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INTRODUCTION

La cathédrale de Lyon, digne, par son architecture, ses vitraux et la sculpture de ses portails, d’être étudiée à côté des plus illustres cathédrales du nord de la France, présente une particularité dont ces cathédrales n’ont conservé aucun exemple. Des incrustations de ciment coloré, dans des bandeaux de marbre blanc, se développent, en forme de frises, à différentes hauteurs de l'abside, couvrent des chapiteaux, ornent des ailloirs, des bases de colonnes, et apportent dans la décoration du chœur une note précieuse, en parfaite harmonie avec la sculpture et le splendide éclat des verrières anciennes.

Ce procédé de décoration murale employé à Lyon n’a été appliqué en France, avec a même ampleur, que dans une autre église voisine, celle de Saint-Maurice, autrefois cathédrale de Vienne en Dauphiné, dont la cathédrale de Lyon a manifestement été le modèle. On en trouve cependant deux autres applications, mais beaucoup moins importantes, dans l’église Saint-André-le-Bas de Vienne et sur les débris de l’ancien tombeau de saint Lazare à Autun. Ces derniers exemples sont contemporains de la cathédrale de Lyon et tendraient à prouver que cette technique, bien spéciale à la région lyonnaise, y était assez répandue à la fin du xu° siècle et au commencement du x.

Les incrustations décoratives des deux cathédrales de Lyon et de Vienne, aujourd’hui peu distinctes sur les parois brunies par les siècles, n’ont pas retenu l'attention des archéologues. Viollet-le-Duc, qui les cite en passant dans son Dictionnaire d'Archilecture, les a prises pour des mosaïques de marbres de couleur !. Nous-même, dans la

!T. VI, p. 317. — M. Enlart, dans son précieux Manuel d'archéologie française, cite les incrustations du chœur de la cathédrale de Vienne (1, Architecture religieuse, p. 710), mais non les incrustations de Lyon qui leur ont servi de modèle

Monographie de la Cathédrale de Lyon, nous nous sommes conte nté de décrire sommairement ces incrustations et d'en présenter quelques dessins. Cependant l'étude d’un système de décoration aussi exceptionnel dans l’art monumental du moyen âge français ne cessait de nous occuper. Cette étude nous conduisit à des recherches sur l'origine du procédé, qui s’étendirent hors de la région lyonnaise et au delà du territoire de la France. Il devint manifeste qu'une monographie des incrustations conservées dans les cathédrales de Lyon et de Vienne ne pourrait aboutir à des conclusions formelles, sans

une enquête préalable sur les décors analogues. Cette monographie devenait l'introduction d’une étude d'ensemble sur le rôle et l’origine des incrustations dans la décoration monumentale depuis les premiers siècles chrétiens jusqu’à la Renaissance. Le projet de ce travail, ainsi développé, fut soumis par nous au regretté Eugène Müntz. Le savant historien nous encouragea vivement, et à diverses reprises, à entreprendre et à poursuivre nos recherches. C’est donc le fruit de longues investigations que nous présentons aujourd’hui. Estimant qu'en matière d'archéologie aucune description ne saurait suppléer à la reproduction du monument, nous n'avons pas hésité à faire une très large place à l'illustration et nous avons tenu à apporter la plus scrupuleuse exactitude dans l'étude et la reproduction des documents de comparaison que nous invoquerons, aussi bien que dans l'étude des détails de décoration qui ont été l’origine de ce travail. Beaucoup de ces documents sont inédits et la plupart reproduits d’après nos clichés ou nos dessins. Si nous avons pu réunir un important faisceau de matériaux, c’est grâce au concours éclairé de nombreux et bienveillants collaborateurs qui ont droit à nos remerciements.

M. Enlart, le savant conservateur du musée de sculpture comparée du Trocadéro, nous a fait profiter de ses recherches sur les dallages incrustés du Pas-de-Calais. M. Viollet-le-Duc fils, avec une parfaite obligeance, nous a communiqué les relevés des dessins de Percier et des estampages relatifs à Saint-Denis, exécutés par son père. MM. F. et N. Thiollier, MM. les curés de Saint-Menoux et de Saint-Guilhem-du-Désert, M. John Bilson, architecte à Hessle, ont droit à notre gratitude. M. C. Diehl et

M. G. Millet ont bien voulu nous communiquer des notes sur les églises de Saint-Luc, de Daphny et de Mistra. Enfin, M. E. Bertaux, le distingué professeur de la Faculté des Lettres de Lyon, qui, dans le cours de ses travaux sur le moyen âge et sur l’art dans l'Italie méridionale, à fait une étude spéciale des mosaïques et des incrustations, nous a

fourni de précieux renseignements et nous a prodigué ses conseils.

CHPNAINRRE PREMIER

Les Tncrustations décoratives

dans le Chœur des Cathédrales de Lyon et de Vienne.

Les incrustations qui décorent le chœur de la cathédrale de Lyon et celui de la cathédrale de Vienne sont exécutées par le même procédé.

Sur le marbre dressé et poli, l’ouvrier dessinait au trait les figures ou les ornements et, au lieu de modeler les motifs ainsi esquissés, il creusait uniformément au ciseau les fonds ou les détails du dessin, selon que le sujet devait s’enlever en clair ou en foncé. Ces creux, qui ont de 3 à 6 millimètres de profondeur, étaient garnis de mastics ou ciments de couleur foncée, généralement brun rouge, appliqués à froid. Pour donner plus d’adhérence à la matière incrustée, on avait soin de laisser rugueux le fond des incisions.

Il est à noter que ce travail d’incrustation était généralement exécuté à pied d'œuvre, avant la mise en place, comme on peut le constater par les raccords qui souvent ne coïncident pas et se font de la façon la plus maladroite. Ce détail s'observe principalement dans la frise inférieure de Vienne

Ce travail est tout à fait comparable, comme on le voit, à celui des émailleurs en taille d'épargne de Limoges. Au lieu du cuivre, c'est le marbre qui est ici comme «champlevé ». Le ciment coloré, introduit dans les espaces évidés, remplit le même rôle que l'émail vitrifié et sert de fond au dessin. Seulement, il n’y a aucune dégradation de teintes ; le ciment employé est toujours monochrome et le genre d’émaux que ces pierres rappellent le mieux est celui qui est connu sous le nom d’« émaux de niellure ».

La composition des ciments qui forment les incrustations des cathédrales de Lyon et de Vienne est à peu près constante.

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