‹ Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de VienneChapitre 17 sur 44 · CL, ALINARI · texte numérisé non relu

CL, ALINARI

FiG. 83. — Corniche incrustée des parapets de la nef. Basilique Saint-Marc,

de niches et de frontons rappellent les sarcophages de Ravenne. Ces sculptures,

placées à la suite les unes des autres et séparées par des pilastres, sont couronnées par une moulure dans laquelle on incrusta une ornementation uniforme qui semble

relier quelque peu ces motifs disparates (fig. 83).

Tous les ornements incrustés de Sain

Marc présentent des formes géométiques, des rinceaux, des rosaces; on n'y trouve

pas la figure humaine. Deux singes de la bouche desquels sortent des feuillages

fig

urent sur des chapiteaux cubiques

(fig. 84). Quelques coussinets carrés, entre

Re, Ce, = Gien Inerslé ti SAREUENS. la retombée des voûtes basses et les tail-

loirs des chapiteaux des colonnes qui les supportent montrent des griffons, des oiseaux symbolique, rappelant les dessins

affrontés séparés par le homa

d’étoffes orientales (fig. 86). Enfin deux paons symboli-

ques buvant au calice dé corent un tympan de

valerie extérieure de

dernière composition

porte ouvrant sur la l'Est (fig. 85). Cette est d'exécution mo

derne, mais refaite

d’après les débris de l'ancienne.

Au xvu siècle, Fic. 85. — Tympan incrusté à Saint-Marc. on refit la décoration de la partie su périeure de la façade

et les quatre tympans latéraux furent décorés de mosaïques exécutées par Luigi Gaetano,

sur les cartons de Matteo Verona (1617-1618). Les archivoltes encadrant ces tableaux reçurent en même temps une ornementation incrustée, analogue à celle que le xu® siècle avait répandue à l’intérieur de la basilique. Ce sont des

arabesques d'un style assez médiocre obtenues à l’aide de ciments

4 Cf. Ch. Rohault de Fleury, Za Messe, études archéologiques sur ses monuments, pl. cexxvI, ccxxx1; C. Jacobi, Basi-

lica di San-Marco, Venise, MDCCcLxxxI,

CAVIE FiG. 86. — Coussinet incrusté à Saint-Marc.

ENMORTENMNENMENMUNTEATENE 49

multicolores. C’est là probablement l’une des dernières applications de ce procédé en Italie.

Nous avons pu soumettre à l'analyse chimique plusieurs échantillons des ciments provenant des incrustations de Saint-Marc. Leur composition est, à peu de chose près, identique à celle qui fut employée à Lyon, mais avec une très faible quantité de brai de résine.

C’est dans les édifices des provinces méridionales de l'Italie, qui nous ont été si doctement révélés par M. E. Bertaux, de l’Apulie principalement, qu'il faut suivre l'évolution de ce procédé.

Les sanctuaires de la plupart de ces églises s’enrichirent sous la domination normande d’un somptueux mobilier liturgique. Pendant que, dans les Abruzzes, les ambons et les autels se distinguent principalement par une exubérante

sculpture et parfois par des FIG. 87. — Ambon de la cathédrale de Bitonto (1229). incrustations de stuc, comme à Santa Maria del Lago, à San Clemente al Vomano, etc., ceux de la Campanie s'enrichirent, comme nous l'avons déjà vu, de mosaïques siculo-arabes étoilées d'or, étincelantes d'émaux et de porphyre incrustés. Les incrustations de ciment sont au contraire la caractéristique de la décoration du mobilier liturgique de la province maritime de l'Apulie. L'église Saint-Nicolas de Bari conserve, dans la salle du trésor, un trône épiscopal de marbre exécuté vers 1098. « Sur les montants et devant le siège, des rinceaux et des silhouettes d'animaux, inscrits dans des losanges, sont réservés et comme champlevés sur un fond légèrement creusé, qui a été rempli d'une sorte de stuc fait de cire brune et

de marbre pilé!. » Les gradins en marbre blanc, les arcatures du dais du ciboriwm de la

même église sont aussi ornés de palmettes, de files d'oiseaux d’eau, etc., exécutées

par le même procédé. Le trône épiscopal de la cathédrale établie dans la grotte de

Monte Sant’Ange

Mais l’œuvre rencontrer en Apt œuvre du prêtre

inscription gravée eue (is, By UE

de son importance, sa décoration mérite une description spéciale que nous emprunterons encore à

M. E. Bertaux.

&« Dans l'œuvre de

maître Nicola, si ment datée et si

ment apparentée à

‘époque norman tresses de bandele

des boules guilloc réculièrement esp

a bordure de la r.

milieu de méandres ciselés, comme celles dont est

bossué l’encadrer

même dont elle est l’ornement, certains détails rappellent le décor apulien de

relacent sur les parapets,

o est décoré de la même façon que celui de Bari.

la plus riche en incrustations que l’on puisse lie est l’ambon de la cathédrale de Bitonto, Nicola (1229), comme l’apprend une sur l’édi-

a raison

exacteétroiteà l'édifice

cle, IDES ttes s’en-

hées sont acées sur ampe, au

CL, Moscioni.

Fic. 88. — Rampe de l’ambon de la cathédrale de Bitonto. ment du

portail de Saint-Nicolas de Bari. Enfin partout des rinceaux et des fleurons finement

gravés se détache

nt, comme les ornements des trônes épiscopaux du xI° siècle, sur un

champ rempli de mastic noirâtre (fig. 88). La polychromie sourde de ces incrustations

est relevée par u

n décor dont maître Nicola donne en Pouille le premier exemple.

Presque tout le champ qui reste nu entre les reliefs et où ne pénètre pas la coulée de

cire brune, est ga antique et les brè

rni d’appliques de marbre oriental, parmi lesquelles dominent le jaune ches violettes, polis et brillants, comme des émaux.

1 E. Bertaux, l’Art dans l'Italie méridionale, t, 1, p. 446.

« L'auteur de ce merveilleux meuble polychrome, en qui semble se résumer l’art apulien de deux siècles a exécuté de même le décor de la {ransenna, dont une plaque s'est conservée à côté de l’ambon. C'est sur cette plaque (fig. 89) que le décor se montre le plus archaïque et le plus oriental. Sur le champ de la plaque, le marbre gravé et incrusté de cire reproduit quelque étoffe byzantine ou sarrasine inspirée de

Fic. 89. — Transenna du chœur de la cathédrale de Bitonto.

modèles persans: des oiseaux symétriquement disposés peuplent les branches d’un arbre stylisé!. »

Non loin de l'ambon, la chaire de Bitonto dont maître Nicola paraît être également l’auteur, a reçu un complément de décoration qui ajoute très heureusement une note polychrome au ton sombre des mastics incrustés. Les plaques de marbre du parapet, ornées d'entrelacs et de méandres à limitation des #ransennæ, ont été animées par des jeux de couleurs obtenus à l’aide de lamelles de verre appliquées sur des morceaux de plâtre peints et dorés, où sont figurés divers animaux. Ces fragments étaient ensuite enchâssés et fixés au plâtre dans les creux. « Dans leur encadrement de marbre, guilloché de feuillages à facettes, ces peintures sous verre, que le temps a brunies, font l’effet de médaillons émaillés?. » Ces verroteries font penser au décor de l'autel de Saint-Guilhem-du-Désert.

AEAbentaux 4% 5p 05e ? Id., 1bid., p. 658.

Entre Venise et la Pouille, Ancône et sa cathédrale Saint-Cyriaque offrent un exemple très important d’incrustations décoratives qui, jusqu'ici, n’a pas été étudié. Construite sur l'emplacement d'un temple à Vénus, au sommet du mont Guasco, promontoire avancé dans la mer, qui domine la ville et l’Adriatique, l’église est en

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