‹ Les imprimeurs et les libraires dans la Côte-d'OrChapitre 5 sur 17 · Claudine, baptisée le 8 juin · texte numérisé non relu

Claudine, baptisée le 8 juin

La plupart des enfants de Palliot moururent jeunes. On trouve fréquemment sur les registres des décès de la paroisse Saint-Médard, cette mention : c Inhumé un enfant du sieur Palliot ; » des filles entrèrent au couvent, et enfin le Palliot qui était libraire en 1710 ne semble pas avoir eu d'enfants. Peu de temps après la mort du célèbre imprimeur, son innombrable famille avait donc disparu de Dijon.

Suivant Tancienne coutume; Pierre Palliot célébra ses noces d'or : ,

c Le cinquiesme aoust 1685, à quatre heures du matin, pardevant moy Estienne Arviset, trésorier de Téglise collégiale de sainct Estienne de Dijon, en ladicte église, se sont présentés honorable Pierre Palliot, marchand libraireimprimeur et historiographe de Dijon et honeste Vivande Spirinx, sa femme, et quatre de leurs enfans, lesquels m'ont invité de dire messe, pour remercier Dieu avec eux de ce qu'il y a cinquante ans qu'ils sont mariés ensemble et qu'ils ont vescu en parfaicte paix et union et demander à Diion (sic) la continuation de ses grâces le reste de leurs jours, ce (jue je certifie véritable. »

« Signé : Arviset, trésorier de Sainct-Estienne (1). »

Nous avons cru devoir conserver le lapsus, Dijon pour Dieu ; il est plein d'ironie, si on le rapproche de la conversation que Palliot eut avec M. Joly de Blaisy, en 1684, et rapportée plus haut.

Enfin, voici les dernières lignes concernant le vieil imprimeur, et qui ferment cette vie si belle, si bien remplie :

« M. Pierre Palliot, âgé d'environ quatre-vingt-neuf ans,

(1) Reg^iftreB des baptêmes, mariages et iépaltares de la paroisse Saint-Médard.

imprimeur et historiographe du Roy, et généalogiste de Bourgogne, mourut subitement le cinquiesme d'avril 1698 et fut inhumé le lendemain dans Téglise de Sainct-Estienne dans le caveau sous l'orgue, en entrant, à main gauche (1). »

Louis Secard, fils d'un iihprimeur Langrois, épousa Michelle Palliot, et reprit les presses de son beau-père, en 1687. Il conserva la marque et l'enseigne de Palliot, tant qu'il habita devant la Chambre des Comptés. En 1689 ou 1690, il transporta son atelier « place Roïal devant la Monnoye, » et abandonna l'enseigne.

On ne connaît de Secard que quelques pièces bourguignonnes fort rares :

Lai Bregogne en larme su lai mor du prince de Condai, Premier février 1687 ;

Joyeuse tai sur le retor de lai bonne santai du Roy, 1687;

Dialogue de Piarrô et Coula, vaigneron de Dijqn, su lo Porvileige égairaij 1689;

Dijon revigôtai, 1690.

Après 1690, on n'entend plus parler de Secard à Dijon; peut-être était-il retourné à Langres.

Claude Chavance, d'une famille dijonnaise, — un Claude Chavance était tailleur de pierres sur la paroisse Saint-Jean, '' en 1622, — s'établit imprimeur à Dijon vers 1630, et donna en 1632 :

Description de rentrée du prince Henri de Condé à Dijon, par Malpoy. '

PmuBBRT ChavangE; probablement un fils, lui succéda. Il imprima :

(1) Registres des baptêmes, mariages et sépaltores de la paroisse Saint-Médard.

L'avocat des Ames dn Pargaloira, 1651, par le P. Claude BoDnyer, jésuite ;

CI. Bartb. Morisoti epialolarum eentariee dam, 1656, 2 vol. ia-4>;

Des armes triompbaoles de son Altesse Moaseignear Je Dac d'Epernon, par Bénite Griguette, brochure très recherchée ;

lacobi, loannis, Andrew, et Hvgonis fratrvum GviioDiorvm opéra varia. Ex bibliotbeea Pbiliberti de Ja Mare, senatoris divionensis, 1658.

Recherches et Mémoires servans h F histoire de Faocienne ville et cité d'Avtvn. Par feu M. lean Mvnier, conseiller et advocat da Roy au Bailliage d'Antun, etc. A Dîiou, cbezPbiîibert Cbavaace, Imprimeur et Libraire ordinaire du Roy^ rue S. lean, aa petit lesvs. MDCLX avec privilège.

Voici celte marque du Petit 4ésus, qui ne figure que sur quelques'une des ouvrages imprimés par Chavauce.

Chavance tirait aussi les gravures, et peut-être élail-il graveur lui-même, comme Spirinx et Palliot. On lit dans les comptes de l'église Saint-Jean de Dijon pour l'année 165T;

< 40 fr. payés à P. Ghavance, imprimeur, pour 40 images de Saint-Jehan, en taille-douce, fournies par le receveur à MM. les associés et autres personnes, à raison d'un sol. i

On remarquera la qualité d'Imprimeur [du Roy, prise par Ghavance, en 1660, qualité que Palliot prenait également et dès le temps de Guy-Anne Guyot. Gependant le nom de Ghavance ne figure pas dans le Mémoire pour LouiS'Nico^ las Frantin, où se trouve l'historique de cet office.

Philibert Ghavance mourut vers 1665. Sa veuve Marie Bernard^ publia Tannée suivante un recueil de poésies grecques et latines de Philippe Robert ; en 1678, un ouvrage latin de Glaude Leroy, et en 1679 :

Apologie du R, P. Honoré , supérieur des Missionnaires, contre les Médisans, par M. T. B. de Dijon. (Antoine Thomas).

L'Apologie est le dernier livre sorti des presses de la veuve Ghavance. Elle remit son imprimerie à Antoine Michard, et Tune de ses filles continua la librairie dans la maison paternelle, située place Saint-Jean, contre Tancien hôtel de Beuvrand.

Il y avait aussi deux fils : Claude et Philibert Ghavance. Le premier fut imprimeur à Lyon ; le second publia à Dijon même, en 1683, un Traité des Excommunications (1).

Antoine Mighard, marchand mercier, demeurait en 1679 au coin de la rue du Grand-Bourg, près de la Porte- aux- Lions, au n® 2 dé la rue actuelle du Bourg. Gette profession de mercier n'était pas si éloignée des choses de l'imprimerie qu'on pourrait le croire aujourd'hui ; les merciers vendaient presque tous des livres.

G'était d'ailleurs un grammairien. Papillon, dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, dit qu'il avait publié en 1676 :

(1) Matetn et Garnier. — GcUerie Bourguignonne.

UOrtographe françoise^ ou Méthode nouvelle pour rendre notre Langue facile aux enfans et aux étrangers qui cherchent sa véritable prononciation^ etc.

Antoine Michard prit pour enseigne : A Saiût-Jean TEvangéliste, et imprima , en 1682 :

Remarciman dé brave Barôzay de Dijon fay par Gregore Gouy au gran Roa Lovy quaitoze.

Il mourut le 31 octobre 1688, à 62 ans.

La veuve Antoine Michard, née Nicole Daussy, en vertu du droit qu'avaient les veuves des Imprimeurs et Libraires de continuer le travail dans leurs imprimeries, et tenir leurs boutiques, imprima, sous son nom, à la fin de 1688 : Phelisbor éclaiforai. Dialogue de Rôbichon et Renadai, En 1689, elle laissa les presses à son fils, qui venait d'épouser Claudine Roux, et continua le commerce de la mercerie et de la librairie. Elle était encore qualifiée libraire le 28 décembre 1706.

Claude Michard s'établit place Saint-Etienne, près de la Sainte-Chapelle, à l'endroit même où s'élève aujourd'hui le théâtre. Il conserva l'enseigne de son père.

Sa spécialité semble avoir été l'impression des Noëls et des opuscules en patois bourguignon ; cependant un des premiers livres sortis de ses presses est en français, et a pour titre :

La Dévotion au Sacré Cœur de Notre Seigneur lesus^ Christ, 1689,

Parmi les pièces patoises parues chez Claude Michard, on trouve :

Le Borguignon contan, 1690 ; — Explication de f énigme de Rhétorique sur la vendange, en rime bourguignonne, par Jean Gouin, vaigneron de C40uchey, 1694 ; — Compliman ai son Altesse Sérénissime monseigneur le duc de Borbon sur son er rivée ai Dijon, 1694 ; — Les Hairangou de Dijon

ai son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc, 1697 ; — Compliman dé vaigneron de Vougeot ai Monsieu FAbé de Citéa lote moitre, su son prôçai du fauteuil des Eta, et Remàrciman dé moime au Roi susai bonne jeustice, 1699 (!)•

Un opuscule assez rare, également sorti des presses de Claude Michard, est intitulé :

Discours sur rétablissement d'une Académie de belleslettres dans la ville de Dijon, 1698.

Et enfin :

Poêta in rure cantilliaco a Duce Boçbonia mulctatus, ob ejus laudes prsetermissas. — Divione apud Claudium Michard, Typographum et Bibliopolam, sub Signe Sancti Joannis Evangelistœ, juxta Regam Capellam,

Cette plaquette d'une grande rareté, se compose de quatre-vingt-un vers latins de Santeuil, et de leur traduction en cent quatre vers français par La Monnoie, sous ce titre: Le poète chastié et content. Il est probable qu'elle était inconnue à Papillon, car il ne la cite pas dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne.

On retrouve la traduction du poème de Santeuil en cent vingt-deux vers libres dans les Œuvres choisies de feu Monsieur Jean de LaMonnoie, de f Académie françoise.La Haye^ 1770 ; mais elle n'a rien de commun avec celle qui nous occupe, laquelle est en vers héroïques.

Claude Michard figurera encore parmi les imprimeurs du XVIII« siècle.

Jean Ressatre, fils de Jean Ressayre, notaire royal à Cahors, avait épousé, le 2 mars 1669, Catherine Chavance, fille de feu Philibert Chavance, marchand libraire et imprimeur à Dijon (2).

(1) Mignard. — Histoire de VIdiome Bourguignon.

(2) Les registres de la paroisse Saint* Jean portent François Ressayre: c'est une erreur. Il faut lire Jean Ressayre.

Actif, entreprenant, et voyant que Palliot, absorbé par ses études généalogiques, négligeait son imprimerie, il en établit une nouvelle grande rue Saint-Etienne, devant les Jésuites.

Tous les imprimeurs de Dijon avaient alors des enseignes religieuses : la veuve Ghavanee, au Petit Jésus ; Antoine III Grangier, à SainUBernard ; Pierre Palliot, à la Reyne de •pajjr; Claude Michard, à SaintrJean f Evangéliste ;Re3S9ijve prit hardiment une enseigne païenne : A la Minerve.

Les Jésuites lui donnèrent leur clientèle, et bientôt son imprimerie fut la plus importante de Dijon.

Ressayre imprima :

Lettre à M. P.., sur le tableau de F Enigme qui doit être expliquée par M. Marin ûls, le 28 juillet 1673 k Dijon;

Vie de Saint François d Assise, 1676;

Eloge funèbre dErard du Cbâtelet, marquis de Til-Cbâ" tel, Bailly dAuxois, prononcé à Semeur le 9 novembre 1684, — in-do, 1685.

Cet éloge, qui est du père Archange de Bourbon-Lancy, est de la plus grande rareté. Philibert de La Mare, dans, ses mémoires manuscrits, dit que la famille du Ghfttelet en retira presque tous les exemplaires.

Historioorum Burgundiœ conspectus. Ex bibliotbeca Phi' liberti de La Mare, etc., 1689.

Histoire de T église abbatiale et collégiale de Saint-Etienne de Dijon, 1696, et, en 1684, il commença la série des Almanachs dijonnais :

Prédictions astrologiques pour Tan bissextil mil six cent huitante-quatre, où F on connoistra les changemens de F air, le mouvement de la lune, etc., etc., par Ptolémée de Dijon. Ge titre, déjà modifié en 1686, le fut encore en 1690. L*almanach s'intitule alors :

La véritable conoissance des tems ou des saisons, etc., etc., par Ptolémée de Dijon.

Ges prédictions n'étaient pas les premiers périodiques

imprimés à Dijon. Les registres de l'hôtel de ville, de 1657, contiennent une délibération très-curieuse, au sujet de permission et privilège donnés par M. le duc d'Epemon et Mes^ sieurs de la Chambre, à Toussaint Yitas, sieur de Pontormille. Il lui est permis de faire imprimer et débiter à Dijon des gazettjBS ordinaires et extraordinaires, qui devront être semblables à celles qui se vendent à Paris. Quand il voudra imprimer dans sa feuille un article local, Yitas prendra Tautorisation du maire ou celle de la Chambre de Ville ; il sera enfin tenu de donner au maire un exemplaire de chaque gazette. Nous n'avons retrouvé aucune de ces feuilles volantes, et il nous est impossible de savoir le nom du maître qui les imprima.

Ressayre perdit sa femme, Catl^erine Chavance, le 4 juillet 1695. Elle avait 44 ans, et lui avait donné onze enfants. Le deuil de Ressayre ne fut pas long : le 6 septembre suivant, il épousait Jeanne-Claire de Chapet, de laquelle il eut encore sept à huit enfants.

A la fin du XVII^ siècle, il ne restait que trois imprimeurs à Dijon ; c'est à savoir : Jean Grangier, Claude Michard, Jean Ressayre.

xvni<> SIÈCLE. Les imprimeurs et les libraires de Dijon avaient longtemps vécu sous l'autorité de la Chambre de Ville et sous celle du Parlement. Leur communauté n'avait rien d'officiel ; ils s'assemblaient seulement pour discuter ensemble leurs intérêts.

Un arrêt du Conseil de la Chambre de Ville, de mars 1691, créant des syndics et adjoints aux communautés, celle des imprimeurs-libraires s'y conforma ; elle élut ses officiers, et fit des emprunts pour soutenir ses intérêts.

La Chambre syndicale était située rue Maison-de- Ville (partie de la rue Jeannin) ; le registre de la communauté date du 11 janvier 1692. Le premier syndic élu en 1691, fut Antoine Farjot, libraire ; l'adjoint, Jean Ressayre.

Bientôt l'autorité royale intervint. Une Déclaration dû Roi, pour le règlement des Imprimeurs et Libraires de Dijon, qui n'était autre qu'un règlement général pour tout le royaume, fut publiée et régis trée au Parlement de Dijon le 11 mars 1702. Elle fixait le nombre des imprimeurs à quatre pour la ville de Dijon, et portait expressément « que nul ne pourra être Imprimeur qu'il n'ait fait apprentissage pendant quatre années, et demeuré chez les maîtres pendant trois années en qualité, de Compagnon ; qu'il ne soit congru en langue Latine et qu'il ne sache lire le Grec, i

La même déclaration fixait à deux au moins le nombre des presses de chaque imprimeur, et rendait obligatoire le dépôt à double exemplaire de tous les livres imprimés.

Un procès- verbal du 26 février 1701, donne l'état des trois imprimeries dijonnaises :

Jean Grangier a deux presses, dont une hors de service, et six fontes ; Claude Michard, deux presses en bon état et seize fontes ; Jean Ressayre, qpiatre presses, dont deux démontées, et neuf fontes.

Jean Grangier était très âgé, au commencement du XVIII* siècle ; il est qualifié, dans les registres du temps, le plus ancien imprimeur de Dijon.

Il travaillait fort peu, pour ne pas dire point. Son matériel était usé. Nous avons de lui une Déclaration dv Roy, imprimée en .1703, qui l'établit d'une façon irréfutable. On peut encore s'en convaincre en voyant V Extrait des Registres de Parlement, du Lundi 4 luin 1703, concernant la fameuse Histoire du Quillotisme ou de ce qui s'est passé à Dijon au sviet dv qvietisme, etc. — A Zell, chez Henriette Hermille, à Flmage du Bon Pasteur ; livre attribué aux Jésuites par les uns; à Hubert Mauparty, procureur du Roi au bailliage et siège présidial de Langres, si l'on en croit un Jésuite, le père Oudin. Mais la déclaration du père Oudin, faite après la mort de Mauparty, est trop intéressée

pour ne pas laisser peser toutes les présomptions sur la société de Jésus.

Des bibliographes ont prétendu que V Histoire du Quillotisme fut imprimée à Reims , chez Muteau ; nous croyons, nous, qu'elle a été écrite et imprimée à Dijon, et voici quelques preuves à l'appui de notre assertion. Elles sont extraites d'une enquête retrouvée dans les papiers d'Etienne Fijan de Grandmaison, conseiller clerc au parlement de Bourgogne, lequel avait été chargé d'instruire l'affaire du Qui Ilotisme r

« Un tailleur d'habits nommé La Gardt qui demeure en la rue du Palais, a dit au sieur Oriesme qu'il luy feroit voir un desdits libels que l'imprimeur d'iceluy avoit promis de luy donner, et a dit qu'il y avoit veu travailler ; que l'on emportoit les feuilles à mesure qu'elles sortoient de dessous la presse ; qu'un religieux qu'il ne vouloit pas nommer, en estoit l'autheur, et qu'il y en avoit un du même ordre qui soignoit l'édition.

a La fille du marchand Chenet, qui demeure dans la même maison que la veuve Grangier-Bernard, dit qu'elle a vu un jeune homme à petit collet qui venoit tous les jours plusieurs fois pour emporter les feuilles à mesure qu'on les imprimoit.

« Le susdit La Garde a dit encore que le marché estoit à six livres pour chaque forme, et que l'imprimeur tenoit compte de cinquante sols à lad. Bernard pour chaque fomi«, pour la fourniture des caractères, et que les autheurs fournissoient le papier; que l'imprimeur, que l'on fit éloigner, prit pour excuse auprès des gens de sa connoissance, qu'il alloit chercher du papier pour continuer son ouvrage, parce qu'il n'y en avoit point à Dijon.

« Le Régent de Rhétorique a fait lire pendant toute une classe publiquement ledit libelle ;

« Un professeur de théologie. Jésuite, ayant été questionné

si Ton pouvoit faire de pareils libelles sans pécher gravement, respondit que cette voye de se deffendre estoit permise (1). »

Pour en revenir à Jean Grangier, il remit ses presses, vers 1703, à Jean-Baptiste Grangier, son fils puîné, qui mourut bientôt sans avoir, à notre connaissance, laissé d'ouvrage à citer.

La VEUVE Jean-Baptiste Grangier continua l'imprimerie et, en 4705, épousa Guillau>ie Viret qui, atteint d'une maladie incurable, était déjà moribond. Viret fut reçu imprimeur le 12 septembre 1705, et mourut quelques mois après.

L'imprimerie de Claude Guyot allait être fermée à la suite de tous ces malheurs, quand il se présenta pour la racheter Jean-Bertrand Auge, maître relieur, né à Toulouse le 22 juin 1649. Le marché eut lieu le 8 juillet 1706, et Auge s'installa rue Madeleine où, à l'imitation de Ressayre, il prit une enseigne toute païenne. C'était t la figure d'un Hercule armé de sa massue, au bas de laquelle est celle d'un idre; sont aussy escripts ces mots : Au vainqueur, »

Cette enseigne , Auge s'en servit encore en guise de marque. On la retrouve, en effet, grossièrement gravée sur bois, en tête de quelques factums, seuls ouvrages qui soient sortis de ses presses.

Mais Auge comptait sans la déclaration de 1702, et sans le syndic Ressayre. Au nom de la communauté, ce dernier lui refusa le titre d'imprimeur, alléguant qu'il ne remplissait pas les conditions du programme , sachant à peine lire le français, et que, d'ailleurs, il n'avait acheté de la veuve Viret que « les ustencils d'une imprimerie imparfaicte. »

Auge en appela au Parlement, où deux fois on lui donna

(1) Bibliothèque de Dijon. — Pièces manuscritei et imprimées relatives aux procédures faites contre quelques ecclésiastiques accusés de professer les. erreurs du Quiétisme en Bourgogne.

gain de cause ; Ressayre s'adressa au Conseil du Roi qui, par arrêt du 18 avril 1707, fit défense à Auge de se dire imprimeur ou libraire, « attendu qu'il n'est que relieur. »

Voilà «ionc le vieux Jean Grangier obligé encore une fois de reprendre ses presses et d^ les reprendre seul. En effet, son fils Léonor, qui avait concouru pour la quatrième place d'imprimeur laissée vacante par Cl. Michard, n'avait été autorisé qu'à la condition « qu'il auroit deux presses séparées de celles de son père, et des caractères. » Il ne put y arriver, et dut renoncer momentanément à la maîtrise.

Jean Grangier mourut le 30 octobre 1709, âgé de 75 ans.

LÉONOR ou Léonard Grangier, qui venait d*épouser Jeanne Gonier, fut reçu imprimeur à sa place le 29 mars 17J0. Il se démit, en 1711, en faveur d'ETiENNE Michard, dont la réception eut lieu le 18 mars 1711.

Etienne Michard, né le 25 mai 1692(1], laissa l'imprimerie rue Madeleine, où l'avait établie Auge , mais il reprit l'enseigne de son père Claude et de son grand-père Antoine : A Saint Jean ÏEvangéliste.

Il n'avait d'ailleurs guère autre chose qu'un titre. De la vieille imprimerie Guyot, il ne restait rien. Cependant, il est présumable que c'est Etienne Michard qui imprima, pour son père, VEvaireman de lai peste, dont il sera parlé plus loin.

Quoi qu'il en soit, voici une lettre, adressée à l'Intendant de Bourgogne, qui montre à quel point cette imprimerie était tpmbée :

A Paris, le 22 octobre 1732.

« Vous avés raison. Monsieur, de penser que la place d'Imprimeur du défunt sieur Michard, est remplie de droit

(1) On troaTe, sur les repstres de Saint-Médard, un antre Etienne Michard, né le 15 août 1690, et fils aussi de Claude Michard et de Claudine Roux. 11 est probable que ce premier^né n'ayant pas vécu, on a donné son prénom au second, comme cela se pratique encore en Boiirgognae.

par Joseph Si rot, en exécution de Tarrest du conseil qui lui a donné la survivance de la première place vacante, ainsi je crois qu'on a très bien fait de l'y recevoir.

« A regard du nommé Hucherot, il ne peut pas lever une nouvelle imprimerie sous le nom de la veuve de Michard ; si lors de son décès il eust esté encore imprimeur, et eust eu une imprimerie subsistante, il est certain que sa veuve auroit le privilège de faire travailler cette imprimerie, dont elle se seroit trouvée en possession ; mais il ne lui reste plus de privilège , des que son mary n'avoit plus d'imprimerie.

« Je suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur. »

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