DEUXIÈME PARTIE
d'ailleurs, à la fois du régime du bord et des habitudes personnelles de chacun.
Il y a quelques années encore, les mesures d'hygiène prises à bord des navires étaient notoirement insuffisantes et n'offraient aux passagers d'entrepont aucune facilité d'entretien. Depuis 1895, de grands progrès ont été réalisés, surtout sur les navires des Compagnies allemandes. Les transports danois qui viennent du port de Libau sont seuls restés très réfractaires à toute amélioration dans cette voie.
Le docteur Williams, dans un rapport du 3 juin 1902 à la Corporation de la ville de Londres, attirait l'attention des autorités anglaises « sur l'aménage- » ment tout à fait rudimentaire des navires danois » faisant le service entre Libau et Londres et sur les- » quels les passagers sont entassés pêle-mêle, sans » distinction de sexes, leurs couchettes placées à fond » de cale et à peine séparées des chevaux et des bes- » tiaux transportés en même temps qu'eux
» Ces immigrants venant de Libau sont d'une saleté » repoussante, ajoute le docteur Williams; leurs vête- » ments et leurs personnes sont infestés de poux et de » puces!» (Their clothes and bodies being infested with lice and fleas; Minutes of Evidence, § 6180).
N'insistons pas!
Moijens d'existence et ressources actuelles des immigrants. — Une circulaire du Trésor (Treasury Minute, n. 9999) de 1891, complétant les pouvoirs d'inspection attribués à l'officier des douanes par l'Act de 1836 (supra, p. 16), prescrit l'interrogatoire des étrangers
(') Minutes of Evidence, § 6974.
LE MAL
immigrants au point de vue de leurs moyens d'existence (Their probable means of subsistance).
M. Hawkey, officier des Douanes, attaché au port de Gravesend et qui visite les navires d'immigrants venant de Libau, Hambourg et Brème, reconnaît que, chose assez surprenante, les passagers d'entrepont interrogés par lui à ce sujet ne font aucune difficulté pour répondre à ses questions. Dans quelle mesure faut-il ajouter foi à leurs déclarations? Tout est là! et Ton nous permettra de douter de la sincérité de leurs réponses, et de les en excuser! Un agent de l'administration, fût-il fonctionnaire des douanes et armé d'un décret, nous semble d'une intolérable indiscrétion dans cette inspection officielle du contenu des porte-monnaies des voyageurs passant la frontière (*) !
Il résulte des rapports du service des Douanes que les ressources des immigrants, présentées en espèces
(*) M. Hermann Landau reconnaît qu'il est réellement très difficile de savoir quelles sommes les immigrants ont en leur possession. « Dans bien des cas, dit-il, on s'est aperçu que des gens ayant déclaré n'avoir pas un penny cachaient sur eux, ou dans leurs bagages, des sommes assez importantes. L'un d'eux, qui avait affirmé être dans le plus complet dénuement, fut averti, au moment où l'on allait passer ses vêtements à l'étuve du refuge, que les papiers ou valeurs qui pourraient s'y trouver couraient grand risque d'être détériorés. Il en sortit, en maugréant, toutes sortes de billets de banque cousus dans ses vêtements et représentant une valeur de plus de 300 & {Minutes of Evidence, § 16.282). M. Landau ajoute : « Quoi d'étonnant? Ces gens ont une frayeur absolue de tout ce qui représente le fonctionnarisme officiel dont ils ont tant souffert en Russie : ils reportent cette méfiance sur le fonctionnaire anglais qui les interroge, s'imaginent qu'on veut leur prendre ce qu'ils ont et préfèrent simuler une misère extrême ».
GO