DEUXIÈME PARTIE
travail,, s'employant à n'importe quel prix et constituant ainsi, pour l'ouvrier anglais, une concurrence redoutable et ruineuse.
b) L'immigration étrangère et la surpopulation.
Le faubourg de Londres communément désigné sous le nom de East-End (extrémité Est) comprend les divisions de Stepney, Whitechapel, Mile-End, Saint- George-in-the-East, Bethnal Green, Spitalfields et Bermondsey. C'est, avec un cachet plus international, le Belleville ou le Ménilmontant de la capitale anglaise.
Une population sans cesse accrue s'y presse, s'y étouffe.
Quartier du travail où les grandes usines ont créé une activité intense, attiré autour d'elles une population d'ouvriers et d'artisans indigènes ou étrangers ! Quartier d'une misère affreuse où vivent entassés dans des taudis infects tous les déshérités de l'immense cité, asile des meurt-de-faim, réceptacle des rebuts sociaux de tous les mondes, cour des miracles et Babel moderne, où le juif polonais aux papillottes rousses et au jargon bizarre coudoie le padrone et le mendiant italien, l'émigrantroumain, l'Allemand ou le Belge ! Quartier du vice et du crime où l'enfant à peine grandi se jette, suivant son sexe, dans le vol ou la prostitution, quartier des bouges et des lupanars où la plus grossière débauche se donne libre cours, où se retrouvent, comme en un repaire, les contumax d'Europe, la basse pègre dépistant la police, les nihilistes, anarchistes et révoltés de toute opinion venus pour se soustraire à la justice et tramer quelques
LE MAL
complots ! Egout mondial qui déverse en un flot de fange la lie de l'univers !
Whitchapel ! Nom sinistre qui évoque à lui seul les lugubres exploits de Jacques TEventreur (!) !
Mayhew dans son ouvrage London Labour and the London poor (*), qui écrivait vers 1860, ne nous a pas laissé une description très engageante de ces districts de la capitale anglaise. « Dans George Yard, des mai- » sons borgnes, des lodgings infâmes. Une des taver- » nés d'Union Street servait à des rascals, qui se corn- » plaisaient durant de longues heures à observer la » lutte, en champ clos, de chiens et de rats, et qui, » pris de boisson, se rendaient aisément coupables de » tous les crimes; Fashion-street était le point de » ralliement d'une armée de pick-pockets; Wentworth- » street offrait un abri à des dockers pauvres et à » des prostituées. Et, cependant, on avait déjà fait » plus d'une section vive dans la plaie, en jetant à bas » quelques unes des constructions, greffées au cours » des temps sur les bâtiments principaux, en donnant » \in peu d'air dans ce labyrinthe de petits logis ».
C'est dans ces coins de misère et de honte placés presqu'en marge de la civilisation et de la société que
(M M. Lévy, visileur des écoles juives de Whitechapel et de Slepney, cite certaines rues telles que Oxford street, Flower street, Dean et Thrawl streets comme assez dangereuses pour qu'il soit imprudent de s'y aventurer seul sans être escorté par la police. Les « constables » eux-mêmes, bien qu'armés, n'y vont faire leurs rondes que par escouades, en nombre imposant !
Il est intéressant de consulter l'article déjà cité de M. Sayous qui montre comment peu à peu l'immigration juive aurait tendance à transformer ces quartiers.
(2) T. IV, p. 311, cité par Sayous, loc. cit., p. 268.