‹ Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de VienneChapitre 16 sur 44 · LES · texte numérisé non relu

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et 72). La multiplicité des points sombres obtenus par l'oxydation du plomb se mariait admirablement à la blancheur du marbre et donnait à la sculpture un précieux aspect !. Mais quelques points noirs dans des sculptures, sur un portail ou un chapiteau,

ne présentent qu’un intérêt de curiosité, et nous avons mentionné cette application

décorative surtout à titre documentaire.

Ainsi la marqueterie de pierre, de brique, de marbre ou d

e verre était arrivée à

concourir dans plusieurs régions de la France, depuis le x1° siècle jusqu’à la fin du

xu° siècle, à la décoration des édifices et même des objets mobil

Cependant, aucun des

prototype aux frises incrt

monuments qui viennent d'être ci

s’en rapprochent par le dessin, tous s'en distinguent par la

soient les matériaux assemblés ou incrustés, ils sont emp

istées de Lyon et de Vienne. Si que

jers.

és n’a dû servir de lques-uns d’entre eux echnique. Quels que

oyés à l’état solide

et dur. Ni les églises d'Auvergne, ni l'autel de Saint-Guilhem-du-Désert ne sont décorés, comme le chœur de la cathédrale de Lyon, au moyen de matières #7alléables, formant un fond sur lequel se détache un décor champlevé. Il y a là une

technique dont l'origine doit être recherché en dehors de la France.

! Nous devons la communication de ces chapiteaux à M. G. Gros, avoué à Saint-Pons. Voir J. Sahuc,

Saïnt-Pons de Thomières, ses vieux édifices, ses anciennes institutions, 1895.

Aux xtn° et xiv° siècles, le plomb trouva chez les Arabes un emploi plus important. On peut citer

notamment à Bizerte, dans le minaret de l'une des principales mosquées et sur une fontaine de l’ancien

port, des revêtements de pierre incisés et incrustés de fines lames de plomb enchâssées au maillet et des-

sinant des figures géométriques.

G. 72. — Chapiteau incrusté de parcelles de plomb Ancien cloître de Saint-Pons (Hérault).

CHAPNRRENNN

Les Tncrustations de Ciments colorés en Orient et en Tfalie

jusqu’à la fin du X111° siècle.

Les incrustations en matières malléables ne semblent pas remonter à une antiquité aussi haute que les incrustations en matières solides. Elles apparaissent pour la première fois à Sainte-Sophie de Constantinople sur des frises décorées de palmettes et dont le fond « champlevé » est rempli de ciment noirâtre'. Les sculptures sans relief avec lesquelles elles voisinent montrent clairement l’origine du procédé. Les feuillages finement découpés s'y dessinent sur le fond creusé comme une dentelle blanche sur un fond noir?. En Orient, le relief n’est plus destiné, comme dans l’anti-

quité gréco-romaine, à exprimer des nuances de modelé, mais des oppositions de

FiG. 73. — Incrustations des frises de Daphni. (Dessins publiés par M.G. Miser.)

couleurs. Le creux est un « noir ». C'est le principe dégagé par M. Strzygowski, celui du Tiefendunkel. L'incrustation de ciment n’est qu'une application de ce principe : le creux, au lieu d'être seulement rempli d'ombre, est rempli d’une matière sombre.

! Salzenberg, pl. xvi, fig. 4 et o.

? Cf. H. Barth, Consfantinople (coll. des Villes d'Art célèbres, p. 43).

Le procédé devient commun dans les églises et les monastères grecs des xI° et xre siècles, comme ceux de Saint-Luc en Phocide, de Sainte-Sophie de Monemvasie,

et, surtout, de Daphni, près d'Athènes.

Les voûtes et la coupole de l'église de Daphni, élevée au 1x° et reconstruite

FiG. 74 et 75. — Frises de Daphni. (G. Mixer).

à la fin du xi° siècle, sont encore revêtues de mosaïques byzantines à fonds d'or. Au-dessous de ce décor règnent deux corniches de marbres blanc et gris, l’une à la base de la coupole, l'autre à la naissance des trompes d’angles. Cette dernière s'étend

dans le sanctuaire et le bras de croix. « La surface

été évidée et les creux ont

inclinée de ces corniches a SZ sr:

ARNAR VAR durcie au moyen de mar-

été remplis de cire rouge [4 $ J [à $

bre pilé. Cette cire forme 7 À LA À JiX À un fond noir sur lequel

les-motifs se détachent en =... Fe blanc. La corniche de la : Mr Frise de Daphni. (G. Mer.) | s k

coupole présente un motif unique (fig. 73). L'autre

en a trois : un dans le sanctuaire (fig. 74), un autre dans le carré central (fig. 75), un troisième dans le bras de croix (fig. 76)° ». De même que l’église de Daphni, celle de Saint-Luc en Phocide, du xi° siècle, est

Fi. 77. — Eglise Saint-Luc en Phocide : frise de marbre blanc incrusté (xi° siècle),

(D'après les épreuves de la collection byzantine des Hautes Etudes (Mirter C 1291 et B 268).

décorée au-dessus des arcatures inférieures d’une large plate-bande de marbre blanc. « Sur cette bande (fig. 77), des feuilles d'acanthe renversées et entremêlées d’ara-

1 Gabriel Millet, Ze Monastère de Dapbni, p. 65-66, Paris, 1890.

ENMOIRINENIDMENMSENATEEANEIIE 45

besques sont sculptées en un relief très léger rendu plus apparent par un émail de couleur noire placé dans les creux {. »

A l'extérieur de l’église, on retrouve des incrustations analogues. L’une d’elles

Etat primitif, D iactuels N 45

| FiG. 78. — Porte de l’église de la Pantanassa à Mistra. | Hautes Etudes (Mer C 60).

reproduit une inscription de caractères coufiques ?.

Dans une église de Mistra, ancienne capitale du Péloponèse, on constate également l'usage des incrustations de ciments colorés. M. G. Millet, très obligeamment, nous a communiqué un inté-

ressant document qui doit figurer dans l'étude d'ensemble qu’il prépare sur Mistra.

C'est la corniche et le cadre de la porte intérieure conduisant du narthex dans l'église de la Pantanassa (fig. 78). Les creux de la gravure ont perdu les mastics qui les garnissaient, mais les rugosités des fonds, ménagées à dessein, afin de donner à la pâte plus d’adhérence, ne sauraient laisser de doutes. L’ornementation de cette sculpture trahit, comme celle de l’une des frises de Saint-Luc, une influence arabe. L'église de la Pantanassa est du début du xv‘ siècle, mais les matériaux qui composent la porte ont dû être empruntés à un édifice antérieur, comme en témoignent le défaut de raccord des rinceaux dans l'angle droit et la taille brutale des extrémités de la corniche.

Ce procédé est importé en Italie dès le xr siècle. Il s'étend d'abord aux villes maritimes de l’Adriatique, et joue un rôle important dans l’ornementation de Saint- Marc à Venise. Dans cette basilique, dont la construction fut terminée, en 1043, les

Vénitiens avaient employé quantité de matériaux précieux sauvés de l'incendie de

? Ch. Diehl, Bibl. des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 55, p. 25. — Schultz et Barnsley, fhe Monastery of Saini-Luke of Stiria in Phocis, Londres, 1001.

2 Strzygowski, Jabrbuch der Kôn. Preuss. Kôn. Sammlungen, 1904.

l'és

Fi. 79. — Chapiteau avec abaque incrusté.

Grande nef de Saint-Marc.

lise primitive en 976 et, aussi d'innombrables colonnes, chapiteaux, bas-reliefs,

dépouilles de l'Orient grec et byzantin.

Cette ornementation est assez disparate; seule une particularité décorative, peu étudiée jusqu'ici, vient donner quelque unité à l’ensemble : c’est l'emploi des incrustaions ajoutées après coup partout où elles pouvaient trouver place.

En effet, toute la ligne des corniches, ous les abaques des chapiteaux de la nef ig.79), et même les faces de plusieurs chapiteaux cubiques (fig. 8o et 81) sont ornés de

ciselures incrustées de ciment brun foncé,

d'un dessin ferme et franchement oriental.

L'une des plus anciennes mosaïques, qui date des travaux de décoration entrepris par

le doge Domenico Selvo, en 1071, par des artistes grecs, surmonte à l'intérieur la

porte principale (fig. 82). Cette superbe co

mposition, qui représente le Christ entre la

Vierge et saint Marc, est entourée d’un cac

re incrusté de mastics colorés. L'inscription

du cintre :

IANVA SUM VITE PER ME MENBRA VENITE, les CI

roix inscrites dans un carré, les

Fic. 80 et 81. — Chapiteaux incrustés. Intérieur de la basilique Saint-Marc, (x° siècle).

palmettes de l'archivolte et de la corniche de la base sont décorés par le même

procédé.

Les deux galeries latérales de la nef sont surmontées de parapets dans lesquels on

utilisa d'anciens chancels de marbre provenant de basiliques byzantines et ayant dû

servir primitivement de clôture de chœur, peut-être même de tribune de gynécée. L'or-

nementation de ces chancels, composée de lions ailés séparés par des tiges végétales,

ENMOIRINENNSE TREND IETPAIPNE 47]

de cerfs se détachant sur des rinceaux de feuillages, de paons, de colombes buvant au

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