CL. ALINARI
FiG. 106. — Dalle incrustée à San-Miniato.
à la fin du x1r° siècle un groupe isolé, dont les modèles n'apparaissent nulle part, des Alpes et des Pyrénées jusqu’à l'Océan et au Pas-de-Calais. Mais la technique de ces incrustations est semblable à celle des incrustations qui décorent les églises grecques du xr siècle; elle est identique à celle des incrustations qui se sont conservées dans une foule d’églises italiennes. La marche de ce décor est facile à suivre dans l’espace et dans le temps. Il aborde en Italie vers la fin du xr' siècle et est adopté d’abord dans les villes
à demi byzantines de la Pouille et de la Vénétie. Puis il s’insinue en Lombardie et se développe magnifiquement en Toscane. Le triomphe du procédé oriental dans l’art italien est accompli au milieu du xn° siècle. C’est aussientre 1150 et 1180 que se placent les incrustations de la cathédrale de Lyon, celles du mausolée d’Autun et celles de
Saint-André de Vienne. La coïncidence ne peut être fortuite. Tout historien qui admettra que les incrustations des églises de Toscane sont d'origine byzantine (et qui songe à le nier?) devra l'admettre pour les incrustations de Lyon. Mais entre la Toscane et la Grèce, la Pouille peut-être, Venise à coup sûr a servi d'intermédiaire. Entre l’église de Daphni et la cathédrale de Lyon plus nombreux sont les intermédiaires italiens. Il faut sans doute les chercher dans l'Italie du Nord. Les Scarpellini lombards passaient volontiers les Alpes; entre eux et les sculpteurs français il s'établit des échanges. Sans doute la sculpture
italienne reçut alors plus qu’elle ne donna. Mais à Lyon, dans une ville où la grande
route d'Italie passait sur le pont du Rhône, la décoration gréco-italienne de l’incrustation reçut d’un étranger inconnu droit de cité. Appliquée aux murailles d'édifices tout français par des ouvriers locaux, elle a pris l'accent vivant et spirituel des œuvres françaises dans cet âge de fécondité et d’essor. Pourtant, si français que soient les motifs, la technique est étrangère comme l'emploi même du marbre serti dans une construction de pierre. La conception de ce décor monumental étonne, dans sa polychromie discrète
| et effacée, à côté des pures créations françaises, sculptures et vitraux, comme le ferait | une autre décoration d'origine orientale, telle qu’une mosaïque à fond d'or.
ES
FiG. 107. — Dalle incrustée à San-Miniato : le zodiaque