‹ Les Indes-NoiresChapitre 25 sur 41 · SUSPENDU A UX FIL · texte numérisé non relu

SUSPENDU A UX FIL

à peu près, la descente s'était opérée sans incident. 11 n'existait aucune galerie latérale dans la paroi du puits, lequel s'étranglait peu à peu, en forme d'entonnoir. Mais Harry commençait à sentir un air plus frais, qui venait d'en bas, — d'oii il conclut que l'extrémité inférieure du puits communiquait avec quelque boyau de l'étage inférieur de la crypte.

La corde g'issait toujours. L'obscurité était absolue. Le silence, absolu aussi. Si un être vivant, quel qu'il fût, avait cherché refuge dans ce mystérieux et profond abîme, ou il n'y était pas alors, ou aucun mouvement ne trahissait sa présence.

Harry, plus défiant à mesure qu'il descendait, avait tiré le couteau de sa gaine, et il le tenait de sa main droite.

A une profondeur de cent quatre-vingts pieds, Harry sentit qu'il avait atteint le sol inférieur, car la corde mollit et ne se déroula plus.

Harry respira un instant. Une des craintes qu'il avait pu concevoir ne s'était pas réalisée, c'est-à-dire que, pendant sa descente, la corde ne fût coupée au-dessus de lui. Il n'avait, d'ailleurs, remarqué aucune anfractuosité dans les parois qui pût receler un être quelconque.

L'extrémité inférieure du puits était fort rétrécie.

Harry, détachant la lampe de sa ceinture, la promena sur le sol. Il ne s'était pas trompé dans ses conjectures.

Un étroit boyau s'enfonçait latéralement dans l'étage inférieur du gisement. Il eût fallu se courber pour y pénétrer, et se tramer sur les mains pour le suivre.

Harry voulut voir en quelle direction se ramifiait cette galerie, et si elle aboutissait à quelque abime.

Il se coucha sur le sol et conmiença à ramper. Mais un obstacle l'arrêta presque aussitôt.

Il crut sentir au toucher que cet obstacle était un corps qui obstruait le passage.

Harry recula, d'abord, par un vif sentiment de répulsion, puis il revint.

Ses sens ne l'avaient pas trompé. Ce qui l'avait arrêté, c'était, en eflet, un corps. Il le saisit, et se rendit compte que, glacé aux extrémités, il n'était pas encore refroidi tout à fait.

L'attirer à soi, le ramener au fond du puits, projeter sur lui la lumière de la lampe, ce fut fait en moins de temps qu'il ne faut à le dire.

« Un enfant! » s'écria Harry.

L'enfant, retrouvé au fond de cet abime, respirait encore, ni:iis s ui snulil.^

était si faible qu'Harry pût croire qu'il allait cesser. Il fallait donc, sans perdre un instant, ramener cette pauvre petite créature à l'orifice du puits, et la conduire au cottage, où Madge lui prodiguerait ses soins.

Harry, oubliant toute autre préoccupation, rajusta la corde à sa ceinture, y attacha sa lampe, prit l'enfant qu'il soutint de son bras gauche contre sa poitrine, et, gardant son bras droit libre et armé, il fit le signal convenu, afin que la corde fût halée doucement.

La corde se tendit, et la remontée commença à s'opérer régulièrement.

Harry regardait autour de lui avec un redoublement d'attention. Il n'était plus seul exposé, maintenant.

Tout alla bien pendant les premières minutes de l'ascension, aucun incident ne semblait devoir survenir, lorsqu'Harry crut entendre un soùflle puissant qui déplaçait les couches d'air dans les profondeurs du puits. Il regarda au-dessous de lui et aperçut, dans la pénombre, une masse, qui, s'élevant peu à peu, le frôla en passant.

C'était un énorme oiseau, dont il ne put reconnaître l'espèce, et qui montait à grands coups d'ailes.

Le monstrueux volatile s'arrêta, plana un instant, puis fondit sur Harry avec un acharnement féroce.

Harry n'avait que son bras droit dont il pût faire usage pour parer les coups du formidable bec de l'animal.

Harry se défendit donc, tout en protégeant l'enfant du mieux qu'il put. Mais ce n'était pas à l'enfant, c'était à lui que l'oiseau s'attaquait. Gêné par la rotation de la corde, il ne parvenait pas à le frapper mortellement.

La lutte se prolongeait. Harry cria de toute la force de ses poumons, espérant que ses cris seiaient entendus d'en haut.

C'est ce qui arriva, car la corde fut aussitôt halée plus vite. Il restait encore une hauteur de quatre-vingts pieds à franchir. L'oiseau se jeta plus violemment alors sur Harry. Celui-ci, d'un coup de son couteau, le blessa à l'aile; l'oiseau, poussant un cri rauque, disparut dans les profondeurs du puits.

Mais, circonstance terrible. Harry, en brandissant son couteau pour frapper l'oiseau, avait entamé la corde, dont un toron était maintenant coupé.

Les cheveux d'Harry se dressèrent sur sa tète.

La corde cédait peu à peu, à plus dç cent pieds au-dessus du fond de l'abùne ! . . Harry poussa un cri désespéré.

Un second toron manqua sous le double fardeau que supportait la corde à demi tranchée.

Harry lâcha son couteau, et, par un effort surhumain, au moment où la corde allait se rompre, il parvint à la saisir de la main droite au-dessus de la section. Mais, bien que son poignet fût de fer, il sentit la corde glisser peu à peu entre ses doigts.

Il aurait pu ressaisir cette corde à deux mains, en sacrifiant l'enfant qu'il soutenait d'un bras. . Il n'y voulut même pas penser.

Cependant, Jack Ryan et ses compagnons, surexcités par les cris d'Harry, balaient plus vivement.

Harry crut qu'il ne pourrait tenir bon jusqu'à ce qu'il fût remonté à l'orifice du puits. Sa face s'injecta. Il ferma un instant les yeux, s'attendant à tomber dans l'abîme, puis il les rouvrit...

Mais, au moment où il allait lâcher la corde, qu'il ne tenait plus que par son extrémité, il fut saisi et déposé sur le sol avec l'enfant.

La réaction se fit alors, et Harry tomba sans connaissance entre les bras de ses camarades.

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