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DEUXIÈME PARTIE

difficulté qui se présente, en fait, dans l'observation comparée des salaires.

« L'expression « variation des salaires », dit-il, a » été employée devant vous, à plusieurs reprises, dans » deux sens absolument différents et, souvent même, » contraires.

» Le sens attribué par nous, au Board of Trade, » dans nos observations statistiques, est celui de » changement dans le taux du salaire pour une quan- » tité donnée d'un travail donné. Nous comparons des » quantités de même nature et nous disons que le sa- » laire payé pour les produire a augmenté ou baissé, . » Mais il y a un autre sens dans lequel cette expres- » sion est souvent employée : il s'agit des variations » qui se produisent dans l'ensemble du revenu de la » classe ouvrière attachée à une industrie donnée. Non » seulement les deux points de vue sont différents, » mais ils sont souvent diamétralement opposés. Il » est parfaitement possible que le taux des salaires » particuliers se soit élevé pour l'ensemble d'un mé » tier, pour chacune des catégories d'ouvriers y em- » ployées, et que le taux moyen se soit cependant » concurremment abaissé. Ceci semble contradictoire, » mais devient facile à comprendre, si l'on suppose » que la proportion entre les ouvriers « skilled » et » <( unskilled » a changé et que le nombre de ces der- » niers s'est augmenté » (*).

C'est ce qui arrive journellement dans les industries révolutionnées par l'usage de plus en plus grand du machinisme, par la division du travail de plus

(l) Llewellyn Smilh, Minutes of Evidence, § 22656.

LE MAL

en plus complète, ou par de nouveaux procédés de travail qui changent profondément la façon de produire, la méthode industrielle.

Il peut se faire que chaque classe de travail du même genre reçoive plus de salaires et que cependant l'ensemble des salaires corresponde à une réduction : ainsi, dans l'industrie des mines en Angleterre, les salaires se sont beaucoup élevés, mais les ouvriers ne travaillent que cinq jours ou cinq jours et demi, au lieu de six et, en résumé, leur salaire total est moindre. L/indùstrie textile offre un autre exemple frappant de cette différence.

« Il est d'autant plus important d'insister sur ces distinctions nécessaires, ajoute M. Llewellyn Smith, que les industries où les effets de cette immigration étrangère se sont principalement fait sentir ont toutes été, ces dernières années, dans un état de révolution économique, eu égard à l'introduction de procédés nouveaux; les tâches y sont subdivisées, les machines y ont, dans bien des cas, remplacé la main de l'homme et le travail en chambre s'est vu peu à peu substituer le travail d'atelier » (!).

Cette évolution ininterrompue des conditions du travail rend l'observation très difficile, puisque les terrains comparés ne sont plus les mêmes.

« Il faut en conclure que, par exemple, pour le tra- » vail aux pièces, qui est en principe le seul mode pra- » tiqué par les immigrants, les comparaisons qui sont » quelquefois faites pour dégager la hausse ou la » baisse des salaires, dans une période déterminée,

(*) Llewellyn Smith, loc. cit.

» ne présentent, le plus souvent, aucune valeur, si » elles ne sont pas, en quelque sorte, vérifiées par des » experts, par des hommes du métier, dont le témoi- » gnage indiscutable établit qu'il s'agit bien d'un tra- » vail identique, exécuté à des époques différentes, » que l'aide de lamachine y est nul ou constant, que les » matières travaillées, ou la tâche en elle-même, n'of- » frent ni plus ni moins de difficultés, que les limites » du procédé, son commencement et sa fin, sont de- » meurés identiques. Sans quoi, les comparaisons » pèchent par la base et ne permettent pas d'aboutir » à une conclusion sûre » (*).

Si nous utilisons, sous les réserves que nous venons de faire, les chiffres groupés dans les tableaux du Labour-Department du Board of Trade, nous voyons que, pendant la période décennale 1893-1902, les salaires auraient eu tendance à augmenter dans les industries considérées.

Il y aurait eu hausse de 1 shilling 9 d. 1/4 pour le salaire hebdomadaire moyen dans l'industrie du meuble; de 2 shillings 1 d. 3/4 pour l'industrie de la chaussure (2); de 2 shillings 9 d. 3/4 pour celle du vêtement.

Mais, pour cette dernière industrie, qui est celle employant le plus d'étrangers, les statistiques officielles ne se rapportent qu'au vêtement fait sur commande (bespoke), aux tailleurs et couturiers proprement dits; le vêtement tout fait (ready-made) est

(l) Llewellyn Smilh, eod., loc. cit.

(2j Dans l'industrie de la chaussure, le salaire, en 1902, variait suivant les tâches de 22 à 27 shillings par semaine.

abandonné, comme nous le verrons, au « sweater » et il est impossible au Board of Trade d'avoir, pour cette dernière branche, des renseignements concordants, étant données les conditions particulières dans lesquelles le travail s'y exécute.

Les statistiques de salaires dans l'industrie du vêtement, établies d'après les indications des Trade-Unions, n'ont aucune portée générale : elles ne comprennent pas les ouvriers étrangers, restés le plus souvent en dehors des unions professionnelles, et qui composent pourtant la presque totalité de la main d'œuvre. C'est ainsi que les tableaux du Board of Trade, cités par la Commission royale ne s'appliquent qu'à 7.535 ouvriers du « bespoke » et ne touchent nullement aux 25.698 ouvriers étrangers (*) travaillant dans le « readymade ». De même pour l'industrie de la chaussure, il y a tout au plus 4 ou 5.000 syndiqués sur un total de près de 40.000 ouvriers étrangers {Minutes of Evidence, § 3824).

On voit que les chiffres du Board of Trade ne peuvent avoir qu'un caractère probant restreint et qu'il serait absolument inexact de vouloir les appliquer à l'ensemble d'une industrie, comme l'ont fait fréquemment les adversaires d'un Aliens' Act, lors des discussions parlementaires.

Il résulterait néanmoins de ces statistiques que l'immigration n'a pas eu d'effets sensibles sur le salaire des nationaux, protégés, dans une certaine mesure, par les Factory-laws et l'action de leurs Unions.

(x) Chiffre du recensement de 1901.

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