Ouvr. cit,, t. VIII, pl. 292 et
LES VITRAUX DE VINCENNES
genres, dont je vais maintenant expliquer la nature.
C'est le sujet principal de ce quatrième €hapitre, et à quoi tout ce qui précède n'aura servi que d'un accompagnement naturel.
La composition des Quatre Anges exterminateurs, qui tient aujourd'hui, dans la chapelle de Vincennes, le milieu du chœur, est digne d'attention à plusieurs égards. Et c'est moins du mérite considérable de ses parties que je parle, que de leur extraordinaire confusion. Les panneaux inférieurs en particulier sont parfaitement incompréhensibles, et, malgré un rangement apparent, il n'y a pas de système au monde qui puisse en rassortir convenablement les membres.
La confusion dans cette sorte d'ouvrages n'est pas un défaut sans exemple. Mais l'examen le plus attentif, loin de venir à bout de celleci, ne fait que redoubler l'embarras. J'y suis revenu à mainte reprise, de près, de loin, au moyen de lunettes, sans y rien gagner que
d'en savoir maintenant par cœur le désordre inextricable. C'est un résultat appréciable. Des dos, des bustes, des jambes, des bouts de genoux, des têtes coupées, des lambeaux de draperies bizarres, ligurent côte à côte dans ma mémoire, comme sur une table de dissection, et je suis au moins certain d'une chose, c'est que jamais le dessin de ce vitrail n'a été donné comme nous le voyons. '
La partie du haut paraît entière et conservée, mais celle du bas est refaite évidemment, refaite de morceaux anciens rappareillés, à peu près comme ces statues placées au jardin de Trianon, de chaque côté du Plafond, et que les frères Marsy recomposèrent de fragments antiques sans emploi. Seulement les frères Marsy ont confessé leur stratagème, et l'artiste de Vincennes a tu le sien. Ce silence a jeté des générations de curieux dans un embarras, dontje trouve^ dans un des guides les plus attentifs du château, un exemple digne d'être cité.
Le vénérable abbé de Laval, mort aumônier du château en 1893, et auteur d'une
LES VITRAUX DE VINGENNES
description minutieuse de ces vitres, écrit de cette partie ce qui suit ^ :
Il y a un point du tableau qui demande attention. Un homme à tête chauve, à petites moustaches, élève ses bras et croise ses poignets. Il semble, au premier coup d'œil, que le corps de cet homme descend tout droit. Non, il va en s'inclinant dans le même sens que la draperie bleue qui part de son épaule gauche, et un peu plus bas s'enroule autour de lui. Sous le sein droit de cet homme, vous voyez Fépaule droite d'un homme sur le dos duquel se croisent une écharpe verte et une bande rouge : le corps de cet homme paraît colossal. Egalement paraît colossal un autre corps penché vers celui-ci en sens inverse, et dont on ne voit que les jambes..» Au-dessous on voit un homme dont la tête coupée est entrelacée par ses bras. L'artiste a mis intentionnellement un peu de désordre dans les positions de ces hommes massacrés par les anges exterminateurs.
Cette exégèse complaisante ne se trompe qu'à moitié. Ce désordre est un effet de Tart^ mais de Fart du rapetasseur.