XI. — Colorations vitales
Les récentes recherches faites avec les colorations vitales montrent clairement qu'elles sont destinées à jouer dans un temps assez proche un rôle beaucoup plus important que les vieilles méthodes de fixation post-vitale pour déceler les inclusions cytoplasmiques et pour apprécier convenablement leur forme dans des conditions naturelles. Ce qui rend cependant ces méthodes compliquées, c'est la rareté des modes de coloration, l'extrême difficulté d'introduire sans dommage des colorants dans toutes sortes de tissus et d'œufs, et enfin l'identification des parties colorées, leur comparaison et leur vérification par les méthodes classiques. Les recherches faites jusqu à ce jour ne sont pas encore assez étendues, puisqu'elles se sont généralement limitées aux cellules glandulaires et aux tissus qui sont facilement colorables, Brambell et Gatenby (8) assurent avoir réussi par examen intra vitam à démontrer l'appareil de Golgi dans les oocytes d'Helix. Pappenheimer ne réussit pas à faire d'observations à l’état vivant sur l'embryon de Poulet. De même Lewis et Lewis (1915) échouèrent. Cowdry pense que la coloration vitale n’a pas pu permetire l'identification de l'appareil de Golgi. Il croit cependant que, dans les préparations fixées, l'appareil de Golgi constitue une formation artificielle en ce sens qu’il donne une impression qui n'est pas en rapport avec les conditions de la cellule vivante. Il suspecte les limites denses et noires, révélées par les méthodes de fixation, de donner une fausse idée de solidité.
Les mitochondries peuvent être très bien colorées par le vert Janus et le noir Janus 2 b, dans les cellules vivantes en bon état. Cependant Cowdry pense que ces colorants sont nocifs pour la cellule et provoquent des altérations mitochondriales. D’après lui, les observations ne doivent pas dépasser 15 minutes avec ces colorants. Il dit plus loin que le rouge neutre ne colore pas les mitochondries et que le bleu de méthylène leur donne parfois une couleur bleue fugitive. Parat et Painlevé, qui ont fait un travail important durant ces deux dernières années avec les méthodes de colorations vitales, assurent que le vert Janus n’est pas spécifique des mitochondries, car après un certain temps il peut facilement colorer les vacuoles qu’ils nomment vacuome et identifient à l’appareil de Golgi. D’après eux, les mitochondries se montrent tout d’abord sous forme de filaments. Le chondriome est plus tard fragmenté par l’action prolongée du vert Janus et enfin vésiculisé. Ils croient que tous les fixateurs classiques ont un effet semblable et au’ainsi ils ne montrent pas toujours la forme exacte des mitochondries.
Une série d’intéressants articles d’une grande portée ont été récemment publiés par Parat et Painlevé sur la coloration et l'identification de l’appareil de Golgi par des colorants vitaux. D'après eux, l’appareil de Golgi est toujours en forme de vacuoles auxquelles ils ont donné le nom de vacuome. Les auteurs ont rappelé que le « vacuome » fut décrit pour la première fois par Dangeard (26) dans la cellule végétale; mais c’est Guilliermond et Mangenot qui, les premiers, précisèrent et définirent judicieusement le vacuome dont Dangeard avait vraiment exagéré la répartition et l'importance dans les cellules végétales. Parat et Painlevé assurent avoir démontré pour la première fois par la méthode des colorations
vitales l'identité du vacuome et de l’appareil de Golgi dans la cellule animale. Ils considèrent le contenu du vacuome comme des solutions de cristalloïdes dans beaucoup de cas, avec très peu de colloïdes. Ce contenu présente généralement une concentration ionique acide (Px).
En certains cas ce contenu peut être plus concentré en colloïdes, comme les grains d’aleurone dans les cellules végétales (Guilliermond-Dangeard) et peut ainsi former les grains de sécrétion.
Leur examen des glandes salivaires de la larve du Chironome, du pancréas de Vertébrés, etc... a conduit ces auteurs à cette conclusion que l'appareil de Golgi est constitué par un système de vacuoles dans lesquelles les grains de sécrétion sont produits par une sorte de condensation. Dans les cellules non sécrétrices, ils déclarent que le vacuome est un élément constant du cytoplasme occupant une position définie en rapport avec le noyau. Dans ces cas, le chondriome subit la même polarisation et est mélangé avec les éléments du vacuome. Ils croient que le réseau complexe de l'appareil de Golgi, tei qu'il est révélé par les fixateurs classiques, est un artefact produit par la confluence des vacuoles et du chondriome en une masse réticulée. D’après ces auteurs les orains de sécrétion se forment dans le vacuome (appareil de Golgi ?) par condensation. Ces grains perdent leur pouvoir de colorabilité par le rouge neutre qui est le meilleur colorant pour la démonstration du vacuome. Les granules de oraisse ou de lipoide ne sont pas inclus dans des vacuoles et par suite non colorés en rouge par le rouge neutre.
Récemment A. Corti (1024). disciple de Goloi, a montré par la méthode de Regaud l'existence de vacuoles au’il appelle « lacunome » correspondant au vacuome décrit par Pa-
rat et Painlevé. Nicholas Chlopin (83) a aussi décrit le vacuome dans les cellules du foie de l'Axolotl, mais il pense qu'il est de nature granuleuse.
Si l'opinion sur la nature et les fonctions de l'appareil de Golgi (vacuome), mise en avant par Guilliermond, Parat et ses collaborateurs est exacte, notre conception de cette importante inclusion cytoplasmique devra subir de grandes modifications. La difficulté présente est que les recherches n’ont pas encore été étendues aux cellules germinales avec succès. J'ai essayé des expériences de coloration vitale sur le conseil et avec l’aide du Docteur Parat, sur les œufs de Triton et de Tortue. Les résultats obtenus jusqu'ici ne me permettent pas encore d'affirmer quoi que ce soit avec certitude. Nous continuons nos efforts et exposerons plus tard nos résultats. De toutes manières, s’il est plus tard démontré que l'appareil de Golgi et le vacuome sont deux formations distinctes et séparées, le vacuome demeurera sans nul doute une nouvelle inclusion cytoplasmique d’un grand intérêt et d’une grande importance.
Avel (2), dans un article récent, établit que les colorations vitales colorent aussi les corps protoplasmiques et ainsi ne sont pas spécifiques de l’appareil de Golgi. Il croit que les vacuoles (vacuome) colorées par des méthodes artificielles sont indépendantes de l’appareil de Golgi, au moins chez les Vertébrés. Parat et Painlevé (00), en réponse aux critiques d'Avel, maintiennent leurs premières positions et déclarent sans hésiter que la constance, la position et les dimensions du vacuome suggèrent son homologie avec l'appareil de Golgi.
Cependant, avant que le vacuome et l'appareil de Golgi soient universellement acceptés comme des formations homo-
logues, il sera nécessaire de réussir des expériences de colorations vitales, non seulement sur les cellules glandulaires, mais aussi sur d’autres cellules Somatiques et sur des cellules germinales.