Cahiers de doléances
Cahier du tiers état du bailliage de Nemours pour les États généraux de 1789.
Chap. I". — Des privilèges relatifs aux impositions et nommément à la taille.
(Archives parlementaires, t. IV, p. ii5.)
... La surcharge que le défaut de contribution de la noblesse et du clergé pour leurs bois, leurs prés, leurs étangs et la propriété de leurs "terres labourables rejette sur le peuple, était, dans la constitution de la France, un vice destructeur qu'on aura peine à croire un jour. On aura peine à croire qu'il ait suffi d'être riche pour devenir noble, et de devenir noble pour cesser de payer ; de sorte qu'il n'y avait qu'un unique moyen d'échapper à l'imposition, c'était de faire fortune.
Les funestes effets de ce principe absurde de surcharge pour le Tiers-État ont été constamment accrus par l'autre principe, que la répartition devait être arbitraire, c'est-à-dire livrée à tous les abus de l'ignorance, de la haine et de la corruption.
Le principe cependant n'avait pas été établi dans de mauvaises intentions. Ce n'était qu'un fruit de l'ignorance, égarée par un faux aperçu d'équité privée, impossible à réaliser ; il partait de l'opinion que c'étaient les hommes et non les biens qui étaient contribuables ;
I. Il aurait fallu surcharger ce Aolume outre mesure si l'on avait voulu y insérer des citations développées de cahiers de paroisses ou de bailliages. Aussi nous sommes-nous borné à choisir un extrait du plus remarquable de tous, à savoir le cahier du bailliage de Nemours, œuvre de Dupont de Nemours.
•de sorte qu'au lieu de calculer le produit net des récoltes, on évaluait au hasard l'aisance des particuliers.
Ceux-ci, pour lors, craignaient d'avoir aucune richesse ostensible: ils n'osaient se procurer le nombre de bestiaux nécessaire à une bonne exploitation; ils cultivaient pauvrement afin de passer pour pauvres, et le devenaient en ellet ; ils att'ectaient de mal payer afin de n'être pas obligés de payer trop ; ils ajoutaient ainsi à la lenteur inévitable des recouvrements une lenteur volontaire ; ils se refusaient toute commodité, toute consommation, toute jouissance dans leurs aliments, dans leurs logements, dans leurs habits ; ils coulaient leurs jours dans les privations, dans la tristesse ; leur courage et leur santé s'en altéraient ; ils en avaient l'air plus humiliés, et cette contenance même excitait les percepteurs et les citadins à les humilier davantage. La terreur de l'arbitraire faisait encore plus de mal que ses vexations....