AUGEARD
Joseph SmoT, né à Dijon le 23 janvier 1697, avait été reçu imprimeur le 23 mai 1723 ; mais ne pouvant avoir des presses de suite, faute d'une place vacante, il ouvrit une librairie le 20 juillet 1723, et attendit.
La mort d'Etienne Michard lui permit seulement de monter un atelier, le 8 octobre 1732.
C'est donc chez ses confrères que Sirot fit imprimer ;
Noëls nouveaux, françois et bourguignons^ sur la naissance de N. S. J,-C.f par Mlle Françoise Pascal, 1723;
Relation de la Réjouissance faite à Dijon, dans la rue Vannerie, pour la naissance de Mgr le Dauphin, i729.
Mais des presses de Sirot sortirent :
Testament de Messire Hector-Rernard Poufûer, 17^6.
Supplément au Glossaire du Roman de la Rose, 1737, etc.
L'imprimerie Sirot fut successivement établie place du Palais, rue de Gondé, et enfin place- Saint-Etienne, proche l'Evéché.
Sirot mourut en 1752.
La VEUVE Joseph Sirot, née Marie-Michèle Esnaul, im-
prima le volume des Tablettes 'historiques, topographiques et phisiques de Bourgogne pour H année 1753 y de l'abbé Richard. Elle mourut le 10 janvier 1758.
Jacques Caussb' lui succéda le 4 juin 1753. Il était né à Dijon le 5 septembre 1725 et épousa le 3 juillet 1753, Michelle-Gatherine Sirot, fille du capitaine de la brigade ambulante de Renève.
Le premier livre imprimé par Gausse est :
La Dévotion au trez saint sacrement de Tautel et à la sainte et miraculeuse Hostie de Dijon, 1753.
II. continua les Tablettes àQ Tabbé Richard, qui dès 1755 parurent ornées d'un charmant frontispice de Saint-Aubin, gravé par P'essard ; imprima les mémoires de l'Académie, les ouvrages de Mille, de Gourtépée, etc., etc.
On a encore de lui :
Eloge historique de Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de MeauXj précepteur du Dauphin, par M. Talbert; 1773.
Causse ambitionna comme tant d'autres le titre lucratif d'imprimeur du Roi à Dijon, dont Frantin venait d'être pourvu par la démission de la veuve Desaint, en 1768 ; mais il avait affaire à forte partie.
Un procès s'engagea ; des mémoires furent publiés, et nous lisons dans les Observations pour Louis- Nicolas Frantin, imprimeur du Roi à Dijon, sur le Mémoire du sieur (jausse, imprimeur en la même ville :
« Frantin auroit-il jamais soupçonné que le sieur Gausse eût osé lui faire le reproche de n'avoir point les qualités nécessaires pour exercer la profession d'imprimeur? lui qui n'a pas les premières notions de la langue latine, dont la connoissance est expressément requise par les Règlemens de l'imprimerie ; lui qui a eu plusieurs fois recours à Frantin pour lui corriger des épreuves où il se trouvoit malheureusement du latin que le sieur Gausse n'entend pas ; lui
qui contrevient si formellement aux Règlemens .qu'il in> voque, en répandant dans le public un mémoire imprimé^ sans qu'il soit signé d'un avocat ou d'un procureur. »
Il serait intéressant de savoir ce que Causse répondit ; dans tous les cas, il perdit son procès, et ne fut jamais imprimeur du Roi à Dijon.
La communauté des libraires et imprimeurs dijonnais se composait en 1774, de sept membres : Defay père, Causse, Frantin, Hucherot, Capel, Defay fils, et la veuve Lagarde. Le 10 décembre 1778, elle nomma Causse syndic et Defay fils adjoint.
Jacques Causse mourut place Saint-Etienne, 7, le 28 mars 1802 (7 germinal an X.)
Pierre Causse, né à Dijon, le 11 janvier 1761, avait repris, les presses de son père dès 1788. Avec Defay et avec la veuve Defay , il imprima presque toutes les brochures locales sur la révolution. Quelques-unes sont devenues rares ; toutes se distinguent par le bon goût, la correction, la beauté de l'impression. Voici les plus curieuses :
Journal de ce qui s'est passé à Dijon à f occasion de la Rentrée du Parlement. A Kell, de l'imprimerie des Baskervilîe, 1799 (sic).
Ce journal est de Landes ; il a été imprimé en 1789.
Recueil de pièces intéressantes, pour dévoiler les mauvaises manœuvres de ï Aristocratie , lors de la formation de la Municipalité de ***, 1790 ;
Hymne à la liberté, par Vaudrey, citoyen de Spoy, 1790;
Pastorales dédiées à la Nation, par M, Chaisneau, curé de Plombières près Lfijon ,^'1791;
Discours prononcé au Temple de FEtre suprême, le 30 floréal an 11^ par J.-Bap.-GuiL Gevigney ;
Couplets que le sans-culotte Massé, citoyen de Strasbourg, chantoit pendant sa détention au château de Dijon, etc. /
Adresse à la CçDveDtion, votée par les six sections de Dijon, et par les autorités constituées séantes en cette commune, an III.
Gausse signa jusqu'en 1790 : Gausse fils ; à partir de cetle époque, il signe P. Gausse. G'est notre meilleur typographe. Outre ses Constitutions françoisesy petit format et in-4<*, publiées en 1791 et 1792 (celle in-4o fut tirée à 200 exemplaires, seulement (1], il imprima encore une édition estimée des Fables de La Fontaine, 1793 ; un magnifique Télémaque, 1795 ; la Conjuration des Espagnols contre Venise, et la Conjuration des Gracques, (^e Saint-Réal (2) ; les Entretiens sur la pluralité des mondes, de Fontenelle, dont un exemplaire sur vélin est passé de la bibliothèque Gigongne dans celle du duc d'Aumale, etc.
Le 6 septembre 1794, Gausse avait racheté, de M. Fromme, de Giteaux, le château de Vantoux et quelques-unes de ses dépendances ; il s'y retira en 1795, après avoir remis son imprimerie à Moroge. Nommé conseiller général par arrêté du premier Gonsul, du 16 floréal an X (6 mai 1802), il siégea jusqu'en 1806... A-t-il commis de ces excès de zèle qui laissent chez ceux qui en sont victimes des haines inoubliables? Nous ne le pensons pas. Gependant, au mois
' (1) Un exemplaire de cette Constitution^ relié, dit-on, en peau humaine, atteignit le prix de 750 francs dans une rente à Paris.
M. H. Chevreul possède l'exemplaire in-8*>, relié en maroquin rouge, qui fut offert à Louis XVI par Causse.
(2) M. F. Rabut, professeur d'histoire au Lycée de Dijon et l'un des auteurs de : L'Imprimerie^ les Imprimeurs et l'es Libraires en Savoie, du XY* au XIX* siècle^ nous communique la note suivante, imprimée à la suite de : Conjuration des. Espagnols contre Venise, et Conjuration des Gracques, — Paris, Ant.-Aug. Renouard, 1803 :
« Il y a six ans j\i fait de ces deux ouvrages une édition de format petit in-fol., sur très beau papier vélin, et tirée seulement à 65 exemplaires, tous numérotés, dont il ne me reste plus que quelques-uns : c'est le dernier livre sorti des presses do Pierre Causse de Dijon, qui en a fait un chef-d'œuvre, et qui Tait vivement regretter qu'il n'ait pas jugé à propos de continuer sa carrière typographique, dans laquelle il aurait indubitablement égalé les plus habiles. » Rbnouabo.
d'août 1815, alors que la garde-nationale de Dijon, commandée par le général Liger-Belair, arrêtait les citoyens désignés par des dénonciateurs puissants, Causse dut s'échapper furtivement de Vantoux et fuir à pied dans les bois afin de ne pas être incarcéré.
Il se retira d'abord à Recey-sur-Ource, et peu après à Paris. Les arrestations politiques continuant dans la Côted'Or, Gausse vendit son château de Vantoux le 9 avril 1816, à M. le baron Jobard du Mesnil, moyennant une rente viagère de 9,500 francs sur sa tête et sur celle de sa femme, née Catherine Belin. Il mourut à Paris en avril 1834*
Jean-Pierre Moroge s'établit rue du Faucon. Il avait épousé Jeanne-Françoise Bailly, de Vesoul. On le qualifie négociant, dans l'acte de naissance d'une fille, du 9 nivôse an IV (30 décembre 1795).
Moroge continua les traditions de Causse et imprima pour la librairie Renouard, des ouvrages de Saint-Evremont et de Tabbé de Vertot, remarquables par leur belle exécution.
Après 1796, on n'entend plus parler de Moroge à Dijon. Nous croyons qu'il a quitté cette ville, et que son matériel fut vendu. Il se pourrait même qu'une partie en eût été rachetée par Jean-Baptiôte Berthaux-Petitot, que l'on trouve, en 1803, dans l'ancienne habitation des Causse sans que nous ayons pu préciser l'origine de son atelier.
Nous ne connaissons de Berthaux que deux journaux éphémères :
Correspondance de littérature ^ de jurisprudence, de commerce et de politique pour le département de la Côted'Or, 1803, qui eut trois numéros, et Journal littéraire de Dijon, 1803-1804, supprimé par le préfet Guiraudet, après une existence de vingt-cinq jours, pour avoir publié une lettre sur les ânes de Beaune.
L'imprimerie dut survivre de bien peu au journal.
Berthaux-Petitot était simple libraire, rue Ghabot-Charny, en 1807.
Claude Micrard que nous avons laissé à la fin du xyii* siècle^ eut son imprimerie ruinée par un sinistre en 1704.
Gomme nous Tavons dit, il habitait sur l'emplacement actuel du théâtre. Ses ateliers et sa librairie tenaient, par derrière, à la Maîtrise de la Sainte-Chapelle. Le jour des Rois 1704 plus de quarante personnes de condition s'étaient réunies à la Maîtrise pour souper et se divertir* 11 gelait à pierre fendre. On fit un si grand feu qu'à neuf heures du soir il prit à la cheminée, puis la fête se prolongeant jusqu'à minuit, le bâtiment s'enflamma, entre une heure et deux heures du matin. Tout le matériel de l'imprimerie et de la librairie fut brûlé. C'est à peine si l'on sauva quelques exemplaires de VHistoire du siège de Saint-Jean-de-Losne, parleoomte Galas, Général des Armées Impériales, en 1636, ouvrage de Jacques Declume, que Michard finissait d'imprimer (1). Il avait donné en 1701 : Relation de ce qui s'est passé à Dijon pour la réception de nosseigneurs les Ducs de Bourgogne et de Berry,
Michard ne put jamais réparer sa perte. Après avoir travaillé chez plusieurs de ses confrères, notamment chez Jean Grangier, on le retrouve, en 1721, libraire au Coindu-Miroir. C'est lui qui édita VEvaireman de lai peste d'Aimé Piron (2).
(1) La traditioa reut qne quelques exemplaires de Phistoire de Declume aient échappé à rineendie ; nous n*aToiu pu mettre la main sur aucun d'eux. Nous pensons, an contraire, que tout a été détruit. Ce qui nous confirme dans cette idée, c^est le cynisme avec lequel Béguillet s*«st approprié Tourrag^e de Declume^ lequel forme le deuxième volume de VHistoire des Guerres des deux Bourgognes de ce plagiaire.
(2) Celte édition est rarissime. Le seul exemplaire connu appartient à M. Marc de VesTrotte.
En Yoici le titre exact: L'Evaireman de lai peste. Ai Dijon, ché Glaude Michard^ Imprimeu-lÀbraire au carre du Mireu, ai St-Jan l'Evangéliste. Aivô-parmission.
La permission, du 20 juillet 1721, est signée Baudinet.
A la fin se trouvent les recettes suivantes, qui n'ont pas été reproduites par M. le docteur' Bourée, dans la réimpression de cet opuscule, qu'il a donnée en 1832 :
L'imprimerie fondée par Claude Ghavance vers 1630, finit donc le 7 janvier 1704.
Jean Ressayrb. — C'était le plus fort imprimeur-libraire de Dijon. Parmi les livres sortis de ses presses dans le xviii« siècle, on remarque :
Noei tô nôvéaj compozai an lai rue de lai Roulôte,
Ansanne lé noéi compozai ci-devan an lai rue du Tillô, Le tô du moime auteu. 1701,
Cérémonial pour la véture des religieuses de l'abbaye de Notre-Dame de Tart, ordre de Cîteaux, 1705.
Livre presque introuvable, il offre cette particularité que, dans tous les exemplaires connus, le bas de la page 88 est coupé au milieu de la phrase suivante :
<x Cette oraison finie, la mère Abesse jettera de Teaû bénite sur la Religieuse décédèe, et aussi toutes l'es Religieuses; après on se retirera.... (ici la coupure.)
Journal des saints de Tordre de Cîteaux pour estre honoré chaque Jour dans FAbaye de Notre-Dame de Tart, première maison de filles de cet ordre sacré, 1706.
Lettres en forme de dissertation sur f ancienneté de la ville d'Autun, et sur f origine de celle de Dijon, 1710.
Cet ouvrage de M. François Baudot, est très rare. 11 n'en aurait été tiré que trente exemplaires, au dire d'un descen-
• Préseryatif dont on se sert utilement contre la Peste en S&roye. « « Vinaigre des Qaatre-Voleurs, excellent Préservatif contre la Peste et contre tontes sortes de fièvres malignes.
I Elixir composé à Surite contre la Peste, les Fiôvres malignes et Pourprées. >
Plus une notice de dix lignes sur Surate.
On lit dans le Catalogue des livres composant la bibliothèque linguistique de M. le marquis de la Ferté-Sénectère, 1873.
Dialogue dé deu Brisak, présentai ai Monseigneur le duc de Bregogne, ai son errivée ai Dijon, le 20 septembre 1703. Dijon, Cl. Afichar, 1703, in 12 de iO pages.
« Pièce de toute rareté, — dit ce catalogue. Ch. Nodier, dont c'est l'exemplaire, prétend qu'on n'en connaît pas un second en Bourgogne. ■
Ia Dialogue dé deu Brisak a été vendu 60 francs.
danl de Tauteur, et d'après une noie datée de 1789, qae. nous possédons (1).
J. Ressayre imprima encore beaucoup de facturas et d'opuscules. Ils ne portent souvent d'autre souscription que celle-ci : A Dijon, chez rimprimeur du Roy, Cela suffirait sans doute pour les attribuer à notre imprimeur qui ne manquait jamais l'occasion de se qualifier seul imprimeur du roi ; mais on le reconnaît d'une manière certaine à <les bois assez grossièrement gravés, avec les initiales L R. .
Claude-Marie Ressayre succéda à son père vers 1720. Il était comme lui, imprimeur du roi. Cette qualité n'était pas un vain titre : suivant état certifié, les impressions faites pour le compte du roi, pendant les six derniers mois de 17^, se sont élevées à 2,301 liv.
Parmi les arrêts du Parlement sortis des presses de Cl.-M. Ressayre, il en est un fort curieux et fort rare, qui a pour titre :
Arrest du Parlement qui déclare abusive^ et comme telle, casse, révoque et annule f Ordonnance de Monsieur l'Evêque de Langres qui défend aux Ecclésiastiques de Dijon, de monter en personne la garde des Portes de ladite Ville de Dijon,
Du mardi 80 Décembre 1721, du matin.
Il y a encore aujourd'hui des Ressayre, imprimeurs à Poitiers et à Paris, qui pourraient bien descendre de nos maîtres dijonnais.
Philippe Marteret, imprimeur à Châtillon-sur-Seine, reprit les presses de Ressayre le 14 novembre 1735, et s'établit place du Palais.
Il imprima plusieurs bons ouvrages, entre autres :
(i) Voir aussi Peignot : Répertoires de bibliographies spéciales^ curieuses çt instructives, page 13.
Eloge historique de Monsieur Papillon , chanoin? de la chapelle au Riche de Dijon, 1738 ;
Noêls choisis f tant anciens que nouveaux, 1740;
C'est un recueil très rare, et dont nous ne connaissons qu'un exemplaire, dans la collection de M. Brun, de Dijon.
Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, 1742;
Eloges de quelques auteurs français, 1742.
Philippe Marteret mourut le 16 décembre 1743, laissant de Catherine Moreau, une fille déjà mariée. Il n'avait ni enseigne, ni marque.
Louis Hugherot, fils de Claude Hucherot, notaire royal à Dijon, et né le 23 février 1706, épousa Marie Marteret. A la mort de son beau-père, il se fit imprimeur-libraire, et fut nommé le 18 mars 1744. Depuis dix ans, il gérait les affaires de Madame de Bérulle.
L'enseigne de Hucherot était : A ï Immortalité. Il Tavait empruntée aux Coignard, les célèbres imprimeurs et libraires parisiens.
Par Edit du mois de février 1760, Louis XV avait établi un troisième vingtième et une double capitation, pour subvenir aux frais de la guerre de sept ans. Le Parlement de Bourgogne refusa d'enregistrer cet Edit. Le secrétaire en chef des Elus de la Province, Jacques Varenne, d'accord avec les Ministres^ fit contracter en secret un abonnement sur ce vingtième. Par cette transaction, le vote de l'impôt échappait au Parlement et. rentrait dans la main des Etats de Bourgogne.
Le Parlement prit feu* Varenne publia son fameux Mémoire pour les Elus-Généraux des Etats du duché de DourgognCy — sans nom d'imprimeur,- — que le Parlement fit lacérer et brûler par la main du bourreau, sur le perron du Palais de Justice, le 7 juin 1762.
Mais avant cette exécution, on avait déjà cherché à ven-
ger le Parlement. Il avait été lancé dans le public une brochure anonyme, ayant pour titre : Le Parlement outragé, « ouvrage plein de violence, où nul affront n'était épargné à ses nouveaux adversaires, » lequel fut dénoncé à Varenne par Boileau, frère du général de ce nom, comme ayant été imprimé à Dijon chez Hucherot (!]• Varenne en rendit compte au chancelier et le 29 janvier 1762, « le sieur Hucherot fut enlevé par ordre de la Cour porté par un huissier de la chaîne, accompagné d'un inspecteur d'imprimerie et de quatre cavaliers de la maréchaussée. On saisit tous ses papiers et ses caractères, on le mit dans une voiture à six chevaux de poste et on le conduisit, à ce qu'on croit, à la Bastille. Il est accusé d'avoir imprimé le libelle ^contre M. Varenne. La Gour a pris cette affaire avec tant de chaleur, qu'elle a fait fouiller chez M. de Chevigny, qui s'est trouvé à Paris, et on a décacheté au bureau de la poste, plusieurs lettres adressées à Madame sa femme. >
« Ce coup d'authorité est un grand affront pour le Parlement qui s'est mal gouverné dans cette affaire, et a poursuivi trop mollement la punition de ce crime (2). »
Hucherot était bien à la Bastille. < On apprit (le 28 février 1762) par une lettre de M. Varenne que ses fils publièrent; qu'au premier interrogatoire, Hucherot menacé de la question, avait tout découvert et avait nommé des personnes dont ils cachent les noms. »
« Les soupçons furent longtemps sur M. de Chevigny et sur les présidents de Lantenay et de Layer, — continue le Mercure; ensuite ils tournèrent sur MM. Courtois de Quincey, Joly de Bévy et Guenichot. Enfin, le 3 mars, M. Joly de Bévy donna sa déclaration qu'il était seul auteur du libelle ; il envoya en môme temps au Roi la démission pure
(1) Ddaeaisioe. — Le Parlement de Bourgogne,
(2) Mercure dijonnoitt mu. de U bibliothèque publique de Dijon.
et simple de sa charge. On prétend que le tout avait été concerté avec le premier président. »
Ces révélations du Mercure dijonnais précipitent M. de Bévy du piédestal sur lequel Tavait placé l'auteur du Président de Brosses f à propos de Tincident Varenne (1).
Louis Hucherot sortit de la Bastille le 19 mars 1762 ; il mourut rue Chapelotte, le 3 juin 1791.
Ses fleurons étaient les mômes que ceux de J.-B. Geignard, imprimeur-libraire à Paris, mais ils portaient en plus les initiales : I. D. Quant aux cartouches, ils étaient signés, comme ceux de Goignard : P. L. s. in. et. f,
Jban-Baptiste Hucherot remplaça son père, le 2 décembre 1771, et signa : Hucherot fils. La communauté des imprimeurs-libraires le choisit pour adjoint au syndic, le 31 août 1774.
Nous ne connaissons de Hucherot fils que des factums et un petit livre de dévotion intitulé : La Sainte Confrairie ou confédération d'amour de Notre-Dame auxiJiatrice , in-i2, 177 S j orné d'une curieuse gravure sur acier de Notre-Dame d'Etang, près de Dijon.
De son mariage avec Marie-Gatherine Nyault, Hucherot eut un fils qui devint conseiller-auditeur à la Chambre des Comptes de Bourgogne, en 1782.
■ Jean-Baptiste Gapel, fils d'un chapelier, naquit à Dijon, le 25 septembre 1729, professa au collège des Godrans, puis, lors du renvoi des Jésuites, le 11 juillet 1763, quitta la soutane et réussit à conserver sa chaire.
Le 10 avril 1769, il épousa une des filles de Defay, âgée de seize ans, et se fit recevoir libraire (11 juin 1769). Ge fut lui qui édita en 1770 : Œnologie ou discours sur la meilleure méthode de faire le vin et de cultiver la vigne.
(1) Th. Foisset. — Le préaident de Broitet, p. 212 et 213.
Sa librairie ne Tempêchait pas de tenir sa chaire au collège. Eki 1772) la communauté des imprimeurs et libraires lui délivra un certificat «' constatant qu'elle le voyait sans jalousie exercer concurremment le commerce de la librairie avec la classe de rhétorique (i). »
Après avoir travaillé comme typographe chez son beaupère et chez Knapen à Paris, Capel fut reçu imprimeur à la place de Hucherot fils, le 21 décembre 1778.
Ses ateliers étaient situés place Saint-Georges, Il invprima le Journal de la Bourgogne avant la Révolution et les brochures politico-religieuses de 1789 à 1800.
Capel mourut le 24 avril 1803.
Veuve Capel et fils. — L'imprimerie existait encore sous cette raison sociale en 1805 ; elle fut fermée peu après. *
Claude-François Capel fils, né le 6 janvier 1777, mourut le 29 octobre 1842. Il avait été marié : 1® à Barbe Frochot; 2» à Bernarde Leroux.
Antoine I de Fay, fils d'un tailleur de Gevrey, après un apprentissage de quatre ans chez Claude Michard, travailla en qualité de compagnon à Paris. La destruction de l'imprimerie Michard ayant réduit à deux les imprimeurs DijonnaiS; il vient s'établir à Dijon et fut reçu maître le 26 septembre 1705, attendu, dit le rapport, « qu'il n'y a que les sieurs Grangier et Ressayre qui soient à vray dire en estât de travailler, le sieur Michard ayant esté incendié, et travaillant chez le sieur Yiret. »
De Fay ouvrit ses ateliers place du Palais, et, désireux de bien faire, procéda lentement à son installation. En 1708, il n'imprimait pas encore. Un des premiers ouvrages sortis
(1) Rftgitire d* \z eommonaatc des loprinieiin-Libriii'M de Dijoo, OMf. de • bibliothèqiie pobli^e.
de ses presses est certainement le CompUman de lai populaice ai lax serenissime Altesse de Monseigneur le Duc, Î709. Il avait pris pour devisé : A la bonne foi ; son emblème était deux mains enlacées*
Parmi les nombreuses impressions faites par Antoine I de Fay, il faut citer :
Oraison Funèbre de très-haut, très-puissant et trèsexcellent prince Monseigneur Louis Dauphin, prononcée dans Téglise de la Sainte Chapelle de Dijon, le 8 août 171 1, par M. Mathieu, Prêtre Mépartiste de F église paroissiale Saint-Pierre de Is même ville. — 1711 ;
Noëls nouveaux, françois et bourguignons, 1712 ;
Poésies diverses de M'** de Sainctonge, 2^ édition, 1714. » Virgille virai en Borguignon (1], dont les deux premiers livres complets, et paginés séparément, parurent en 1718 et ni9 ; le troisième commencé en 1720, s'arrête à la page 24; La Coutume du Duché de Bourgogne, 1717; la Continuation de F histoire du Parlement de Bourgogne depuis l'année 1649 jusqu'en 1738, de F. Petitot, livre rare et estimé ; la Généalogie de la famille de Clugny, 1736 ; et enfin, ce qui suffirait à le classer parmi les meilleurs imprimeurs Dijonnais, V Histoire générale et particulière de Bourgogne de Dom Plancher.
Vers 1725, de Fay transporta son imprimerie rue Portelle, aujourd'hui rue Amiral-Roussin, *dans une maison qu*ii avait fait construire, et sur la porte de laquelle on lisait son enseigne : A la bonne foi, sculptée sur pierre (2). Les mains enlacées se voient encore sur un des balcons.
Sur quelques livres de De Fay, et particulièrement sur le
(1) Ce liyret est exeessirement rare... Le hasard seul a permis qu*U s*en conserTftt cinq on six exemplaires qui ont été retronrés dernièrement dans.^un fond de magasin à Dijon...' (Note imprimée à la suite de notre exemplaire, arec un fragment du qua» trième lirre)
(2) Voir Commission des Antiquités de la Côte-d'Or^ tome V, p. IX.
Traité des prescriptions de Dunod, il a remplacé sa devise par l'anagramme de son nom : Ta foy n'a dénié,
« Le 31 mars 1757, le sieur de.Fay, riche et fameux imprimeur, mourut d'apoplexie, âgé de 79 ans. 11 laisse une fille unique, mariée à M. le maître des comptes Quirot (1). »
Sa veuve, Nicole Martenot, continua pendant quelques mois l'imprimerie et la librairie, sous le nom de Veuve Antoine de Fay. Elle avait près d'elle un neveu, Antoine II Defây (sic); libraire depuis le 18 |eplembre 1745, sous le nom de Defay puîné, et prote chez son oncle. Il fut reçu maître imprimeur à sa place, le 26 novembre 1757.
Gomme libraire il avait édité, en 1750, un petit livre rare aujourd'hui : Les vertus et propriétés du cassis. En 1773, il imprima une boutade humouristique de M. de Ghar^ey, intitulée : Entretien d'un musicien françois avec un gentilhomme russCy sur les effets de la musique moderne, etc,
Antoine II Defay mourut en 1779.
Le 12 août 1779, l'imprimerie était tenue par Anne Foucherot, sa veuve; la librairie par un dé ses fils.
Un autre fils, Pierre Defay, avait repris à Langres vers 1775, l'imprimerie de la veuve Bonnin. Un troisième, Jacques Defay, né le 14 mai 1748, embrassa la carrière ecclésiastique, quitta la France en 1792, et fut maintenu sur la liste des émigrés par délibération du 18 messidor an II.
Antoine-Marie Defay, reçu imprimeur à la place de son père le 18 décembre 1780, avait subi son examen le 26 octobre précédent.
Il donna :
Histoire des guerres des deux Bourgognes, par Béguillet,
1772; Recueil de chansons bourguignonnes, par M. G
de Dijon. (Galleton, perruquier). 1782; Fêtes de l'Arquebuse
i) Mercure dijorniait^ mss.
de Dijon, pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, 1782; Recueil des ÉditSj Déclarations, Lettres patentes, etc. 4784, ouvrage considérable imprimé par ordre des Elus-Généraux; Mémoire sur la chirurgie, par Leroux, 1790; une t sèteime édicion » des Noels Bourguignons, 1791, et une foule d'opuscules sur la Révolution.
Defay avait une certaine originalité de caractère dont ses livres eux-mêmes portent les traces. Jusqu'à l'abolition des titres de noblesse,' il avait signé Defay, comme son père; mais quand la particule devint dangereuse, il signa : de Fay. On peut voir à ce sujet les Noei Borguignon^ 1791. Cependant, ce n'était là que le petit côté de son originalité. Il avait encore des prétentions à connaître l'avenir. Or, pour y arriver, il fallait se pendre dans de certaines conditions. Defay n'hésita pas.
Chez lui, tout étant réglé, il calcula que le 3 juillet 1793, on devait faire le pain. Suivant un ordre auquel elle n'avait jamais failli, sa domestique montait prendre la farine au grenier à une heure précise, et Defay comptait sur elle pour couper la corde. A une heure moins une minute, il se pendit donc; mais retenue par on ne sait quelle circonstance imprévue, la domestique n'arriva pas et quand enfin elle entra dans le grenier, elle y trouva son maître accroché à un chevron, tout nu, sauf'un bas à la jambe gauche, ayant devant lui un miroir et sa montre. Il avait cessé de vivre.
La Veuve Defay, née Elisabeth Violle, tint l'imprimerie et la librairie ouvertes. La plupart des journaux de l'époque: les Affiches deDijon^ le Nécessaire, VOriginaly la Glaneuse, étaient imprimés par elle.
Le 19 juin 1794, elle maria sa fille Anne à Antoine Bernard, imprimeur à Beaune, qui prit la direction de son atelier typographique.
Bernard-Defay succéda à sa belle-mère en 1800, et imprima jusqu'au 27 juillet 1820, date de sa mort.
Il donna, en 1801 , VAlmanacb du département de la Côted'Or, qui, sous divers titres, a été continué par ses successeurs jusqu'à nos jours. C'est dans cet almenach que X. Girault publia :
Les Monumens des Arts existans à Dijon, 1818;
Entrée solennelle de la Reine Éléonore à Dijon, en janvier 1530, — 1819, dont les tirages à part, parfaitement exécutéS; sont de toute rareté.
On a encore de Bernard-Defay :
Les erreurs chimiques, inûdélités historiques^ et vices de raisonnement de Jean-Baptiste Mollerat, le tout mis on lumière par les vinaigriers de la ville de Dijon ;
Ou Examen d^ l'origine^ de la fabricationj des qualités de f acide que ledit sieur retire du bois, et qu'il voudrait vendre sous le nom de vinaigre, 1808.
La veuve Bernard-Defay continua jusqu'au 20 janvier 1821. Chansons et vers sur les principaux événements qui ont eu lieu en France depuis le retour de la famille royale en 1814, jusques et y compris le baptême de M^^ le duc de Bordeaux en 1821, par L, Maulbon-Darbaumont^ Dijonnais, — Dijon, Bernard-Defay , ,182 1 , in-d^; tel est le titre du dernier livre sorti des presses de la maison Defay.
Jean-Nicolas-Alexandre Douïllier, né à Rosey (Haute- Saône), le 23 avril 1780, reprit l'imprimerie Defay, le 29 janvier 1821. 11 s'associa M. Popelain et imprima : Arrêts hotables rendus par la cour royale de Dijon relativement aux créances sur les émigrés, 1821, — Douïllier et C'® imprimeurs.
Seul en nom à partir de 1822, Douïllier qui était un excellent typographe, et avait été contre-maître dans l'imprimerie Rusand, à Lyon, adjoignit à son atelier la librairie, la lithographie et la cjicherie. Le i^^ juin 1828, il quitta la maison des de Fay et transporta ses presses rue des
Champs^ n^ 39, « maison ci-devant occupée par les messageries royales. »
C'est là que furent imprimés les premiers volumes des Mémoires de la Commission des Antiquités de la Çôte-dOr^ et ces livres de liturgie qui étaient réputés dans tous les diocèses de France.
Douïllier remit ses presses en 1856, et se retira dans son village natal, où il mourut le 27 mai 1862. Il avait été secondé par M. Sarrazin, un correcteur hors ligne, plein de savoir, de zèle, et à qui revient, en grande partie, le mérite des éditions données par les maisons Douïllier et Peutet-Pommey.
Peutet-Pommey, né à Roanne (Loire), le 3 septembre 1830, reprit l'imprimerie Douïllier le 19 juin 1856.
Il donna, cette année même : Lettre à Ai. Rossignol sur la situation des Mandubiens ; en 1857 : La divine comédie de Dante Alighieri (Enfer, — Purgatoire, — Paradis) traduite en vers français par J.-A. de Mongis; en 1858 : Œuvres de M. Charles Brifaut de l'Académie française^ publiées par M, Rives, ancien conseiller d'État, doyen des conseillers k la Cour de Cassation, et M, A. Bignan. — Paris, Prosper Diard, 6 volumes in-8®; œuvres bien oubliées aujourd'hui, et dont la prudence fit retrancher tout le sel, c'est-à-dire les satires politiques contre Napoléon I®^ et Napoléon III, et, enfin,, en 1860, le tome V des Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte^dOr,
Bernaudat, né à Attricourt (Haute-Saône) et receveur de la Caisse d'Epargne de Vitry-le-Français, succéda à Peutet- Pommey en 1864, et donna le tome VI des Mémoires de la Commission des Antiquités.
Peutet-Pommey reprit ses presses en 1865. En 1867, il les remit à
Pierre- JbsEPH Marchand qui, à l'heure présente, soutient dignement la vieille réputation des de Fay et des Douïllier.
En 1869, t'imprime rie fut transférée rue Bassano, 13.
L' Enseigoement paroissial, 1868, 5 vol. ; les Universitùs de Franche- Comté, 1870; l'Histoire de la littérature dramatique en France depuis ses origines Jusqu'au XVII' siècle, iB72 ^'VHistoire dls-aar-TilIe {tirage à 161 exemplaires, dont 6 sur papier vergé}, soHt des livres remarquables par le choix des caractères, la netteté de l'impression, l'heureuse diapoailion des frontispices, la sévérité de la correction.
11 serait injuste de passer sous silence la première édition des ImprimeurB dijonnais, dont M. J. Marchand a su faire une plaquette d'amateurs.
Depuis 1873, les ouvrages sortis des presses de M. J. Marchand sont complétés par une marque très curieuse, qui rappelle à la fois l'origine de son imprimerie et l'origine de son.nom.
M. Marchefnd est né à Demigny (Sa6ne-et-Lf0ire), le 31 ' octobre 1835.
Arnault'Je&n-Baptibtb Auoé était flls de Jean-Bertrand Auge, imprimeur en 1706 et 1707. Pendant la lutte soutenue par son pèrej il travaillait à Avallon. Après l'arrêt, il revint à Dijon dans l'espoir de prendre, pour son compte, les presses paternelles.
Comme on l'a vu, il n'y put réussir.
Cependant, la quatrième place étant vacante, Auge concourut pour l'obtenir et fut reçu le i septembre 1711.
Il s'établit fièrement en face de Jean ReBaayre, place dn Collège, et prit pour enseigne ; A la Bible sacrée.
Parmi les ouvrages sortis de ses presses, on peut citer :
A Monseigneur Bou/tier, nommé premier évêque de Dijon, ode par Le Blanc, 1728 ;
Poème par M. L. B. C. sur l'histoire des gens de lettres de Bourgogne, etc., (726;
Relation des réjouissances faites à Dijon pour la naissance de Monseigneur le Daupliin. En patois Bourguignon, 1730;
Arrests notables du Parlement de Dijon, recueillis par M. François Perrier, substitut de M. le Procureur Général, avec observations sur chaqae question, par Guillaume Raviot, écuyer, avocat au Parlement et Conseil des États de Bourgogne, 2 vol, in-f", 1735, avec un beau portrait de Raviot, gravé par Antoine, d'après Revel.
Cet ouvrage fut cause d'un procès scandaleux entre Raviot et Auge. S'aulorisant do Molière, Raviot so pose
en auteur malgré lui^ dans un Mémoire imprimé chez de Fay. Le pauvre imprimeur y est traité avec un mépris dont on a peine à se rendre compte aujourd'hui, et qu'il n'est pas indifférent de connaître. Nous extrayons quelques passages de ce Mémoire :
« Le sieur Raviot peut dire, sans en tirer vanité, qu'il a été l'un de ceux: qui ont le plus contribué à l'établissement d'Â.ugé et de sa femme, et qui ont jette les fondements de leur fortune ; elle est considérable par raport à leur condition et à celle de leurs pères et mères, dont ils n'ont jamais tiré un sol. Auge, néanmoins, s'est vanté, et il l'a dit au sieur Raviot, que la valeur de ses effets montoit à plus de 50,000 livres, et qu'il donneroit, argent comptant, 10,000 livres à chacune de ses filles. C'est avoir beaucoup gagné à imprimer des almanachs et des livres de classes.
» Il faut donc que la pratique du Palais l'ait enrichi ; les seuls mémoires qui furent faits dans la cause des Curés de Chalon, plaidée en 1714, lui procurèrent plus de 2;000 livres...
» Auge et sa femme dévoient conserver pour le sieur Raviot, leur bienfaiteur, une éternelle reconnoissance ; mais les gens de leur sorte ne s'en piquent pas...
» En 1725, Auge, qui a la fureur d'imprimer et qui sent que c'est un art à devenir bientôt riche, proposa au sieur Raviot de donner une édition des Arrêts recueillis par Me François Perrier, habile avocat de ce Parlement, et d'^ joindre des Observations qui pourroient orner l'ouvrage et le rendre plus utile au Public.
» Le sieur Raviot qui n'aime point se donner en spectacle, résista longtemps aux empressements d'Augé; et comme il comprenoit les conséquences de cette entreprise pour l'Imprimeur, qu'il crut être de son honneur de ne point ruiner, il en fît distribuer les premiers essais dans le Public pour pressentir son goût...
» Le sieur Raviot travailla dans ses momens de loisir, c'est-à-dire pendant les ^andes 'vacations; mais les feuilles furent saisies en 1727 par ordre de M. le garde des sceaux : ce fut la faute et l'imprudence d'Âugé, qui n'avait point eu la précaution d'obtenir un Privilège.
> Cet événement arrêta et l'impression et la composition ; le sieur Baviot s'y intéressa... et enfin il obtint mainlevée pour Auge, à condition qu'il y auroit deux Réviseurs qui furent choisis et nommés parmi ceux que le sieur Raviot indiqua...
> Le sieur Raviot consentit donc de continuer son travail pendant les vacations de 1728...
» Auge qui, tout borné qu'il est, ne l'est nullement sur son profit , prévit qu'il devroit des exemplaires à son Auteur, et rien n'est plus juste, ni plus dans l'ordre des bienséances, qu'un Auteur recueille du moins une partie des fruits de son ouvrage : c'est son champ, c'est lui qui fournit la semence, l'Imprimeur ne fait que labourer et que planter. Le maître de l'héritage a le tiers des fruits : l'Auteur n'en a pas tant. Pourquoi cela ? parce qu'il est payé par l'honneur, et ce qui revient d'honneur à l'Auteur, demeure en argent à l'Imprimeur qui ne travaille que pour le gain. Mais enfin on donne à l'Auteur un certain nombre d'exemplaires pour en faire ses libéralités, et c'est là ce qu'Auge voulait éviter.
» Il suplia donc le sieur Raviot de convertir en argent cette obligation de fournir certain nombre d'exemplaires qui est ordinairement de deux cens. Le sieur Raviot destine tout ce qui lui peut revenir d'utile à des emplois qui ne sont point prophanes : il consentit au désir d'Augé qui lui offrit 2,000 livres : mais quand et comment payables ? 1,000 livres une année après l'impression, et le surplus l'année ensuite. Dix années de travail pouvoient bien mériter une récompense aussi légère...
» Le sieur Raviot, qui n'est pas un ouvrier de la trempe d*Augé, ne voulut point s'obliger à lui : mais Auge fit son billet au sieur Raviot qui ne lui promit point, comme cet Imprimeur l'avance folement, de quitter son Palais pour le servir. Il ne convenoit pas plus au sieur Raviot de faire des conventions avec Auge qu'avec son Copiste: il est même bien douloureux au sieur Raviot d'entrer en lice avec un homme tel qu'Auge...
» Il arriva dans la suite que le Commentaire sur le Recueil de Perrier grossit à un point qu'il ne put être renfermé dans un volume. Le sieur Raviot dit à Auge qu'il falloit nécessairement composer deux tomes. Auge qui n'avoit en vue que son intérêt, s'en réjouit ; à quoi le sieur Raviot lui dit qu'il faudroit, en ce cas, ou donner les exem-* plaires, ou augmenter l'honoraire, à quoi le sieur Raviot convient qu Auge ne répondit rien... >
On voit le procès. L'ouvrage fut terminé le 5 septembre 1734; et là commencèrent les difficultés. Cependant, d'un commun accord, Auge fit un nouveau billet de 1,000 livres au profit de Raviot, exigible seulement lorsqu'il y aurait mille exemplaires de vendus. Ce billet, Raviot le déposa entre les mains du chanoine Regnault, auquel }AP*^ Auge l'emprunta, — et oublia de le rendre...
Il serait intéressant de lire la réponse d'Augé, de connaître la décision des juges ; malheureusement nous n'avons pu trouver ces documents.
Notons encore un point intéressant : Raviot compte parmi les cadeaux reçus d'Augé :
c Un almanach nouveau tout rempli de fadaises et de vieilles Gazettes, composé par A. I. R. A. »
Cet almanach est celui connu sous le nom à'Almanacb chronologique ou véritable connaissance des temps, par le sieur Aiba, qui était tout simplement Arnault-Jean-Baptiste Auge.
Auge avait eu de Claude Bellemontre plusieurs filles, parmi lesquelles Jeanne, qu'il maria à Pierre de Saint, fils d'imprimeur, né à Mâcon, le 3 novembre 1701, et à qui il céda son imprimerie, le 6 novembre 1743 (1).
Pierre de Saint conserva l'enseigne et la marque de son beau-père et donna, en 1 744, les Ordonnances synodales du Diocèse de Dijon; puis, en 1749 : Nouveaux réglemens de la Cour, ou supplément au Recueil des Réglemens imprimé en 1787,
Il mourut subitement le 30 novembre 1754.
La veuve de Pierre de Saint, imprimeur du Roi et de Monseigneur l'Évêque, édita en 1754 :
Recueil d* arrêts de la Cour de Parlement, de délibérations de Police de la ville et commune de Dijon,
En 1757 :
Dispute des bergers devant Apollon. Pastorale héroïque^ mêlée de chant et de déclamation, qui sera représentée par les écoliers du collège de Dijon, le 28 novembre 1757, en présence de trez-haut et puissant seigneur Henri-Charles de Saulx, comte de TavaneSt in-4** de 25 pages.
La musique de cette pièce est de la composition de M. le Jolivet, architecte des États de Bourgogne. L'exécution a été conduite par le sieur Ghauvereiche, musicien de la Sainte-Chapelle du roi, à Dijon.
Et en 1766 : Exercices spirituels selon l'esprit de saint François de Sales,
Elle remit son imprimerie en 1768, et mourut le 4 juillet 1786 d'une maladie de langueur, âgée de 72 ans.
Louis-Nicolas Frantin, né à Auxonne, vint diriger la librairie de la veuve Coignard, sa tante, en 1750. Son brevet est du 10 septembre 1753.
(1) Un de ses frères, Claude de Saint était imprimear -libraire à Chalon-sur-Saône. Il publia une plaquette fort rare : La petite varlope, en vers burlesques, 1755.
Ayant acheté l'imprimerie de Madame de Saint, le 21 avril 1768, il la transféra rue Saint-Etienne, dans les locaux occupés par la librairie Coignard.
Bientôt cette imprimerie devint la plus importante de Dijon. En 1787, Frantin employait dix-huit ouvriers et apprentis, tandis que Gausse n'en avait que six et Defay cinq.
A peine installé, il renouvela son matériel. Sur les conseils de Delalain l'aîné, il prit les types de Beugnet, dessinateur-graveur à Paris, qui lui envoya plusieurs fontes, des vignettes et des fleurons.
La liste des ouvrages sortis des presses de Frantin est considérable ; parmi les principaux : '
Eloge de M. Piron, par Perret, 1774;
Essai sur /histoire des premiers Rois de Bourgogne^ et Dissertation sur l'origine de la ville de Dijon, par Legouz de Gerland; Histoire de la ville de Beaune, par Gandelot et le quatrième volume de V Histoire générale et particulière de Bourgogne, par dom Plancher (lisez dom Merle.)
Il imprima aussi : A fâches, annonces et avis divers de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de Gex, du 2 janvier 1776, au 28 décembre 1779.
Ayant perdu sa première femme, N. Boillot, dont il avait eu deux filles jumelles, Frantin épousa en secondes noces, le 14 février 1775, Mademoiselle Suzanne Vernisy, fille d'un avocat au Parlement et secrétaire de l'Université. Voici le curieux portrait que trace de notre imprimeur l'auteur anonyme du Mercure Dijonnais :
« M. Frantin est un homme de 34 ans, d'assez jolie figure, ayant de Tesprit et des manières au-dessus de son état. Il a plus de 40,000 écus de bien, et est en passe de faire une belle fortune.
< Quelques personnes ont trouvé un peu extraordinaire qu'une fille et une petite fille d'avocat ait épousé un impri-
meur; mais la fortune et le mérite personnel de M. Frantin remplacent cette inégalité. •
Jusqu'en 4780 , Frantin fit tenir sa librairie par sa tante, la veuve Goignard, de laquelle il l'avait achetée ; le 19 août 1780,. il la remit à Mailly, professeur au collège, et rédacteur des AfBches, annonces et avis divers de Bourgogne.
C'est alors que Frantin accepta des charges publiques et devint échevin de la ville. En 1784, son nom fut gravé sur une des tables de la porte de Gondé, avec ceux du maire et de ses collègues. Réélu en 1789, il devint Je chef d'un groupe politique vivement critiqué et chansonné. Un avocat de Louhans^ Glaude-Louis Masuyer, plus tard député de Saône-et-Loire et décapité en 1794, l'attaqua violemment dans une brochure intitulée : Prophéties Dijonnaises. — Les vingt-huit honneurs et consciences ^ brochure à peu près inintelligible aujourd'hui.
Rendu à la vie privée par ses concitoyens, Frantin réimprima les chefs-d'œuvre de notre littérature, et ses presses rivalisèrent avec celles de Gausse, sans cependant atteindre à la même perfection. Souvent il faisait des tirages à petit nombre, sur papiers de luxe, fort recherchés par nos bibliophiles contemporains. Il donna ainsi : Le Diable boiteux y 1797; Voyage sentimental en France, 1797. (24 exemp. papier de Hollande) ; Lettres persanes, suivies du Temple de Gnide, (24 ex. pap. vélin, ) de la Sagesse par Charron, 1801, dont il y eut trois exemplaires sur peau de vélin : un pour Renouard, l'éditeur ; un qui est à la bibliothèque nationale, et la troisième en Angleterre. Nous avons oublié à sa date une plaquette de Bourbon-Busset, tirée à 50 exemplaires seulement, et qui fait partie de la riche collection de M. Ghevreul : Nouveaux synonimes françois, moraux, galans et politiques, 1789.
Nommé conseiller général par arrêté du 9 vendémiaire
an X, Frantin fut désigné par ses collègues pour remplir les fonctions de secrétaire pendant la session.
Il achevait d'imprimer une traduction des Œuvres de Bacon quand il mourut, d*une attaque d'apoplexie, le 17 février 1803.
Ce Bacon ayant froissé les susceptibilités religieuses de quelc[ues personnes tenant de près à la famille, les deux fils Frantin n'hésitèrent pas, dît-on, à en sacrifier l'édition. Elle aurait été misé au pilon. Des exemplaires échappèrent pourtant à la destruction. Il s*en trouvait un dans la bibliothèque de M. H*« Walferdin, ancien représentant du peuple en 1848, et annotateur de la belle édition de Diderot de 1821. Il est ainsi annoncé dans le catalogue de la vente :
Bacon. Œuvres complètes traduites par A. Lasalle, Dijon, an VIII, 15 vol. in-S^
La Veuve Frantin (Suzanne Vernisy) donna, en 1803 : Eloge historique de M. labbé Boullemier, tiré à 100 exemplaires.
Jean-Edme Frantin, né le 31 décembre 1780, reprit bientôt les presses paternelles, et fut l'imprimeur ordinaire de l'Académie de Dijon. Les grands travaux historiques de son frère, une partie des livres curieux de G. Peignot, ainsi que la plupart de ceux édités par Lagier, entre autres la seconde édition de Gourtépée, sortent de son imprimerie. Les Lettres sur Dijon, écrites en juillet 1881, sont presque introuvables, l'édition en ayant été détruite, sauf quelques exemplaires, par l'auteur, M. Frantin aîné,
MM. Foisset et Miguard ont publié de touchantes notices sur les Frantin^ morts à la même heure, après une longue et honorable carrière entièrement consacrée au travaiU
Denis-Eugène Tricault succéda à J.-E. Frantin en 1850. Il imprima, en 1854, un livre qui n'a pas été mis dans le commerce :
Notice historique et descriptive sur le château de Bussy- Rabutia.
La môme année, son imprimerie était reprise par
Dargier-Lboenore, qui mourut en 1856.
Nous ne connaissons de lui que deux opuscules de l'abbé Bougaud :
Notice sur la restauration de Féglise Notre-Dame de Dijon, 1855;
Lettres inédites de Bernard de La Monnoye, adressées à son ûlSf le R. P, de La Monnoye, religieux cordelier à Bar-sur-Aube,
Avec Darcier-Legendre finit^ Timprimerie fondée par Arnault-Jean-Baptiste Auge en 1711.
Vivant Garion, le populaire rédacteur du Journal de la
Côte-dOr^ était fils d'un menuisier de la rue du Four, à Dijon. Il y naquit le 29 septembre 1769. Son éducation, confiée à un oncle, curé d'Issy-l'Evêque (auquel sont consacrés les n<^ 42 et 58 des Lettres B.... patriotiques du véritable père Duchêne), devait fatalement le conduire à la prêtrise . Il dit, en effet; sa première messe à Saint-Philibert, puis, en 1792, quitta la soutane et entra en qualité de commis dans les bureaux de l'administration départementale.
Le 30 janvier 1794, Vivant Garion épousa Magdeleine Peccatier, qui, jetée hors de son couvent, n'était pas plus que lui disposée à reprendre l'habit religieux.
Un avocat du nom de Gabet avait fondé, le 24 janvier 1794, un journal politique intitulé le Nécessaire ; Garion en devint le rédacteur et le propriétaire, le 11 novembre 1795, et trois mois après, il en modifia ainsi le titre : Le Nécessaire, ou Journal du département de la Côte-d'Or, pour ne lui laisser bientôt que celui de Journal de la Côte-d'Or, sous lequel il fut connu pendant plus de soixante ans.
Mais non content de rédiger son journal, Garion songea à
rimprimer lui-même. Profitant donc de la liberté dç Timprimerie à cette époque, il se munit d'une presse, de quelques fontes, et le 22 août 1798, le Journal de la Côte-d^Or parut avec cette souscription : Imprimerie du journal.
Les ateliers de Garion étaient situés place d'Armes, 4, maison des Jacobines.
L'existence de Garion, consacrée à la défense des libertés publiques, fut une longue persécution. Plusieurs fois l'empire restreignit ou suspendit la publication de son journal ; après nos désastres, la persécution devint plus odieuse. La terreur blanche avait ses paiiisans à Dijon, et sur on ne sait quelles dénonciations, des arrestations s*y opéraient. Vaillant, secrétaire général de la préfecture et le proviseur du Lycée furent enlevés; d'autres fuyaient, pour échapper à la garde nationale à cheval, qui parcourait les campagnes. I
Au mépris de toutes les lois, le lieutenant-général Liger- Belair, commandant à Dijon, envoya, le 15 juillet 1815, des garnisaires dans l'imprimerie de Garion, pour l'obliger à se constituer prisonnier. Gette mesure ayant été sans résultat, les dénonciations aux autorités autrichiennes reprirent leur cours. Garion, averti à temps, put fuir encore. Mais laissons-le raconter ces événements dans : Observations provisoires pour M. Vivant Car ion, imprimeur à Dijon, 1816, seul écrit publié par lui, en dehors de son journal :
« Je sortais à la brune, par une porte de derrière, lorsqu'un officier, escorté d'un fort piquet d'Autrichiens, entre, fouille ma maison, mon imprimerie dont il garde la clef, et s'établit chez moi à discrétion avec sa tfoupe. Les prévoyans directeurs de la mesure de mon arrestation avaient eu soin d'avertir que j'avais un pied-à-terre au village de Gouchey.... Un détachement d'Autrichiens y arrive à quatre ' heures du matin; l'officier demande ma maison; j'en suis instruit, je me sauve ; et précipitant mes pas vers la mon-
tagne, je me jette dans un taillis, d'où je sors une heure après , mes habits tout humides de rosée , les mains et la figure déchirées par les épines ! C'était le 5 août : il faisait une chaleur accablante, et déjà le soir j'avais mis douze lieues entre moi et mes persécuteurs !
« L'officier qui n'avait pu me saisir à Gouchey n'était pas encore de retour à Dijon, que celui qui avait passé la nuit chez moi avec sa troupe, avait fait fermer la grande porte, placer des sentinelles, écarter mes ouvriers qui venaient travailler, et n'en avait retenu qu'un seul ; il entre avec lui et six ou sept soldats dans mon imprimerie, et leur commande de tout renverser. Il met lui-même la main à l'œuvre! Bientôt trente-quatre paires de casses, élevées sur leurs rangs, sont culbutées; trente-cinq autres, placées dessous pour être employées au besoin, se confondent avec
celles-ci ; les paquets de composition, les paquets de sortes sont rompus, dispersés sur le carreau ; les vignettes, les fleurons, les interlignes; les cadres d'affiches sont jetés çà et là, mêlés avec les bois ; on donne des coups de pied dans les formes qui allaient être tirées ou qui venaient de l'être ; on brise les presses, et un assortiment de filets, annvé de Lyon, quelques jours auparavant, est réduit en mille morceaux de moins d'un pouce de longueur !
« Les instructions sans doute ne se bornaient point à cet affreux dégât ; on pénètre dans mon cabinet : mon bureau est renversé et cassé, mes dictionnaires sont déchirés, mes manuscrits ou copies, déposés dans un carton, sont lacérés, enlevés, ou volent par fragmens sur le pavé. Pour surcroit, une porte qui s'ouvre dans mon cabinet, conduit à mon magasin à papier ; on y monte, et détournant celui qui sert à l'impression ordinaire, on m'enlève vingt rames de papier fin.
Garion ajoute avec beaucoup de logique :
« Des personnes intéressées à faire retomber la violation
de propriété dont je suis victime sur les instruments qu'on a employés y s'efforcent en vain de répandre qu'elle est l'ouvrage seul de la force étrangère. Mais pouvais-je être connu du prince qui commandait les troupes stationnées dans la Gôte-d'Or ? Mon nom obscur a-t-il pénétré de luimême jusqu'à Son Altesse? Les instructions que le général avait reçues du prince de Schwartzenberg ou du duc Wellington, portaient-elles que quatorze jours après son arrivée dans notre ville, il me ferait arrêter ; que si l'on ne me trouvait pas à Dijon, on irait me chercher à Couchey, et que, si j'avais le bonheur d'échapper, on devrait m'en punir par le ravage de ma propriété ? En a-t-on usé de même à l'égard des citoyens qu'on n*a pu saisir? Non.... ce fléau n'était réservé qu'à moi seul li
Cependant, au gré de ses ennemis, les Autrichiens avaient fait une besogne incomplète dans la maison de Garion. Son imprimerie bouleversée, un exil de six mois, tous ses intérêts en souffrance ne les désarmaient pas :. il leur fallait plus encore. Le 16 janvier 1816, trois gendarmes vinrent à son domicile, signifier un mandat d'amener. C'était le jour même de l'arrivée à Dijon de la loi d'amnistie, que le Roi avait sanctionnée dès le 12, Mais il s'agissait bien du respect de la loi !
Sur une réquisition ainsi conçue :
t Imprimé par ordre de M. le comte Thibaudeau, commissaire extraordinaire.
« Pour le Préfet; le Conseiller de Préfecture, Royer.^ »
Carion avait imprimé; le ^1 avril 1815 : De la Noblesse et du Peuple français, opuscule attribué à M. Fremiet; ancien contrôleur des Contributions, et c'est l'imprimeur de cet écrit que l'on poursuivait en janvier 1816.
A peine Carion avait-il repris possession de son impri-
merie et de son vaillant journal, qu'il fut en butte à de nouvelles persécutions. En 1822 et 1823, sur les réquisitoires passionnés de M. Nauit, procureur général, Garion subit deux condamnations à l'amende et à la prison ; il n'en sui-' vit pas moins la ligne qu'il s'était tracée, et mourut, le 24 janvier 1834, entouré d'estime et de considération. Sur sa tombe, on grava ces vers de VEpôlogie dé Noei, qui avaient servi d'épigraphe au Journal de la CôtO'd'Or du 1«' janvier 1820 au 16 novembre 1823:
J'i maiton quoique chose qui pique, Ein grain de sei por iqui, por ilai ; Vo saivé que le prôvarbe antique Palan de no, dit : Borguignon salai.
Gomme imprimeur, Garion avait du goût, et ses livres sont au-dessus de l'ordinaire. On a de lui :
La France trompée par les magiciens et démonolatres du dix-huitième siècle, fait démontré par des laits j par M. l'abbé Fiard, 1803 ; ^
'Actes du Synode diocésain, tenu à Dijon le 8 juillet 1800 de Nôtre-Seigneur (19 messidor de l'an VIII de la République française) et jours suivants ;
Observation sur le passage de M, Millin à Dijon, par Louis-Bénigne Baudot, 1808 ;
Observations sur des arrêtés de la Commission d* instruction publique, 182 i^ mémoire fort curieux de Golombot, ancien professeur;
Les Insomnies du notaire Potot, 1824, pièce de toute rareté ;
Mes Riens pour rien, par H. Delaloge ;
Les' Fêtes de Saint-Cassien^ ou de la Fontaine- Froide ,
Après la révolution de juillet, une polémique fort vive
s'engagea entre Garion et M. de Vesvrotte ; il en est resté deux écrits de ce dernier :
Le comte de Vesvrotte à M, Carion^ rédacteur du Journal de la Côte-d'Or, — Dijon, Ch. Brugnot, imprimeur. — Décembre 1830.
Erratum du Journal de la Côte-d'Or du 14 janvier 1831. Auxonne, imprimerie de X.-T. Saunié.
Veuvb Garion. — Elle tint l'imprimerie depuis la mort de son mari jusqu'au 4 juin 1834.
Gharles-Amable Simoni^ot-Garion la reprit à cette date, ainsi que le journal de son beau-père, et transporta ses presses rue Verrerie, 2 biSj dans l'ancien hôtel des Baillet- Vaugrenant.
Il donna :
Notice sur M, Mercier, docteur en médecine, 1837, brochure parfaitement imprimée et rare ;
Le Pouaite borguignon ai se païy par Laurent Drouhin, 1837, une feuille volante introuvable ;
Poésies d'Antoinette Quarré de Dijon ^ 1843.
Jean Chaingenai, veigneron de lai Cote, ai son contraire Simon Peulson, de lai rue Sain-Felebar ai Dijon, 1849.
Gette petite pièce, de Goquet, est rarissime.
GoRNiLLAG (Louis-Ernest), succéda à Simpnnot-Garion, le 13 décembre 1853. Il était imprimeur à Ghâtillon, et voulait faire gérer sa succursale de Dijon; l'Administration s'y refusa. Après bien des pourparlers, il vendit à Jules Des- SAux, qui cessa d'imprimer en 1859. Ainsi finit l'imprimerie Garion, après une existence de 61 ans.
Noellat (Jean-Baptiste^, né à Meuilley, le 17 octobre 1775, avait, en 1799, créé une maison d'éducation à Dijon, rue du Vieux-Marché, dans laquelle il enseignait le grec, le
latin, le français, l'anglais, l'aliemand, l'italien et l'espagnol avec assez de succès pour qu'en 1809, le grand-maître de l'Université lui conférât le grade de bachelier ès-lettres et ès-sciences. Un décret de 1811 enjoignant aux chefs d'institution d'envoyer aux Lycées tous leurs élèves au-dessus de la cinquième, Noëllat quitta l'enseignement et se fit libraire, aux Piliers Notre-Dame.
A partir de 1815, il rédigea les Petites-a fâches de DijoUj qu'on venait d'interdire à Carion.
Ayant obtenu un brevet d'imprimeur le 20 novembre 1820, Noëllat monta un atelier d'où sortirent quelques publications locales, telles que le Voyage à Montbard de G. Peignot, 1828; la Lettre à C.-M. Amanton sur l'ancienne cité d' Aies, par Boudot, 1828, etc. ; mais il employa surtout ses presses à l'impression de ses propres ouvrages, dont le plus connu est un Guide du voyageur et de F amateur a Dijon, 1822, qui fut le sujet d'une violente polémique avec X. Girault. Ce savant fulmina quatre écrits contre l'auteur du Guide; Noëllat y répondit par :
Observations de l'auteur du Guide du voyageur et de famateur à Dijon, en réponse à la critique de cet ouvrage, faite par M. Girault, en 1822 ;
Les huit premiers miracles du sieur Girault, membre de douze sociétés savantes, etc. Extraits des mille et une merveilles contenues dans ses divers écrits, publiés le jour de Carnaval 1823, etc.
M. Girault conçut tant de dépit de ces critiques que, suivant certaines personnes, il en mourut.
De 1822 à 1829, Noëllat écrivit encore :
Missions de Dijon qui ont eu lieu dans les années 1468, 1592, 1679, 1683, 1712, 1737, 1760 et 1824;
Eléments de la grammaire française de Lbomond. Nouvelle édition corrigée, augmentée de f analyse grammaticale, d'un dictiounaire des homonymes, et spécialement des Iocih
tions vicieuses les plus usitées^ corrigées diaprés le diction^ naire de f Académie, i822 ; • Guide général en affaires^ etc., 1825 ;
En 1828, J.-B. Noêllat remit ses presses à Odobé, et s'occupa spécialement de géographie et d'instruction élémentaire. C'est alors qu'il écrivit ou dessina :
Tableaux élémentaires,., à f usage des écoles primaires, Dôle, 1884;
Traité des participes français, etc., 1834;
Abrégé de géographie universelle, 1836 ;
Cartes du département de la Côte-d'Or ; des départements formant le ressort de la Cour royale de Dijon, et de divers pays ;
Nouveau plan de Paris, illustré, topographique et historique, etc.
Noëllat s'était marié à Nuits, le 10 janvier 1800, à Anne Ecard ; il mourut à Seurre, le 15 octobre 1850.
Nicolas Ooobé fils imprima : Histoire d'Hélène Gillet, 1828. Notice nécrologique sur M. de Boisvilley 1829, et la même année : De l'ancienne bibliothèque des Ducs deBour" gogne, ouvrage ' de G. Peignot tiré à 110 exemplaires. Fables nouvelles et poésies diverses, par M. Touzet, 1880. Il eut pour successeur, en 1830 :
Brugnot (Jean-Baptiste-Gharles), né à Painblanc le 17 octobre i798.
Ghjarles Brugnot était professeur et se croyait poète. Au dire de son biographe, la ville de Besançon lui donna la préférence sur Sainte-Beuve, pour une chaire de littérature, dans son Lycée municipal. Si cela est exact, il fallait qu'à Besançon l'orthodoxie fût plus prisée que le talent.
Quoi qu'il en soit, Brugnot n'alla point à Besançon et devint rédacteur du Provincial, feuille qui serait oubliée comme tant d'autres, sans les ravissants petits poèmes d'Aloysius
Bertrand, en partie réimprimés dans le Gaspard de la nuit.
G*est après la chute du Provincial que Brugnot acheta l'imprimerie d'Odobé. Il la transféra rue Jeannin, 4, fonda le Spectateur le 45 avril 4830 et mourut en octobre 4834,
Il a imprimé :
Voyage de Piron à Beaune^ publié pour la première lois séparément et avec toutes les pièces accessoires, accompa^ gné de notes historiques, 4834.
Veuve Brugnot (Lazarinb Vauchey). Elle publia , en 4833, une belle édition des Poésies de son mari ; en 4837 :
Fête civique célébrée à Saint-Jean-de-Losne le 3 novembre 1836, en commémoration de la levée du siège de la dite ville, le 3 novembre 1636,
Elégies et ballades, par J.-B.-Is. Vincent, 1837, brochure de quinze pages, « extraite, d'un volume incessamment sous presse, «> mais qui n'a jamais paru;
Situation du diocèse de Dijon, novembre 1837; et Grande croisade contre les pandoures qui ont envahi le barreau dijonnais. Avis aux maris indociles, mémoire excentrique d'Ancemot-Ghopard.
Le 29 septembre 1838, madame Brugnot épousa en secondes noces un typographe, M. Duvollet.
DuvoLLET-BnuGNOT installa ses ateliers place d* Armes, n<>4.
On ne connaît de lui que des brochures, signées seulement de son initiale: D. Brugnot: Les Compagnons delà Coquille, chronique dijonnaise du XV^ siècle, par J. Garnier, 1842, depuis longtemps introuvable ; Réfutation de réputations ou la réputation établie par les faits, — Des cures merveilleuses du docteur Fontanarose, de la production mirobolante de
M. B et des notabilités médicales de Dijon sous ï égide
du feuilletoniste Porphyre Vendredi, par le docteur Blagny 1843, etc., etc.
Le 13 juillet 1844, Duvollei vendit son imprimerie.
• Loireau-Feughot (L\zare), son successeur, s'établit rue Ghabot'Charny , 40. 11 employa le premier à Dijon les presses mécaniques, et « contribua puissamment à donner à rimpnmerie dijonnaise, l'impulsion importante qu'elle a prise aujourd'hui. (1) »
Les ouvrages sortis de ses presses sont d'une belle exécution. On peut citer ; Histoire du quartier du Bourg, un des livres les plus curieux de M. J. Garnier ; Le Roman en vers de très-excellent, puissant et noble homme Girart de Rossillony jadis duc de Bourgogne, par M. Mignard ; VHis^ toire de Fidiome Bourguignon ^ etc., etc.
Loireau-Feuchot mourut à Alger le 19 mars 1859.
J.-E. Rabutot lui succéda place Saint-Jean, 1 et S, où, depuis 1850 l'imprimerie avait été transportée. Il imprima:
Notice historique sur le village de Meuilley, canton de Nuits, par P.-J, Caumont^Bréon, 1858 ;
La première partie des Analecta Divionensia, les Noëls d'Aimé Piron; les Opuscules de Gabriel Peignot, réunis par M. Ph. Milsand ; la Noblesse aux Etats de Bourgognede MM. Beaune et d'Arbaumont, ainsi que beaucoup d'autres livres bourguignons.
Victor Darantiere reprit les presses de Rabutôt en 1870 et alla habiter l'ancien hôtel de Ghabot-Charny.
Un de ses premiers ouvrages est V Histoire de Fabbé de Rancé et de sa réforme, 2 vol. in-8<», 1870. 11 fait ensuite des impressions pour des éditeurs de Paris et de Lyon, et ajoute à la collection des Analecta : les Monuments primi' tifs de la règle Cistercienne d'après les manuscrits de l'Abbaye de Cîteaux, par Af. Ph. Guignard.
(1) Mntaaa et G&rnier. — Galerie Bourguignonne,
En 1877, M. H. Ghevreul, le savant bibliophile, confia à M. Darantiere la réimpression de YAutoursseriet et bientôt il lui en demanda une seconde édition qui parut sous ce titre :
De r Autour sserie et de ce qui appartient au vol des oiseaux par P. de Gommer, seigneur de Lusancy, assisjté de F. de Gommery seigneur de Breuil, son frère. Nouvelle édition, revue et annotée par H» ChevreuL — Paris, Aug. Aubry^
Cet ouvrage, tiré à petit nombre, sur papiers de luxe, orné des gravures sur bois de l'édition princeps, marque une nouvelle phase de Timprimerie Darantiere : celle des livres d'amateurs.
L'instruction et devis d'un vray chef de guerre ou général d'armée, Recueilly des mémoires de feu Messire Gaspard de SaulXj sieur de Tavanes, et Mareschal de France. Nouvelle édition, précédée d'une introduction par Henri Chevreul, — 1878, plaça définitivement M. V. Darantiere au rang des bons maîtres, au nombre assez rare des imprimeurs aimés des bibliophiles.
On lui doit encore : Fehzeman du garson de Afonsieu Morisô, 1879 (tiré à 60 exemplaires).
Pièces en patois bourguignon extraites des journaux publiés à Dijon de 1801 à ce jour, et dont il n'a pas été fait de tirage à part, précédées d'un « évartissemen » par Sild^ man, vieux vigneron de la Côte. — 1880.
Beire le Châtel et ses anciens fiefs. Histoire, chronique et légende, par M. l'abbé A. Bourgeois. — 1880.
La vie de sainte Reine d'Alise précédée d'études critiques sur ses actes et ses historiens, par l'abbé F. Grignard. —
Discours do la prise des ville et chasteau de Beaune, par Monsieur le Mareschal de Biron, en 1595, précédé de
deux relatioBS inédites et suivi du discours sur }a réduction des villes de Dijon et de Nuys, publié par Henri Che- Treul.~i88î.
Armoriai de ia Chambre des comptes de Dijon... par J. dArbaumont. — t88i. '
Lee charmantes impressions que M. Darantiere a faites pour la librairie Edouard Rouveyre, de Paris, l'ont fait connaître par toute la France. On ne saurait trop admirer l'élégance, la Rnesse de ses couvertures polychromes, à personnages, la netteté des vignettes et des gravures, l'heureux choix des caractères. Il a remis en honneur, i Dijon, l'art si diTitcile des Causse et des Frantin.
Voici la marque de ce maître :
Pierre Nobllat fils, né le 23 novembre 1799, obtint un brevet d'imprimeur le 16 novembre 1832. En 1834. il établit ses presses rue Gondé, 88 et 90, dans l'ancien hétel Burteur, fiù il mourut le 12 avril 1839.
Madame veuve Nobllat [née Mabib Jacquiwot), continua d'abord rue Jeannin, ensuite impasse Saint-Michel. On a d'elle :
Voyage d'agrément de Beeaae à Autnn, par X. Forneret ;
Armona BorgnignoB po 1850 par Jean Cbaingenai^ reigneron de lai Côte , illustrai par Jean-^ean Cornu , de Cbenôve. Ce Jean Ghaingenai était M. Jales-Isidore Coquet, ancien secrétaire de James Demontr/, et non J.'J. Gomu, comme le dit M. Mignard dans son Idiome Bourguignon,
Le Guide pittoresque du voyageur dans le canton de Nuits, 1851.
Madame Noôllat imprimait le Républicain' Démocrate delà Côte^dOr, Le 3 décembre 1851, son imprimerie fut envahie par la police qui y arrêta onze citoyens et mit, pendant quelque temps, ses presses en interdit.
J. SoDBiE acheta l'imprimerie Noêllat en 1858, et publia le Moniteur de F Exposition de Dijon.
Marie (GLAUDB-AuausTs) reprit les presses de Soubie le 26 avril 1859 et donna la Notice sur Charles Brifaut, de M. Ch. Poisot. Après une vente conditionnelle à Girardot, cette imprimerie devint, le 25 septembre 1861, la propriété de Adolphe Grange.
M. Grange, projetant un grand travail sur l'histoire de Bourgogne, en rassemblait les matériaux, et pour cela faisait de longs séjours à Paris, oùil explorait les manuscrits de la Bibliothèque nationale. C'est ainsi qu'il retrouva une