‹ Les impostures de LenoirChapitre 9 sur 32 · T. II, p · texte numérisé non relu

T. II, p

dants de Fémailleur. Lenoir, qui a connu le rapport et qui apparemment, avec C^ve, en a dicté le principal, savait donc fort pertinemment que les émaux ne provenaient point de Madrid. Même Fopinion de ces messieurs étaient qu'ils n'y avaient jamais été placés.

Les auteurs que j'ai cités plus haut ajoutent donc à leur témoignage, et Lenoir se rend à leurs yeux si croyable, qu'on en veut croire plus même qu'il n'en dit.

M. Jouin est formel là-dessus : « J'ai tout lieu de croire que ces émaux, faits pour le château de Madrid, y ont été placés ». Mais, qui assure qu'ils ont été faits pour le château de Madrid, auquel les propres auteurs de cette nouvelle déclarent qu'ils n'ont jamais servi? Peut-être bien un bruit qui courait. A deux cent cinquante ans de distance, Lenoir a recueilli ce bruit pour nous le transmettre. Il faut avouer qu'il n'était que temps.

On voit maintenant sur quoi repose toute cette opinion, et comment il est contraire à toutes les règles de la critique d'affirmer

LES ÉMAUX DE MADRID 15

que les émaux de Courtoys ont été faits pour le château de Madrid.

Mais voici qui est plus comique encore^ et qui montre de quel comble de légèreté Lenoir était capable. Le rapport que je viens de citer est du 24 août 1800. Les passages du Musée des Monuments Français^ sont de 1805 ou de 1804. En tout cas^ Lenoir lui-même déclare qu'il les écrivait trois ans après l'affaire, partant trois ans après ce rapport. Ce rapport lui était donc connu, connu par conséquent que les émaux ne venaient pas de Madrid, et que Cave les avait achetés des descendants de l'émailleur. Connaissant cela, il écrivait : <( J'ignore comment ces chefs-d'œuvre, qui devaient être une propriété du gouvernement, sont passés dans le commerce. »

Après cela, je ne veux plus relever que

ce qu'il dit touchant la gravure des émaux par Sadeler.

Sadeler n'a pas gravé les émaux de Cluny. Ce qu'apparemment Lenoir veut dire, et qu'il aura vu en courant ou recueilli de quelque autre, c'est qu'on trouve les modèles de presque tous ces émaux dans quelques estampes du xvi^ siècle. Ces renseignements sont inédits, je crois, et l'on y prendra quelque intérêt.

Apollon, Jupiter, Mercure et Saturne sont tirés d'une suite fameuse exécutée d'après le Rosso par Caraglio.

Hercule et Mars sont copiés sur des estampes que Boivin grava d'après Lucas Penni.

Enfin la Charité est celle de Marc- Antoine d'après Raphaël.

J^ignore d'où viennent les deux autres Vertus. Tous les personnages nus ont été drapés dans les émaux pour dissimuler les raccords.

On voit qu'il n'y a pas plus affaire du Primaticé que de Sadeler. Je laisse l'intervention de François P^ pour des pièces

LES ÉMAUX DE MADRID

datées de 1559. La lettre du 7 juillet 1800 mentionne que Lenoir lisait sur Tune d'elles la date de 1542. On n'a pas su depuis l'y retrouver.

Page 1