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VI. - Le Noyau et la Migration de Substances Nucléolaires

dans le Cytoplasme

Historique. — Dès 1872, Eimer observa chez Lacerta que les nucléoles se groupent près du centre du noyau à des stades précoces et deviennent périphériques à des stades suivants. Chez la Tortue, il reconnait une masse granuleuse centrale et une zone périphérique de nucléoles près de la membrane vésiculaire, les plus petits nucléoles étant homogènes et les plus grands contenant des vacuoles.

Will (1884) décrit une migration des nucl‘oles hors de la vésicule germinative dans le vitellus. Il croit aue ces substances issues du noyau se transforment directement en granuies vitellins et peuvent aussi donner naissance au novau vitellin. Leydig et Scharff (1888) confirment les observations de Will. En 1807, Carnoy et Lebrun provoquèrent une controverse en déclarant dans leur travail sur la vésicu'e germinative des Amphibiens que les nucléoles viennent des chromosomes et que les chromosomes procèdent des nucléoles. I y a ainsi présents, suivant ces auteurs, des nucléoles de plusieurs générations. En 1904, Munson décrivit chez la Tortue comme noyau vitellin que'ques formations bizar es, d'asp2cts très variés, quelquefois situées contre la résicule germinative, quelquefois très éloignées d'elle et comme brisées. Il leur attribue une origine en partie nucléaire, en partie cyto-

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plasmique. Récemment Buchner (1018) et Gatenby (1920) ont décrit chez les insectes des noyaux secondaires ou accessoires. Parmi les nombreux faits intéressants qui ont été constatés au sujet de ces noyaux, aucun n’est plus remarquable que celui qui les présente comme ayant une origine nucléaire et ün contenu chromatinien.

Le Noyau Vitellin de Balbiani. — Ce nom a donné lieu à une confusion désespérante car les structures les plus variées ont été décrites sous cette étiquette par les nombreux auteurs ayant travaillé la question. Le noyau vitellin a d’abord été étudié par M. Balbiani chez Geophilus en 1864, puis par Waldeyer (1878) et Balbiani (1873) chez les Amphibiens et les Poissons osseux.

Dans les œufs, à un certain stade du développement, une zone sombre en forme de croissant, coiffant le noyau, apparaît dans le cytoplasme. C'est cette aire qui est généralement décrite sous le nom de noyau vitellin de Balbiani. Le noyau vitellin est entouré par l'appareil de Golgi ainsi que cela a lieu chez les Vertébrés (Sjôvall, Weigl) ou bien, ainsi qu’on l’a montré, il ne montre pas ce rapport topographique, par exemple chez Helix (Weigl). Plusieurs auteurs antérieurs ont noté que le noyau vitellin contient le centrosome à son intérieur, par exemple chez les Mammifères (Winiwarter, Van der Stricht, Gurwitsch, Skrobansky), chez les Amphibiens (Lams), chez les Téléostéens (Cunningham), chez les Oiseaux (d'Hollande-), chez Proteus (Jôrgensen) et chez les Sauropsidés (Loyez).

On sait d'autre part, que dans l’oocyte humain (Van der

(1) Une revue très complète de la première littérature sur ce sujet a été donnée par Loyez (73).

Stricht) et chez beaucoup d’autres Vertébrés (Lams, Van der Stricht, Hirschler) il peut y avoir plusieurs noyaux vitellins. Or, en présence du fait que l’oocyte a seulement une centrosphère, sur laquelle repose l’appareil de Golgi, nous devons regarder les autres noyaux vitellins comme privés de centrosome et d'appareil de Golgi. Hirschler conclut ainsi que dans les jeunes oocytes de Vertébrés, il existe deux sortes de noyaux vitellins suivant leur place par rapport à l’appareil de Golgi et au centrosome

1° Ceux aui contiennent le centrosome et sont entourés par l'appareil de Golgi;

2° Ceux qui n’ont rien de commun avec l’avpareil de Golei et le centrosome.

Il pense que l’on doit réserver le nom d'idiosome aux premiers. Munson conclut que beaucoup de corps décrits comme novaux vitellins sont en réalité les centrosphères persistantes de l'œuf.

M. Henneguy (1803) définit le corps vitellin de Balbiani comme « un corps central entouré d’une zone de protopläsme « plus ou moins modifié, qui donne à cette formation l’as- « pect d’un élément cellulaire ». Il croit que c’est un produit de la tache germinative ou une tache germinative entière sortie de la vésicule et pénétrée dans le vitellus. D’Hollander signale chez l'Oiseau, que dans la zone du novau vitellin da Balbiani, il y a un corps central, arrondi, contenant un ou plusieurs granules chromophiles entouré d'une zone claire. 1! considère cette formation sphérique comme le noyau vitellin de Balbiani et la zone sombre en entier comme la « couche vitellogène de Van der Stricht ». D'Hollander croit de plus que ce qu'il nomme ainsi noyau vitellin de Balbiani est la centrosphère de l’oocyte. Brambell (7), après avoir comparé

ses figures avec celles d’Hollander, Woodger et Von Beremberg-Gossler, est arrivé à la conclusion que le corps sphérique est sans aucun doute le centrosome. Loyez, dans un intéressant ouvrage sur l’oogénèse des Reptiles, Oiseaux et Céphalopodes, décrit aussi une couche ou masse vitellogène au voisinage de la vésicule germinative des jeunes oocytes. Elle observe aussi un « corps vitellin » à l’intérieur de cette zone sombre, principalement formé par les restes du centrosome et de la sphère attractive.

Van Durme décrit ce corps sous le nom de « corps vitellin de Balbiani » et l’identifie avec la centrosphère décrite par d'Hollander sous le même nom. Cependant, elle ne peut pas le distinguer de la vraie centrosphère. Loyez constate que deux formations différentes ont été décrites sous le terme de corps vitellin. Eile dit que c’est le centrosome et le reste de la sphère attractive qui constitue une sorte de corps vitellin dans les très jeunes oocytes des Oiseaux et des Reptiles. Dans les œufs plus âgés de Reptiles, il y a un corps duque! se détachent des globules qui semblent fournir des substances à la formation du vitellus. Elle pense que ce dernier corps, le corps vitellin mitochondrial, est probablement originaire du noyau.

Brambell, chez la Poule (>), trouve une centrosphère (archoplasme) avec des centrosomes diploides, entouré par un large appareil de Golgi. Il décrit aussi un second corps et étroit contact avec le noyau, qu’il appelle le « nuage mitochondrial ». Il est composé de mitochondries étroitement massées, en forme de courts bâtonnets et de sphères. Il croit que ce nuage mitochondrial correspond à la couche vitellogène ou palléaie de Van Durme. D'après Brambell, une aire sphérique, facilement colorable, qu'il appelle le « corps vitellin

mitochondrial », se différencie au milieu de ce nuage mitochondrial. Il croit que ce corps est formé par la fusion de mitochondries et, bien que temporaire n'a rien d’artificiel.

Jan Hirschler pense que les novaux vitellins sont des structures plasmatiques déjà présentes dans les cellules depuis le début de l’oogénèse et dont les réactions de colorabilité se rapprochent assez de celles des mitochondries. Ils apparaissent compacts en forme de granules. Plus tard, dans la croissance, ils se différencient en une partie centrale claire et une couche périphérique plus sombre. Il pense de plus que chez les Ascidies, l’avpareil de Golgi ne se tient pas en une position topographiquement fixée par rapport aux novaux vitellins. Il a noté dans les oocvtes des Ascidies plusieurs noyaux vitellins en étroit contact avec le noyau. qui peuvent entrer en connexion avec lui par un étroit pédoncule. Il a trouvé que c'étaient des structures transitoires.

Gatenbv, chez Ornithorhynchus, décrit la présence de centrioles ou granules dans la centrosphère aui est entourée par un nuage de granules qu'il a identifiés à des mitochondries. Cowdry pense que le noyau vitellin est principalement composé de la substance de la sphère attractive provenant de l’intéraction du novau et du cytoplasme.

Chez les Ascidies, Hoderns pense que les noyaux vitellins ont leur origine dans les « Nebennucleolen » qui sont venus du noyau de l’œuf dans le vitellus. Loyez pense que le nucléole doit abandonner une partie de sa substance pour s’échapper dans le cvtoplasme, substance qui forme les noyaux vitellins. Schaxel assimile les noyaux vitellins aux chromidies, dont il à observé l'émission du noyau de la cellule dans les jeunes oocytes de Ciona.

À ces exposés suivant lesquels existent plusieurs nucléoles

dans le noyau, s'opposent les observations d'O. Hertwig, Sebatier, Sommer et Hirschler. D’après ce dernier, il n°’v a pas une telle dissolution du nucléole chez Ciona, bien qui soit généralement reconnu que dans de nombreux cas de Vertébrés le nucléole subit une fragmentation.

Observations. — Dans les cellules progerminatives et les oogonies complètement formées, le nucléole peut être facilement coloré. Dans ces dernières, on rencontre quelquefois jusqu à trois corps nucléolaires. Dans les jeunes oocytes, les nucléoles semblent subir une fragmentation et finissent par former plusieurs corps sphériques qui ont tendance à se localiser à la périphérie du noyau (fig. o). Le nucléole originel disparaît à un stade très précoce. Il est à noter que tous les fragments nucléolaires à l’intérieur du noyau sont toujours sphériques et ne paraissent pas changer de forme d’une manière perceptible excepté, rarement, lorsqu'ils semblent se fragmenter. Le grand nombre des nucléoles à l’intérieur du noyau laisse à penser qu’ils peuvent aussi naître de novo.

A un stade plus avancé, les sphères situées à la périphérie du noyau viennent au contact de la membrane nucléaire et ces corps commencent à être expulsés. Les substances émises du noyau (fig. o, 27 N L. E X) d’abord sphériques, se dirigent invariablement vers la périphérie de l’œuf et pendant cette période de migration tendent à devenir de très grande taille et de forme irrégulière (fig. 27, 30, N L. E X). Dans les premiers stades à une certaine période un grand nombre de ces corps tendent à se masser d’un côté de l’œuf (fig. a N L, E X). Ces émissions nucléolaires prennent toutes sortes de formes fantastiques (fig 28 à 30) et perdent graduellement leur propriété chromophile, On peut ainsi les

distinguer facilement des dernières substances expulsées sifuées près du noyau et fortement colorées. Le processus de l'expulsion atteint son maximum quand les couches de Golgi et celles des mitochondries sont bien établies et que la formation du vitellus a bien commencé. À ce stade, l’oocyte entier, à l'exception des régions périphériques extrêmes, est rempli de substances expulsées du noyau de toutes grandeurs et de toutes formes (fig. 27 à 30).

A des stades suivants, elles envahissent les régions périphériques, se désagrègent et se dissolvent dans le cytopiasme général. La croissance des sphères nucléolaires situées à l’intérieur du noyau est visible jusqu'à la fin de l'oogénèse. Ceci montre qu’elles ont le pouvoir de se fragmenter ou de se diviser, de croître et d’être expulsées, quoique avec une intensité moins marquée dans les derniers stades, pendant toute la période de croissance de l’oocvte. Il est aussi possible que les nucléoles puissent se former de novo dans le caryoplasme, si l’on en juge rar leur grand nombre et la rareté des cas de division ou de fragmentation.

Pendant la croissance, l’épithélium folliculaire atteint un stade où les cellules sont de forme cubique. ! es noyaux sont ronds et de taille relativement grande. Il y a un nucléole distinct et de plus petits grains chromatiques de grandeurs variées à l’intérieur du noyau. De petits granules en contact avec le nucléole dennent l'impression qu'il bourgeonne. li semble y avoir à ce stade une grande activité nucléaire, mais on ne peut montrer si des matériaux nucléaires sont alors expulsés.

Le noyau vitellin de Balbiani sera discuté plus loin.

Discussion générale. -— UÜhé intéressanté controversé S est élevée sur la nature des substances nucléolaires émises par le noyau. Les partisans de la théorie des chromosomes objectent à l'identification des nucléoles expulsés qu'ils sont de nature chromatique et dérivés des chromosomes définitifs. Jusqu'à présent, les colorants ne se sont pas montrés très concluants pour la solution définitive du problème. Gatenby (44), Buchner (10) et d’autres ont montré que les noyaux secondaires dérivent des fragments expulsés qui, dans le cas de formes telles que Myrmecina ou Apanteles, doivent être considérés comme étant d'origine nucléolaire. Il semble cependant possible que des fragments du nucléole puissent former un Vrai noyau ayant une membrane nucléaire, des filaments de linine et un nucléole. Gatenby a donné trois modes possibles d'interprétation :

1° Le nucléole représente une seconde chromatine d’une certaine espèce, séparée des chromosomes ;

2° Ou sa chromatine dérive des chromosomes ;

3° Ou il y a une substance dans la cellule autre que la chromaiine, qui a le pouvoir de former des corps semblables aux noyaux ordinaires, sauf en ce qu'ils ne contiennent pas de vraie chromatine. Dendy (29) et Gatenby ont montré dans l'éponge Grantia compressa que les chromidies de Jôrgensen sont d’origine nucléolaire. Le travail de Schaxel, sur l'émission de la chromatine chez quelques Invertébrés, est intéressant; mais il est difficile d'accepter son opinion, car il n'a pu établir que ses granules sont de la chromatine ou qu'ils sont émis à travers la membrane nucléaire. Il faut admettre le fait que l’on connaît très peu de choses sur les relations entre le nucléole et les chromosomes. Carleton (15) a montré que le nucléole de certains Vertébrés contient un centre argentophi-

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le. Pendant la mitose, ce centre qu’il appelle une nucleolinus (Hæckel) ne perd pas son individualité, mais se divise et peut se retrouver dans les deux groupes de chromosomes de la télophase. Il a aussi observé que le nucleolinus peut être associé avec un nucléole du type soit karyosome, soit plasmosome.

On sait que les nucléoles passent du noyau dans le protoplasme d’une des deux manières suivantes : ou bien ils sont expulsés en entier, perdent leurs propriétés de coloration et se fragmentent; ou bien ils se désintègrent à l’intérieur du noyau, les produits de leur désintégration passant alors dans le cytoplasme à travers la membrane nucléaire sous forme de petites particules, ou en solution. Lovez (73) décrit trois modes de formation des nucléoles :

1° Ils peuvent résulter des divisions du nucléole primitif de l’oocyte;

2° Dériver de la transformation de la chromatine, naissant des chromosomes eux-mêmes dont ils se détachent;

3° Ils peuvent se former dans le caryoplasme sous la forme de granules qui s’accroissent peu à peu.

La rapidité avec laquelle croissent les nucléoles, leur nombre immense dans le noyau, leur constante expulsion et leur rénovation à l'intérieur du noyau me conduisent à croire que chez la Tortue la majorité des nucléoles sont formés dans ie caryoplasme. Le nucléole primitif disparaît à un stade très précoce, se divisant probablement pour donner les nucléoles des premiers oocytes. L'activité nucléolaire et les expulsions (fig. 27-30) sont si intenses à un certain stade, qu'il est probable que les nucléoles se multiplient par division, bien que je n'aie jamais pu observer un tel processus. Les plus gros nucléoles semblent quelquefois avoir des vacuoles.

Loyez n’a observé de substances expulsées que dans les

plus jeunes stades des oocytes seulement. Je trouvé qué ces expulsions se poursuivent longtemps après la formation des corps vitellins. Munson (80) a pris ces substances pour le noyau vitellin et les a décrites comme des formations bizarres, d’aspects variés. Ludford (76), en décrivant les substances émises par le noyau dans l’oocyte de Patella, fait une différence entre les parties basophiles et acidophiles du nucléole, parties qui peuvent se séparer en corps sphériques distincts. I! suggère que la substance acidophile expulsée du noyau peut être en relation avec la formation du vitellus. Gatenby (49) décrit un type remarquable de substances expulsées chez Saccocirrus et montre qu'elles donnent naissance plus tard à la masse de nourriture en réserve de l’œuf. Je ne peux pas dire le rôle que jouent les nucléoles expulsés chez la Tortue, dans la formation des sphères vitellines. D’après les preuves ac.uelles, ils ne semb'ent pas donner directement naissance aux sphères vitellines. [IS se désintègrent en atteignant la périphérie de l'œuf et sont absorbés dans le cytoplasme. Ils perdent à ce moment leur pouvoir de se colorer, ce qui rend impossible la recherche de leur dernier sort.

Noyau Vitellin de Balbiani. — Cette structure a été décrite avec une variété de noms étourdissante, par exemple : corps vitellins, couche ou masse vitellogène (Van Durme), corps de Balbiani (d'Hollande:), parasome (aguesse), Dotterherns, expulsions nucléolaires, centrophormies, (Ballovitz), Centralkapseln (Heidenhain), centrothèque, pseudochromosomes, canalicules, filaments, appareil de Golgi, sphère attractive etc...

Le travail de Brambell (;) chez la Poule essaie de démontrer que le noyau vitellin de Balbiani et le corps vitellin mi-

tochondrial sont des formations distinctes et différentes. Le premier comprend la centrosphère et le corps de Golgi; le second ne contient ni corps de Golgi ni centrosphère, mais des corps mitochondriaux où chondriome. Ces deux corps sont situés au voisinage immédiat du noyau. Parat et Painlevé ont conclu de leurs examens vitaux sur des œufs d’Axolotl que le corps vitellin est formé à la fois par l'appareil de Golgi (vacuome de ces auteurs) et par le chondriome.

Après un examen attentif de mes coupes de Tortue, je suis conduit à croire que le noyau vitellin de Balbiani contient à la fois les corps de Golgi et les mitochondries. Je n'ai jamais pu démontrer la présence des centrioles, bien qu’on puisse distinguer une aire claire (fig. 19, 20 À. R.) au centre de la zone en croissant (ŸY. N.). Je n'ai pas trouvé de corps vitellin mitochondrial séparé ainsi que Brambell l’a décrit chez la Poule.

Le chondriome et les corps de Golgi se fragmentent tous deux ; dans les stades suivanis, ils sont répartis dans le cytoplasme, le foyer d’origine étant toujours le noyau vitellin de Balbiani qui disparaît aussi pari passu avec la distribution des premiers. Le noyau vitellin est-il le produit direct de l’activité du cytoplasme à une période particulière, ou se développe-t-il à partir du noyau, ou encore est-il le résultat du rassemblement du chondriome et des éléments de Golgi par quelque force cellulaire inconnue. Ce problème est encore loin d’être résolu.

VO" Formation. des Corps Vitellins

Observations. — Dans les premiers stades de la croissance de l’oocyte, quand l'aire dense (archoplasme?) s'établit, certaines vacuomes (fig. 6 v.) font leur apparition dans le cytoplasme, elles semblent être des vacuoles graisseuses et sont colorées en noir de jais dans les préparations au Nassonov. Elles sont situées ici et là dans le cytoplasme, mais restent distinctes et séparées des sphères vitellines qui sont formées au commencement autour de l’aire dense (archcp me ?). Ceci constitue le début de la formation du vitellus chez les Tortues. Les mitochondries, observées distinctement dans cetre région (fig. 20), après avoir atteint leur période de croissance maxima, élaborent autour d'elles des vésicules et se métamorpnosent en sphères vitellines maintenant connues sous le nom de sphères ou corps vitellins mitochondriaux (fig 31, 32 et 33 à 38). Elles contiennent quelquefois de petites gouttelettes d'huile ou de graisse (fig. 13) en proportions variables suivant le stade de la croissance. Les réactions colorantes montrent que lorsqu'elles sont complètement formées, elles consistent en une couche de graisse non saturée et en un centre de matériaux protéiques.

À un stade légèrement plus avancé un second foyer de formation des sphères vitellines apparaît très près des grosses masses nucléolaires expulsées du noyau (fig. o y). Ces dernières ont à ce stade tendance à se réunir à un pôle de l'œuf.

Les méthodes de colorations nucléolaires ne montrent aucuné trace de l’ai:e dense (archoplasme?) dans cette région. Les mitochondries y sont également abondantes. Toutes les preuves que je possède semblent montrer que les sphères vitellines sont élaborées aux dépens des mitochondries par métamorphose directe sans que les Substances expulsées du noyau jouent aucun rôle morphologique dans leur formation, quoique leur grande proximité et le fait de leur agglomération semblent militer en faveur d’une grande importance physiologique.

Le troisième foyer de la formation des sphères vitellines se trouve dans la région médullaire, dans la couche mitochondriale interne ou médullaire. La vitellogénèse devient très intense et rapide à cette période. Les deux premiers centres de formation vitelline perdent leur identité et se fondent dans le troisième qui remplit bientôt toute la région médullaire (fig. 32). Une quatrième zone de formation vitelline apparaît dans la région corticale (fig. 32 P Y) d'une manière pratiquement simultanée à l'apparition de la troisième zone dans la région mitochondriale médullaire. La formation du vitellus dans cette région est annoncée par l'apparition d'un grand nombre de minuscules vacuoles graisseuses (fig. 32) qui augmentent bientôt de taille, commencent à se diriger vers le centre et rencontrent la région vitelline médullaire croissante. La formation vitelline s'étend dans les derniers stades aux régions périphériques extrêmes, complétant ainsi la période de la vitellogénèse dans les oocytes. En cas d'’atrésie, les sphères vitellines perdent leur forme et se fusionnent entre elles (fig. 38).

Discussion générale. — [| 'étude critique de la formation

du vitellus est de date récente. On a reconnu dernièrement quatre modes de formation du vitellus : respectivement par les mitochondries, les corps de Golgi, les substances nucléolaires expulsées du noyau et le cytoplasme général. La suggestion de Gatenby de se servir des termes : vitellus M, vitellus G, vitellus N et vitellus C, pour désigner les formations vitellines mitochondriales, de Golgi, nucléolaires et cytoplasmiques, semble être la terminologie la plus convenable. Tous les animaux ayant une vitellogénèse élaborent un ou plusieurs de ces types de sphères ou de plaquettes vitellines. Autrefois, des avis variés avaient été émis en ce qui regarde le mode de formation des sphères vitellines :

1° Chez de nombreux animaux (Méduses, Eponges, etc...) on a dit que les cellules prennent part à la formation du vitellus et c'est ce fait qui a consacré le terme des noyaux vitellins ;

2° Chez Petromyzon (Lubosch) et les Reptiles (Loyez), on a dit que les premiers éléments du vitellus sont apportés du dehors dans l’oocyte par les cellules du follicule ;

3° Chez les Ascidies (Schaxel) et les Copépodes (Moroff), on a regardé les chromidies comme formateurs du vitellus;

4° Dans l’oocyte de Pateila (Jorgensen), on a dit que les sphères vitellines naissent d'un « ergastoplasma »;

5° Chez beaucoup d'animaux les mitochondries forment directement où indirectement les sphères vitellines ;

6° Les corps de Golgi, les substances expulsées du noyau, le cytoplasme sont aussi signalés comme formant le vitellus.

Chez quelques animaux, par exemple les Méduses, les Echinodermes, ies Tuniciers (Schaxel) pendant les premiers stades de la formation du vitellus, la chromatine est émise du noyau et l'on suppose qu'elle joue un rôle important dans la

formation du vitellus et d’autres substances de l'œuf. Chez l'Annélide Saccocirrus, Gatenby et Hemplemann croient que les substances nucléolaires expulsées produisent le deutoplasme nucléolaire, tandis que le vitellus graisseux sembie formé à partir de l'appareil de Golgi.

Chez les Ascidies (Jan Hirschler), les plus grosses mitochondries se transiorment directement en sphères vitellines. Cet auteur croit de plus que les sphères vitellines sont des lipoides et des protéides. Il considère donc le vitellus comme un produit du chondriome chez cet animal. Les noyaux vitellins n'ont d'autres rapports avec les sphérules vitellins que de naître comme eux du chondriome.

Chez le Poisson Pleuronectus limanda, Whealer (104 a) pense que la formation du vitellus est à la fin en connexion avec les corps de Golgi. Chez les Amphibiens, les Reptiles et les Oiseaux, l’œuf est abondamment pourvu de vitellus, c'est-à-dire est macrolécithe. Dans l’oogénèse des Amphibiens (Gatenby), les mitochondries se répandent principalement pour former une zone corticale sombre à la périphérie de l'œuf. C'est dans cette zone que se rencontrent les premiers granules vitellins, mais on ne sait pas actuellement avec certitude si le vitellus provient directement des mitochondries ou si ces dernières ne font qu'élaborer des matériaux qui, se précipitant dans le cytoplasme, finissent par former les substances que nous appelons sphères vitellines.

Loyez (73) observe que « le corps vitellin, chez les Repti- « les, paraît avoir pour origine des granulations nucléolaires « provenant de la vésicule germinative, qui s’entourent de « protoplasme modifié ». Malheureusement son étude est très viciée par le fait qu'elle ignorait les importantes inclusions : appareil de Golgi et mitochondries. Van Durme (100) dans

son excellent mémoire sur les Oiseaux donne un exposé détaillé du mode de formation, de la croissance et de la transformation en sphères vitellines des mitochondries. Elle décrit le « croissant vitellogène » comme premier centre de formation du vitellus. Un second centre de formation apparaît au voisinage de la zone mitochondriale corticale, dans laquelle se forment de nouvelles structures mitochondriales. Ces deux centres de formation du vitellus, l’un dans l’endoplasme près du noyau, l’autre dans l’exoplasme, persistent pendant tous les stades de la vitellogénèse. Le premier centre est d’abord très actif, puis le second le devient à son tour. D'après Brambell (7) et Van Durme, chez l’Oiseau, les mitochondries se gonflent et se transforment directement en sphères vitellines. Van Durme dit que durant la transformation, on peut voir souvent une zone claire entourant les mitochondries gonflées, de sorte qu’elles apparaissent comme des corps sphériques au centre de vacuoles. Elle établit sans hésitation que ces sphères vitellines proviennent en partie des plus volumineuses mitochondries et en partie du contenu des vésicules vitellines claires. Brambell (;) cependant, nie la présence de vésicules claires chez la Poule. Il constate que dans les œufs centrifugés, les sphères vitellines montrent une division en trois couches bien marquées. La couche supérieure plus légère consiste en sphérules graisseux, les deux autres sont homogènes, l’inférieure se colorant en jaune rosé et la couche moyenne se colorant fortement par la fuchsine. Chez l'Ornithorhynchus (Gatenby), la formation du vitellus ressemble à celle décrite par Van Durme chez les Oiseaux. Gatenby pense que quelques-unes des sphères vitellines sont formées par ce qui ressemble à des vacuoles aqueuses du cytoplasme; le changement subséquent du contenu de ces va-

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cuoles par des substances graisseuses et protéiques constituerait ainsi des sphères vitellines coagulables et solides. Bullard (11) constate que chez Emys lutaria, l'élaboration du vitellus est le résultat de la transformation d’un certain nombre de chondriosomes.

Chez les Tortues, il y a quatre centres de formation du vitellus, dont deux sont très distincts :

1° La région du noyau vitellin de Balbiani:

2° La région mitochondriale à la surface de l’oocyte.

Les granulations graisseuses apparaissent dans le voisinage du noyau bien qu’elles soient beaucoup moins nombreuses que chez les Oiseaux. On les trouve aussi en plus petit nombre dans la région corticale, elles correspondent probablement à la « couche corticale granulo-graisseuse » de Van Durme. À des stades plus avancés de la vitellogénèse. il se forme deux couches distinctes (fig. 32), les couches médullaire et corticale. À ce stade le noyau est entouré par une aire de cytoplasme mince et claire (fig. 18). La formation du vitellus chez cet animal est toujours précédée de l’apparition de vésicules claires autour des mitochondries gonflées. Ces vésicules sont très distinctes sur les préparations au Nassonov. Une plus ample élaboration de matériaux vitellins complète le processus et d’une mitochondrie naît une sphère vitelline. À des stades avancés on ne peut distinguer les zones de vitellus corticale et médullaire l’une de l'autre. Les granulations graisseuses et les sphères vitellines forment la maiorité de l’œuf et les minuscules grains des mitochondries sont confinés à la région trabéculaire du cytoplasme, entre les corps vitellins et dans la mince couche périphérique de l'œuf. Dans des 0ocytes plus âgés et aussi dans les plus jeunes en cas d'atrésie, on peut généralement voir les sphères vitellines se briser en

2 où 3 fragments. Quelquefois il s’en adjoint qui deviennent coalescentes (fig. 38). Elles acquièrent une consistance liquide et s’épandent en formes irrégulières. L'étude du mode de formation du vitellus chez les Amphibiens, les Sauropsidés et les Mammifères ne laisse aucun doute que les mitochondries ne jouent un rôle bien plus important dans la formation du vitellus chez les Vertébrés que chez les Invertébrés.

VIII — Cellules Germinales

Binucléées et Polynucléées

Observations. — Les cellules de l’oogonie sont assez souvent binucléées et quelquefois polynucléées. J'ai trouvé jusqu’à 6 noyaux dans une oogonie. La figure 17 est un dessin à la chambre claire d’un flot de cellules germinatives de la périphérie d’un ovaire. L’oogonie a montre un noyau en amitose. L’oogonie b est multinucléée. L’oogonie c montre magnifiquement le canal intra-nucléaire de Champy. On le prit à première vue pour un noyau commençant à se diviser par amitose. Dans l’oogonie d l’amitose est terminée, deux noyaux avec nucléole sont complètement formés. Le fait de trouver dans un petit îlot de si nombreux exemples de cellules binucléées et polynucléées est significatif. Les figures 43 à 46 sont des photographies au faible et au fort grossissement d'ilots de cellules germinales dont certaines sont binucléées et polynucléées. Cet état n’est pas spécial aux seules cellules germinatives. Quoique rarement, des oocytes bien développés montrent côte à côte deux noyaux bien formés. La figure 41 est une préparation au Da Fano d'un ovaire centrifugé. Elle montre deux noyaux voisins entourés d'une couche d'éléments de Golgi. On peut aussi voir les sphérules nucléolaires fragmentées disposées à la périphérie interne des noyaux. La figure 42 montre un oocyte fixé au liquide de Bouin. L’amitose est ici complète et les deux noyaux sont

lun à côté de l’autre. Tous les deux semblent en train d’expulser des corps nucléolaires (N L. E X), comme l’on peut en juger d’après les rapports qu'ils présentent avec ces derniers.

Discussion générale. — [La littérature sur le sujet de l’amitose dans les cellules germinatives ne semble pas considérable. Cerruti, un chercheur italien, a décrit quelques exemples dans l'organe de Ridder. Les cellules géantes et celles des cultures de tissus sont citées comme exemples favoris du phénomène de l’amitose. Holmes, Lewis et Webster réussirent à obtenir de rares cas d’amitose dans des cultures (6). Ludford (27) décrit un cas d’amitose dans les cellules du follicule de l’ovaire du Dytiscus marginalis. Macklin (6) a décrit des cellules binucléées dans des cultures de tissus. Na- Kahara (30) qui a fait une étude assez détaillée du sujet semble être arrivé à la conclusion que « l’amitose, dans les cel- « lules qui sécrètent ou forment des réserves, indique une « période d'activité intense des fonctions végétatives des cel- « lules ». On ne sait quel rôle particulier joue ce processus chez les Tortues (fig. 41-44), dans les cellules germinales jeunes et dans les oocytes qui se développent.

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