DEUXIÈME PARTIE
Il y avait, en 1881, à Whitechapel seulement, 5.293 Polonais et Russes sur un total de 9.660 étrangers de toutes nationalités. Ceci représentait 13,5 p. 100 de la totalité de la population du quartier. En 1891, cette proportion s'était élevée à 24,1 p. 100 : il y avait alors 13.538 Russes et Polonais, c'est-à-dire le triple, sur 17.961 étrangers de divers pays. Les Russes et Polonais avaient donc augmenté dans de très grandes proportions tandis que les autres éléments étrangers étaient restés stationnaires (!).
Cette proportion d'étrangers par rapport à la population indigène serait actuellement beaucoup plus forte.
Cette expulsion des nationaux par les immigrants a eu pour cause principale la hausse progressive des loyers bien plus durement ressentie par l'habitant anglais qui avait à défendre son « standard of life » et ne pouvait supporter la «compression» pour laquelle, au contraire, l'immigrant avait subi chez lui un entraînement particulier.
« Des hommes habitués chez eux à coucher à douze » dans une chambre, dit M. Arnold Withe, ne sont-ils » pas à même de supporter des conditions de logement » qui sembleraient intolérables à n'importe lequel de » nos ouvriers anglais » (*) ?
Ils peuvent aussi supporter beaucoup plus allègrement les prix exagérés demandés par les propriétaires de l'East End.
Pour l'ouvrier anglais qui veut sa chambre et un
(') J. Loance, Minutes of Evidence, § 4670. (2) Minutes of Evidence, § 346.
LE MAL
« comfort » relatif, mais dont le budget modeste ne peut s'accommoder de charges sans cesse grandissantes, il n'y avait qu'une alternative : chercher ailleurs son logement.
Pour l'immigrant, au contraire, chacun des cohabitants d'une même chambre n'ayant qu'une part de loyer à payer, si les loyers montent... on se serre un peu plus et voilà tout ! La différence de vie et de mœurs, rend très normal et très acceptable pour les uns ce qui apparaîtrait aux autres comme une insupportable déchéance.
On a cité à la Commission royale (!) le cas — il n'est pas rare dans Withechapel ou Stepney — d'un père de famille polonais vivant dans une seule chambre avec sa femme et six enfants. Le loyer payé était de 1 shilling, 6 pences par semaine. C est un prix bien modique pour le logement de huit personnes ! Quel est le ménage anglais, conscient de sa dignité, qui accepterait bénévolement de pareilles conditions d'existence ?
La hausse des loyers dans l'East-End n'est pas la seule raison qui ait fait reculer les indigènes devant ce débordement d'étrangers.
L'élément national s'est trouvé de plus en plus dépaysé, dans ces quartiers conquis par l'invasion russe et polonaise.
On s'imagine aisément la situation d'un ouvrier anglais, habitant une de ces innombrables bicoques de Stepney ou de Spitalfîelds dont l'exiguïté rend plus désirables les bonnes relations entre voisins, et qui a
Id.} §-3515.