DEUXIÈME PARTIE
A Stepney, dans Charles Street, le loyer hebdomadaire de certains logements est passé de 14 shillings à 21 shillings; dans Sydney Street de 11 à 18 shillings.
Si tel immeuble donne des revenus plus forts, sa valeur en capital augmente et le spéculateur qui Ta acheté avec des loyers moindres peut s'en défaire à meilleur compte et encaisser une plus-value. Il s'est créé ainsi entre agents d'affaires, le plus souvent étrangers, un véritable trafic d'immeubles dans l'East-End. Le propriétaire enfle autantqu'il le peutles loyers de sa maison pour en augmenter le rendement apparent et la passer ensuite avec bénéfices au capitaliste à l'affût d'un placement avantageux.
« Tel petit capitaliste, dit M. Williams, se livre à » une enquête sur place et s'assure que telle maison, » par exemple, produit tant par rapport à un capital » qu'il se propose d'offrir ; il cherche à l'acheter à ce » prix qu'il s'est fixé ; il sera accommodant dans la » mesure qu'il faudra pour que l'affaire réussisse ! » Supposons qu'il y parvienne : le voilà propriétaire » de la maison en question.
» Il se rend chez chacun de ses locataires et leur » propose, soit de leur donner congé, soit de leur » augmenter de un shilling par semaine le prix de » leur loyer. Il élève ainsi le revenu de sa maison : » elle rapporte plus, donc vaut plus! Du même coup » — et c'est ce qu'il cherchait — il augmente son » capital. Il n'aura plus qu'une idée désormais : » revendre la maison dans ces nouvelles conditions et » réaliser un bénéfice.
» Mais son acheteur procédera de même. Au bout
LE MAL
» de deux ou trois mois, il exigera lui aussi des loyers » supérieurs et revendra à son tour la maison.
» Dans Lydia Street, en l'espace de trois ans (1899- » 1902), chaque maison a changé en moyenne trois » fois de propriétaire et chaque fois les loyers sont » montés de un shilling par semaine.
» Les juifs russes et polonais sont passés maires » dans ce genre d'opérations » (!) !
Un autre abus, également grave, s'est greffé sur cette hausse des loyers : c'est la pratique de ce que les Anglais appellent « key-money » (argent de la clé).
Il s'agit d'une somme à payer au propriétaire par le nouveau locataire pour obtenir la clé du logement.
Lorsqu'une chambre est vacante dans ces quartiers surpeuplés, les « amateurs » sont nombreux, la concurrence est grande ; le propriétaire ou locataire principal dit : « Celui qui veut la clé devra me payer 5 êr, 10 db ! » C'est une sorte de déniera Dieu /une prime sur les loyers (2).
Parfois c'est l'occupant actuel d'un logement qui s'arrange avec un sous-locataire et qui consent moyennant finances à lui céder sa place. Dans ce cas c'est le locataire sortant et non plus le landlord qui touche la prime (').
M. Zachariah Solomons raconte qu'un jour son tailleur lui apporta un vêtement chez lui. Il examine le logement et s'exclame : « Vous êtes très bien installé ici ! Je n'ai pas entendu dire que vous ayez l'intention
(*) Minutes of Evidence, Williams, § 1637. (2) Voyez Minutes of Evidence, A. White, §§ 391-398; Barrett, §§ 2162-2169 ; Brown, §§ 2401-2405 ; Z. Solomons, §§ 3222-3236. /3) Minutes of Evidence, Solomons, § 3234.