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DEUXIÈME PARTIE

On sait ce qu'il faut entendre par cette expression caractéristique : « sweating-system », système de la sueur ! Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à la « Royal commission on sweating » sa propre définition :

« Le système du sweating comporte des salaires à peine suffisants pour assurer l'existence du travailleur, des journées si longues que le travail est pour ainsi dire ininterrompu (almost ceaseless toil), des conditions préjudiciables à la santé des ouvriers et dangereuses pour l'hygiène publique ».

Cette définition complexe (!) suppose donc trois conditions :

1° Des salaires insuffisants;

2° Des journées de travail d'une longueur exagérée; 3° Une inobservation absolue des conditions d'hygiène.

En examinant les conséquences de l'immigration à ces différents points de vue, nous verrons en quoi et pourquoi le sweating peut être considéré, à l'heure présente, comme un mal qui prend une force nouvelle dans l'affluence des « indésirables » étrangers.

Nous passerons successivement en revue les industries de la chaussure (shoemaking) et du vêtement (tailoring) : c'est le domaine d'exploitation envahi

(*) Cette définition officielle et, en quelque sorte, classique est trop absolue. Comme le montre fort bien M. Sayous dans son article L'entre-exploitation des classes populaires à Whitechapel (Musée social, Mémoires et documents, 1902, p. 262), il n'y a pas un, mais des systèmes de sweating, et ce mot doit englober d'une façon générale « tous les abus résultant d'une avidité humaine aux aspects très divers ».

LE MAL

peu à peu et monopolisé maintenant par ces immigrants

La concurrence de main-d'œuvre ayant augmenté, à la suite de l'arrivée en masse de ces nouveaux venus, en est-il résulté une baisse des salaires dans les industries considérées?

Cette question, si ardemment discutée devant la Commission d'enquête par tous les partisans d'un Miens' act protégeant le travail national, est extrêmement délicate, pour ne pas dire insoluble! Chacun peut avoir raison en soutenant des thèses apparemment inconciliables !

Il faut d'abord s'entendre sur le terrain même de la discussion et savoir quelle portée on attribue à cette expression qui résume le problème : « changes in wages », variation des salaires!

M. Llewellyn Smith, directeur des services statistiques au Board of Trade, a exposé devant la Commission d'enquête, avec une magistrale compétence, la

(l) L'industrie du meuble (cabinet-making and furnishing trades) emploie, elle aussi, une main-d'œuvre étrangère nombreuse, particulièrement des immigrants polonais. Le sweating y est tout aussi intense que dans la chaussure ou le vêtement.

En revanche, on a exagéré, à plaisir, la soi-disant concurrence de la main-d'œuvre israélite dans les mines, notamment dans les charbonnages du Lanarkshire. Or, il résulte d'un rapport des inspecteurs des mines de 1903 qu'il y aurait dans les deux districts miniers d'Ecosse (Ayrshire et Lanarkshire) 1.600 Polonais et Allemands et, dans les districts anglais, 90 Italiens et 70 Polonais ou autres (voir Return stating the number of foreigners and their nationality workingin the underground mines in Great Britain, cité par M. le Secrétaire d'Etal Aker-Douglas, en réponse à une question de M. Markham, Communes, séance du 19 février 1904, Parliamentary debates, vol. 130, p. 446).

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