‹ Les imprimeurs et les libraires dans la Côte-d'OrChapitre 3 sur 17 · UNG SONT INCORRECTES ET NO CORRIGEES · texte numérisé non relu

UNG SONT INCORRECTES ET NO CORRIGEES

SUR LED. ORIGINAL c"mE APERT EN LISANT ICELLES (2)

On a vu que Timprimerie avait déjà ses épines, et l'on comprend que « le bon vieillard Pierre Grangier, » (c'est

(1) C*e8t une seconde édition. Il y a, aax archÎTei municipales, nn reçu de Pierre Grangier, de 1532, constatant qu'il a rendu à la rille Deux ordonnaneet royaux, Tnn pour 25 sols, l'autre pour 30 sols.

Il se qualifie : imprimeur, libraire et relieur.

(2) Note communiquée par M. Ph. MilAand, bibliophile dijonnaia.

une expression de Tabouret des Accords,) ait eu maint souci. La justice était sévère pour les libraires et pour les imprimeurs. Un arrêt du parlement de Dijon, de 1544, publié à son de trompe, défendit, sous peine d*être traités comme hérétiques, à tous imprimeurs d'imprimer, à tous libraires de vendre, à toutes personnes de lire les livres dénommés ci-après, qui venaient d'être condamnés à être brûlés et mis en cendres :

Les Gestes des rois ; — Les Epigrammes de Dolet ; — Le Cathon chrétien ; — Exhortation à la lecture de la Saincte Escripture ; — La Fontaine de vie ; — Les cinquante-deux dimanches, composés par frère Stapulense (i) ; — Le Chevalier chrétien ; — La manière de soy confesser, d'Erasme ; — Le Sommaire du vieux et nouveau Testament^ imprimé par Jean Dolety en français ; — Les Commentaires de Melanchthon,,, dissidentum ; — La Bible de Genève, par Calvin j intitulée : Institution de religion chrétienne (2).

Le 3 août 1546, Dolet, dont on brûlait les livres en 1544, était lui-même étranglé et brûlé sur la place de Grève.

Un édit de Henri II, du 11 décembre 1547, ajoute aux défenses d'imprimer aucun livre sans permission et dispenses préalables, l'obligation par l'auteur et l'imprimeur d'apposer leurs noms et surnoms, avec l'enseigne ou marque du libraire, sur les ouvrages qu'ils publient.

Nous ne savons quelle marque adopta Grangier à la suite de cet édit ; peut être est-ce le rébus décrit par Tabouret.

Pierre I Grangier tint ses presses jusqu'en 1560. A cette époque il les céda à son fils Antoine I, et continua la librairie avec ses autres enfants Pierre II, Simon et Daniel Grangier.

(1) Jacques Le Fevre d'EtapIes.

(2) Calendrier en Télin, pet. in-4, conserré aux Archires de la Côte-d*0r.

Antoine I Grangibr fut imprimeur-libraire de 1560 à 1601, date de sa mort. Nous ne connaissons de lui que :

Oraison et Remontrance faicte en la ville de Semeur, Bailliage d*Auxois, en rassemblée des trois EstatSy le 8 septembre 1565 j etc.

Il laissa un fils : Pierre III , qui fit de la librairie à Dijon.

Jehan I des Planches est le meilleur imprimeur dijonnais du XVI* siècle. On a de lui une série d'dcfi/âr remarquables par la beauté des caractères, la netteté de l'impression.

Il exerçait déjà en 1548. On lit à cette date dans les Registres de la Chambre de ville :

ff Paiement de 4 écus à Jehan des Planches, qui avoit fait plusieurs écritaux engrosses lettres pour les échafauds, lors de l'entrée d'Henri II et de la reine à Dijon. »

Gomme Grangier, des Planches était imprimeur et libraire. Sa boutique joignait « à Sainct Estienne, soubs les Tillotz. »

Le premier livre que nous connaissions de lui porte ce titre :

Arretz de la Court de parlement de Bourgongne, sur les Permeinemens es Eglises^ les Vestementz, et Conuersation des gens d*Eglise. Et les Reformations des Panures^ et Hospitaux, 1549.

Des Planches imprima ensuite :

Édit sur les draps d*or et d'argent, 1552 ;

Les Ordonnances impériales à la Court souueraine de Parlement, et autres Officiers du Conté de Bourgongne : sur le fait de la lustice, et abreuiaiion des procès, 1553.

Ordonances et édicts dvpaïs et conte de Bovrgongne, CharroloySf etc, faites par F Empereur y et publiées en F Audience publicque de la Court souueraine de Parlement à Dole. 1558,, etc, etc.

La bibliothèque de la ville de Dijon possède dix de ces petits ouvrages imprimés par des Planches de 1549 à 1551 ;

il en existe d'autres dans les bibliothèques de MNf. Henri Baudot, Marc de Vesvrotte, de Dijon; dans celle de M. Ernest Petit, de Veauce (Yonne), et dans la nôtre.

Mais des Planches ne devait pas longtemps se borner à imprimer des édits.

En 1556, G. Berthot, principal du collège de Dijon, ayant écrit < certains épistres injurieux » pour Messieurs de la Chambre du Conseil ; des Planches n'hésita pas à les imprimer sans autorisation, ce qui lui valut un blâme sévère. C'est aussi de ses presses que sortirent les huit ouvrages de Charles Godran, publiés de 1564 à 1572, et parmi lesquels :

Judith historia beroïcis versibus expressa, 1569, iih4^, qui se trouve à la bibliothèque de Besançon. Tabouret des Accords lui confie en 1567 :

Synatbrisie, ou Recueil confus, ia-A^ ; en 1581 : Discours de ce qui s'est fait au Batême de Léonor-François de Saulx^ ûls de M. le vicomte Jean de Tavanes, le ii mai iS8i ; en 1590 :

Oratio, qua ilîustr. et reverendiss, D. Cardinal Cajetanum, S. S. Legatum, R, P. Edmundus a Cruce, Cisterc. AbbaSy sibi assistente D, Perpétue Barbisij Parlameoti Divion, Consiliario, in urbe Matisconensi excepit, in-12.

Et Philibert Colin :

De Majuma festivitate, quae ût Maio mense apud Galles in dures Maritos, qui effèrato trucique animo Uxoribus plagas inûgunt, etc., in-4o (1), poème qui ne se trouve ni à la bibliothèque de Dijon, ni dans les collections particulières de la ville, ni même, nous a-t-on assuré, à la bibliothèque nationale.

Jehan I des Planches avait deux marques, qu'on voit sur quelques-uns de ses charmants petits volumes. La première

(1) Pour ces quatre ouvrages, voir Papillon, bibl. des Auteurs de Bourgogne.

est un losange, au milieu duquel un cœur, d'où s'élève une croix à double barre. Dans les trois compartiments formés par le pied de ta croix et sa base, les initiales I. D. P. Le losange est lui-même enfermé dans un carré et broche sur deux flèches en sautoir. Autour cette légende :

Sagitlœ Ivœ transevnl. Psal. 76.

La seconde est une vignette finement gravée, représentant deux planches jetées en travers d'un torrent. L'une se rompt sous les pas d'un voyageur -, la mort s'avance sur l'autre. Voici la légende :

Noii timere sed viriliter âge atqae coofortare. 1, Par. 22. C. [i).

On a vu, parla publication des i espistres injurieux • de Berlhot, que des Planches avait le caractère frondeur. 11 y avait, chez lui, un levain d'indépendance, qui allait le jeter dans les luttes polilicO'religieuBeB, si ardentes en Bourgo-

(1) M. EneM Pttlt, ds Vêtu», nirai comDDEiqDe : Lei ordonna et nglêmenl de la tour de Porltmcnt ou Duehé de Sourgraigi mil par ardre el Bi^riditt, im, 1 11 fin deiqaaLlai Hlcsim la pluMhn : ttïIuiMBt It Ugotdt «tt «cU»4i) : Codait returgo.

gne, sous Charles IX et Henri III. Embrassa-t-il la religion réformée ? Il serait téméraire de Taffirmer, et pourtant on lit dans les Registres des délibérations de la mairie de Dijon, de 1570-1571 :

c Elnsuite de la requête présentée au baron de Couches, et par lui envoyée à MM. de la Chambre (de ville), il est permis à Jean des Planches d*aller de sa maison à son imprimerie sise vers Saint-Etienne, pourvu qu'il ne sorte qu'accompagné de quelques-uns de ses voisiDS catholiques. > Pourquoi cette escorte, s'il eut été catholique lui-même ?

Cette délibération nous apprend aussi que des Planches n'habitait plus c soubs les Tillotz » comme au début de sa carrière ; l'imprimerie seule y était restée. Quant à sa librairie, elle faisait face à Saint-Etienne. D'après les registres des tailles de 1592, en partant de la maison du chanoine Bégat, angle actuel de la rue Hameau, et descendant vers la porte Saint- Pierre, on trouvait, devant Saint-Etienne :

Pierre I Grangier ;

Jehan des Planches ;

Daniel Grangier ;

Pierre II Grangier.

C'était le véritable quartier des libraires.

Malgré son penchant pour les idées nouvelles, des Planches était resté l'imprimeur-libraire de la ville. En 1588, on lui paye 50 sous pour un livre relié, couvert d'une peau verte, destiné à recevoir les noms de ceux qui prêteront serment < pour l'accomplissement de l'édit d'union de tous les sujez du Roi à la religion catholique, apostolique et romaine. »

Cependant, Jean des Planches et son fils, prenaient de plus en plus ouvertement part à la lutte. Aux élections municipales de 1593, un Jehan des Planches vote pour Etienne Coussin, l'autre Jehan des Planches pour Laverne, tandis que les trois Grangier : Pierre, Antoine et Daniel, donnent

leurs voix à Fleutelot, aussi partisan peut-être du Béarnais que Coussin et Laverne, mais beaucoup plus prudent qu*eux.

A cette date de 1593, Jehan I des Planches vivait donc encore ; seulement son imprimerie et sa librairie étaient exploitées par Jehan II des Planches. Un autre de ses fils, Maximilien, avait créé une librairie séparée.

Jehan II des Planches ne fut ni moins opposé à la Sainte- Union, ni moins audacieux que son père.

Le S2 mars 1594, la Chambre du Conseil de ville députa M® Jacques CoUin, greffier, « pour informer des menasses •

par led. Desplanches faictes à Estienne Mongin, sergent en la mairie ; plus de plusieurs parolles qu'il a tenues contre le party de l'union des catolicques et le repos de lad. ville. Ensemble de ce que là sepmaine dernière, Messieurs du Clergé faisans corps de garde au cimitière St-Médard, iceluy Desplanches plusieurs fois passa et repassa par led. corps de garde, sous prétexte de vouloir entrer en son Im'primerye, et contoit toutes les armes y estans. » Cette affaire se termina par des remontrances, et commandement fait à des Planches de « se oontenir sans parler ny communiquer aux personnes suspectes, ny tenir parolles à l'adventage du roy de Navarre, contre led. party de l'Union et repos de lad. ville, à peyne de punition corporelle (1). »

On montra moins d'indulgence pour Maximilien des Planches. Il lui fut « pour ses mauvais déportements, ordonné de proraptement vuyder lad. ville et faubourgs et banlieue, avec desfenses à luy s'y retrouver pendant ces remumens de guerre, à peyne d'estre pendu et estranglé, ce qui sera exécuté, en cas de désobéissance et contravention, sans figure ny mestier de procès (2). »

Mais rien ne pouvait arrêter des Planches. Etienne Ber-

(1) Be^istres de la Chambre de ville.

(2)/(fem.

nard venait d'écrire son fameax libelle : Avis à la noblesse de Bourgogne toucbant la résolution des Etats de Blois en i588y dans lequel il louait le « détestable parricide et assassinat du feu Roi. > Jehan II des Planches Timprima. Le parlement de Dijon s'en émut, et le 27 octobre 1595, les Chambres extraordinairement assemblées entendirent les commissaires : « Le procureur général leur auroit dit qu'il falloit mander Jehan des Planches. L'ayant mandé, l'on leur auroit rapporté que il estoit extrêmement malade; auroit commis le greffier pour l'ouïr sur l'impresse du livre, en envoie un ; dit qu'il a esté contraint de l'imprimer par M. Bernard, M. Michel, M. Tabouret, procureur du Roi, et par Bouchard, médecin, et M. l'avocat du Roi de Vellepelle, qui le menaçoient de le jetker hors de la ville avec sa femme et ses enfants, s'il ne l'imprimoit (1). »

L'interrogatoire de des Planches et celui d'Etienne Ber-r nard furent envoyés au Roi, qui fit cesser les poursuites. Henri IV, en effet, ne pouvait punir des gens si dévoués à sa cause. On sait comment il récompensa Etienne Bernard ; des Planches obtint la clientèle des gens du Roi, que son père avait déjà eue, et qui était fort lucrative.

Jehan II dos Planches mourut en 1600. 11 laissait d'Isabeau Burteau, un fils ^ean III des Planches, qui continua la librairie et l'imprimerie, associé avec sa mère.

Ils furent nommés Imprimeurs du Roi, en vertu de lettres patentes dont voici la teneur :

< Henri, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux Conseillers, les Gens tenant notre Cour de Parlement, Chambre des Comptes à Dijon, salut. Notre bien amée Isabeau BurteaUj veuve de feu Jean Desplanches, et Jean Desplanches son fils, nous ont très humblement remontré et fait entendre qu'il nous auroit plu par

(1) Journal de Gabriel Breunot.

nos Lettres Patentes du 24 mai dernier, leur confirmer et continuer la charge d'Imprimeur que le dit défunt et son père avoient dès longtemps accoutumé d'exercer en notre dite ville de Dijon, ce que les Supplians ont depuis fait et continuent encore à présent ; mais comme en nos autres Parlemens, ceux qui ont eu charge d'imprimer les Arrêts et autres expéditions, tant concernant notre service, que autres, par commandement d'iceux nos Parlemens, portent ordinairement le titre et qualité de nos Imprimeurs, ils désireroient volontiers qu'il nous plût de. la même grâce, et ayant égard aux grands frais qu'ils sont contraints faire pour Tentretenement et exercice de ladite Imprimerie, leur vouloir permettre de porter ledit titre, leur octroyer sur ce nos Lettres de Déclaration nécessaires, humblement requérant icelles.

« A ces Causes, désirant par les susdites considérations »ieur subvenir en cet endroit, nous avons dit, déclaré, voulu et ordonné ; et par ces présentes signées de notre main, disons, déclarons, voulons et ordonnons que lesdits Burteau et Jean Desplanches son fils, puissent dorénavant et leur soit loisible de prendre et porter en tous lieux, tant en Jugement que dehors, le titre et qualité de notre Imprimeur ordinaire audit Dijon, et en jouir et user aux mêmes honneurs, autorités, privilèges, prééminences, droits et émolumens que font et accoutumé faire ceux portant le même titre en notre bonne Ville de Paris. Donné à Paris le dernier décembre 1602 (1).»

Malgré l'association bien établie de Jean III des Planches avec sa mère, il signe seul les livres qu'ils impriment. Ainsi :

(1) Mémoire pour Louis-Nicolas Frantitiy imprimeur-libraire du Roy à Dijon ^

Eclogne pastoral de iV. G, pour sa réception à f Infanterie Diionnoisey 1604 ;

Description en vers Bovrgvignons de Tordre tenv enTin^ fanterie diionnoise^ 1610 \

Le Reiovisseman de lay démanteivre de Tailan, par Por^ rend de lay Marche, vigneron de PleumeirOj 1611, portent la souscription : A Diion , par Jean des Planches, Imprimeur ordinaire dv Roi.

Ce titre d'Imprimeur du Roi fut enlevé à des Planches et conféré à Claude Guyot, par lettres du 8 avril 1611. On se hâtait de. faire oublier au jeune Louis XIII, les*. gens qui avaient été dévoués à Henri IV.

En 1613, Jean III des Planches était encore avec sa mère ; cette année même, il épousa Barbe Gaudey, dont il eut huit enfants : cinq garçons et trois filles.

Il imprima encore en 1621 :

Discours sur le trépas de Monseigneur de Termes, eu M. de Bellegardé, puis il ferma son imprimerie pour s'occuper spécialement de librairie.

Le matériel de l'imprimerie des Planches fut acheté par Spirinx et par Guyot.

xviie SIÈCLE. Au commencement du XYII® siècle, il y avait donc deux imprimeries à Dijon : celle d'Antoine I Grangier et celle de Jean III des Planches. Il paraît que ce n'était pas suffisant. Un avocat au parlement, M« Vincent de la Faye, sollicita de la ville une partie des bâtiments inoccupés du vieux Collège, et la ville les lui amodia pour six ans, en i605, à la condition qu'il y établirait une imprimerie.

Pour une cause qui nous est inconnue, M« Vincent de la Faye ne donna pas suite à son projet, et des pourparlers eurent lieu, — peut-être par son entremise, — avec Claude Guyot, imprimeur à Châlons-sur-Marne. Ces pourparlers

aboutirent. La Chambre de Ville, par sa délibération du 29 juillet 4608, déclare Claude Guyot, habitant de la ville de Dijon, et « pour ce lui délaisse gratuitement les chambres et cabinets joignant au Collège des Martins, ayant leurs vues tant sur la grande cour dudit Collège que sur un petit jardin appartenant à la ville, pour en jouir ainsi qu'en avait fait M. Vincent de la Faye. » De plus, Guyot est exempté de tailles, et il reçoit en don la somme de 30 livres, « pour aider aux frais de charroi de ses meubles et ustensiles ; » en retour, il s'oblige à imprimer gratuitement tout ce dont la Chambre pourra avoir besoin (1).

Cette gratuité était-elle absolue? Sans doute ; mais voici une requête de Guyot qui en fixe la véritable signification :

« Il plaira à M. le Vicomte-Mayeur ordonner quelque honneste somme à Claude Guyot, imprimeur, pour ses peynes d'avoir imprimé et donné soixante extraitz de la délibération de la Chambre du Conseil de la ville de Dijon concernant les pauvres et vagabonds, et il priera Dieu pour votre prospérité et santé (2). »

Le maire de Dijon, ainsi supplié, ordonna, en septembre 1611; de payer 30 sols à l'imprimeur.

La même année, il est enjoint à Guyot de ne rien imprimer sans une permission expresse de la Chambre de Ville.

Claude Guyot était en pleine faveur. A peine installé à Dijon, dans les conditions que l'on a vues, il est nommé Imprimeur du Roi, « en considération de ses services dans ledit art de l'imprimerie depuis 1589 jusqu'audit jour, (8 avril 1611), tant en nos villes de Langres, quedeChâlons en Cham-

(1) Archiyes de la rille.

(2) Archives de la ville.

pagne (1). » Il est vrai qu'il imprimait fort bien, et que sea livres et opuscules sont remarquables à plus d*un titre. Parmi les plus curieux ou les plus rares, il faut citer : i^ Ismenias, autrement Tébolation de Tailan, A M. de lay ,

Fondreire.

A Diion de Fimpression de C. Gayot, M, impr. demeurant au vieil CoUégej et se vend chez Pierre Grangier, libraire, deuant le Palais, MDCIX.

Cette pièce a été réimprimée en 1853, dans les Mémoires de la Commission des antiquités de laCôte-d'Or, sur le seul exemplaire connu, qui appartient à M. H. Joliet de Dijon. Il en a été tiré à part 25 exemplaires.

2"* La Brigve deffaicte. A la mémoire -de lean de Frasans^ par Louvan Géliot, 1609 ;

S'* Histoire des Antiqvitéz d'Aussonne^ par Claude Ju-

rain, 1611 ;

4<> Deffence dv traieté dv delict commvn et cas privilégié y en la distinction des deux puissances, Ecclésiastique et Séculière.

A M, Milletot, seigneur de Villy, Conseillier au Parlement de Bourgongne, 1612.

Ce petit livre, (62 pages in-8<>) contient des vers français et latins de P. Malpoy, B. Saumaise, Jacques Guiionius ; P. de Chasans; Cl. Saumaise; Ant. Morisot; Pierre Dernier ; L. Géliot; J. G. Richard ; S. Clerguet, de Chalon ; L. Chevalier; Dyonis Rabyot, d'Autun; J. Morel; Et. Ladone, d'Autun ; Marc-Ant. Millotet , — la plupart d'une extrême violence contre l'imprudent qui avait osé critiquer Milletot

(1) Edita enregistrés an Parlement de Bourgogne.

Parmi les lirres sortis des presses de Guyot, avant son arriyée à Dijon, il y a : L*Avtovrs8erie de P. de Gommer seigneur de Lusancy^ (issisté de F, de Gommer, seigneur de Brueil, son frère, A Chacdons chez Clavde Guyot, imprimeur du Boy, 1594, dont nn bibliophile dijonnais, M. H. Cheyreul^ rient de donner, chez M. Darantiere, une charmante réimpression.

en quinze vers latins reproduits en tête du volume sous ce litre : Vers du Calomniateur.

P. Malpoy lui dit :

CroyoiB-fu, plutne de voirie,

Auec Ion vers de friperie,

Des Pédana mesme rebuté, Secouer ce puissant Àthêtê, (sic) Dont le maste sçauoir colleté

Le sçauoir de l'antiquité?

Ainsi, ce pou ord, et infâme, etc.

Cet étrange spécimen de l'urbaailé bourguignonne bu XVII' siècle, fait partie de la collection de M, Albert de Loisy. On y voit la marque bien connue de Claude Guyot, un Milon de Crotone avec la légende :

Id tenta qvod potes.

5" Plaidoyê de Maître Hugaes Picardet, 1619;

6" Le réveil de Chyndoaax priaeo des Vaciea drvydes

celtiqves diionnois, etc., 1621, livre fameux du médecin Guenebauld ;

7° Discovrs d'Honnevr svr les Vertvs éminentes de trèshavt et trèS'pvissant prince Henri de Bovrbon^ prince de Condé, premier prince dv sang, premier pair de France y etc., 1628.

Le 10 février 1626, Claude Guyot fut cité devant la Chambre des Comptes, au sujet d'un livre intitulé : Coustume généralle du Pays et Dvché de Bourgongne, à la suite duquel il avait imprimé inexactement un arrêt de règlement du 6 avril 1604, entre le Parlement et la Chambre, avec privilège du Parlement du 15 décembre 1623.

Guyot déclara que la copie sur laquelle il fit son impression; lui avait été remise par Pierre Saumaise, l'un des greffiers du Parlement, à qui il Tavait rendue.

La Chambre des Comptes, après avoir indiqué les mots omis ou ajoutés à l'avantage du Parlement et à son propre détriment, ordonna que ses députés, qui sont en Cour, feraient plainte de ces additions et détractions au Roi qui serait supplié d'y pourvoir. Défenses à Guyot, de débiter les exemplaires falsifiés et corrompus dudit règlement qui seront supprimés, et d'imprimer à l'avenir aucunes choses concernant le Parlement et la Chambre des Comptes, sans l'autorité et consentement de l'une et de l'autre desdites compagnies, sous telles peines qu'il plaira à Sa Majesté d'arbitrer (1).

Claude Guyot mourut en 1628. Par délibération du 1 septembre 1628, la Chambre de Ville continua à Catherine Laverot, sa veuve, « son logement et habitatioii en ladite maison du Vieil Collège, exemption de tailles, guet et garde, aux charges portées par la délibération du 29 juillet 1608. »

La veuve C^.aude Guyot donna :

i^ Dessein des arcz triomphaux érigez a F honneur du Roy,

(1) Archives de la C6te-d*0r. — Registre de la Chambre des Confites (B. 144).

à son entrée en la ville de Dijon, le dernier de janvier 1629. — In 4'*de 16 p,\

2^ Histoire de Flmage de Notre-Dame d* Etang, 1632, par le père Basile Bordes, qui fut pendu en 1633 ;

5» Entrée de très-hault et très-puissant prince Henry de Bourbon y prince de Condéy etc., 16B2; .

4» Chariot Angélique pour conduire les âmes au ciel, gouverné par S ai net Michel, et les neui cœurs (sic) des Ange s , enrichy des plus rares vertus et protections des Esprits Céiestes, 1632;

5» Les merveilleux effets de la Nymphe de Santenay, 1633 ;

6* Les' Saillies de I Amant de Jésus et de Marie sur le Sainct Saoriûce de la Messe, par Bénigne Martin, avocat, 1634;

7® Traitté de F ancienne milice romaine, tiré de Polybius et enrichy de plusieurs authorités, par de Chevigny Villers, gentilhomme bourguignon, 1634, in-8.

Par arrêt du 25 octobre 1631, le Parlement condamna Ni' colas Spirinx, libraire à Dijon, à dix livres d'amende envers la veuve Guyot, pour contravention aux arrêts des 12 janvier et 24 juillet 1629, lui défendant d'imprimer aucun traité des affaires du Roi, ou concernant la Cour et le public (1).

GuY-ÂjfNE GuTOT succède à sa mère en 1635, après son mariage avec Jeanne Gault.

Il présente requête, afin d*être confirmé dans la charge d'Imprimeur ordinaire du Roi que loi disputait Pierre Palliot, « se disant imprimeur à Dijon ; • et, ajoutent les Lettres Patentes du l*** janvier 1636 : « Ck>nsidérant qu'il est nécessaire qu'il y .ait en notre dite ville une imprimerie pour nous ; qu'il n'y a eu, depuis plus de vingt-cinq ans, d'im-

(1) Arekifw 4a Pnkft.

primerie en' cette ville que celle de feu Guyot, à présent possédée par son fils, avons octroyé audit sieur Guy-Anne Guyot, le titre de notre imprimeur ordinaire (1). »

A ce titre, il ajouta bientôt ceux d -Imprimeur de Mgr le Prince et de la Ville.

Parmi les livres sortis des presses de Guy-Anne Guyot, il en est trois fort rares :

Reiouissance de F Infanterie Diionnoise pour la venue de Mgr le duc d'Enguien^ 1636.

Description et interprétation des portiques érigés à I entrée de trèS'hault et très-puissant prince Louis de Bourbon, 1650,

Les veilles cvrieuses de Dv Verne contenant cinq cents etMuit Autheurs, Et des choses les plus particulières dont ils ont Traittez, 1647.

On lit dans le Registre des délibérations de la Chambre de Ville, de 1651 :

€ Le sieur Guyot, imprimeur, s'étant permis d*imprimer sans permission deux manuscrits venant de Paris, intitulés :

/• Réponse de M. le Prince au discours adressé par la Reine aux Compagnies souveraines, et aux ofâciers de THôteAde -Ville de Paris, et S^ Déclaration du duc d'Orléans en faveur de M. le Prince, le maire fit saisir par les sergents les feuilles qui sortaient des presses, et il défendit à Guyot de rien imprimer qui ait trait à la politique, sans sa permission. »

Jeanne Gault, femme de Guyot, mourut le 25 février 1654. Le 25 juin suivant, il y avait double cérémonie à Saint-Médard, pour, le mariage de Guy- Anne Guyot, imprimeur du Roi, avec Claude Sabatier, veuve de François Truche, maître tailleur d'habits, et pour celui de Jeanne Guyot, fille de rimprimeur, avec Léonard Sabatier.

(1) Archives du Parlement.

Antoine m Grangier, fila de Simon Grangiei', libraire, el de Guillemette Papillon, né le 21 mai 1587, reprit l'imprimerie de Gu^'Anne Guyol. Il avait pour enseigne': A saint Bernard, et habitait devant la Chambre des Comptes,

En 1656, il publia : RéUexionsspiritneUes sur le quatrième vœa des Religieuses Ursulines de tlnstilat de Paris, par Hu^ea Jannon; en 1657, le Tableau des passions humaines réduit en soaaets, par Bénigne Griguette, et en 1660 : Sur Fhevreux retour de Son Altesse Monseigneur le prince de Condé, premier pri née du sang, avec une dédicace de sa main.

Grangier avait eu de Claude Morisot, sa femme, un fils auquel il remit son imprimerie en 1660. Il mourut le 12 février 1666.

Jean Grangieh était relieur, quand il reprit les presses paternelles. L'année même de son installation, il imprima un petit recueil bourguignon devenu introuvable : Luoifar pryn au baytan.

On a encore de lui :

Stances svr la très-sainte et Irès-miracvleuae Hostie de la Sainte-Chapelle de Diion, par B. Griguelle, 1665.

Sa mai;que consistait en deux J et deux G entrelacés, et traversés par une flèche.

En 1679, Il prenait le titre d'imprimeur de S. A. Sérenissime Mons. le Prince ; en 1703, il s'intitulait : seul Imprimeur et Marchand Libraire du Parlement et des États Généraux de la province de Bourgogne.

Jean Grangier eut deux fils de Anne Maillefert (1], — il s'était marié le 9 janvier 1661, — qui tous deux furent imprimeurs : Léonôr ou Léonard et Jean-Baptiste Grangier. Il en sera parlé au xviii^' siècle.

On a vu qu'au commencement du xvii« siècle, il y avait deux imprimeries seulement à Dijon : celle d'Antoine I Grangier, et celle de Jean III des Planches. Il nous reste à parler de l'imprimerie d'Antoine I Grangier, et de toutes celles qui se sont successivement créées pendant le siècle.

Ainsi que nous l'avons dit, Antoine I Grangier est mort en 1601* Il eut pour successeur Jean Maignien qui demeurait < douant le Palays. »

Voici quelques livres sortis des presses de ce maître :

Les sept psalmes poeniientielz dv Roy et prophète Dauid, auec quelques aultres sans ordre , mis et tournez en Odes Françoises et Pindarelles, par lean Richard, Diionnois,

Recueil des principaux points de la Remonstrance faicte en la Cour de Parlement de Bourgongne, le 24 novembre dernier, par M® Hugues Picardet, 1605.

Plaidoié fait av Parlement de Bourgongne, sur le Règlement des Médecins et Apothicaires touchant T exercice de leur art et profession, 1605,

. On n'entend plus parler de Jean Maignien après 1607. Il est présumable qu'à cette date, l'imprimerie fondée par Pierr'e I Grangier, en 1530, cessa 'd'exister.

Nicolas Spirinx. — Ce nom apparaît pour la première

<1) Morte le 9 jain 1702, &^e de 61

ane.

fois en 1613, à propos d'une contravention. Spirinx et la veuve Simon Grangier (1), libraires, sont condamnés chacun à 30 sous d'amende, « pour avoir tenu leurs boutiques et estalles ouverts le jour de la saint Luc, au scandalle de touz les ^ens de bien. »

L'année suivante, le 4 juillet 1614, on baptise à Saint- Médard, Vivande [qui deviendra la femme de Paliiot), fille Hle Nicolas Spirinx et de demoiselle Itesse Viar (2).

A sa profession de libraire, Spirinx joignait celle de graveur. C'est lui qui grava la planche du tombeau, dans le Réveil de Chyndonax,

Mais la librairie et la gravure ne suffisaient pas à l'activité de Spirinx. Il acheta donc une partie du matériel de Jean III des Planches, et organisa une imprimerie. Il ne parait pas cependant qu'il ait imprimé du vivant de Claude Guyot ; celuici mort, il se met à l'œuvre et donne :

Les remèdes contre la peste et air contagieux.

Par lean Gombault Escuyery docteur en médecine^ de présent en ceste ville de Dijon, logé au logis de monsieur Thibault à la porte au Fermerot proche S, Bernard, Imprimé pour Tvtilité publique par Arrest de Nosseigneurs de Parlement,

A Diion, chez Nioolas Spirinx, imprimeur proche le Palais, 1^8,

Puis, la môme année :

Aduis sur la peste recognve en quelque endroit de la Bovrgongne,

Aussitôt la veuve Guyot se dit atteinte dans son privilège, et le Parlement, par arrôt du 12 janvier 1629, interdit à Spirinx de continuer l'imprimerie. Sans tenir compte de cette défense, il publie encore :

(1) Née Guillemette Papillon. C'était la mère d* Antoine III Grangier.

(2) Itesse Viar mourut' le 23 férrier 1662.

Chant de triomphe svr la prise de la Rochelle j 1629,

Nouvel arrêt du Parlement du 24 juillet 1629 ; Spirinx y répond par Resiovissanoe de T Infanterie Diionnoise, pour la naissance de M, le prince de Conty, 1680 y et malgré un troisième arrêt du 25 octobre 1631 le condamnai^t en dix livres d'intérêts envers la veuve Guyot, et aux dépens de Tinstance, « avec itératives défenses d'y récidiver, » Spirinx prépare un charmant petit volume oblong de 72 pages^ plein de gravures, qui paraît bientôt sous ce titre :

Le soldat militaire montrant les movvements, Passages du leu de la Plcque, du Mousquet^ de la Hallebardey PertU" sanne et F Enseigne, Ensemble F exercice des gens de pied , Piquie et Mousquetaires, en combattant apprenant a bien combatre. Composé réduit et enseigné par le, Capitene Collombon Commisaire de F artillerie de France.

A Diion, chez Nicolas Spirinx Imprimeur et Libraire proche le Palais. 1632,

La veuve Guyot protesta- t-elle encore ? nous l'ignorons.

Quoi qu*il en soit, un jeune homme venait d'arriver chez Spirinx, qui allait reprendre la lutte, et donner un éclat inconnu jusqu'alors à cette imprimerie qu'on voulait étouffer au berceau. Il se nommait Pierre Palliot, était né à Paris, et se qualifiait graveur en taille douce. En 1638, il épousa Vivande Spirinx, et prit la direction de la maison de son beau-père.

On a vu que dès 1635, « Pierre Palliot, Ise disant imprimeur à Dijon, » disputait le* titre d'Imprimeur du Roi à Guy- Anne Guyot. C'était de l'audace ; aussi fut-il battu. Mais par suite de nous ne savons quel compromis, ce titre, il le possédait en 1643; ainsi qu*il résulte du Privilège imprimé à la suite de :

Apologi Phsedrii ex Ivdicris I Regnerii Belnensis doct, Medici :

« Par grâce et privilège du Roy : 11 est permis à Pierre

Palliot, Imprimear dn Roy, libraire et graveur à Dijoii, d'im-' primer, etc. » Ce privilège est daté de Paris, le 8 janvier 1643.

Il y avait doue deux imprimeurs du Roi à Dijon, puisque tiuyot prenait encore ce titre en 1654, mais il y a lieu de croire qu'il était purement honoriQque pour lui, et que Palliot eu avait les profite.

Uu des premiers ouvrages sortis des presses du nouvel imprimeur perle la date de 1638. C'est un opuscule de - P. Malpoy, intitulé ;

Hécit de ee qui s'est passé en la ville de Dijon pour t heureuse naissance de Mgr le Dauphin.

Palliot avait pris pour enseigne une vierge mère avec cette devise: A la Beyne de Paix, enseigne qui fut en même temps sa marque. On la retrouve, gravée par luimême, avec son chiffre et ses armes, sur presque tous les ouvrages qu'O imprima.

Les livrés rares ou curieux, sortis des presses de Pierre Palliot sont innombrables ; citons-en quelques-uns :

Tableav de la vie de Sainct Bernard premier abbe de Clerevavlx mis en vers Héroïques par le R. P. Dom François Dvval Prieur en ï abbaye de FonteneL 1642, in-4, de 89 pp. qui fait partie de la riche collection de M. H. Baudot;

Orbis Maritimi, i648j avec frontispice gravé par Spirinx;

lacqvemardf vov lay prinse de Côtray, 1646,

Le Parlement de Bourgongne^ 1649, magnifique in-folio,

dont Palliot est Tauteur, le graveur et l'imprimeur ;

Qvatrains du sieur de Pibrac, novvellement tournés en latin, Pibracii tetrasthica gallica latinis versibvs fideliter et ad verbvm expressa, 1651, pet. in-8 de 48 pp. .Traicté de la Chambre des Comptes de Dijon , 1653 ;

La vraye et parfaicte science des Armoiries, 1661;

Hydrologie ou Traité des Eaux minérales trouvées auprès de la ville de Nuys entre P rixe y et Premeaux, 1661 \

Lettre d'un religieux chartreux au R. P, Général de son Ordre y Portant relation des choses arrivées pendant les exorcisme s des Religieuses dAuxonne, 1668 ;

Théologie curieuse, contenant la naissance du monde avec douze questions sur ce sujet, trad, du portugais par le chev* de Jant, 1666, 1 vol. petit in-12.

Relation de la pompe funèbre faite dans la Sainte Chapelle de Dijon, après la mort de Louis de Bourbon, prince de Condéf 1687. Cette même année Louis Secard, gendre et successeur de Palliot, donnait son premier livre.

Voici une belle étude sur Palliot, publiée p'ar M. H. Beaune, dans r Union bourguignonne du 8 septembre 1855 ; c'est ce que nous avons trouvé de plus complet, d^ plus vivant sur le célèbre imprimeur :

« Pierre Palliot, historiographe d4 roi et généalogiste du duché et comté de Bourgogne, naquit à Paris, le 19 mars 1608, et fut baptisé à Saint-jTacques-de-la-Boucherie, dans

— sala pai'oisse de Nicolas Flamel. Son père, orfèvre de profession, appartenait à une famille honorable du commerce parisien, qui comptait plusieurs alliances dans la robe courte et le barreau. Pierre, destiné de bonne heure à la même profes* sion, apprit en peu de temps la gravure et le dessin, et reçut dans la maison paternelle et de la bouche même de son père, homme assez instruit et curieux d'apprendre, quelque teinture des belles-lettres, et surtout de la langue latine.

<{ Ces études, jointes à un goût prononcé dès le jeune ftge pour la science héraldique, le portèrent bientôt à délaisser Torfévrerie pour l'histoire, et en particulier pour le blason. Un commerce fréquent avec un allié de sa famille, M. Louvan Gélyot, avocat au parlement de Dijon, et déjà célèbre par ses grandes connaissances dans la science des Yulson de la Golombière, des Duchesne, des P. Anselme* et des d'Hozier, développa rapidement chez lui un goût naturel qui ne demandait qu'à être cultivé.

« Un voyage en Bourgogne, entrepris sur les' sollicitations de Gélyot et dans un but purement artistique, détermina sa carrière.

« Arrivé à Dijon avec l'intention de dessiner et de gi'aver les principaux monuments de cette ville, il fit chez son parent la connaissance d'un libraire bien connu à cette époque, Spirinx, et en épousa la fille. Il avait alors 25 ans. Ses goûts, ses études, ses sympathies, son mariage, l'admiration et la déférence profonde qu'il avait pour le savant Gélyot, qui avait abandonné le barreau depuis la mort de sa fille et qui s'adonnait alors exclusivement à des recherches généalogiques, tout l'engagea à demeurer à Dijon et à y fixer sa résidence. La maisoi^ de son beau-père devint la sienne ; la librairie passa entre ses mains, et les conseils de Gélyot y firent joindre une imprimerie (1). Ce n'est plus dès

(1) On A TU que Spirinx imprimait avant TarriTée de Palliot. '

lors le jeune enthousiaste de la noble science des armoiries^ le curieux visiteur des antiques monuments, des manoirs féodaux et des tombes seigneuriales : c'est le patient archéologue, le déchiffreur intrépide des chartes et des généalogies des vieilles famillesi Thistoriographe de la province et le héraut d'armes du parlement; c'est le correspondant des EUzeviers, le successeur des Plantin, des Manuce et des Estienne ; c'est, comme il s'intitule lui-même, Pierre Palliotf parisien, imprimeur du roy, du révérendissime évesque et duc de Langres, des Estais de Bourgogne et de la ville de Dijon, marchand libraire, graveur en taille douce, et marchand orfèvre à Paris, résidant audit Dijon.

« Nous venons de parler des Ëlzeviers. Et, en effet, les deux célèbres frères Abraham et Bonaventure quittèrent la Hollande, en 1652, pour venir à Dijon rendre visite à leur modeste confrère, sur la seule renommée de ses belles et nombreuses impressions ; visite qui dut gonfler de joie et de légitime orgueil le cœur de l'imprimeur dijonnais ! Déjà, comme un pieux hommage à la mémoire de son cher Gélyot, il songeait à réimprimer son Indice Armoriai, en l'enrichissant d'annotations nombreuses. Le Parlement de Bourgogne, avec les armoiries des présidons, des conseillers, des chevaliers d'honneur, etc., in-foL, 1649, avait suffi pour établir la réputation de son auteur. La Généalogie des Com~ tes d'AmauMé, inspirée par la présence du lieutenant-général de ce nom, gouverneur de la province aux lieu et place du prince de Gondé, n'avait f^it que l'accroître. VHisioire généalogique des maréchaux de France, comtes et marquis de Chamilly, in-fol., devait bientôt succéder à ces volumineuses et savantes publications. En même temps il imprimait tous les ouvrages de science, d'hiçtoire, de blason, de jurisprudence, de religion, qui s'éditaient dans la province ; il gravait les armoiries des principales maisons de Bourgogne, et ces merveilleux frontispices du XVII® siècle, œu-

vres d'un art sérieux, si recherchés de nos modernes bibliophiles; il dressait les généalogies des membres du Parlement, et préparait ces doctes recherches et ces Mémoires si curieux et si appréciés sur Thistoire, Torigine et les alliances des chanceliers et des personnages les plus considérables de la Bourgogne; 13 vol. in-fol., mss., attestent et rétendue de ses lumières et la patience de ses travaux ; c'est ToBuvre d'un P. Martenne, ou d'un Montfaucon. On conçoit à peine qu'au milieu de ces occupations si diverses, entre les nécessités d'un commerce de librairie et le labeur perpétuel de l'imprimeur et du graveur en taille douce, il ait pu trouver assez de loisirs pour écrire tant d'ouvrages, répondre à tant d'exigences et de sollicitations et réunir tant de précieux documents. Gomme La Monnoye, le poète des délicats éloges et des piquantes épigrammes,

on se prend à lui dire :

Vray registre vivant, oracle plein de foy, Trésor en recherches fertile, Fameux Palliot, explique-moy Cette énigme si difficile :

Comment, sans cesse à lire appliquant ton esprit, Tu sais trouver le tems d'écrire.

Et comment, ayant tant écrit, Tu sçus trouver le tems de lire.

a Son logis était le rendez-vous de tous les beaux esprits et de tous les sav&nts de la province. Les Morisot, les Saumaise, les Fèvret, les Joly, les Fremyot, les Bernardon, les Lantin, les Brulard même venaient le voir et lui demander conseil. Rien de plus curieux, à cet égard, que les lignes suivantes, placées à la première page du tome IX des Mémoires de Palliot par M. Joly, marquis de Blaisy, président au grand conseil.

c Lorsque j'achetai les manuscrits de M. Palliot, je ne

connaissois pas encore tout ce qu*ils pouvoient valoir. Il en avoit aporté à Paris deux ou trois volumes qu'il avoit fait voir à des personnes de considération et à des gens habiles et curieux qui en a voient fait fort grand cas. Il voiiloit bien les vendre, mais il ne pouvoit se résoudre à les livrer pendant sa vie, ce qui fut cause qu'il ne conclut aucun marché, quoiqu'on lui en offrît de l'argent assez considérablement. Je fis un voyage à Dijon, à mon ordinaire, pendant les vacances de 1684, et, ayant été le visiter, je le trouvai dans son cabinet, où il me fit de grandes plaintes de l'ingratitude de lajprovince qui n'a voit jamais reconnu le mérite de son travail et toutes les peines qu'il s'estoit données pour l'illustrer par ses ouvrages curieux concernant l'histoire généalogique des familles. Je le consolai du mieux qu'il me fut possible, et je tâchai de lui faire entendre que ces vérités trop crues et mal digérées qu'il disoit d'une manière peu polie et trop franche faisoient que bien loin de s'attirer des récompenses, il estoit regardé comme un homme qui faict peu de plaisir... Il me répondit toujours, comme un vieux Gaulois, qu'il ne disoit rien que de vray. A quoy je n'eus autre chose à répondre, sinon que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, et que supprimit orator quœ rusticus edit inepte. En effet, il est vray, comme on n« peut en douter, et qu'il est fort aisé de le prouver plus clair que le jour, que les meilleures maisons du royaume, et qui sont sans contredit les plus illustres, les plus grandes et les plus nobles, soit par leur antiquité, soit par leur ' origine, soit par leurs alliances, soit par les grandes dignités et les grandes richesses qu'elles ont possédé, ont néanmoins besoin d'estre mises dans un certain jour, à plus forte raison les médiocres doivent estre traitées avec habileté et avec ménagement. Je me souviens mesme que je luy en donnai grand nombre d'exemples, soit dans l'espée, soit dans la robe, sur lesquelles il y a des anecdotes où l'on trouve des

mésalliances et des faits fascheux, mais pourtant véritables, que Ton n'a garde d'écrire dans un livre d'histoire. Mais toujours arresté à son sens, il ne convenoit pas de ce que je luy disois.... Il me montra ensuite ses livres... Il y en avoit 44 vol. in-folio escrits fort menu et néanmoins d'un caractère fort lisible (!).'•.. J'avoue que depuis que je les ai eu en ma possession et que j'ai eu le loisir de les examiner j'ai été merveilleusement content de mon acquisition. M. de Gagnières, qui les avoit déjà vous, les a trouvés admirables.... Je les ai fait voir à plusieurs personnes de mes amis, à M. d'Hozier, à M. Dufourni, à M. de Gaumartin, à M. du Goudray, à M. du Belloy, qui ont admiré, ainsi que beaucoup d'autres, le travail et l'exactitude avec laquelle tous ces recueils ont été faits, etc., etc. >

« Nos pères avaient une vie moins agitée et moins active, mais plus laborieuse que la nôtre. Palliot se levait tous les jours à cinq heures du matin, et, après avoir entendu la messe à la Sainte-Ghapelle et satisfait rigoureusement à ses devoirs de chrétien, pour lesquels il fut toujours d'une scrupuleuse exactitude, il se mettait au travail jusqu'à neuf heures du soir, sans autre interruption que celle des repas et des visites indispensables à ses ateliers d'imprimerie. Il habitait une maison curieuse et pittoresque au coin de la place du Palais, en face l'ancien portail de la Ghambre des Gomptes, maison démolie depuis une trentaine d'années et remplacée par une construction moderne. Des inscriptions pieuses, des sentences morales, des versets de la Bible étaient sculptés sur les voussoirs des portes et les arceaux des fenêtres. Au-dessus de l'entrée principale était une

(1) Ils ont été brûlés dani le cabinet de M. Joly, où le feu prit en Tannée 174... (Voir Catalogue généraX des manwcrits des bibliothèques des départements. — Manuscrits de la bibliothèque de Troyes,)

Une copie de ces Mémoires généalogiques arait été faite par les soins da président Bonhier; deux Tolumes de cette copie sont à la bibliothèque publique de Dijon. C.-J.

vierge avec cette devise : A la Royne du Ciel. A côté on lisait cette pieuse invocation : Domine; custodi introïtum et exitum. Une tourelle en encorbellement à l'angle du logis, sur la rue du Palais, ornée de cartouches, de fusarolles et d'arabesques, comme celles de Fhôtel de Mimeure, dans la rue de la Conciergerie, servait de cabinet d'études à Pierre Palliot. On raconte que les reflets de sa lampe, projetés au loin par sa petite fenêtre gothique, servaient, pendant les longues soirées d'hiver, d'horloge aux passants attardés, et venaient 'encore le matin réveiller dans leur lit les paresseux voisins du laborieux imprimeur.

« Pierre Palliot mourut en 1698, à l'âge de 89 ans, sans avoir éprouvé, pendant sa longue carrière, d'autres infirmités que quelques accès d'une goutte plus incommode (pie douloureuse. Il mourut pauvre ; son exacte probité et ses manières simples et pleines de candeur, nous dit M. Joly de Blaisy, lui firent préférer de laisser à ses enfants plus d'honneur que de richesses. Il avait reçu quelque temps auparavant, des Etats de la province, le titre de généalogiste du duché et du comté de Bourgogne.

« J'ai vu son portrait peint par Revel, en 1696, deux ans avant sa mort; et gravé par Drevet en 1698. C'est, comme on aime à se représenter Palliot, une belle tète de vieillard, couronnée de cheveux blancs et légèrement inclinée vers la gauche. Il respire cette probité, cette patience, Cette modestie qui fut l'apanage du juge d'armes de la Bourgogne, et aussi quelque peu de cet air gaulois dont parle M. Joly de Blaisy, et qui ne l'abandonna qu'avec la vie (1). »

(1) On ne lira pas sans intérdt cette note na!?e, extraite d*ane Chronique manuê' crite de Flaoigny (tome I, fol. 16), conserrée aux archires de la C6te-d*0r, et dana laquelle se retrouve le nom de Palliot :

« Nicolas de la Salle, prieur de FlaTigny, Tendit tous les gros liTres du chœur manuscrits, dont on se servait auparavant qu'on eût introduit céans les livres imprimés, et toutes les légendes écrites en parchemin et vélin, dont il chargea %m âne qu'il fit conduire à Dijon et qu'il vendit au sieur Palliot et antres libraires et relieurs,

Pierre Palliot était un patriarche, dans toute Tacception du mot. Voici la liste des enfants qu'il eut de Vivande Spirinx, extraite des registres des baptêmes de la paroisse Saint- Médard :

* 1. Simon-Pierre^ baptisé le 7 août 1635 ;

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