elles s'acclimataient, mat rieUement et moralement, en ce pays de Wa hington et de Lincoln, si difiérent de cen qu'elles avaient dû quitter. J'avoue que c'e une des raisons pour lesquelles je me suis décid malgré ma vieille répugnance pour à passer l'Atlantique. Je tenais à voir sur -plat en leur nouvelle résidence, ces Israélites ■ Russie, de Roumanie, de Galicie, que j'ava étudiés autrefois en leur pays d'origine, connaissais la plupart des juiverlea de l'E rope, de l'Asie, de l'Afrique ; il me fallait faî connaissance avec ce que les Américaà nomment improprement les ghettos du Non veau-Monde. J'avais constaté, avec honte po:
notre Europe, les souffrances imméritées ( juifs d'Orient; je devais être heureux de vt comment les juifs de Russie ou de Roumai qu'on prétendait indignes de la liberté, avaiei su s'en montrer dignes et la mettre à prt dans la grande République démocratique.
Il y a environ, aujourd'hui, 1.300.000 1.400.000 israélites aus Eitats-Uma; la pi grande moitié est massée à, "New-York, En moment, en cette fin de l' ai^iâe IQ04, il y a, di
^and New-York ». près de 700.000 ianélitei.
Ce chiffre, que j'avais cointniiniqu^ d'avauoe k quelques-uns de mes amis ici présents, avMt para exagéré ; j'ai pu vérifier sur place qu'il est bien exact. En 1903, 80.000 juifs ont débarqué aux Etats-Unis, presque tous à New- York: il n'en est parti pour ï'intt'rieur du paya que environ 13.lMXt,
L'immigration n'est p.ia seule à aceroîtro, chaque année, la population juive do New- York et des Etats-Unis; it fjiut y ajouter l'augmentation naturelle de cette population Israélite par l'excédent des uaissancos sur les d^cèa.
D'un autre côté, pour apprécier l'importanoo réelle de l'immigration juive et ne pus on exagérer les conséquences sur la vie américaine, il faut 36 rappeler qu'en certaines années du siècle dernier, l'Europe a envoyé aux Etats- Unis près d'un million d'immigrants. Si considérable que semble aujourd'hui l'immigration Israélite, elle dépasse rarement ot n'atteint pas toujours le dixième de l'immigration annuelle.
Quand vous examinez ces juifs américains, vous êtes frappés de ce fait : c'est que plus do la moitié peut-être ne sont pas nés sur le sol derAmérique;la plupartynnt débarqué depuis une vingtaine d'armées, depuis que les néfastes « lois de mai » sont venues aggraver encore la con-
dition, déjà si précaire, des juifs russes, c'est-àdire depuis le commencement du règne de Tempereur Alexandre III. Si les juifs de Russie débarquent, chaque année, par milliers, sur les côtes d'Amérique, c'est que la rigueur des lois russes, que l'intolérance et l'insécurité les chassent, malgré eux, de la terre natale. Si nombreux que soient ceux qui se résignent à ce dur exil, il s'en faut que l'exode des juife russes en Amérique soit général. Et d'abord, pour quitter le sol russe et passer l'Océan, il faut avoir les moyens de traverser l'Europe et l'Atlantique. Puis, si aux Etats-Unis les lois n'arrêtent pas l'immigration, elles prennent contre les immigrants certaines précautions ; elles exigent de chacun d'eux un pécule de dix dollars au moins; il est même question, à l'heure actuelle, de relever les barrières à l'entrée de l'Amérique, afin d'opposer une digue au flot de l'immigration. Par suite de ces difficultés ou de ces exigences, les juifs qui traversent l'Atlantique forment une sorte d'élite ; les plus entreprenants, les plus robustes, les plus aisés ou les moins misérables réussissent seuls à quitter l'empire du Nord. J'ai écrit, il y a déjà vingt ans, dans Y Empire des Tsars, que l'émigration ne pouvait être une solution de la question juive ; je disais : les milliers parti- ^
ront, les millions resteront. C'est bien ce qui est arrivé. Si grande qu'ait été l'émigration du sombre ghetto russe, elle n'a guère entamé la population Israélite du vaste Empire. Les juifs y sont pour cela trop nombreux. On ne saurait résoudre la question juive en Russie par l'émigration ; tout au plus,cela ne serait-il pas impossible pour un petit pays comme la Roumanie.
Un homme d'initiative et d'esprit hardi, bien connu de beaucoup d'entre vous, M. le docteur Singer, promoteur de la grande Encyclopédie juive (1), a émis cette opim'on que les juifs américains doivent se résoudre à faire venir en Amérique le plus grand nombre de leurs coreligionnaires de Russie. Ce n'est pas le sentiment des Israélites des Etats-Unis. Ce projet gigantesque ne leur paraît pas pratique; il leur semble plutôt de nature à compromettre l'immigration juive.
La solution de la question des juifs russes est en Russie; elle ne peut être trouvée qu'en Russie. Dans le grand empire slave, comme ailleurs, on ne saurait résoudre ce grave problème que par la liberté et par l'égalité des droits ; mais avec la liberté et l'égalité, la ques-
(1) The Jewisfi EncycLopeditty Funk and Wagnalls, New- York.
tionBeraitfacilementtranehée, L'heure approche peut-être où le gouveraement russe se résignera à concéder aux juifs la liberté à laquelle ila ont droit. J'ai cm pouvoir en donner l'eapérance à leurs amis d'Amérique.
La grande guerre, l'effroyable guerre qui désole l'Asie et attriste le monde entier, semble destinée à renouveler la Russie ; elle aura pour elle , au-dedans , des conséquences durables et peut-être des plus heureuses. Tel est, du moins, le sentiment de la plupart de mes amis russes. Kn tant que Français, je ne puis avoir la prétention de parler ici au nom de la société russe; mais il me sera permis de constater que les écrivains de Pétersbourg et de Moscou sont presque unanimes à réclamer la liberté et l'égalité pour tous les sujets du Tsar, sans distinction d'origine ou de rehgion. La question juive sera ainsi résolue; et nous, Français, nous, alliés de la Russie, qui voudrions la voir unie et prospère, nous avons le devoir d'élever, nous aussi, notre voix , pour qu'elle accomplisse cette grande œuvre de justice et de tolérance, qui fera honneur au souverain assez équitable pour en avoir l'initiative, et qui ramènera à la Russie, dans les deux mondes, des sympathies dont trop souvent elle est frustrée aujourd'hui.
Je vous disais. Mesdames et Messieurs, qu'une des choses qui m'avaient conduit en Amérique, c'était le vif désir de voir les juifs de New-York. Dès le lendemain ou le surlendemain de mon arrivée, je me dirigeai vers le quartier juif de l'East Side. Il y a, aujourd'hui, à New- York, trois ou quatre quartiers juifs, ou, coname on dit là-bas, trois ou quatre ghettos. Le principal est celui de l'East Side, où vivent trois cent cinquante mille, peut-être quatre cent mille Israélites. Ce quartier du bas New- York était autrefois habité par des ÏQUnigrés d'origine différente, par des Irlandais surtout; mais, à mesure qu'arrivaient les JsraéUtes, et qu'ils formaient des groupes plus compacts, les autres habitants ont reculé vers d'autres quartiers. En pénétrant dans cette sorte de ghetto, le plus vaste et le plus peuplé du monde, je m'imaginais rencontrer quelque chose d'analogue à ce que j'avais vu en Russie ou en Turquie. Je fus étonné de découvrir un spectacle très différent. Le ghetto de l'East Side constitue bien une ville juive au sein de l'énorme métropole américaine, mais il n'a point l'aspect sordide des ghettos de Russie ou d'Orient. Les habitants de ce quartier de New- York ont l'air juif, ils le sont et ne le dissimulent pas ; mais beaucoup ont déjà pm q\ie\ç^çi
chose d'américain. J'ai pu constater ce que j'avais souvent remarqué aillleurs, c'est que ce fameux type juif, attribué à tous les juifs, est loin d'être partout identique. Les types sont fort divers, quoique le plus grand nombre des juife de l'East Side soient polonais ou russes. Je m'attendais à rencontrer des rues, des maisons qui ne brilleraient pas par la propreté. Je ne dirai point que les rues, que les cours où habitent les Israélites soient comparables aux grandes avenues de New -York; je fus néanmoins frappé d'y découvrir moins de saleté et moins de misère que je ne le craignais. Les principales artères de l'East Side avec leurs grands magasins, leurs banques, leurs étabUssements de toutes sortes, ont même un air d'aisance, de prospérité, d'activité sous toutes les formes, qui fait grand honneur à leurs habitants. On y sent partout une vie intense, à la fois juive et américaine, qui surprend l'étranger.
Impossible de ne pas reconnaître la supériorité de la ville juive américaine sur la ville juive de Galicie ou de Petite Russie. La tournure extérieure, la démarche des jeunes gens, des enfants est particulièrement intéressante ; ils se sont rapidement transformés, ils ont déjà pris un aspect américain. Le mal de l'East Bidç est que lea logements y ^out troc étroits
pour la population, qu'un trop grand nombre de familleB y sont entassées dans un espace trop restreint. Malgré cela, le ghetto de New- York me semble l'emporter sur celui de Londres. On y sent, m'a-t-il paru, plus de vie, plus d'énergie, plus de confiance en soi, plus de succès ou d'aisance.
En revenant d'Amérique, je suis resté quelques jours à Londres pour faire la comparaison. La situation des juifs à Londres semblerait beaucoup plus favorable ; elle ofîre moins de difficultés, puisque les Israélites de la métropole anglaise ne dépassent guère le nombre de cent cinquante mille. Il y a bien, à Londres aussi, une sorte de gbetto dans l'East End, la partie orientale de la ville, vers Wtitechapel; mais, encore ' une fois, l'aspect extérieur du ghetto de New- Tork me senible supérieur à celui de Londres ; quoique, à Londres aussi, parmi les cent mille habitants du ghetto, il y ait beaucoup d'immigrants de Russie et de Pologne. Si ceux de ' New-York m'ont paru supérieurs, cela tient peut-être à ce que, parmi les immigrants de l'Est de l'Euiojje, les plus entreprenants ou les ' plus aisés ont poussé jusqu'en Amérique; les I plus timides ou les plus pauvres ont dû s'arrêter I en Angleterre. Il faut dire cependant, à l'éloge I de l'Angleterre et des juifs anglais, que ■çomi
les logements et les conditions hygiéniques, le ghetto de Londres paraît préférable à l'East Side, si ce n'est aux autres ghettos de New- York.
Dans les rues de l'East Side, on rencontre des enseignes ou des avis dans toutes les langues; en jargon avec des caractères hébraïques, en russe, en polonais, en allemand, en roumain, quelquefois même en lithuanien. Des vendeurs de journaux vous offrent cinq ou six feuilles difiérentes, la plupart écrites en lettres hébraïques, quelques-nnes partie en jargon, partie en anglais. Une chose d'un haut intérêt, ce sont les théâtres spéciaux pour la population juive. Il y a, à New-York, quatre ou cinq de ces théâtres, à Philadelphie, deux ou trois ; on y Jc« en jargon des pièces écrites par dos juifs ; acteurs, parfois de grand renom, tous jd également, y sont chaleureusement appland Ces spectacles sont curieux parce qu'ils i vraiment populaires ; on y voit assister i familles entières, les enfanta avec leurs pareil J'avais écrit autrefois que si le jargon se trai portait en Amérique, il n'y vivrait pas longtem il y am'a plus longue vie que je ne le peni parce que chaque année amène un nouvel contingent d'immigrants qui, enUetxiiX, a.\m à parler le jiidisck. Comme U)\is \ea et^
apprennent l'anglais, qnc la jeune génération se sert de plus en plus de l'anglais, à la longue, dans vingt-cinq ans. dans un demi-siècle, le jargon finira cependant par disparaître.
La première question qui s'impose à l'ohaervateur, dans les ghettos des Etats-Unis, c'est celle-ci : comment ces centaines de mîUiers d'immigrants ont-ils pu trouver des moyens d'existence sur le sol américain? Songez au redoutable problème en face duquel se sont trouvés les juifs d'Amérique, lorsqu'à commencé le grand exode russe. Ils étaient environ une centaine de mille juifs à New- York; imaginez qu'on leur ait dit : avant vingt-cinq ans, il vous faudra recevoir plus d'un demi-miUion de vos coreligionnairea de l'ancien monde, et à tous ces proscrits, vous devrez trouver des demeures et des moyens d'existence. On peut affirmer qu'en résolvant pareil problème, le judaïsme américain a montré une capacité, une intelligence et dévouement supérieurs ; pareille œuvre Lonneur à l'Amérique et aux institutions les; maw une bonne part du succès renênt aussi à ces exilés qui débarquaient sans ressources sur ces rivages nouveaux. Ils se sont mis au travail et, aidés par leurs iiètes. Us ont bien vite accompli ce miracVe de. ç^a^e-î
toiis honnêtement leur vie. Aujourd'hui, iln'ïrf guère de métiers dans lesquels on ne déeouvie des ouvriers juifs. Il y a bien quelques professions où ils sont plus nombreux qu'ailleurs, comme la confection des vêtements, comme la fabrication des chaussures ; malgré cela, on peut dire, d'une manière générale, qu'on rencontre des juifs dans tous les métiers, dans toutes les carrières.
On a reproché aux juifs d'Amérique, comme à ceux de Londres, de propager avec eux le sweating System. Voua savez tous ce que veut l dire le sweating : c'est l'abus de la main-d'œuvre à bon marché, surtout dans le travail à domicile, par les entrepreneurs ou par les inteC ■ médiaires qui exploitent la gêne de leurs oi:*vriers en leur imposant des salaires de famJn^^ H était malaisé qu'au début, au moins, 1^^ immigrants juifs ne fussent pas la proie 4^" sweating. Le mal, du reste, est fort atténï*--^ aujourd'hui. Vous remarquerez combien C* reproche est différent de ceux que l'on fai'* ailleurs aux Israélites, quand on les accuatv comme en France, d'accaparer la fortune.
En Amérique on ne peut encore leur faire qareil reproche ; il y a bien quelques israélitea pui sont arrivés à la richesse, même à l'opulence ; malgré cela, si vous prenez
onnaires ou milliardaires américains, ceux qu'on appelle ambitieusement les rois dea che- |jnins de fer, les rois de l'or, les rois du pétrole, îles rois de l'acier, tous ces rois de l'industrie iiqui semblent régner sur la grande République, jvous ne trouverez pas parmi eux un seul israé- ,3ite. Le grief le plus général contre les juifs, ce m'est pas d'accaparer la ricbesse, bien que cer- 'iains marchands se plaignent déjà de la grande iplace prise par eux dans le commerce; c'est plutôt ■de faire baisser le taux normal des salaires. On liait ce reproche à tous les émigrants d'Europe (qui avant tout veulent gagner leur pain. Que Ha. main-d'œuvre européenne fasse baisser les 'ealaires, cela semble erroné, car, nulle part au anonde, les salaires ne sont plus élevés. Il serait plus juste de dire que c'est, en grande partie, aux émigrants de l'Europe que l'industrie américaine doit son prodigieux développement, • immigration s'opposant à une hausse démesurée des salaires.
Les associations israéMtea de New- York se Boni naturellement préoccupées de répartir danslesdivers Etats, pourlea disséminer au loin, les israélites qui débarquent en Amérique. On est efirayé de voir tant de milliers de juifs concentrés dans la grande métropole ; on dit comniunément qu'à New-York il y a «congestion»,
encombrement. On chercJie à répandre une partie de cette population en dehors de la ville; il y a des sociétés spéciales pour cela. Chaque année, elles réussissent à diriger sur l'intérieur quelques milliers d'israélites; malheureusement, le nombre de ceux qui partent est toujouis dépassé par le nouvel afflux de ceux qui arrivent d'Europe. Ce n'est pas que New- York soit seul à posséder un ou plusieurs ghettos; Pliiladelphie a le sien ; presque toutes les grandes villes d'Amérique ont également un quartier israélite. La difficulté est de décider les juifs à quitter New- York et les grandes villes ; le seul fait qu'ils préfèrent y rester est une preuve qu'ils s'y plaisent et y prospèrent. Puis, les juits immigrés aiment à vivre entre eux, à se sentir les coudes, ils redoutent l'isolement de la campagne ou des petites villes. Malgré cela, il est probable qu'on parviendra à déverser le âot de l'immigration sur l'ensemble du territoire américain et canadien. On a pour cela songé à divers moyens, même à la terre et à l'agriculture ou à l'horticulture.
A V Alliance israélite revient, ici encore, l'honneur de l'initiative. Elle a ouvert plusieui» écoles pour apprendre aux juifs d'Asie et' d'Afrique à se tourner vers l'agriculture. J'en ai moi-même visité quelques-unes, naguère
encore à Djédeïda, près de Tunis, De même,
aux Etats-Unis, on a cherché à ramener les juifs à la terre; il y a, auNcw-Jeisey, par exemple, des fermes qui ont très bien réussi ; je n'ai malheureusement pas eu le temps de les visiter. Loin de moi l'idée de décourager pareille initiative; si utile pourtant que soit la fondation de ces colonies agricoles, ce n'est pas là que peut être la solution du problème. Bien des choses s'y opposent. Si l'Israël antique a été un peuple agricole, le juif a été coupé de la terre depuis des siècles; toute son histoire l'a éloigné de l'agriculture. Les lois, en Russie et en Roumanie, interdisent encore aux juifs la propriété du sol, elles leur en défendent même le fermage. Puis, faut-il le rappeler?
partout le citadin, quel qu'il soit, revient difficilement à la culture de la terre. Cela n'est pas particulier au juif, on ne saurait lui en faire grief ; c'est un fait général, on pourrait dire que c'est une loi historique. Si les juifs préfèrent la ville, ils ne font, comme le trop grand nombre de nos paysans qui abandonnent la vie des champs, que céder aux courants de notre civilisation et aux instincts de la démocratie contemporaine. Il faut remarquer, en outre, qu'une des raisons qui ne permettent pas der ramener à la culture du sol la majorité des
juifs, c'est que la misère héréditaire et la claus — tration séculaire du ghetto leur ont souventJ enlevé la force de se livrer aux rudes travaux de la campagne.
C'est donc d'un autre côté qu'il faut chercher la solution du problème, c'est surtou»" dans les métiers urbains. Or, à cet égard,il est-^ évident que l'Amérique offre un champ illi mité. En Orient, en Russie, en Asie, en Afrique , où l'agriculture demeure la principale industrie, on comprend qu'il y ait un intérêt véritable à rouvrir aux juifs le débouché de la terre. En Amérique, la question ne se pose pas de la même façon. Aux Etats-Unis, malgré la prospérité de l'agriculture, c'est à l'industrie, c'est aux métiers urbains que le juif doit demander surtout des moyens d'existence. Vos coreligionnaires américains l'ont compris ; Us ont eu soin de fonder des écoles techniques et des écoles professionnelles de toute sorte.
Après la condition matérielle des juifs de New- York, je voudrais examiner brièvement leur condition intellectuelle et morale.
Les habitants du ghetto forment des communautés divisées en groupes distincts, souvent même isolés les uns des auttçi^. Çi^ n'^^t I>^s tant le tait de ce qu'on a aipipe\fe \e>ûis. ^'^^tvX»
^e tribu, que le fait de la diversité des pays •iont ils proviennent. Il y en a de presque toutes '«58 contrées de l'Europe. Alors même que vous E>*enez les juifs de Russie, qui senties plus nomt>ieus, ils n'appartiennent pas tous à la même ■^^gion; ils tendent à se réunir selon leur pays ^3. 'origine, leurs affinités nationales ou religieuses. On s'explique que le ghetto renferme *^«s sociétés diverses ; que chaque groupe ait ses ^^Tiagogues, ses associations, ses clubs.
Peu de juifs de New -York se privent du
ï>laisird'étremembresd'uneoude plusieurs socié-
"fcés. On peut voir, à la nuit, dans les clubs, dans
les bibliothèques, des hommes qui ont travaillé
I>éniblement tout le jour, passer la soirée
ï>enchés sur des livres, ou discuter ensemble
*ies questions politiques, sociales, religieuses ou
littéraires. Partout l'observateur est frappé du
sérieux de ces réunions. En aucun paya, les
bibliothèques ne sont plus nombreuses, mieux
ïnontées, plus à la portée de tous qu'aux Etats-
tlnia. Dans ces bibliothèques, on rencontre des
Israélites de tout âge et de toute nation, des
Sommes, des femmes, des jeunes gens, des
jeunes filles. Un bibliothécaire, qui n'était pas
juif, m'a fait cette observation : « La plupart de
nos lecteurs nous demandent des romans, t^A-
gaes livres de voyagea, peu de livres çouï \e.ftj
instruire. Il n'en est pas de même des juifs ; ils réclament surtout les ouvrages qui peuvent contribuer à leur formation intellectuelle ; souvent un petit Israélite de quinze ou seize ans se trouve déshonoré quand on lui propose des récits d'aventures ; il préférera un livre de science ou d'économie politique. » Pour leur développement intellectuel, les juifs ont profité largement de la liberté américaine. Les Américains reconnaissent que les juifs sont, en général, remarquables par leur intelligence. Je ne voudrais pas ici tenter une sorte de classement entre les juifs de diverse origine; je dois cependant constater que ceux que l'on regarde comme les mieux doués, ce sont précisément ceux contre lesquels il y avait le plus de préjugés, ce sont les juifs russes. « Les Russes, m'a-t-on répété, sont les juifs de l'avenir, » Leur intelligence est attestée par leurs succès dans les écoles et jusqu'à l'Université. A New- York, l'Université « Columbia » compte im grand nombre d'étudiants juifs. Ils y sont parmi les plus studieux et leurs succès éveillent déjàla jalousie.
Parmi ces juifs immigrés se rencontrent naturellement des tendances diverses. Les uns gardent le vieil esprit traditionnel et conservateur des anciennes juiveries d'Orient ; d'au-
tree, au contraire, des juifs russes surtout, anciens élèves des collèges ou des universités de Russie, sont d'ardents prosélytes des idées nouvelles, et propagent autour d'eux, jusqu'en ce qu'elles ont de plus hardi ou téméraire, les aepirationa modernes et les doctrines socialistes. A ces juifs russes, les Américaina reprochent leurs tendances collectivistes ou même lexirs velléités anarchistes, imputant à tort à Teaprit juif ce qui est plutôt le fait de l'esprit russe et des naturelles révoltes provoquées, chez les sujets du Tsar, par un régime séculaire d'arbitraire et de compression. La plupart des israélites, après s'être d'abord enivrés de l'air de liberté qu'ils respirent aux Etats-Unis, s'aperçoivent vite que les tendances révolutionnaires et l'esprit d'utopie ont peu de cours en Amérique; tout en continuant à se passionner pour les problèmes sociaux, ils deviennent plus sages, plus modérés, plus pratiques, à me Bure qu'ils s'imprègnent de l'esprit américain.
Les juifs d'Amérique s'américanisent, en effet, peu à peu. Il y a sous ce rapport, parmi eus, deux tendances opposées. Les uns, les plus défiants des nouveautés, les plus attachés aux mœurs traditionnelles, cherchent à maintenir dans la République américaine une vie
juive isolée. Les autres, le plus grand nombre, î ^ii ' les plus intelligents ou les plus clairvoyants 1 p*^ sont .d'un sentiment contraire. Ils professent Itl'i-* que le juif qui s'est établi en Amérique doit Idai devenir Américaiu.
Comment peut se faire cette américanisatio'B' 1?^ sous quelle forme, par quels procédés ? Et^* se fait d'abord par le milieu matériel et par '■^ milieu moral. Les Israélites ne vivent pas p*^' qués dans leurs ghettos; ils en franchisse*^ l'enceinte; ils prennent leur part de l'inten^^* vie américaine ; ils subissent l'action des idé^^ et des sentiments de la population qui 1^^* entoure. Ils respirent, bon gré mal gré, la libr"^^ et tonique atmosphère de la grande Répu^^' blique ; la plupart en aspirent l'air à plein.^^ poumons, heureux de devenir des hommes noU-*^' veaux en même temps que des Américains.
H y a aussi un autre agent d' américanisa -^^ tion, c'est l'école et l'éducation des enfants-^^*^ Vous n'ignorez pas l'importance de l'école au*<^-' Etats-Unis ; elle est capitale pour un pays d'im— -*' migration, C'est par l'école surtout que se fait^ l'américanisation des jennes immigrés, et on estff^"* frappé de la rapidité avec laquelle elle s'opère. - — ' Des enfants venus en Amérique depuis 3, 4, -^ 6 ans se donnent déjà comme des Améii-, cains; il faut insister pour leur faire dir»]
qu'ils ne sont pas nés en Amérique ; cela leur paraît une sorte d'iofériorité ; ils en sont presque honteux. Je demandais à de petites juives, dans une école de New- York : « Où êtes-vous nées? » A cette question, qui ne me semblait pas indiscrète, elles répondaient timidement, en rougissant, qu'elles étaient nées à VUna, à Odessa. Cela leur semblait si loin ces grandes villes de la Russie ! cela leur représentait comme une sombre barbarie d'où elles Avaient émergé à la lumière.
A l'école, on emploie les moyens les plus sim- 2>1bs, les plus pratiques et aussi les plus droits, les plus loyaux, pour amener les enfants à se lonsidérer comme Américains et à être fiers de l'être. Vous savez qu'aux Etats-Unis, quoique l'Etat attache une grande importance l'instruction pu!)lique et qu'il n'épargne rien 3ur les écoles, il accorde une pleine liberté 3. 'enseignement, à tous les degrés. Les Israélites néfèrent généralement envoyer leurs enfants ftans les écoles publiques ; ils ne craignent pas de les placer sous la direction de maîtres ou de maîtresses de religion chrétienne ; ils pen- Bent que, dans ces écoles, leurs enfants prendront plus vite l'esprit américain. L'enseignement de l'école publique est, du reste, respectueux de toutes les croyances religieuses. On ne cherche
une —
paa l'unité nationale dans l'unité morale ou l'u nité de foi; on la cherche dans l'attachement à la patrie commune, dans le légitime orgueil d'appartenir à une grande nation. Le patriotisme, que certains Européens regardent comme une..
superstition du passé, est plus vivace et plitj fort que jamais en Amérique. Il s'esprin dans l'école par les hommages rendus au drapeau. En certains Etats, comme New-York, on rend au drapeau étoile un véritable culte. Les juifs s'y associent volontiers, d'autant que, pour eux, le drapeau américain est le brillant symbole des droits qu'ils ont recouvrés en Amérique. Aux enfants des écoles, on enseigne le nom et la vie des hommes qui ont fait la Révolution et la République ; ces ancêtres de la liberté américaine, les petits immigrés s'habituent à les regarder comme leurs pères d'adoption. On leur apprend aussi la constitution des Etats-Unis, on leur fait même commenter la Déclaration des Droits ; j'avoue que, quant à moi, il m'a semblé qu'il y aurait là un exemple à suivre. On ne se contente pas de faire apprendre aux enfants par cœur la Déclai tion des Droits, on la leur fait expliquer, cle par article. J'ai vu de petits enfants, de* jpej^tesyuiVes d'une douza'med'amiée,a,i:éçQndre fort nettement aux questions de \e^^ï Toa.\*«t^»
!claj»M
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^"*;»r ce grave sujet ; on sentait dans leurs ré- Ï*<3nse8 que ces enfants, d'un autre sol et d'un *- titre sang, considéraient les héros de l'indé- T*^ndance américaine comme leurs pères selon ' esprit, sinon selon la chair.
L'américanisation dee juifs peut se faire ^*autant plus facilement qu'entre l'esprit juif ^t l'esprit américain, il y a comme une naturelle oarmonie. En quoi consiste l'esprit américain ? ïl consiste, avant tout, dans l'amour de la liberté, de l'égalité, de la justice; il laisse le franc jeu à toutes les initiatives, à toutes les capacités; c'est, en toutes choses, un esprit de progrès. Or, si vous prenez l'esprit juif, eu ses plus nobles représentants, les grands penseurs d'Israël, les prophètes de la Bible, vous trouvez, chez eux, également, l'amour de la liberté, de la justice, de la fraternité entre les hommes et entre les nations. Cet idéal est commun aux juifs et aux Américains. Il y a d'autant moins à s'en étonner, que les fondateurs de la grande République, que les puritains notamment de la Nouvelle Angleterre, l'ont en grande partie emprunté à la Bible hébraïque. Bien plus, un Américain, M. Oscar Strauss, a montré que la Bible et l'exemple des douze tribus d'Israël n'avaient pas été étrangers à la constitution fédérale des Etats-Unis. Cette coaa<
titutîon ainBÎ en harmonie avec leurs meilleures traditions, ce gouvernement quï leur garantit tous leurs droits, comment les juifs d'Amérique n'y seraient-ils pas attachés ?
Cet attachement leur est d'autant plus aisé que la plupart d'entre eux ne sauraient beaucoup regretter leur pays d'origine, cette Russie, cette Roumanie qui, au lieu d'ime patrie, n'étaient pour eux, juifs, qu'une marâtre.
De nombreuses institutions privées comme, à l'honneur des Etats-Unis, il est aisé d'en fonder dans la grande République, se sont donné pour mission de travailler à l'américanisationdeaimmigrantsiaraéli tes en même temps qu'à leur relèvement intellectuel et physique, A la tête de ces institutions, je dois mentionner, au cœur du ghetto, VEducational Alliance, œuvre admirable qui occupe, dans l'East Side, un vaste Building, dont les dix étages s'ouvrent à toutes les sociétés, à tous les enseignements propres au développement simultané du corpj et de l'intelligence. fl
Les juifs d'Amérique sont assez américanisés
déjà pour prendre une part active à la vie
publique américaine. Les juifs de New-York
en particulier, étant nombreux, coTisst\t«ient
déjà une force en un pays oxi \e n.oTï&ixft^&
tout puissant. Dana les luttes électorales de la
ville et de l'Etat, ils forment un facteur influent avec lequel les candidats et les politiciens doivent compter. Ainsi s'est imposée, à I ces nouveaux venus d'Europe, une grave question : les juifs des Etats-Unis doivent-ils se I grouper en parti national ou religieux ? Doit-il y avoir un « vote juif », comme, en certains Etats, il y a un vote irlandais ou un vote allemand î Cette question, qui surgit de nouveau à chaque élection, les juifs d'Amérique l'ont résolue d'habitude par la négative. Le plus grand nombre reste d'avis qu'ils doivent se garder de former im groupe distinct, un groupe particulier, confessionnel. Je ne saurais, quant à moi, que les en féliciter. Si, à certaines heures, im parti juif, un vote juif, donnant de tout son poids d'un seul côté, pouvait présenl ter quelques avantages, ces avantages étaient I moins réels qu'apparents; en tout cas, ils I étaient temporaires, et les inconvénients qui en I pouvaient sortir eussent été considérables et i durables. En tout pays, la participation des I juife, en tant que juifs, aux luttes de partis, I est faite pour les compromettre aux yeux des L partis adverses ; elle risque de provoquer ou I de fortifier l'antisémitisme. La grande majorité I des juifs d'Amérique le comprend. Au lieu de
[ se constituer en groupe, de faire masse poi offrir leur appui à l'un des partis en lutte, se rattachent, librement, chacun selon ses préférences pereonnelles, aux deux grands partis historiques. Par là, ils font acte de libres
■citoyens américains, qui votent selon leur lonscience. C'est ainsi qu'à New- York, à Bos-
'ton, à CSncinnati, j'ai rencontré des juifs qui étaient d'ardents démocrates. Aux dernières élections présidentielles cependant, la grande majorité des Israélites semble avoir voté pour M. Roosevelt et le parti républicain. C'est une des raisons de la majorité inaccoutumée qu'à remportée le président Roosevelt dans la viUe de New- York et dans « l'Etat Empire ». Comment s'en étonner, quand on songe aux vices rendus, pendant sa première préside par M. Roosevelt aiax juifs persécutés d'Orii et à la grande cause de la liberté et de l'égala
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Les justes revendications que les juifs de Roumanie, iniquement frustrés des droits promis par le traité de Berlin, n'ont pu encore faire valoir auprès des puissances signataires de ce traité, le président Roosevelt n'a-t-il pas osé les prendre officiellement au compte Etats-Unis, dans la note de son aftctétf d'MItat, M. Hay, aux cabinets eMsaçfewoa*
pins tard, lors des massacres, demeurés presque entièrement impunis, de Kichinef, le président Roosevelt n'a-t-il pas consenti à transmettre officiellement au gouvernement russe les protestations soulevées, d'un bout à l'autre de la grande République, par l'horreur de ces scènes de barbarie, et plus encore peut-être par la lâcheté ou par la complicité de eertainsdes agents du gouvernement impérial î Enfin, les juifs d'Amérique ne pouvaient oublier que dans une question qui touche à la fois leur honneur et leurs intérêts, pour le visa des passeports en Russie, à propos du droit refusé aux juifs américains de visiter l'Empire des Tsars, M. Roosevelt avait énergiquement défendu leur cause, ne se lassant pas de revendiquer l'égalité de traitement pour tous les citoyens américains.
En cette triple circonstance, — et pour les afîaires de Roumanie, et pour les massacres de Kichinef, et pour les passeports russes, — les juifs ont obtenu, grâce à M. Roosevelt, le concours du gouvernement et de la diplomatie des Etatstlnis. Mais comment s'en étonner ou conmient s'en scandaliser, alors qu'en soutenant ainsi les droits des Israélites, le président de la grande fiépubligue ne faisait que défendre Vea 4îq\\& de J'Jiamanité et de la liberté religieuset 1\ eeS.
vrai que, ai puissante que soit la voix des Etats- Unis, lea efforts du président Roosevelt en faveur des persécutés de Russie ou de Roumanie semblent jusqu'ici être demeurés vains. Peutêtre ne l'ont-ils pas été entièrement, ou ne le seront-ils pas toujours; peut-être l'exemple ou les leçons donnés par lui n'auront-ils pas été inutiles; en tout cas, quel qu'en ait été le succès, personne ne saurait dire qu'en prenant cette noble initiative et qu'en ayant le courage de se faire ainsi l'organe de la conscience contemporaine, la grande République ou son premier magistrat se soient diminués aux yeux des peuples.
Ce qui a souffert, en réalité, des refus opposés au président Roosevelt, c'est la Russie et le gouvernement russe, rendus par l'opinion américaine responsables de l'oppression des juifs et de l'exode lointain auquel d'injustes rigueurs contraignent tant d'infortunés. Les prédilections japonaises, hautement manifestées par les Américains depuis l'ouverture de la guerre de Mandchourie, ne s'expliquent pas imiquement par des préoccupations commerciales ; elles ont pour principale raison la naturelle antipathie provoquée, chez un peuple libre, par lea vioïences d'un gouvernement qui iei\iaeà tant de sujets les droits incÙBçeiiaa^Aea à. \a. -t«>^
à la dignité humaine. Les "récits que font des procédés du despotisme russe non seulement les juifs chassés de Russie par les lois d'exception, mais les immigrants polonais, finlandais, arméniens, russes même, tous victimes d'un régime d'inique compression, sont peu faits pour gagner à l'empire autocratique l'amitié d'une nation libérale et tolérante. Eu ce sens, on pourrait dire que, si quelqu'un est responsable de la partialité des Américains envers les Japonais et de l'impopularité de la Russie aux Etats-Unis, c'est le gouvernement russe. Qu'il vienne à renoncer à des lois surannées, qu'il ose enfin se montrer tolérant, qu'il accorde à tous ses sujets, sans distinction d'origine ou de religion, la liberté de conscience, avec les garanties nécessaires à l'homme moderne, et, comme je vous le disais tout à l'heure, la Ruarae pourra recouvrer les sympathies améncainea, avec celles de tout le monde civilisé.
Les juifs d'Amérique, les juifs venus de Russie en particulier, seraient les premiers à se féliciter de cette transformation de l'Empire des Tsars. Quoiqu'en échangeant la servitude russe pour la liberté américaine, il leur semble qu'ils aient passé du joug des ïVai&o'oa d'Egypte à la, sécurité d'une autre TeTtfe "çxo-
mise, ils ne se désintéressent pas de leur •ncienne patrie slave: ils n'oublient point les frères et les smis qu'ils j ont laissés en proie à un régime de persécntion. Ces frères, ces parents demenrés dans ta captivité, les juifs afîranchis d'Amérique restent souvent en relation avec eux ; ils leur envoient fréquemment des secours, conmie en témoignent les Banques de New- York. Ne pouvant les faire venir tous surla terre américaine, ils font des vœux pour leur prochaine délivrance. De là, le développement du < Sionisme • aux Etats-Unis.
Ce Sionisme, les immigrés l'ont souvent apporté des ghettos de Russie, de Roumanie, de Galicie. Chose qui surprend au premier abord, nombre de ces hommes qui semblent avoir cherché la Terre promise au-delà de l'Atlantique, continuent à rêver des montagnes de Judée et des rives du Jourdain. S'il ne leur a pas été permis de s'y établir eux-mêmes, ils espèrent que leurs frères demeurés dans le vieux monde pourront un jour s'y fixer et y préparer im refuge, un asile assuré pour tous les persécutés d'Israël. Celte pensée, que je ne veux pas discuter ici, me paraît faire la force du Sionisme américain et en être la justification. Comme des naufragés sauvés de la tempête et qui auraient encore des compagnons à la merci des
flota, les juifs d'Amérique, non contents de se sentir eux-mêmes en sécurité, songent à leurs icères et désirent ardemment procurer leur salut. A beaucoup des immigrés, aux plus simples ou aux plus enthousiastes notamment, le Sionisme, la formation d'un Etat juif, paraît encore la meilleure voie de salut, la seule façon peut-être d'échapper à jamais aux poursuites de l'antisémitisme, de mettre enfin un terme aux exodes répétés d'Israël. C'est pour cela que les sociétés sionistes sont si nombreuses en Amérique, que tant de juifs de toute origine y sont affiliés, que, jusque parmi les plus pauvres, tant d'immigrés versent consciencieusement le shekel réclamé par les congrès de Bâle. Quelque opinion qu'on ait des aspirations sionistes, un tel sentiment n'est-il pas respectable? Il y a du reste aux Etats-Unis, plus encore peut-être qu'ailleurs, différentes sortes de Sionisme ; on pourrait dire que celui de la plupart des Américains est platonique; bien peu d'entre eux songent à quitter leur nouvelle patrie américaine pour l'antique terre des patriarches. Plus d'un de ceux que j 'interrogeais à ce sujet m'a fait une réponse analogue à celles que j'avais déjà maintes fois obtenues en d'autres pays : « S'il doit jamais se reformer im Mat juif en Palestine, je demanàetai & è^xe-