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PREMIÈRE PARTIE

rameaux d'une souche commune et les Normands euxmêmes, si Français qu'ils fussent devenus par les coutumes et par la langue, avaient conservé quelque chose du tréfonds germanique, où les semences anglo-saxonnes ont pu reprendre avec une vigueur singulière, comme dans le sol natal.

D'ailleurs une cause plus générale, qui agit encore de nos jours, dominait ces influences ethniques. Le sentiment d'une solidarité séparée, d'une unité distincte, est naturellement plus prompt à naître et à prendre consistance dans un Etat insulaire que dans un Etat continental. Des frontières marquées par un fleuve ou par une montagne peuvent se déplacer et se déplacent en effet. Au contraire, une limite aussi nettement écrite sur la carte et aussi permanente que la mer à traverser invite incessamment l'esprit à regarder comme isolées à jamais les populations qu'elle sépare, et à concevoir comme une unité naturelle le groupe particulier qu'elle enferme à l'écart des autres (*).

Après la période de conquête, il s'établit un courant d'immigration avec le continent (Normandie et Pays- Bas) ; les nouveaux venus sont principalement des agriculteurs qui demandent des terres et en obtiennent. Ce sont les ancêtres des Yeomen, les Freeholders, qui restent une classe distincte des « Barones majores » vassaux directs de la Couronne : ils formeront dès le xme siècle, avec certains Normands de condition inférieure qui avaient suivi leurs seigneurs, ou

(!) Voyez Boutmy : Le développement de la Constitution et de la société politique en Angleterre^

HISTORIQUE DE L'IMMIGRATION EN ANGLETERRE

avec d'anciens propriétaires saxons ayant recouvré peu à peu leurs libertés et leurs terres, le corps des propriétaires libres non nobles : c'est déjà la bourgeoisie opposée au baronnage et à la pairie.

Ces différentes races, auxquelles viennent s'ajouter encore les Tourangeaux ou Poitevins que les rois angevins amenèrent du continent à leur suite, ont de bonne heure une tendance marquée à se fusionner complètement; les mariages mixtes sont nombreux et le Dialogue de l'Echiquier constate qu'à partir du xme siècle « il est à peu près impossible de discerner, parmi les hommes libres qui est Anglais et qui est Normand d'origine » (').

Bientôt, la confiance grandissant, grâce à une organisation politique plus complète et à la consolidation du pouvoir central, certaines relations commerciales s'établissent avec le continent : les Vénitiens, Génois ou Lombards apportent en Angleterre, en même temps que leurs marchandises, des idées nouvelles d'échange. Les Lombards établissent à Londres les premières banques; ils ont donné leur nom à une rue de la Cité, Lombard Street, qui est restée, de nos jours même, la rue des Banquiers où sont groupés la plupart des établissements financiers et les banquiers du Stockexchange.

Mais la source étrangère la plus abondante, à cette époque, se trouve dans les Pays-Bas, qui envoient chaque année de forts contingents d'immigrants attirés par l'espoir du gain et par le désir de vivre dans un pays qui était déjà un pays « de bon gouvernement » (*);

(*) Stubbs, Select Charters, p. 201.

(2) Moens, loc. cit.

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