‹ Les imprimeurs et les libraires dans la Côte-d'OrChapitre 12 sur 17 · Plusieurs aultres vielz papiers dudit ou · texte numérisé non relu

Plusieurs aultres vielz papiers dudit ou

(1) Macer Floridns.

sols deniers

Pépin confiteor d6 »

Cronica Gaguini ( )pervum?(l). . 9 »

Defensorium juris 3 »

Articela perva 4 »

Retoricatulitextus 3 »

La Femme forte 3 »

Sermones de Monte Calvero 15 »

Quadragesimale flos florum 15 »

Sermones Regnaldi 5 »

Sermones Bonaventure 8 »

Lima viciorum 1 »

Summa viciorum et virtutUm 10 »

Quintilianus textus 8 »

Terantiu» textus 3 »

De Turre cremata super evangelia. ... 5 »

Dignus (2), de Regulis juris 5 »

Gonstituciones predicatorum 5 »

Summula Remondi 5 »

Doctrinale florum 5 »

GoUaciones patrum 12 »

Spécimen Galenni 5 »

Opus regale .10 »

De erudicione religiosorum 1 6

Figure (sic) Bliblie (sic) 2 »

Opus quattuor evangelistarum 1 5

Anima fidelis ...'......,.. 3 »

Rethorica Guillermiparisiensis 3 »

Bénédictine 3 »

Moralia almani 4 »

(1) Le libraire dijonûais a peat-être écrit Cronica pour GroDicon, et fait accorder, quand même^ parvum.

(2) Dignas pour Dinns. Dinus de Rossonibus, sa\«nt Jurisconsulte italien, mort en 1303.

sols deniers Tractatus de testibus 1 3

Meditaciones Augustini 12 »

Expositio hymnorum 2 »

Compotus 2 »

Timorateconsciencie » 8

Gautelle nove 2 »

Regîmen sanitatis » 10

Rubrice juris » 5

Apparatus Panormitani 1 3

Epistole Pauli » 10

Thorologium devotionis ....... » 10

Seneca de quattuor (virtutibus cardinalibus] » 5

Breviare Lengi'es petit, ung temps. ... 3 »

Diurnale Rome 10 »

Tertia pars cyntaxis 4 >»

Bréviaire Ostum 2 »

Catho cum commento 9 »

Ordonnance 1 3

Concordart 1 8

Adagia Erasmi 2 5

Gonviviorum francisi (sic) Philelphi) . . 2 i

Opéra Pogi 5 »

Tractatus de benefficio ......'. 5 »

Marciiius Fixinus de triplici vita 1 3

Biblia (sic) in-quarto Lyon 18 »

Cent-vingt et cinq feulles 7 »

La nxer des hystoires, 4 vol 2 francs.

Repeticio de bella pertica 1 sols »

Scrinium scripturarum 5 »

« Je Jehan Davot, librayre de Dijon, congnois et confesse avoir en garde du sire Jehan Ghief de Verne, serviteur du sire Jehan Pelit, librayre de Paris, les livres cy-devans escripts^ lesquelz livres je luy promets rendre ou l'argent

au pris cy dessus, toutes foys et quantes que bon luy semblera.

c Tesmoing mon seing manuel cy mis le dixiesme jour du moys de mars. Ainsi signé : J. Du Rup dit Dayot.

< Goppie, signé: Gentil « (avec paraphe).

Simon Grangier, fils de Pierre I; demeurait sur la paroisse Saint-Pierre. Il était marié à Guillemette Papillon.

Pierre II Grangier, autre fils de Pierre I, habitait près de son père, sur la place Sainte-Etienne. Aux élections de 1592; il vota pour Real ; Tannée suivante pour Fleutelot. Il était du parti des modérés.

C'est lui qui édita : Ismenias ou ïébolation de Tailan, et qui calligraphia, en 1615, le Discours bourguignon et françois, fait et prononcé par T Infanterie dijonnoise pour le mariage de M, de Termes avec 3f"^ de Mirebeau, si Ton en croit ces lignes empruntées au registre des délibérations de la Chambre de Ville :

« Paiement de 9 livres à Pierre Grangier , libraire, qui a écrit sur trois livres reliés en vélin les discours en françois et en patois bourguignon, prononcés à l'occasion du mariage de M. de Termes. »

Pierr^ Il "Grangier avait épousé Louise Cherot. Il en eut plusieurs enfants, entre autres : Antoine II et Daniel IL

Daniel I Grangier, quatrième fils de Pierre *I, demeurait dans le pourpris du Palais. On trouve aux Archives de la ville, à la date de 1583, cette note:

« Recette de l'amodiation de places et boutiques, dans le pourpris du Palais, que tenaient sire Daniel Grangier et sire Jean Desplanches, libraires. »

En 1588, Grangier fournit t pour un escu deulx tiers de papié, pour faire le feu de joye. »

Et en 1607, il lui était dû pour fournitures faites au sujet de la naissance du Dauphin, 8 livres 20 sols.

Daniel I Grangier mourut le 15 novembre 1636.

Maximilikn des Planches. C'était un fils de Jehan I Des Planches, et comme tel, chaud partisan du roi de Navarre. Il fut banni trois fois de Dijon, à cause de ses opinions politiques.

Quand, le 16 janvier 1589, le duc de Mayenne dressa sa première liste de proscription, Maximilien eut l'honneur d'y figurer :

t Maximilien Desplanches sera chassé. »

Gela suffisait alors, comme cela a toujours suffi. Quelques mots, une signature, et voilà une existence brisée ! Heureusement, pour la honte des prescripteurs, les proscrits ne se lassent point. De retour à Dijon, M.aximilien Des Planches garda ses opinions et son franc parler. Il en fut récompensé comme on Test toujours en pareille occurrence. Gabriel Breunot écrit le 24 mars 1594 :

« Ceux de la ville mettent hors d'icelle Maximilien Desplanches et tient-on qu'ils eussent fait sortir aussi d'icelle

Jean Desplanches «'ils s'en fussent peu passer parce que il avoit à ce que l'on dit demandé à un sergent de la mairie raison des livres qui lui avoient esté pris au commence-^ ment de ces troubles. Autres dient que ce n'est le fils qui a parlé au sergent ains le père et l'un et l'autre ne sont pas trop sages et ne peuvent tenir leur langue. »

Ge second bannissement, toutefois. Des Planches l'avait esquivé. Breunot écrit encore le 13 avril suivant :

< Maximilien Desplanches estant rentré en la ville par permission de M. le Prince estant en un jardin avec quelques-uns de ses amis en présence de deux petites filles, ayant à ce que l'on dit jette quelques parolles rapportées à M. le maire, est aussy tost coffré et mis prisonnier, depuis

est mis hors de la ville. »

— iU —

La délibération de la Chambre de ville du vendredi 25 avril 1594, jette un jour révélateur sur tout cela :

« Sur la requête présentée par Maximilien Desplanches, libraire, prisonnier, dont lecture a esté faicte ; ensemble de la délibération contre luy faite le 22 du moys de mars dernier, suyvant laquelle il fust dehors mis et expulsé de ladite ville ; toutesfois au contemp et mespris d'icelles est tousjours demouré aux faubourgs Saint-Nicolas et faisant projet rentrer en lad. ville. ^

« Ouï le procureur syndicq, la Chambre de lad. ville a de rechef ordonné et ordonne que led. Desplanches sera promptement mis et expulsé de lad. ville, faubourg et banlieue dud.

t Luy faict inhibition et desfenses s'y retrouver pendant les remuemens de guerre à peyne d'estre pendu et estranglè. Ce qui sera exécuté en cas de désobéissance et contravention, sans figure ny mestier de procès. >

Nous ne connaissons aucun livre édité par Maximilien Des Planches,

Jean Mànssant était libraire en 1605. C'est lui qui édita le Plaidoyer des Médecins et Apothicaires^ imprimé chez J. Maignien.

Jean Motet. — Richard publia chez lui, en 1607, ses Sept psalmes poenitentielzy imprimés par Maignien.

Antoine II Prangier succède à Pierre II, son père, en 1615. L'année préïsédente, il avait épousé Perrenette Collot, de laquelle il eut :

Jeanne^ le 23 février 1615 ; Jacques, le 20 juin 1616 ; Anne, le 19 juin 1620.

Il mourut le 20 septembre 1659, et fut enterré dans le cimetière Saint-Médard.

Daniel II Granoier, fils de Pierre II, était aussi libraire. En 1631, il épousa Jehanne Guilleminot, qui lui donna deux filles et un fils. Il mourut le 23 février 1666.

Pierre III Gràngier apparaît comme libraire vers la même époque. De qui était-il fils ? Nous ne savons, car on se perd, dans cette innombrable famille des Graxigier. Toujours est-il qu*aux environs de 1628, il prit pour femme Jeanne Simonot, et se mit en devoir de perpétuer sa race. Nous trouvons parmi ses enfants :

Claudine, née le 12 avril 1629 ;

Jean, né le 9 octobre 1630 ;

Bénigne, née le 15 septembre 1632.

Pierre III mourut le 26 mai 1654 et fut inhumé « en Taîle gauche de Saint-Médard. »

Nicolas Des Planches était libraire en 1631.

Philippe Des Planches était libraire vers 1640. Sa femme, X... Naissant, mourut le 7 octobre 1652.

Hugues Des Planches, né en 1610, mourut le 29 juillet 1655. Il avait épousé^ le 14 octobre 1653, en secondes noces^ Jeanne Réfrognet, fille d'un notaire de Saint-Seine.

Une fille du premier lit,Claudine, lui était née le 9 avril 1651 .

Claude I Des Planches, fils de Jean III, naquit le 5 mai 1623. Il épousa le 30 septembre 1653, Jeanne Rollin, dont il eut :

Claude II, le 17 février 1658 ;

Bernard-Joseph, le 19 mai 1659.

En 1660, Des Planches demeurait dans « Tlsle de M. Berthier. t

C'est pour Claude Des Planches que la veuve Philibert Chavance imprima : Philippi Roberti Jvrisconsulti et joatroni Divionensis carmina grœca et latina quœ super sud t,

Il mourut le 24 avril 1670.

Clément NEVEU, libraire, en 1660, rue dé la Poissonnerie.

Michel LalemenD; libraire, jg^rande rue Notre-Dame, en

Jacques-Daniel Grangier, fils de Daniel II Grangier, reprend, en 1662, la librairie de son père. Il meurt le 18 septembre 1700, âgé de 61 ans. On le qualifie libraire et lieutetenant des murailles.

La veuve Jacques-Daniel Grangier, née Michelle Bardet, a librairesse, » est exempte de payer la taille, ayant 12 enfants. Elle demeurait place du Palais.

Palliot. — Les registres des tailles de 1710 font mention d*un Palliot, libraire à cette époque, dans la grande rue Saint-Etienne. Nous ignorons ses prénoms.

Antoine Farjot avait sa boutique de libraire, rue de la Poulaillerie, aujourd'hui rue Piron ; en 1710, grande rue St-Etienne.

Parmi les livres et opuscules qu'il a édités on trouve : ' Ebavdissemen Diionnoy sv Fhevrôse naissance de Mgr Dvc de B regagne, 1682.

* Par une méprise singulière, M. Mignard, dans sa Bibliographie raisonnée de l'Idiome Bourguignon^ donne cette pièce deux fois, en 16â2 et en 1682; il est évident que VEbaudissemen de 1632 n'existe pas.

Discor loyou de Héiovissance de lai Velle de Dijon, en rime Borguignôte, su lai naissance de note Duc, loné po ionée. Ai Dijon, se ven ché Anthone Farjô, vis ay vis dé peti Belô, 1682 ;

Le Chai de Nôveîle. Dialogue de Plantebode et Rude- 'meignej 1689.

. ^es deux dernières pièces, qui sont fort rares, se trouvent dans la riche collection bourguignonne de M. Marc de Vesvrotte.

Comme on Ta vu, Ift Chambre syndicale .deô imprimeurs çt libraires date de 1691, Antoine Farjot en fut le premier çyndic. Il avait épousé Philiberte Gillet, qui était encore, libraire en 1729, sous le nom de veuve Farjot, et habitait la rue Condé.

Au commencement du xvin^ siècle, il y avait en dehors des imprimeurs qui tous faisaient la librairie, cinq libraires, ainsi qualités dans les titres des archives municipales :

. Antoine Farjot, libraire et relieur ;

Veuve Jacques-Daniel Grangier, libi:airesse ;

Claude -Anthoinette Grangier, fille ;

Demoiselle Anne Hermille, fille, revenderesse ;

Grangier-Bertrand,. marchand libraire, figure en qualité de fabricien dans un acte du vendredi 26 juillet 1680, dont on trouve la copie dans les Preuves de F Histoire de Y Eglise de Saint'Estiennèf de Tabbé Fyot,Il vend à la ville « quatre cartes géographiques pour mettre en la gallerye nouvellement construite en Thostel de la dicte ville, » moyennant 20 livres.

Nous ne savons si Grangier-Bertrand existait en 1701 ; mais on voit en 1703 une veuve Grangier Bernard impliquée dans l'affaire de l'Histoire du Quillotisme, qui ne peut être que sa veuve.

Chose singulière ! dans ce livre objet de tant de pour^ suites, figure jusqu*au nom d'une librairesse dijonnaisé : Hermille ! '

On a vu combien le syndic Ressayre était sévère pour les imprimeurs ; il ne l'était pas moins pour les libraires. Sur s^ requête, présentée en 1707, le Conseil d'État privé du Roi rendit un arrêt, en faveur des imprimeurs et libraires de Dijon, dans lequel on lit :

« Les magistrats de cette ville, par une affectation singulière, nonobstant les plaintes que le supliant leur a portées, souffrant que le nomnié Migneret, maître à danser^ Magnin,

tailleur d'habits, Alexandre, la Eno, la Mamets, revenderesses ; Moreau, tambour de la ville , la Mighelle, mercière^ et-plusieurs autres de toutes sortes de Professions, sans avoir fait apprentissage de Libraires ni d'Imprimeurs, s'ingèrent dans les fonctions de la Librairie et de Tlmprimerie en vendant toutes sortes de livres contre la Religion et contre les bonnes mœurs ; commerce qui leur est d'autant plus aisé que la ville de Dijon est dans le voisinage de Genève ; » le Conseil ordonna que ces librairies interlopes fussent fermées.

Jean HeRmil, ou Hermille, marchand libraire et graveur en taille douce, meurt le 23 novembre 1691, âgé d'environ 94 ans. Son fiU; Rouland Hermille, s'intitulait simplement maître carlier ; il est probable qu'il vendait aussi des livres. Il demeurait près de la Ste-Ghapelle. Une de ses filles Anne Hërmille, est autorisée par lettre signée Ghauvelin, datée de Versailles, du 9 juin 1734, à céder sa librairie au sieur Andréa.

Quoique qualifiée de revenderesse, Anne Hermille tenait des nouveautés. Nous avons sous les yeux une Histoire des ordres monastiques religieux et militaires, publiée en 1714 chez J.-B. Goignard, à Paris, sur laquelle l'acheteur a écrit ;

« Acheté chez l'Hermille, à Dijon, le 25 octobre 1714. »

En 1705, elle habitait Place Royale ; en 1732, rue Gondé.

Ghigheret avait une boutique de librairie sur la paroisse Saint-Médard. Sa femme, Pierrette Milleret, y meurt le 18 mars 1754.

Antoine Mioneret, fils du maître à danser dénoncé par Ressayre, reprit la librairie paternelle en 1709. Elle était située place Saint-Etienne.

Bientôt Timporiance de ses affaires, ses connaissances spéciales, le signalèrent aux suffrages de sa corporation, et dès 1712, il était nommé syndic à la place de Ressayre luimême. Migneret conserva ces fonctions jusqu'en 1719. Adjoint en 1745, il fut de nouveau syndic en 1753, date de sa mort.

On verra qu^il exerça pendant quelques années l'imprimerie à Nuits, sanô abandonner sa librairie de Dijon.

Migneret avait épousé Hélène Bresson (1).

GotGNARD DE Lapinelle (Pierre-Frânçois), agrégé en l'Université de Paris, prit une librairie, rue de Gondé, en 1732. Il était fils de Jean-Baptiste IIIGoignard, imprimeur ordinaire du Roi, de TAcadémie Française, ancien Gonsul des Marchands de la ville de Paris, et de Anne Simard.

Le 29 septembre 1733, Pierre Goignard épousa Bernarde Verstel, dijonnaise célèbre par sa beaulé. Fille de Marie Piron, elle était cousine d'Alexis, et fut l'objet insensible des premières amours du poète. Il l'a célébrée en vers et en prose, sous'le nom d'Amaryllis, et a entretenu avec elle une correspondance dont quelques épaves ont été publiées par M. Honoré Bonhomme, dans ses Œuvres inédites de Piron, Pauvre Alexis ! comme le Gyclope, il conte sa peine à tous les échos. Il en parle jusque dans cette joyeuse lettre sur son Voyage à Beaune, adressée à Philibert Jehannin, coûseiller au Parlement, et non au président Bouhier, ainsi que l'assure M. Honoré Bonhomme. Ge n'est pas sur. ce ton que Piron aurait écrit à un homme de l'âge et de la condition du président Bouhier (2).

D'après les lettres de Piron, « sa belle cousine » aspirait à

(1) Un de ses descendants, M. S. Migneret, habite Langres. n a donné, en 1835 , un précis de l'histoire de cette ville, qui est aujourd'hui recherché.

(2) M. Honoré Bonhomme a pablié beaucoup de pages inédites de Piron, mais avec une négligence impardonnable. Il tronque à chaque mot le patois bour-

Un brillant mariage. C'était peut-être là le secret de ses dédains pour le poète. Très jeune d'ailleurs (à peine dix-neuf ans en 1715), l'avenir s'ouvrait devant elle. Fatigué, Piron donna enfin cours à son humeur, dans une pièce intitulée : Ëtrennes à ma cousine V, (1)

Puisqu'à la noblesse elle en veut,

Grands Dieux, contentez-la ! Donnez-lui, s'il se peut,

Un époux du beau sang des Bourbons ou d'Autriche !

D'un comte ou d'un marquis qu'elle ait au moins la main !

En tout cas, qu'un si beau terrain %

Ne reste pas longtemps en friche !

Mais il en tenait, et ces vers moqueurs se terminent par un aveu :

Interrogez l'Amour et lisez dans mon cœur; Vous y verrez écrit : Banich».

Baniche est la forme bourguignonne de Bernarde.

Mademoiselle Yerstel, débarrassée des assiduités de son cousin, attendit longtemps l'époux rêvé. Elle tenait avec sa mère ui^e boutique de marchand, au coin de la rue Gondé et de la rue des Etioux. Elle avait SI ans sonnés lorsqu'elle se maria.

Ge mariage de Pierre Goignard parait avoir été fait contre le gré do son père. Mais Madame Goignard^ fit tout pardonner. Néanmoins certaines révélations contenues dans

guignon, et sons prétexte de corriger Peignbt, il imprime des choses inintelligibles. Un exemple seulement : Peignot avait écrit :

Et nous Jouâmes l'un et l'autre Un rôle selon notre état : Messire Jean faisait l'apôtre, Et moi Je faisais l'apostat,

M. H. Bonhomme rectifie ainsi : '

Moi, Je faisais Vapostolat.

(1) H. Bonhomme — Œuvres inédites de Piron,

une lettre de Jean-Baptiste Coignard à sa belle-fille, ne manquent pas de piquant :

A Paris, ce 11*^ janvier 1734.

Ma chère fille,

Je vous tiens parolle sur l'adoption que j'ay faite de vous, lorsque nous disnames ensemble, lors de vostre dernier voyage en cette ville.

Mon fils ne pouvoit tomber en meilleures mains qu'entre les vostres. Je prie le Seigneur qu'il bénisse vostre mariage, et si j'ay levé la substitution que feue ma femme avoit faite, ça esté par pure considération pour vous.

Nous allons travailler à assurer les droits de vostre mary dans la succession de sa mère, relativement aux conventions de vostre contrat de mariage. Soyez persuadée que je vous ay dans mon cœur, et que je ne vous regarde pas moins que mes autres enfants.

Je souhaitte que vostre mary ait toute l'attention que vous méritez. Aimez-moy aussi tendrement que je vous aime. J'ay tousjours aimé la société ; c'est ce qui m'a povté à espouser une demoiselle de mes voisines que j'ai aimée de tout temps. Je n'ay point esté exposé aux enquestes ; mes enfants ont approuvé ce mariage : c'est ce qui m'a fait un vray plaisir. Je ne doute pas que vous ne l'approuviez.

Si jamais vous venez en cette ville, vous connoistrez que j'ay fait un bon choix, et qu'elle mérite mon amitié ; heureux si je puis me rendre digne de la sienne ! Vostre mary l'embrasse de tout son cœur ; n'en soyez point jalouse. Elle contribuera à la paix qui doit régner entre le père et les enfants.

Regardez-moy, et me croyez vostre affectionné père.

Coignard (1).

(1) Jean-Baptiste III Coignard, nommé libraire en 1717, mourut en 1768. — Son père J.-B. II, serait mort, suivant Werdet, en 1730.

Aprê's dix ans de mariage, Madame Coignard était encore réputée une des plus belles femmes de Dijon.

Lorsqu'fen 4744, le parlement de Bourgogne refusa, malgré Tordre royal, de rendre au commandant militaire les mêmes honneurs qu'aux princes du sang, le comte de Tavanes exila six de ses membres, parmi lesquels était de Brosses, et ne manqua aucune occasion d'humilier ces robinsi qui le narguaient et le chansonnaient. A une fête donnée par les chevaliers de TArquebuse dans leur jardin, il ouvrit donc le bal avec une simple bourgeoise, « la belle » Madame Coignard, au grand dépit des femmes de présidents et de conseillers briguant cet honneur.

La famille de M. le conseiller Delamarche conserve de cette dame un portrait au pastel, où se retrouvent encore un peu de la beauté et des grâces d'autrefois.

Pierre Coignard mourut à Dijon le 7 juillet 4750, et fut enterré dans le cimetière de Saint-Médard. Il avait 56 ans.

Veuve Coignard. Elle s'associa son neveu Frantin, et continua la librairie, rue Saint-Etienne. C'était chez elle qu'on trouvait : .

Poésies diverses de deux amis, ou Pièces fugitives de M. M, D, D. et de M. F. D. N. E. L. (Mailly, de Dijon, et ' François de Neufchâteau en Lorraine), 1768, in-8".

La ville achète, en 1765, chez la demoiselle veuve Coir gnard, marchande libraire :

Un traité de l'arrangement des archives, moyennant 15 liv. ;

Et un Dictionnaire f ou traité de la police des villes, pour 7 liv. . .

Ce dernier ouvrage fut relié aux armes de la ville (gravées par Monnier), moyennant 2 liv. 15 sols, par Culembourg, grand-père maternel du libraire Tussa.

Madame Goignard s'éteignit chez Frantin, le 48 septembre 4794, Agée de98ans.

Gruère. On trouve ce nom sur le procès-verbal de la nomination de Jean Ressayre aux fonctions de syndic des imprimeurs et libraires de Dijon, du 8 mai 4710.

Nous croyons que ce Gruère est le même que Pierre Gruier dont il est parlé dans un mémoire sans date ni signature qui existe aux Archives départementales, et dont voici un extrait :

« Avant Pierre Gruier, auquel le sieur du Poirier succéda le 8 août 1789, c'étoit toujours un . imprimeur-libraire qui étoit imprimeur^ libraire et relieur de la Chambre des Comptes. Jean Desplanches, Pierre Palliot, Jean Grangier et Eléonor Grangier, tous imprimeurs et libraires avoient été les prédécesseurs de Pierre Gruier, et il était tout naturel alors que les provisions expédiées en leur faveur leur donnassent les titres et qualités d'imprimeurs-libraires, relieurs et ouvriers en châssis de la Chambre des Comptes. »

« Pierre Gruier, pourvu le 20 mai 1713, avoit pris la qualité de libraire ; Antoine du Poirier, pourvu le 26 mars 4739, celles de libraire, imprimeur et relieur; Dubernet lui-même a pris les qualités d'imprimeur et relieur.... Ces provisions n*ont jamais été registrées sur les registres de la CommunaCfté des Imprimeurs et Libraires de Dijon. »

Quoi qu'il en soit, Gruère ou Gruier, Du Poirier et Dubernet, qui n'étaient en réalité que des relieurs, n*ont rien édité ni imprimé, du moins à notre connaissance.

Petitot a signé, comme Gruère, le procès-verbal du 8 mai 1740. C'est tout ce que nous savons de lui.

Thévbnot avait sa boutique de libraire, rue Condé, 40, maison Chisseret, au coin de la rue du Bourg.

Le 7 septembre 1744, il vendit son fonds à

François Desventes qui avait été reçu libraire par délibération du !•' juillet 1737.

Desventes édita Lettres sur Fétat actuel de la ville somterraine d'Herculée, 1750, premier livre publié par le président de Brosses; les Tablettes historiques, topographiques et phisiques de Bourgogne , de 1753 à 1760 ; le, Traité des Criées, ventes des immeubles et des offices par décret t de Jean-Alexis Thibault, 1760, et le fameux Mémoire pour les Élus généraux.

On ne fut pas tendre pour lui. Tandis que Hucherot était enlevé et enfermé à la Bastille, le libraire était frappé dans sa fortune. Ecoutons le Mercure dijonnais du 23 juin 1762 : !

t Les biens du sieur Desventes, libraire, furent saisis et annotés à la requête du procureur-général de la Cour des. aydes de Paris, faute par luy de s'être mis en état sur le décret de prise de corps décerné contre lui par cette cour, au sujet de la première édition du Mémoire pour les Ekis généraux des Etats de Bourgogne. »

De ce jour, la fortune de Desventes déclina. Il avait été syndic de la corporation en 1745, et prenait le titre de Libraire de S. A. S. Mgr le Prince de Gondé ; après ses épreu^ ves, il ne fit plus que végéter. C'est au point qu'en 1780 on le déclarait notoirement absent. Il avait travaillé pendant cinquante ans à l'imprimerie, à la librairie et à la papeterie.

Des ventes avait pour enseigne : A f image de la Vierge,

Edme Bidault. C'était un relieur demeurant place Royale, et qui exerçait la librairie en vertu d'une lettre de privilège du 23 janvier 1768.

Voici l'avis qu'on trouve sur la couverture de quelques-uns de ses livres :

. « Bidault, libraire à Dijon, vend toutes les nouveautés à mesure qu'elles paroissent, •fait venir tous les Livres que l'on désirera, tant de Paris que de l'étranger, ainsi que tous les Journaux et Gazettes, le tout au même prix qu'à Paris ; vend et acheté Livres de hazard et Bibliothèque ; se charge d'en faire la prisée et Catalogue, même d'en faire la vente à l'encan, et d'en rapporter le produit moyennant le sou par livre pour tous droits : les Personnes de qui on vendra se jferont nommer, ou non, suivant leurs désirs, ou on fera la vente sous des Noms étrangers, à l'imitation de la Capitale Bi de plusieurs autres Villes.

«L'on pourra aussi faire des échanges pour d'autres Livres: le Sieur Bidault est assorti de presque tous les Livres de Droits, anciens, rares, modernes et nouveaux. 1772. »

Le 27 juin 1772, le syndicat de la librairie, s'autorisant de l'Edit de 1686^ fit sommation à Bidault d'avoir à opter entre la profession de relieur et celle de libraire ; mais le 9 juillet 1772, les inspecteurs ayant saisi chez lui plusieurs livres prohibés, « blessant, ouvertement la pureté des mœurs et la décence, » Bidault fut destitué de son état de libraire et de , relieur, par arrêt du Conseil d'Etat du 27 juillet suivant. Un arrêt du môme Conseil, du 8 février 1779, lui rendit son privilège.

Parmi les ouvrages qu'il édita figure : Histoire des guérites des deux Bourgognes sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. — A Dijon, chez Bidault, libraire, place Roy aie ,

Or, ce livre fut imprimé eii 1772 (le privilège est du 10 janvier), et non-seulement imprimé, mais mis en vente. M. d'Ussieux, à la suite du drame : Les Héros français, ou le siège de Saint-Jean-de-Lône, Pai^is, 1774, dit en effet

qu'il a pris une partie de son précis historique dans rJE/ïs-* toire des Guerres des deuxSourgognes de M. Béguillet.

Un exemplaire de cet ouvrage qu'on vient de nous communiquer, explique l'énigme. Il se vendait primitivement :

A DijoUy chez Defay ûls, libraire, rue Portelle ;

El a Paris f chez Delalaia, libraire , près la Comédie Fraa^ çaise, 1772.

On en a donc refait le titre, quand Bidault acheta ce qui restait de V Histoire des Guerres des deux Bourgognes,

A propos de cette Histoire, il y existe une lacune que nous avons déjà signalée dans Tintroduction du Véritable récit de la ville de S ai net-Jean- de- Leone (Dijon, J. Marchand, Id'?^) ; c'est à savoir l'omission du nom de /. DeniSy dans la fameuse Délibération signée sur la brèche par les combattants.

Ce F: Denis n'était autre que frère Denis Falcon, carme, lequel se conduisit en héros pendant le siège, et dont on a effacé le nom dans tous les récits, afin de ne pas rappeler aux lecteurs que le reste du clergé de la ville avait été au nombre des fuyards (1).

Bidault eut deux enfants: un fils qui lui succéda, et une fille, Catherine, mariée au libraire Yon. Il mourut le 31 janvier 1816.

Lagarde rue Gondé, édite en 1766 : Essais sur la culture du mûrier blanc et du peuplier d'Italie^ de Bolet,et YEpître aux Rois Conquérants, de Mailly. En 1774, la librairie est tenue par sa veuve.

(1) L'Histoire des guerres des deux Bourgognes est dédiée à M.Ie Marquis de la Tour du Pin. L'exemplaire en maroquin rouge, à ses armes, qui lui fut offert, a été adjugé dans une vente publique à D^on, en février 1879, an prix de 60 fr. Il appartient maintenant à M. le docteur L. Marchant.

Ainsi que nous l'avons dit, le deuxième volume de cette histoire est la reproduction presque textuelle de l'ouvrage de Jacques Declume. On a peu d'exemples d'un plagiat aussi impudent.

Durand (Jean-François), libraire et graveur, naquit à Besançon vers 1721.

On a de lui:

Catalogues et armoiries des gentilshommes qui ont assisté à 7a tenue des Élats-Gënéraux du Duché de Bourgogne depuis Tan 1548 jusqu'à ïan 1687, tirés des registres de la noblesse. — A DijoUf chez Jean-François Durand, graveur, grande rue Notre-Dame.

Ce livre est imprimé chez la veuve Desaint.

Durand mourut à Dijon, rue Jeannin, le 6 brumaire, an 3 (27 octobre 1794).

Antoine Benoit. Une délibération du H novembre 1770, concerne ce bouquiniste, qualifié à tort de libraire, puisque, en 1777, il ne vendait encore que de vieux livres. Le 5 septembre 1779, il demanda à être reçu libraire, et sa demande fut accueillie.

C'est chez Benoît que Thomassin publia sa Dissertation sûr le charbon malin de la Bourgogne^ ou la pustule maligne, 1780.

Il habitait , la maison qui fait Tangle de la place des Cordeliers et de la rue du Petit-Pôtet.

Jean-Baptiste Mailly, né à Dijon, le 16 juillet 1744, professeur d'histoire et de géographie au collège des Godrans, membre de TAcadémie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon, de la Société patriotique de Hes&e-Hombourg, se fit recevoir libraire le 18 mai 1780, et acheta le fonds de librairie de Frantin. Il avait rédigé, du 2 janvier 1776 au 28, décembre 1779, les A fâches. Annonces et Avis divers de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de Gex, la troisième feuille périodique publiée à Dijon, si Ton compte la Gazette de Toussaint Vitas.

Mailly demeurait place Saint-Fiacre.

Il vendait un petit livre, presque introuvable aujourd'hui, qui portait ce titre alléchant :

Les frères Lasne, anciens commerçants à Beaune.

Origine des Plaisanteries faussement imaginées sur le compte des Citoyens de cette Ville.

Explication de quelques Historiettes.

Par M. A.-T, Chevignard de la Pallue^ Ecuyer,

A Bonne intention, 1784.

Sans nom d'imprimeur.

Outre les Affiches, VEpître aux Bois Conquérants, et les Poésies diverses de deux amis, dont il a été parlé plus haut, Jean-Baptiste Mailly est encore Tauteur de :

1» Esprit de la Fronde, histoire politique et jûilitaire des troubles de France pendant la minorité de Louis XIV, — Paris, Moutard, 1772-1773, 5 voL in-12 ;

2® L'Esprit des Croisades, ou Histoire politique et mili^ taire des guerres entreprises par les chrétiens contre les mahométans pour le recouvrement de la Terre-Sainte, pendant les XI^-XUI^ siècles. — Dijon et Paris, Moutard, 1778' 1780, 4 vol. in-12;

3« Fastes Juifs, romains et français, ou Eléments pour le cours d'histoire du collège de Dijon, précédés d'un abrégé de géographie^ ouvrage qui peut servir à f éducation dans les autres collèges et pensions de l'un et f autre sexe. — Dijon f fauteur, Frantin, et Paris: Théophile Bar rois Jeune^ 1782,2 voLin'12;

A^ Entreprise de Jacques Verne pour , remettre Dijon en f obéissance de Henri IV. (Mém. de l'Académie de Dijon, 1830-81.)

5* Essai historique sur la réduction de la Bourgogne à f obéissance de Henri IV, mss, dont une copie est à la biblio* thèque publique de Dijon (1).

(1) Hateau et Oarnier •— Galerie Bourguignonne,

Mailly mourut le 7 germinal, an 2 (27 mars 1794). 11 est qualifié professeur au collège, sur l'acte de décès. Il avait quitté la librairie depuis longtemps déjà, pour reprendre sa chaire.

François Guyot succède à Mailly.

Il se suicide à 34 ans.

Voici une lettre de Delmasse, chef du bureau des émigrés, publiée dans le Nécessaire du 18 février 1795, qui indique es causes de ce suicide :

« Citoyen, je te prie d'insérer dans ton plus prochain numéro la note suivante :

« J'apprends à l'instant que le malheureux Guyot vient de se noyer de désespoir.

« Je viens de livrer à l'impression une réponse au mémoire intitulé : Procédures et pièces relatives à f assassinat de Richard (\). Cette réponse paroîtra incessamment; mais en attendant je me hâte d'annoncer que j'y démontrerai d'une manière incontestable et sans réplique, que Richard n'a jamais réclamé contre l'inscription de son nom sur la liste des émigrés, et qu'il a été conséquemment légalement déclaré émigré.

« Tant de citoyens innocens sont peut-être impliqués dans cette affaire, que la peur ou la foiblesse d'esprit pourroit porter à des extrémités aussi fâcheuses que celles qui ont terminé la vie du citoyen Guyot, que je regarde comme un devoir sacré et un acte d'humanité de m'empresser de les rassurer.

c L'arsenic n'est pas un poison plus subtil que la calomnie.

« Delmasse. »

Le VEUVE François Guyot continue la librairie, et vend, en 1802, à Tussa.

(1) Richard de Ruffey.

TussA (Nicolas) naquit à Dijon, le 24 juillet 1776. Il était fils de Esprit-Joseph Tussa, maître menuisier, un des champions de la réaction dijonnaise en 1790, et Torganisateur d'un club connu sous les noms de Club Tussa^ la Nouvelle Tirelire, ou le Vieux Couvent, que l'administration départementale fit fermer par délibération du 29 décembre 1790; son grand père maternel était l'habile relieur dijonnais Gulembourg. A cette double école, Nicolas Tussa puisa l'amour éclairé des beaux livres, et devint plus royaliste que le roi.

C'était un esprit vif, passionné, profondément gaulois. Avec Saintpère, le futur restaurateur des tombeaux des Ducs de Bourgogne, et Gappus, à la verve intarissable, il animait toutes les réunions, toutes les fêtes. Aujourd'hui encore, on cite ses bons mots, ses farces au gros sel, sa laideur incomparable; on fredonne les chansons dirigées contre lui. Gauthier ne l'a pas oublié dans sa gravure satirique connue sous le nom des Grotesques dijonnais.

Tussa tenait, rue Vauban, 7, une librairie « moderne et de nouveautés. » Ge sont les termes d'un rapport officiel de 1810 ; mais il en est de ce rapport comme de tant de choses officielles : la vérité y est légèrement fardée.

Non, Tussa n'était pas un simple marchand de livres ; c'était un connaisseur, un amateur, un collectionneur intrépide, et par conséquent un mauvais libraire. Il arrivait à l'heure propice, à l'heure chère aux bibliophiles, alors que les couvents d'une part, les émigrés de l'autre, avaient jeté sur la voie publique les trésors de leurs bibliothèques, et il recherchait avec un zèle admirable, les incunables, les gothiques, les bois charmants du xvi^, les éditions originales des écrivains de ce grand siècle. Il y en avait des monceaux chez Tussa, et il ne pouvait se résoudre à les vendre. Un jour, Nodier et Gabriel Peignot entrent dans son magasin (il demeurait alors rue des Forges, 1, dans les

locaux actuels de l'administration des Postes), et Nodier se. dirige vers certaine armoire, après laquelle la clef était restée. Il l'ouvre et met la main sur un exemplaire hors ligne des Songes drolatiques de Pantagruel, Tussa le lui fait un prix impossible ; Nodier marchande, et il allait peut-être payer le prix réclamé, quand l'incorrigible libraire, profitant d'un instant de distraction de Nodier, prend le livre, le rejette dans l'armoire, en met la clef dans sa poche, et s'écrie d'une voix rogue :

— Je ne vends pas ce livre-là !

Mais revenons en arrière. Sous la Restauration, Tussa prit le titre de libraire de S. A. S. le prince de Gondé, et édita presque toutes les productions royalistes du chevalier Chambelland : les Soucis de Jeanne d'ArCy le Troubadour Béarnais j le Duc d'Enghien, etc. y brochures de quatre pages chacune, sur lesquelles on lit : A Dijon^ chez Tussa, au Cabinet Royal, place Vauban, Il édita aussi une brochure anti-patriotique, de 4 pages in-A^, intitulée :

Toasts qui doivent être portés au Banquet qui sera donné dans le jardin de l'Arquebuse de Dijon, le 16 avril 1814, par une société de fidèles amis des Bourbons,

En d829, il donna encore :

Les DéguisemenSf ou une Folie de grands Hommes, comédie en un acte et en vers, de Brifaut, de l'Académie Française, écrite pour l'inauguration du théâtre de Dijon.

Tussa mourut le 19 janvier 1852.

Ses livres étaient allés on ne sait où ; quant aux bouquins, ils avaient été repria par Pierre Seguin, qui ne fut pas le successeur de Tussa, mais si on peut s'exprimer ainsi, le liquidateur de ses fonds de magasin.

Coquet (Antoine-François), né à Saint-Germain-la-Feuille, le 7 novembre 1751, obtint un brevet de libraire le 9 juin

Il ouvrit boutique dans la maison natale de Bossuet, dont il s'était rendu acquéreur, et qui était « encore telle que du temps de ce grand homme, » dit le docteur Vallot dans ses Promenades (manuscrit de la bibliothèque de Dijon). En 1799, Coquet fit changer la façade de cette maison historique.

Dans le rapport envoyé au gouvernement, le 6 juin 1810, il est dit de Coquet :

« Vend des livres étrangers; les reçoit de Paris, comme tout ce qu'il vend, en général. Ne loue pas au mois. »

C'est chez Coquet que se trouvaient :

Découverte des ruines d'un monument triomphal qui a existé f depuis environ Fan 560 avant i/.-C. dans la trèsantique fi té de Divio, aujourd'hui Dijon, pla'quette assez rare de l'ingénieur Antoine.

Lettre à M. Girault, pour servir de supplément a ses Essais historiques et biographiques sur Dijon, par Baudot aîné, 1815 ;

Examen des apparitions et révélations de l'ange Raphaël, à Thomas Martin, serviteur de Dieu, dans les mois de janvier, février, mars et avril 1816, par le président Joly de Bévy, le même qui avait écrit le pamphlet contre Varenne, en 1762. x '

Coquet mourut place Saint-Jean, le 17 novembre 1833.

PoPELAiN (Antoine) naquit à Roanne (Loire); en 1794, le treizième de vingt enfants. Son père et un frère aîné, attachés au service des vivres de la grande armée, moururent dans les neiges de la Russie, en 1812.

Après avoir terminé ses études au séminaire, Popelain devint l'associé de Douïller; puis, en 1822, il reprit le fonds de Coquet. Sa librairie, située comme on vient de le voir, dans la maison natale de Bossuet, place Saint-Jean, ne fut bientôt connue que sous le nom de : Maison Bossuet.

Popelain était écrivain à ses heures. Il a composé plusieurs ouvrages de piété, publiés sous différents pseudonymes, et a revu en entier le Recueil de prières de Madame de Fenoil, dont il donna une édition en 1829.

Cette édition, imprimée par Outhenin-Ghalandre, de Besançon, et sur du papier fabriqué exprés, inaugura le format in-32 jésus. Nous avons le format Charpentier ; ces élégants in-32 si commodes, si répandus aujourd'hui, devraient, en toute justice, s'appeler formats Popelain.

Il publia :

L'existence de saint Bénigne rétablie, ou Observations sur une notice de M, Vallot.,, par M, Suremain de Missery, i8S4;

Essai historique sur l'abbaye de Clnny, suivi de pièces justificatives.., par P. Lorain, 1889, ainsi que l'importante Revue des deux Bourgognes.

En 1842, M. Popelain vendit sa librairie et édita des livres de piété, qu'il faisait relier par Antoine Maître. Il s'adjoignit, en 1844, M"* Emilie Pellion, sous la raison sociale Popelain et Compagnie, et quitta définitivement les affaires en 1852, pour se retirer à Fontaine-les-Dijon, qu'il habite encore. C'est le doyen de nos libraires.

HÉMERY (Bernard-Joseph-Louis) succéda à Popelain le

27 décembre 4842; il remit sa maison le 27 mars 1865,

et mourut à Dijon le 30 octobre 1880.

Gagey (François) tint la Librairie Bossuet de 1865 jusqu'au mois de septembre 1874.

Ratel (Félix), son successeur, édita :

Le vénérable Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon... par M. F abbé G. Chevallier. 1875 ;

Oraison funèbre du T. R. P. Joseph Rey, fondateur et premier supérieur de la congrégation de Saint- Joseph, pro^

Doncée dans l' église de CîteauXy Je 28 juin 1875, par M. l'abbé J. Carra,.. 1875.

Bligny (Jean- Baptiste-Bernard) ouvrit, en 1795, une boutique de librairie rue des Forges, 20.

Sous la Restauration, il prit le titre de libraire de M«' le comte d'Artois. « Son commerce en livres et papiers est assez considérable, — dit un rapport au Préfet, du 22 avril 1822 ; — ses opinions politiques sont bonnes. >•

Bligny avait épousé, en premières noces, Catherine Sorlin, décédée le 28 mai 4827, et en secondes noces, Louise- Sophie I^ejambre. Il remit son fonds en 1828, et mourut le 4 juillet 483'7.

Blandin (LAZARE-PmLippE) lui succède. Son brevet est du 21 mars 1828. En 1830, il vend ses livres aux enchères et ne fait plus la librairie.

Marin, né à Saint-Etienne en Devoluy (Hautes- Alpes), s'établit en 1792, rue Notre-Dame; mais son lieu de vente habituel était le passage de la Cour des Pompes à la rue Condé. L'Almanach du département de la Côte-d'Or et de la ville de Dijon pour l'an XIII, dont il était un des éditeurs, porte cette rubrique : Marin, libraire f maison Nationale»

Il mourut d'un coup de sang le 30 juin 1805.

Sa veuve, Marie-Charlotte Remise, continua la librairie sous le nom de veuve Marin. Elle tenait les livres modernes, les nouveautés, et, comme presque tous ses confrères d'alors, elle louait au mois.

Une de leurs filles épousa :

Gaulard (Pierre-Couronné), né à Vernier-Fontaine (Doubs), le 9 mars 1780, qui prit aussitôt le nom de Gaulard- Marin.

Le premier livide bourguignon édité par Gaulard-Marin,

est; à l'heure présente, un livre recherché et hors de prix. Il a pour titre :

Notice sur la ville de Dijon, ses environs, et quelques autres villes de Tancienne Bourgogne, à l'usage des voyageurs qui visitent ces contrées ; avec trente^deux planches représentant des sites et des monumens, — 1817.

Ce livre est de M. de Mimeure.

Le goût de M. de Mimeure pour la gravure et le dessin, donna lieu, dix ans plus tard, à une correspondance assez cuiieuse entre le Préfet et le ministre de l'Intérieur.

« Il n'existe dans ce département, — écrit le Préfet, à la date du 22 octobre 1827, — que des presses lithographiques ou en caractères, autorisées par brevets, à l'exception toutefois d'une presse lithographique qui appartient à M. le marquis de Mimeure, à Dijon, et qui lui sert à imprimer les dessins de paysages de sa composition. M. de Mimeure, connu par ses bons principes politiques, est incapable d'en faire un mauvais usage. »

Cette assertion du Préfet ne pouvait calmer les craintes du comte de Corbière. On voulait, suivant les paroles de M. de Villèle, « l'anéantissement du tyran qui pesait sur la France, » et on recherchait, avec un zèle policier, les presses clandestines. Une nouvelle lettre du Préfet devint nécessaire.

Il écrivit, le 29 octobre suivant :

« La presse lithographique que possède M. de Mimeure ne sert qu'à l'impression de ses dessins, et les productions n'en sont ni publiées ni vendues. M. de Mimeure est un homme ricl\e, amateur de beaux-arts, dont il s'occupe seulement pour son agrément, et qui est tout-à-fait incapable de faire de sa presse lithographique un usage dangereux. Il ne l'emploie pas, au surplus, à l'impression d'aucun écrit. »

Après cette attestation, on laissa sa presse à M. de Mimeure.

Gaulard-Marin édita encore les Annuaires historiques et statistiques du département de la Côte-d'Or, et le Combat de Fontaine-Française^ soutenu par Henri IV en personne, et qui mit un aux troubles de la Ligue. Dédié à son altesse royale Ch.-Ph, de France j Monsieur. Girault choisissait, il faut le dire, un éditeur d'opinions peu orthodoxes. Les renseignements envoyés au Préfet, le 22 avril 1822, disent en effet de Gaulard-Marin :

< Tient cabinet littéraire; ses opinions politiques sont mauvaises. >

Il est vrai qu'il rachetait son libéralisme par cette adresse un peu prétentieuse :

« Librairie,, rue Condé, sous le portique du Palais de Monsieur. »

Son magasin était le grand escalier de la salle des Etats de Bourgogne.

Gaulard-Marin mourut le 14 octobre 1832, rue de la Liberté, 86, où il venait de transporter sa librairie. Sa veuve continua sous le nom de Veuve Gaulard, puis elle cessa le commerce des livres. On la retrouve quelques années après à la tête d'une maison de papeterie.

BouRGOiN (Albert), ancien prote d'imprimerie et relieur, créa une librairie, en 1800, rue du Chaignot, 3. Il louait surtout des livres au mois. La mort de sa femme, Anne- Denise Poigne, arrivée en 1817, -amena la fermeture de la librairie. Bourgoin mourut le 13 mai 1836, âgé de 95 ans 4 mois.

« Margot-DucreT; libraire, rue Petite-Poissonnerie, tient un assortiment de musique vocale, avec accompagnemens de guitare et de forte-piano. On trouve chez lui les airs des opéras les plus nouveaux, comme Aline reine de Golconde,

Helena, Michel-Ange, Joannha, les Mistères d'Isis, Zoraime et Zulnare, et des airs détachés. Il fait ,1a commission. »

Tel est l'avis publié par le Journal de la Côte-d'Or du 5 vendémiaire an XII de la République.

Dans le n" du 5 brumaire, Margot dit « qu'il se charge d'arranger les partitions des vaudevilles et de les copier. »

Gabriel Margot, né le 15 avril 1782, était fils de Jean- Baptiste, dit Margot; un des héros de la gravure satirique de Gauthier. Il épousa Louise Ducret, le 30 frimaire, an VIII.

En 1805, il demeurait place Saint- Vincent, aujourd'hui rue Vaillant.

Bidault fils reprit, en 1804, le fonds de son père, Edme Bidault. 11 faisait la librairie ancienne et moderne.

En avril 1814, c'est-à-dire pendant l'occupation étrangère, Bidault édita :

Ode aux favoris de la Fortune, composée sur la un de r année 1809 ; par Claude- Antoine Chambelland, de Dijon,

Cette pièce n'a de remarquable qu'une note ainsi conçue :

« Une main infidelle s'étant emparée de cette ode et de plusieurs autres manuscrits de l'auteur, dans les premiers mois de Tannée 1810, une dénonciation dirigée contre lui, en 1811, l'a mis dans le plus grand danger; et il n'est parvenu à conjurer l'orage qui menaçait sa tète, qu'en payant au tyran de la France le tribut de flatteries exigé de tous les gens de lettres. » •

Etrange coïncidence ! En mars 1871, pendant l'occupation étrangère, M. Scipion Doncieux, qui fut plus tard préfet de TArdèche, de Vaucluse et de la Loire, publia chez M. J. Marchand : — Deux Eaux^Fortes : — UÈre des Césars. — Les Blasphémateurs, poésies dont le seul intérêt consiste dans une note débutant ainsi :

c( Ces vers, dont je tiens à affirmer la date, et qui, sans que j'y change un mot, voient le jour pour la première fois, ont été écrits en 1867^ dans des heures bien sombres de tristesse et de désespérance. Alors, pour le plus grand nombre, l'édifice impérial, ce colosse aux pieds d'argile, paraissait aussi solide qu'il était brillant au dehors »

Pourquoi ces publications tardives de poésies sans importance? Pourquoi ces critiques lorsque tout danger est passé, quand l'ennemi est à terre ? Nous ne répondrons pas à ces questions ; mais il était curieux de constater comment, à la chute des gouvernements, de beaux esprits se rencontrent.

YoN (Charles-Marie) créa sa librairie, place d'Armes, 3, en 1804. Il vendait des nouveautés, et louait au mois. C'est chez Bidault et chez Yon (ce dernier avait épousé Catherine Bidault), que Louis Boulée publia :

Le Retour du Printemps, — En l'honneur de Louis XVIII, cantate chantée au Théâtre de Dijon, le 8 mai 1814.

Sous la Restauration, Yon était ainsi noté :

« Tient un cabinet peu fréquenté, et seulement par les libéraux, dont il paiiage l'opinion. »

Ce libraire fut un intrépide défricheur. Il porta des premiers la pioche sur la montagne de Sainte-Anne, et cons- • truisit, dans la propriété qu'il s'était créée, un fortin en ;

pierres sèches, armé de canons de bois, connu depuis sous le nom de Fort-Yon.

Yon était né à Dijon le 19 mars 4775; il y mourut le i2 février 1825.

Sa veuve lui succéda et fut brevetée le 21 mars 1826.

Vallée (Bernarde) tenait, dès 1820, un cabinet litté- |

raire, et donnait en lecture tous les journaux libéraux. « Son j

cabinet est très fréquenté par les personnes marquantes qui ont des opinions très prononcées contre le gouverne-

ment, » disent les notes de 4822. Elle acheta, au commencement de 1827, la librairie de la veuve Yon, qu'elle réunit à la sienne, et remit le tout, le 29 mai 1827, à son commis,

DÉGAiLLY (Philibert), qui s'établit, place d'Armes, 1, dans le pavillon Est du Palais des Etats.

Ce libraire édita le Nouveau Guide pittoresque du voyageur k Dijon, par J. Goussard, 1845; le Nouvel Indicateur du Commerce de Dijon, 1847, ainsi qu'une brochure do Xavier Forneret : Et la lune donnait, et la rosée tombait. Il mourut en 1 850.

Sa veuve, née Bénigne-Denise Pierre, lui succéda sous le nom de Veuve Dégailly, en vertu d'un brevet délivré le 25 mars 1850.

C'est chez elle et chez A. Aubry, de Paris, que M. Ph. Milsand donna ses : Etudes bibliographiques sur les périodiques publiés à Dijon f depuis leur origine jusqu'au 31 décembre Ï860, Elle publia aussi une seconde et une troisième édition du Nouveau Guide pittoresque du voyageur à Dijon, de J. Goussard. (1853 et 1861).

DuTHu (Hippolyte) reprit la librairie de Madame Décailly, qui venait d'être transférée rue dcî La MonnoiO; 3, et la remit bientôt à

Madame Sirot (15 novembre 1869) laquelle la vendit en mai 1873 à

Laplaighe (Auguste) né à Doué (Seine-et-Marne).

Cette librairie appartint ensuite à M. Tournier. Les livres et le matériel en furent vendus le 5 septembre 1881 et jours suivants.

La librairie Yon-V allée avait duré 77 ans.

Lefèvre ouvrit une librairie en 1806 ; il vendait des livres nouveaux et faisait la location.

Silvestre s'établit en 1807. Il existait encore en 1810.

— uo —

Lagier (Joseph- Victor) fut à la librairie dijonnaise, ce que Palliot, Causse et Frantin avaient été à l'imprimerie. C'était un novateur.

Il naquit le 22 décembre 1788 à Laulagnier, canton de Saint-Bonnet (Hautes-Alpes), d'humbles laboureurs : le sixième de neuf enfants. A neuf ans, sachant à peu près lire, écrire et compter, on l'envoya garder les chèvres dans un village voisin. Tourmenté du besoin d'apprendre, il mit à profit, pour s'instruire, ses longues heures de solitude, et travailla avec tant d'ardeur qu'à quatorze ans il était à même de diriger une école et de tenir les livres d'un commerçant.

La commune de La Balme choisit Victor Lagier pour instituteur, bien qu'il n'eût que 17 ans; mais jugeant bientôt l'enseignement sans avenir, il le quitta, après une année d'exercice, pour se consacrer au commerce des soieries, et signa à Lyon, le 25 avril 1807, un contrat d'apprentissage.

Ce n'était pas encore là son idéal. Le goût de Victor Lagier pour les livres s'était développé jusqu'à la passion : il n'y résista plus et abandonna la barre du canut pour la balle du colporteur.

Sans ressources (l'apprentissage avait tout épuisé), il emprunta six francs avec lesquels il se procura des almanachs, des contes de fées, et autres spécimens de la librairie populaire d'alors, qu'il revendit avantageusement sur les quais de Lyon. Dur à la fatigue, vivant de rien, après quelques mois 'de travail, et malgré les douleurs qui le retinrent à l'hôpital, Lagier avait amassé un pécule qui tenta la cupidité d'un confrère, son compatriote et son ami. Abusant de son inexpérience, ce libraire lui vendit un assortiment de livres sans valeur. Lagier, ruiné par ce marché désastreux, se fit successivement écrivain public, manœuvre et moissonneur, pour échapper à la faim.

Cependant, les livres l'attiraient de nouveau. A force de courage, de persévérance, de privations, aidé aussi par un homme de bien, Lagier se releva, et reprit avec joie la balle du bizouard. Le sort devait encore se jouer et de sa jeunesse et de sa bonne foi.

Certain confrère, alléché par ses économies et frappé de ses aptitudes, lui offrit une association le mettant en apparence à la tête d'un établissement important. Ce traité, accepté avec transport, obligea bientôt Lagier à payer les dettes cachées de son associé et à remonter encore son rocher. Il ne lui restait,du beau rêve entrevu, qu'une misérable pacotille avec laquelle il arriva à Dijon au mois de mai 1809.

Une planche posée sur des tréteaux, au Coin-du-Miroir, et à peine garnie de bouquins, telle fut la première assise de la fortune que Lagier devait édifier. Il quitta bientôt cette boutique en plein vent pour occuper dans la rue Rameau, le portique du Musée, ouvert comme aujourd'hui, et dont il avait compris l'importance pour le commerce de détail.

Ces modestes débuts excitèrent pourtant la jalousie des libraires dijonnais. Ils mirent la police aux trousses de Lagier, parce qu'il n'avait point de brevet, tout en lui refusant le certificat d'aptitude nécessaire pour l'obtenir. Ces persécutions l'obligeaient souvent à déplacer son étalage, et môme à le transporter dans les villes voisines. Les libraires de Dôle et de Besançon se montrèrent plus généreux et, grâce à leurs attestations favorables, le brevet de libraire de Lagier lut signé le 4 février 1811.

Depuis quelque temps il avait appelé un de ses frères, Pierre, pour le seconder dans son commerce, et c'est ainsi que dans un Etat des libraires du département de la Côted'Or, du 6 juin iSiiy sa librairie figure sous la rubrique

Lagier Frères ; mais lui seul en était rame et la faisait fructifier (1).

La prospérité naissante de ses affaires et des recommandations méritées procurèrent peu après, à Victor Lagier, une alliance honorable. Le» 31 décembre 1812, il épousa la fille d'un maître verrier de Spoy ^Aube), Mademoiselle Thérèse Gresely.

Désormais fixé à Dijon, Lagier ajouta à son commerce de « livres modernes èi de nouveautés, » celui des vieux livres. L'heure était propice, et bientôt le portique du Musée devint un des lieux de réunion des bibliophiles. C'était dans ce passage malsain (Victor Lagier fcut le courage de l'habiter pendant plus de vingt ans),, que Maret de Gharmoy, les deux Baudot, de Mimeure, Amanton, Gabriel Peignot, de Roehefond, Girault, de Meixmoron, Bernard Joliet, ainsi que de nombreux amateurs étrangers, trouvaient les raretés dont ils enrichissaient leurs collections, et sauvaient de la destruction tant de débris précieux du savoir et de l'esprit d'autrefois.

Bien que ses occupations et la modération de son caractère éloignassent Lagier de la politique, sa clientèle aristocratique lui reprochait parfois sa froideur pour la Restauration, et les rapports de la Préfecture le signalent, dès 1822, comme « penchant vers le libéralisme. »

(1) En 1813, Pierre Lagier quitta son frère, pour fonder une librairie à Paris, boulevard du Temple. Il ne réussit pas, et revint s'établir à Dijon, à l'angle de la rue Gondé et»de la place d'Armes. Sa mauvaise fortune l'y suivit, et il quitta de nouveau Dijon pour aller échouer b, Angers, puis à Nantes, malgré les sacrifices considérables de Victor Lagier pour le relever.

Fidèle Lagier remplaça Pierre près de son frère. C'était le plus jeune. Victor acheva son éducation, l'aida de ses marchandises et de ses capitaux, ce qui lui permit, plus tard, de créer une librairie importante à Strasbourg.

Enfin Joseph Lagier succéda, chez son frère, à Pierre et à Fidèle ; il y resta plusieurs années avant de voyager pour son compte. S'étant fatigué de la librairie ambulante, Victor Lagier lui confia, en 1828, la direction d'une succursale que ses nombreuses publications l'obligèrent à fonder à Paris, rue Hautefeuillo, 3, et qu'il conserva jusqu'en 1630.

Il avait alors une des plus importantes librairies de province. Au commerce de détail, il ajouta, sur une grande échelle, la publication des livres, et édita : dans la jurisprudence; les œuvres du grand jurisconsulte Proudhon ; celles de Poncet, de Chabot de l'Allier, de Gurasson, de Valette, de Victor Dumay, de Lacuisine ; dans la piété, celles de Couturier, célèbre catéchiste et curé de Léry, de l'abbé Lacoste, de la marquise d'Andelarre, des cardinaux Donnet et Morlot ; dans les lettres et les sciences, le Lycée, de la Harpe , les Annales du Moyen-Age, Louis-Ie-Pieux et son siècle, les Pensées de Biaise Pascal, de Frantin aîné, les dissertations curieuses de Gabriel Peignot, les travaux de Noirot, de Girault, de Gourtépée. La Description, générale et particulière du Duché de Bourgogne, 1847-1848, couronna sa carrière d'éditeur.

Dès 1837; Victor Lagier avait remis sa librairie de détail. Il ne quitta définitivement les affaires qu'en 1848, après avoir divisé entre plusieurs éditeurs de Paris et de Dijon, le fardeau de ses nombreuses publications.

Le catéchisme de Couturier, qui eut neuf éditions entre les mams de Lagier, avait surtout contribué à sa fortune. En reconnaissance, il éleva à la mémoire de l'auteur, dans l'église de Léry; un monument dû au ciseau de M. Mathurin Moreau, sculpteur dijonnais.

Victor Lagier mourut en revenant des eaux de Louèche, à Martigny (Valais), le 31 août 1857. Il a laissé des Mémoires pleins d'utiles enseignements, d'appréciations curieuses sur les hommes et les choses de son temps, qu'il serait intéressant de publier.

Lamarghe (Antoine), né à Dijon le 3 septembre 1811, avait été employé chez Gaulard-Marin et chez Victor Lagier. Le 21 juillet 1837, ce dernier lui céda sa librairie, avec le privilège de vendre ses livres dans le département.

Un des premiers ouvrages portant le nom de Lamarche, est V Archéologie celto-romaine de J* arrondissement de Châtillon'Sur'Sèine, 1839,

Gomme Victor Lagier, Lamarche fut le libraire de l'Académie de Dijon ; il devint celui de la Commission des Antiquités du département de la Côte-d'Or, et c'est chez lui que* s'éditèrent les Mémoires de cette société savante, à partir de 1844.

Voici encore quelques ouvrages bourguignons publiés chez Lamarche :

Archéologie celto-romaine de l'arrondissement de Châtillon-sur-Seine.,, 1843, in-4% avec planches;

Une Province sous Louis XIV, Situation politique et administrative de la Bourgogne^ de 1661 à 1715, par Alexandre Thomas, 1844. Livre très estimé et presque introuvable aujourd'hui.

En 4846, M. Lamarche s'associa son beau-frère, Pierre Drouelle, né à Soirans le 1*^ octobre 1840. La maison prit alors la raison sociale : Lamarche et Drouelle.

Outre les Mémoires de la Commission départementale des Antiquités de la Côte-cTOr^ et ceux de V Académie de Dijon, ils publièrent ensemble : \

Origines dijonnaises, dégagées des fables et des erreurs qui les ont enveloppées jusqu'à ce jour, suivies d'une dissertation particulière sur les actes et la mission de saint Bénigne, l'apôtre de Dijon.., par Roget de Belloguet, 1851 ;

Notice historique sur la vie et les travaux de M. Fevret de Saint-Memin, par Guignard, bibliothécaire, 1853;

Histoire du Quartier du Bourg, par Joseph Garnier, 4853;

Notice historique sur la Maladière de Dijon, par Joseph Garnier, 1853;

Histoire de la Bourgogne pendant la période monarchique.

Conquête de la Bourgogne après la mort de Charles-le- Téméraire, 1476-1483, par Rossignol, 1853 ;

Les Musiciens bourguignons, par Charles Poisot, 1854;

Histoire et statistique de la Vigne et des grands Vins de la Côte-dOr, par J, La val le, 1855 ;

Histoire de ïldiome bourguignon et de sa littérature propre.., par Mignard y 1856;

Lettres de Gabriel Peignot à son ami N.^D. Baulmont, 1857 ;

Noëls d'Aimé Piron en partie inédits, par Mignard,

La mort de Drouelle (24 février i858), laissa M, Lamarche seul à la tête de la librairie. Il édita encore :

Antiquités de Sainte-Sabine. Défaite des Helvètes par J, César dans les montagnes éduennes, par Paul Guillemot^ 1861;

La Bourgogne sous Charles Vlll, par Rossignol, 1862 ;

La Noblesse aux Etats de Bourgogne^ de 1350 à 1789, par H. Beaune et Jules d Arbaumonty 1864 ;

Les Noëls bourguignons, de Bernard de La Monnoye (Gui Barôzai), de F Académie française, suivis des Noëls maçonnais du P^Lhuilier (le parrain de Bliaise), par F, Fertîault, 1866 ;

Le Palais de Justice et ï ancien parlement de Dijon, par H. Beauiie, 1872.

M. Antoine Lamarche mourut àDijon, le 22 mai 1882.

Lamarche (Glaudb-Hugues-Gustave); né à Dijon le 15 mars 4840, reprit la librairie de son père le l*"* juillet 1874. Il dirige, à l'heure présente, cette importante maison.

La librairie Gustave Lamarche a édité : Armoriai de la Chambre des Comptes de Dijon, d après le manuscrit inédit du Père Gautier, avec un chapitre supplémentaire pour les oISciers du bureau des Finances de la même ville, par

1^. d' Arbaumonty 4881, beau volume grand in-8<' de 500 pages, avec des blasons dans le texte.

Mairbt (Jban-Bâptiste) était papetier, rue Rameau, 2, en 4818. G*est alors qu*il écrivit et publia :

Notice sur la lithographie, ou fart dHimprimer sur pierre^ petit ouvrage qui est encore recherché des amateurs et des curieuX;.

Lé 30 novembre 1819, Mairet obtint un brevet de libraire, et s'établit rue du Palais. Il donnait, comme ses confrères, des livres en lecture ; de plus, il était mal noté. On trouvait ses opinions politiques mauvaises... Il n'attendit pas qu'un autre gouvernement les trouvât bonnes^ et vendit son fonds à Décailly, qui avait déjà ceux de la veuve Yon et de Bernarde Vallée, aussi entachées de libéralisme que Mairet luimême.

Baur (François), né à Dijon le 12 juillet 1788, fonde une librairie et un cabinet de lecture, le 30 mars 1820, a^ue Gondé. Il vendait surtout des livres de droit. « Opinions très libérales, > disent les rapports de police, et on n'aimait point ces opinions-là sous la Restauration.

Baur mourut le 5 mars 1867 et avec lui finit sa librairie.

BoNNEFOND-DuMOULiN (Louis-Alexandre) s'établit rue des Forges, le 22 novembre 1825.

Ce fut lui qui édita ï Annuaire du département de la Côted'Or y rédigé et publié par C.-N. Aman ton, pour les années 1827 et 1828.

II ferma son magasin en 4846, et n'eut pas de successeur.

Benoist (Charles), né à Oigny (Côte-d'Or), le 29 mai 1798, obtint un brevet de libraire le 44 décembre 1837. Avant cette époque; il vendait déjà de vieux livres, et c'était même un connaisseur. Cependant Gabriel Peignot doutait

fortement de ses connaissances bibliographiques, si Ton en croit une lettre du 21 juin 1835 à son ami Baulmont :

« J*ai fait, il y a quelques jours, une bonne œuvre en bibliophilie. Mon voisin, le bouquiniste Benoist, avait acheté un tas de vieille bouquinaillerie, dont la plupart des volumes avaient été travaillés par les souris et les rats. Tout cela a été payé deux ou trois sols le volume. Je vais visiter tout ce fatras ; quelle est ma surprise d'y trouver un petit RegnierlElzévir, épouvantable au dehors et admirable au-dedans, avec belles marges? On me l'offre pour dix sols ; je remercie et je dis : « Mon cher Benoist, je vous ferais trop de tort si je vous prenais au mot ; ce petit volume a été payé dernièrement 200 francs à la vente de M. Bruyères- Ghalabre, à Paris. » Jugez de l'étonnement de mon homme! Je lui fis une petite note de tous les prix de 50 à 200 francs par lesquels avait passé ce volume depuis vingt ans ; et le lendemain il le vendit 20 francs au chevalier de Montherot, parce qu'il était dégoûtant par la reliure. M. de Montherot dit après qu'il ne le lui rendrait pas pour 50 francs. Ge pauvre homme ne savait comment me remercier de cette pièce de 20 francs que je lui avais fait trouver là sans qu'il s'en doutât. »

Cette lettre, Gh. Benoist ne put jamais la pardonner à G. Peignot ; il en parlait toujours avec amertume. « Quoi, — disait-il, — j'aurais donné un Régnier-EIzévir sans savoii^ ce que je donnais ! Peignot n'y a rien compris. G'était un cadeau que je voulais lui faire. »

Quoi qu'il en soit, Gharles Benoist passait pour être très expert en vieux livres.

Dans ses loisirs, il courtisait la muse, non pas celle de Lamartine et de Victor Hugo, mais la muse rustique chère à P. Dumay, à Malpoy, à Aimé Piron, à La Monnoie. Son , début, en 48/45; n'avait pas été heureux. S'associant à certaines haines, il avait publié :

Ein Barôzai de lai rue- Sain-Felebar es Barôzai ses aimins, su lés ai faire du tan.,, petit poème patois que certainement il a dû regretter plus tard.

L'année suivante, il édita un autre poème bourguignon, de son beau-frère, Berger :

Dialogue entre M. Jaiquemar, sai fainne et son gaçon, trôtô soneu de Féglise Notre-Daime de DijoUy au seujet dés Incendie qui son airivai ce jor dareij et de ceu dont on menaice auj'd'heu lai rue du Bor et autre leu. Par M, Regreb.

En 4865, A. Grange fit un journal qui accueillait avec plaisir le vieux langage populaire, et notre barôzai devint un de ses collaborateurs assidus. Il y publia quatre opuscules, qui ont été tirés à part :

Aivi ai tô lé billa du monde. Laitre au Rédacteà de lai P ublicitai seùgue de lai suplique d*ein pédicure le tô tonai allai faiçon de Cb. Benoist libraire. 1865. Tiré à i04 exemplaires ;

Prôjai de publication d'ein livre qui aire po titre : Pédicuriana vou bon mô dé pédicure, par Selchar. Ai Asneire, f année du Prôgrai. — Tiré à 100 exemplaires ;

Ebouisseman dez baibitan de Cotanon au seùjai dtein évoineman airivé dan ce villaige, lequel loos é vailu le sôbriquai de Rébéti; tonai ai lai faiçon de Bisonet,iS6S. — Tiré à 90 exemplaires sur papier vélin ; plus 4 sur papier de couleur;

Lettre philologique sur le patois bourguignon à M. Mi" gnard. 1866. — Tirée à 80 exemplaires, plus 2 sur papier vergé.

Gh. Benoist avait encore donné : au Moniteur de la Côted'Or une petite pièce patoise, tirée à 49 exemplaires ; à la Côte-d'Or :

Pairole pidiouze d*ein candida au conseil de note province qui n'é pas aivu aissée de suffraige por être élu au premei tor de scrutin. 4870. — Tiré à 30 exemplaires.

Et à la Publicité du 7 décembre £865, une lettre en vers patois dont il n'a pas été fait de tirage spécial.

En môme temps il prenait part au concours poétique de Châlons- sur-Marne, où il obtenait une couronne de laurier, orgueil de ses vieux jours.

Il est regrettable que sa traduction en patois du premier livre de la Genèse, œuvre pleine de finesse et d'originalité, n'ait pas été imprimée.

Charles Benoist est mort le 26 décembre 1871, et n'a pas eu de successeur. Ce qui restait de livres dans sa librairie a été vendu aux enchères.

Fagiot (Jean-Charles] débuta comme libraire, rue Condé, en 1821. Vers 1825, il s'établit Place-Royale, 9, où il fut remplacé en 1829 par

Cretenet (François), né le 27 mai 1795, qui tint la librairie sept ans, et entra ensuite dans l'administration de l'hospice^ en qualité de sous-économe. Il mourut le 13 mai 1858.

Picard succéda à Cretenet, le 8 mars 48â6. C'était un coiffeur en vogue de la rue Condé. Il édita :

La voix du pélican dans les champs des ossemens d'Ezéchiel, mosaïque littéraire et musicale de Vincenzo-Maria- Nardini, in-8» de 32 pages, 4840.

MoLLAND (Jean) reprit la librairie Picard le 16 janvier isr43, et la céda, le 15 octobre 185.9, à

Thevenard (Mademoiselle) qui la tient aujourd'hui, dans l'ancien local de Faciot, 9, place d'Armes.

MuGNiER, libraire, rue Saint-Bénigne, remit son fonds, le 7avriH824, à

GoissET (Denise] qui; peu après, alla demeurer rue de La Monnoie. Née le 27 décembre 1799, elle mourut le 8 avril

BouDET (Jkan-Joseph) reprit le cabinet de lecture de Denise Goibset, le 2T juillet 1833. Il ne fut libraire que quelques années*

Boisseau succède à Boudet le 19 juillet 1835. En 1859, une note officielle constate qu'il u n'exploitait plus depuis vingt ans. » . .

MÉOT (Pierre), né à Sacquenay, obtient un brevet de libraire le 26 avril 1832, et fonde une librairie rue Bossuet, Il ne manquait pas de sel, si l'on en juge par la Chanson nouvelle qu'il fit imprimer en 1834 contre Viard, médecin et maire de Sacquenay, laquelle chanson est signée : Un paysan des bords de la Vingeanne.

En 1838, Méot transporte sa librairie, rue de la Liberté, au coin de la place d'Armes, et il édite les Chants du soir, de Jules Pautet.

Gouget lui succède la même année. Nous ne connaissons de ce libraire qu'un petit livre bourguignon, plein d'erreurs : Ephémérides de Dijon et de la Côte-d*Or,.. 1842.

Picard (Je an-Baptiste- Jules), né à Dijon le 3 octobre 1812, était depuis quelque temps déjà dans la maison Gouget, quand il reprit sa librairie, le 8 mars 1846.

Voici quelques livres bourguignons sur lesquels on trouve son nom ':

Précis historique^ topographique et biographique du département de la Côte-d'Or,,. par Emile Tournier, 1846.

Les Clercs à Dijon. Note pour servir à l'histoire de la Bazoche, par Gh. Muteau, 1857.

Galerie bourguignonne j par Ch. Muteau et Joseph Garnie r, 1858.

A la mort de Jules Picard, arrivée le 2 septembre 1861, sa librairie fut achetée conditionnellement par Manière (François), de Veuvey-sur-Ouche. Nicolas- Augustin Picard,

frère de Jules, représentait la succession. C'est dans ces conditions que parut :

La Bourgogne à f Académie française j de 1665 à 1727, par Ch. Muteau. — Picard et Manière, 1862.

Le 4 novembre 1862, M. Manière devint définitivement propriétaire de la librairie, qui faisait alors Tangle de la place d'Armes et de la rue Vauban. Il prit la raison sociale Manier E-LoQuiN et donna une grande extension à ses affaires.

Parmi les livres bourguignons sortis de sa maison, nous citerons :

Catalogne des oiseaux observés dans le département de la Côte-d'Or, par le docteur L. Marchant, 1869 ;

Une Page de I histoire municipale diJonnaisCy par E,-L, Lbry, 1869 ;

Note sur des hameçons en bronze trouvés dans la Saône, précédée de recherches comparatives sur ces instruments de pêche dans les temps antéhistoriques, dans V antiquité proprement dite et a F époque actuelle, par le docteur L. Marchant, \ 870 ;

Journal de la guerre de 1870-1871 k Dijon et dans le département de la Côte d'Or y par Clément-Janin, 1873 ;

Ampoules de pèlerinages en plomb, trouvées en Bourgogne et décrites par le docteur L. Marchant, 1 873 ;

La Faculté de droit de Dijon, par Villequez, 1875 ;

Note sur un ornemeât de tête en forme de diadème, trouvé dans la Saône, par le docteur L. Marchant, 1876 ;

La Bourgogne pendant la guerre et l'occupation allemande (1870-1871), d'après la Gazette officielle de Carlsruhe, traduction du docteur L. Marchant, 1875 ;

Promenades botaniques, par A, Laguesse, 1877 ;

A,-'P, de Candolle en Bourgogne et sa correspondance botanique avec le docteur Lorey, par L. Marchant, 1877 ;

Sobriquets des villes et villages delà Cote^d'Or, recueillis par Glément-Janin, 1878 ;

Les Hôtelleries dijonnaisesy par Clément- Janin, 1878.

Depuis 1870, la librairie Manière-Loquin est établie place d'Armes, 1, entre la rue Rameau et la rue des Bons-Enfants. Elle fut reprise, le 4 ^r juin 1869, par Pie^ire-Hippolyte Renaud, né à Lons-le-Saunier, le 1" juillet 1834, qui la tient aujourd'hui.

VoiTURET (Claude-François), breveté le 8 juillet 1834, fut successivement libraire rue des Godrans,rue de la Liberté, et rue de la Préfecture, en 1847. C'est tout ce que nous savons de lui. Sa librairie devait être de bien peu d'importance, puisque, après 1836, les annuaires ne citent même plus son nom,

Clunet (Bernard-Joseph-Louis) fonda une librairie rue de la Liberté; maintenant rue Guillaume, le 28 janvier 1842.

RopiTEAU (François), né à Auxey-le-Grand, le 10 avril 1831, lui succéda le 11 septembre 1863. Il mourut le 10 novembre 1881.

L'ancienne librairie Clunet est tenue,, à Theure présente, par Madame veuve Ropiteau,. née Augustine Goudoux.

Pellion (Anne-Emilie) naquit à Longeau (Gôte-d'Or), le 20 février 1818. Son père avait commandé la place d'Auxonne pendant le blocus de 1814.

Après avoir été associée à M. Popelain pour la librairie en gros, de 1844 à 1852 (son brevet de libraire est du 10 janvier 1846), M"« Pellion, restée seule à la tête des affaires, créa un atelier de reliure en mai 1852. Cet atelier était situé dans les anciens bâtiments de l'intendance, devant Saint- Bénigne ; la librairie rue Saint-Bénigne, 5.

En 1855, ateliers et librairie furent transférés rempart de

la Miséricorde, vis-à-vis la tour où le président de Brosses s'isolait pour travailler, et enfin au mois de juillet 1877, dans les beaux bâtiments de l'avenue de Gromois.

Parmi les livres de piété édités par M^^^* Pellion, il en est un qui a pour titre :

Heures choisies des dames chrétiennes. Tiré des manuscrits du XII® au XVII* siècle j provenant du cabinet de Af. H, Baudot, à Dijon. — 1869.

Les chromo-lithographies sont de A. Leroy, lithographe à Dijon.

Pellion et Marchet frères. Cette raison sociale date du 1®' janvier 187â. Messieurs Marchet sont frères, par leur mère, de M^*« PeUion.

Cette maison édite les livres de piété et les habille avec une rare élégance. Elle a des succursales à Paris, à Lyon, à Strasbourg, à Milan.

CouRTOT (Mademoiselle) fut brevetée le 4 avril 1846. Elle avait un magasin rue Chaudronnerie, 7. En 1847, elle partit pour Beaune et n'eut pas de successeur.

Maître (Antoine) débuta comme apprenti chez Pralon père, dont les reliures sont encore estimées. Après un court voyage, il revint à Dijon, fut un des ouvriers de Godard, et songea bientôt à travailler pour son propre compte. Il avait de l'intelligence et du goût ; M. Popelain lui fit quelques avances avec lesquelles il acheta ses premiers outils, et il consacra ses soirées à faire des reliures d'amateurs. Antoine Maître habitait alors rue des Forges, n* 23.

Cela se passait aux alentours de 1829. En 1835, le jeune relieur était déjà connu et le travail abondait. Lagier, de Dijon, Mame, de Tours, Barbou, de Paris, lui envoyaient leurs éditions. 11 fallut s'agrandir. Maître alla demeurer place Saint-Jean, dans la maison natale de Bénédict Masson, et, en 1840, sur le rempart du Château.

Antoine Maître n'était pas un libraire dans l'acception propre du mot; mais, ainsi que M^'® Pellion, il éditait des livres de piété qu'il habillait avec élégance et expédiait ensuite aux quatre coins du monde catholique. C'était un organisateur, un esprit inventif. Sachant bien exécuter, il savait bien commander. On lui doit une foule de procédés nouveaux pour simplifier le travail et vulgariser les chefsd'œuvre des relieurs célèbres.

Il prit possession, en 1859, des grands ateliers bâtis sous sa direction, route de Mirande, et où tout se trouve merveilleusement disposé pour l'économie, la perfection, le bon marché de la fabrication.

Lé brevet de libraire d'Antoine Maître est du 3 mai 1847.

Il édita en 1858 :

Lé roman en vers de très-excellent, puissant et noble homme Girart de Rossillon, jadis duc de BourgoignCy publié par M. Mignard.

Né à Dijon le 20 avril 1809, Antoine Maître y mourut le 18 juin 1871. ^

La maison est dirigée aujourd'hui par un de ses gendres, M. Leglerg-Maitre, sous la raison sociale Antoine Maître et Compagnie,

Maurice (Marie-Barbe-Gaspard, femme), fut brevetée par décret du 24 juin 1851. Pousset-Rémond la remplace, le 11 février 1853, en vertu d'une autorisation exceptionnelle. Il n'obtient son brevet que le 29 mars 1860. La librairie Maurice est aujourd'hui un cabinet de lecture qui fut transféré, en 1880, de la rue Vauban,^ 15, dans la rue Saint-Nicolas.

Madame Potot cède sa librairie, ou pour être plus exact, son cabinet de lecture, le 7 juillet 1851, à Malot (Nigolas- Gharles-Pierre-Philippe), lequel le transmet, en 1868, à

PoiDEYiN, rue Jeannin, 22. Cette petite librairie est tenue aujourd'hui par Madame veuve Poidevin.

Faburel (Gharles-Prosper), muni d'un brevet daté du 7 mars 1853, crée une librairie qu'il cède le 5 octobre suivant à

HuRET (Catherine-Emilie, femme Laborde], laquelle quitte Dijon en 1854, et n'est pas remplacée.

Degouo [Joseph) reprend les brevets de Madame Maurice, de Madame Huret, et en vertu d'un brevet spécial du 15 octobre 1858, il fonde une librairie ou cabinet de lecture qu'il cède, le 28 décembre 1861; à Mademoiselle

BuRNEL (Antonia-Clara), Lc brevet est racheté en 1865, par :

Adolphe Grange, imprimeur, qui transporte sa librairie rue Piron*; n»" 25 et 27.

Madame veuve Vernier, née Chaudron, fonde, en janvier 1860, sur la place des ducs de Bourgogne; une librairie catholique qui existe encore.

Warion (Pierre), né à Thionville, le 17 octobre 1810, tenait, depuis 1840, une importante maison de librairie et de reliure à Metz, quand éclata la guerre de 1870. Il avait cinq fils ; quatre défendirent notre sol envahi, et l'un d'eux trouva une mort glorieuse en combattant.

Lors de l'annexiDn de l'Alsace et de la Lorraine, M. Warion vint s'établir à Dijon, où il ouvrit une librairie, place Saint-Jean, le 1«' avril 1872!.

Henri Warion succède à son père en 1878. En 1881, il s'établit rue Piron, 25 et 27, dans le local occupé par Grange 15 ans auparavant. *

Jacquemet (Madame) crée une librairie catholique en 1876, rue Vaillant, n«> 9. ,

Aux libraires il convient, croyons-nous, d'ajouter les

bouquinistes. Certains d'entre eux sont^ en effet, de véritables connaisseurs et c*est sur leurs rayons seulement qu'on trouve encore, — mais cela devient rare, — les manuscrits, les incunables, les belles reliures, les éditions originales des grands écrivains. C'est chez Câzet, chez Madame Hartemann, chez Grigne, que les bibliophiles du département et des départements voisins se donnent rendezvous ; c'est là qu'on met en réserve pour eux les pièces curieuses, les livres* rarissimes» Chez Hartemann, M. H. Chevreul eut la bonne fortune de trouver son magnifique exemplaire du Quart livre des Faictz et dietz héroïques du noble Pantagruel ; chez Cazet, la Bibliothèque publique acheta le précieux manuscrit du xii^ siècle, en français, que M. Guignard vient de publier dans la collection des Ana» lecta Divionensia; M. le baron Laroche-Lacarelle sa fameuse lettre d'Améric Vespuce ; le baron Pichon sa Vie de la Vierge, aux armes de Henri III ; M. Portalis, V Horace en veau fauve de Longepierre ; M. de Vesvrotte son Metlinger et une partie des pièces en patois bourguignon, ornement de sa bibliothèque ; chez Grigne enfin on put voir le Recueil d'Oraisons funèbres, depuis 1621 jusqu'à 17 12, décrit sous le n* 609 du catalogue Auguste Fontaine, 1875, et qui appartient maintenant à M. de Rotschild ; le Terrier du sire de Joinville; le Montaigne^ in-folio, de 1595 ; le Tite-Live de Grolier; LEscole des MariSy 166i ; Les Fâcheux, 1662 ; Le Dépit amour eux^ 1663 ; L'Estourdy, 1663 : quatre pièces originales de Molière, dans une condition admirable, acquises par Morgan et Fatout, et le premier livre d'un auteur avalonnais connu, Guillaume Le Lièvre, publié chez Asse en 1520, qui est allé enrichir la belle collection bourguignonne de .M. Ernest Petit, de Veauce.

Oublier de tels bouquinistes serait une faute, et nous n'hésitons pas à mettre leurs noms à côté de ceux des meilleurs libraires.

Cazety François, est né à Magny-Saint-Médard, le 16 mars 1819. Il occupe depuis trente ans Tancien local de Timprimerie Loireau-Feuchot, rue Ghabot-Gharny, 40.

Claude-François Hartemann, né à Dijon le 27 avril 1808, vendit d*abord des livres dans Tune des maisons de la place Notre-Dame, faisant Tangle sud de la place et de la rue de la Préfecture, maison démolie en 1880. Il transporta ensuite ses livres place Saint- Jean, 33, où il mourut, le 23 décembre'1859.

Madame veuve Hartemann, née Anne-Françoise Gantagrelle, continua son commerce, et alla demeurer, en 1875, à Tangle des rues Ghabot-Gharny et de la Synagogue.

Henri Grigne, né à Pasilly (Yonne), le 13 mars 1831, reprit, le 20 octobre 1868, le fonds de Seguin, 24, rue Verrerie, où il demeure encore.

Avant de clore le chapitre des libraires, nous voulons publier encore Tinventaire de la librairie d'un apothicaire dijonnais, antérieur à Amiot Salomonet.

Gette page curieuse est empruntée à la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 8 novembre 1876.

Sous le titre de Curiosités médicales, M. Achille Ghevreau donne ainsi l'inventaire de la bibliothèque de Guillaume Lefort, apothicaire rue du Ghange, — aujourd'hui rue des Forges, — qui mourut en 1439 :

« Un livre en parchemin couvert d'aiz rouges, ainsi désigné au premier feuillet : Cy commence le prologue de Boëce : De consolatione,.. 2 sols;

t Un autre livre en parchemin de lectre bastarde, couvert d'aiz et figures en plusieurs lieux, commençant : Aucunes gens dient que en songe, etc.. 2 saints ;

« Une père d'Orisons en parchemin enluminées d'or et d'azur, esquelles sont contenues plusieurs Grisons de Notre- Dame, et les heures de Saint- Jehan, et a, à commencement desdites heures : Quiconque yult servusy etc., et finit par

une Orison : Deua qui coospieis, qua nulle, etc. Esquelles a deux morgone d'argent... non tamé ;

I Un livre de médecine appelé Nicolas.,, un salut;

■ Un autre petit livre, en parchemin, de médecine, un

Telle était la bibliothèque de Guillaume Lefort,

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