LES VITRAUX DE LA CHAPELLE DE VINCENNES
Ce chapitre est curieux de deux manières : en soi, et parce qu'il touche à Jean Cousin, qui fut un sujet de prédilection de Lenoir.
Lenoir a chéri Jean Cousin au point de le pourvoir d'ouvrages qui lui manquaient, en si grande abondance, que cet artiste, légèrement fabuleux et fantomatique, en prit soudain un corps, et se trouva capable d'inspirer des livres comme celui qu'Ambroise Firmin-Didot a consacré à son apothéose. J'ose affirmer que cette apothéose nWrait jamais eu lieu sans Lenoir. Jamais, sans ces préparations, on n'eût trouvé de quoi tirer, en l'honneur de Lauteur d'un livre
d'anatomie, de quatre estampes et d\m tableau, un pareil feu d'artifice. Lenoir ne doit pas passer pour l'introducteur de Jean Cousin : il mérite, je le déclare, d'être appelé son père.
Ce qu'il en a écrit forme un chapitre digne de passer à la postérité, en témoignage de son style d'érudition et de sa méthode. C'est une pièce illustre en son genre. Si je n'avais ici dessein que de draper Lenoir, je m'arrêterais à le faire voir. Mais parce que je poursuis un autre but et que la critique moderne s'est heureusepient défait des opinions de Lenoir sur Jean Cousin, je ne retiendrai de ce chapitre que ce qui concerne les fameux vitraux de Vincennes.
Chacun sait le mérite de ces pièces, malheureusement restaurées, et refaites en partie par un verrier dépourvu de scrupules. On les croit de Jean Cousin, non sur l'avis d'aucune pièce authentique ou preuve, mais sur la seule foi de Lenoir, précédé, je l'avoue, dans cette affirmation par les Dargenville père et fils, qui n'en savaient là-dessus pas plus que lui. 11 est toutefois remarquable
LES VITRAUX DE VINGENNES
que Lenoir se crut en mesure de discuter ce point et d'en apporter des preuves incontestables : (( Une fausse„ tradition, dit-il, annonçait que Jean Cousin avait exécuté ses peintures sur des cartons de Jules Romain ; o'est une erreur accréditée par des gens qui ne savent pas découvrir^ dans les ouvrages des grands maîtres, ces traits fins qui décèlent leur âme ». Et content de la force de cette remarque, ce profond historien ajoute : (( Je suis heureux de combattre un bruit suscité peut-être du temps même de Fauteur par la Jalousie des artistes ses contemporains^ et que depuis Vignorance ou TindiAPérence des artistes a laissé parvenir jusqu'à nous^. » Evidemment, tout cela serait impayable, mais c'est d'autre chose qu'il s'agit.
Personne n'ignore que les*vitraux de Vincennes ne nous sont point parvenus dans
1. Musée des Monuments français, l. VI. Ti^aifé de la, peinture sur ver/^e, p. 23.
leur état primitif. Dès avant la Révolution, le temps, les saisons et les hommes j avaient causé de tels dommages, qu'il n'y restait plus que sept fenêtres ' pourvues de leur décoration. C'est d'un pareil nombre de verrières que Lenoir fut mis en possession pour son musée ^ Rendus à la chapelle de Vincennes lors de la dispersion de ce musée^ sans doute vers 1816, on les replaça en 1820^ dans un ordre que nous connaissons par des photographies gardées à la Direction des Beaux-Arts, et que le dernier restaurateur a fait tirer en 1869 avant de tout raccommoder. C'était un total de sept verrières, avec quelques parties manquantes il est vrai.