DEUXIEME PARTIE
Voici comment, en pratique, ces médecins inspecteurs s'acquittent de leur mission (boarding médical duties).
Dès qu'un navire ayant des immigrants à bord est signalé à l'embouchure de la Tamise, un officier de santé va à sa rencontre, l'accoste et demande au capitaine : « Avez-vous des malades à bord? » Si la réponse donnée est : non, un certificat est remis et le navire peut continuer sa route vers Londres.
L'inspecteur, en fait, ne monte pas à bord et ne vérifie pas l'exactitude de la réponse. Le Public Health London Act de 1891 lui reconnaît bien des pouvoirs assez étendus qui lui permettraient de pousser plus loin cette visite, mais une difficulté se présente pour l'empêcher de les utiliser.
Le navire est en marche, et l'Act de 1891 ne donne à l'officier inspecteur aucun pouvoir pour requérir le stoppage : il lui faudrait donc des qualités de gymnasiarque émérite pour monter à bord comme il le pourrait ! Il ne s'y risque pas.
Mais, si le capitaine annonce : « Un malade à bord ! », l'officier inspecteur est admis et examine le cas. Si la maladie n'a pas un caractère infectieux, il n'y a pas de difficultés et le navire continue sa route sur Londres. Si, au contraire, un cas d'infection est signalé, le malade est mis en surveillance et transbordé pour être débarqué à Denton, près Gravesend.
Dans certains cas, il est procédé à une enquête médicale spéciale : c'est lorsqu'il s'agit de navires arrivant de pays exotiques où l'on connaît ou soupçonne l'existence de la peste, de la fièvre jaune ou du choléra. Tous les passagers subissent alors un examen médical sérieux.
LE MAL
D'après les rapports des officiers de santé, les conditions sanitaires de la plupart des immigrants est satisfaisante.
Le docteur Williams (*), interrogé par la Commission royale dit :
« Leur santé est, en général, bonne; les cas de maladies infectieuses sont rares » (').
La même opinion est affirmée par M. Herman Landau, président du Poor Jews1 Temporary Shelter, qui constate que, depuis six années, un seul cas de maladie grave et contagieuse s'est présenté parmi les milliers d'immigrants qui ont été reçus dans le refuge.
« Cette déclaration nous a paru si remarquable, » avoue le rapport de la Commission royale, que nous » avons fait une enquête complémentaire qui en a » démontré l'exactitude » (Rapport, p. 11).
M. Hawkey, officier des douanes, reconnaît, de son côté, n'avoir que bien rarement remarqué un cas de maladie (3).
Conditions d'hygiène des immigrants. — Elles laissent totalement à désirer! Tous les témoignages recueillis sur ce point par la Commission d'enquête de 1903 concordent avec les rapports des officiers des douanes ou des médecins-inspecteurs.
Cette question de propreté des arrivants dépend,
(1) Officier de santé du port de Londres, (Minutes of Evidence, §6036).
(2) Minutes of Evidence, § 6113.
(3) Le docteur Lang a cependant signalé à la Commission que les cas d'ophtalmie purulente étaient fréquents chez les enfants de ces immigrants (Minutes of Evidence, §§ 1358, 20628).