‹ Les Impots Achour et HockorChapitre 8 sur 25 · ZONE · texte numérisé non relu

ZONE

diverses frappaient les habitants des villes; une capitation spéciale était perçue sur les individus de race juive; les corporations ou corps de métiers maures payaient une autre capitation, etc. Mais ces contributions disparurent après la conquête et il n’en est rien resté dans le régime fiscal municipal actuel.

Nous venons d'étudier les impôts perçus dans la partie du beylik soumise à une administration régulière. Mais les tribus éloignées de Constantine échappaient à ce régime fiscal; les caïds el Achour ne pénétraient pas sur leur territoire ; elles n'étaient pas assujetties à l’achour et au hockor, mais payaient un impôt spécial en argent appelé gharamah (1). C'était une contribution payée par la tribu toute entière à qui on laissait le soin de la répartir entre ses membres. Les tribus, manquant de numéraire, payaient cet impôt en nature et fournissaient à cet effet des bestiaux, des chameaux, etc. Les Nemenchah notamment payaient 3.000 moutons. Le Sahara était la contrée la plus importante soumise à la gharamah ; sa contribution atteignait 200.000 francs. Elle était perçue, parmi les tribus du Sahara, par le Cheikh el Arab, qui commençait par Biskra et allait jusqu’à Touggourt, s’il se croyait assez fort pour se faire respecter si loin. Les autres tribus soumises à gharamah étaient les tribus que nous avons indiquées comme échappant par suite de leur éloignement à ladministration régulière : Hanenchah, Sahel, Aurès, Nemenchah, Belezmah, etc. Certaines, complètement indépendantes, ne payaient aucun impôt comme les tribus kabyles. Là même où la gharamah devait en principe être payée, la régularité de sa perception dépendait du rapprochement de Constantine et de la force du beylik ; la tribu ne payait la gharamah qu’à l'approche des troupes du gouvernement.

Dans l’Aurès, l'intervention de l'infanterie était toujours nécessaire pour assurer la perception de l'impôt; de même pour les tribus au sud de Sétif. À propos des Ouled Yahia ben Taleb, près de Tébessa, les auteurs de la Notice sur la province de

(1) Province de Constantine, ibidem, p. 343-344.

rod

Constantine disent (1) : « Le Pacha n’en retirait des contributions » que lorsqu'il envoyait des troupes pour les percevoir. Lors- » qu’on laissait passer plusieurs années sans envoyer des » expéditions et qu’on arrivait enfin avec des forces, après » avoir prélevé des contributions considérables et pour en » imposer à la population, on faisait décapiter les membres » des principales familles et on déplaçait violemment le pouvoir » dans l'espoir que l’année suivante les impôts seraient » acquittés régulièrement. »

Avant la chute du dey d'Alger, les mehalla envoyées à Constantine permettaient d'assurer plus ou moins normalement la perception de l'impôt en effectuant des expéditions militaires. La prise d'Alger rendit El Hadj Ahmed indépendant, mais lui fit perdre l’appui des troupes régulières turques. Réduit à ses propres forces le bey ne put organiser d'expédition militaire qu’à des intervalles irréguliers et sur quelques points seulement. La perception d’un tribut dégénéra en un système de razzias : on faisait une expédition, on ramenait du butin, chevaux, mulets, chameaux, moutons, en grande quantité, et on cherchait à en réaliser la valeur en les vendant, mais leur grand nombre en avilissait les prix. La Notice sur la province de Constantine cite une razzia d'El Hadj Ahmed sur la tribu des Nemenchah, qui ramena 100.000 moutons.

Les auteurs de la Notice estiment à environ 600.000 francs le produit de la gharamah (2). Nous avons trouvé un chiffre à peu près égal pour le produit de l’achour et du hockor. Cela montre quelle était l'importance des tribus qui échappaient à l'administration régulière, d'autant plus qu'elles étaient certainement moins pressurées que les tribus agricoles des environs de Constantine, soumises aux caïds el Achour, et que plusieurs d’entre elles ne payaient aucun tribut. Cela corrobore l’estimation des auteurs de la Notice qui disent qu’un tiers à peine du pays était soumis à l’administration régulière.

(1) Province de Constantine, tbidem, p. 324.

" (2) Province de Constantine, ébidem, p. 344.

Aujourd’hui la presque totalité du département de Constantine est soumise à l’achour, et le hockor est perçu dans bien des localités où il ne l'était pas du temps des Turcs, du moins au moment de la conquête. Il n’est pas douteux que dans le travail de reconstitution des impôts, effectué par les bureaux arabes, le hockor et l’achour ont été étendus à des tribus qui autrefois étaient quasi indépendantes par rapport au beylik et ne payaient que la gharamah. Cela s'explique aisément : il y a eu interruption de la perception des impôts au moins pour une grande partie du beylik après la prise de Constantine. Lorsqu'on a voulu reconstituer les impôts turcs, on a appliqué l’achour et le hockor à des terres qui ne les payaient pas depuis la prise de Constantine, et on a été entraîné à les appliquer aussi à des terres qui ne les payaient pas du temps des Turcs mais qui les auraient payés si le beylik avait été assez fort pour étendre jusqu’à elles l'autorité des caïds el Achour. La gharamah fut conservée et existe encore aujourd’hui sous la forme de la lezma fixe de Petite Kabylie, semblable aux tributs fixes perçus par les Turcs, et sous la forme de la lezma fixe du Sud payée par certaines tribus du Sud des trois départements algériens et notamment par 42 tribus de la province de Constantine : 3 tribus dela commune de Tébessa, 12 de Khenchela, 22 de Biskra et 5 de Touggourt. Mais là aussi cet impôt, survivance directe de la gharamah, a une tendance à disparaître. L'autorité militaire propose de remplacer cette lezma fixe par les impôts zekkat, achour, hockor et lezma des palmiers (1).

(1) Notice sur les Impôts arabes. Gouvernement général de l'Algérie, 1899, P. 35.

Page 1