DEUXIÈME PARTIE
pour colocataires, dans une chambre, un homme, une femme et leurs enfants y vivant tous ensemble, couchant sur le plancher dans les conditions de malpropreté habituelle, dans une autre chambre un juif polonais ou roumain, demeurant à l'écart, ne parlant que sa langue? Est-il étonnant que l'ancien habitant du quartier ne puisse tolérer longtemps un pareil entourage et préfère céder la place?
Il y aurait d'autres considérations relatives à cette question de Y overcrowding ; nous ne pouvons les envisager toutes et nous nous contenterons de signaler, en terminant, combien la surpopulation est contraire à la santé publique. L'immigration intense de ces dernières années, la congestion qui en est résultée sur certains points, la manière de vivre de ces étrangers, ne peuvent se concilier avec les prescriptions de salubrité et d'hygiène que les grandes villes modernes ont, dans l'intérêt de tous, le devoir de faire observer à leurs habitants. Ces immigrants, les Russes et les Polonais surtout, sont absolument réfractaires à toute idée de propreté : l'hydrothérapie, si chère aux Anglais, serait pour eux un supplice ! Il en résulte pour Londres de terribles dangers d'épidémies.
Les services sanitaires de la capitale ont fait de leur mieux pour remédier à cet état de choses. Le Public Health London Act de 1891 leur donne bien des droits de surveillance et des moyens de sévir, mais que faire en présence de la force d'inertie de toute une population d'un même district? Le seul remède trouvé par le County Council de Londres a été de donner de ftmVdans ces quartiers, de se rendre acquéreur de paies de maisons, de les abattre et d'y reconstruire de grands
LE MAL
immeubles où la municipalité exige de ses locataires une certaine tenue de leurs logements et veille à ce que les conditions d'hygiène soient observées par eux.
Mais ce remède est fort dispendieux et ces expériences philanthropiques de la ville de Londres ne semblent pas avoir donné des résultats en rapport avec l'effort pécuniaire accompli (!).
L'administration s'est déclarée impuissante tant que le Ilot d'immigration ne serait pas tari à sa source.
(') M. Williams, membre du County Gouncil de Londres où il représente la circonscription de Stepney, a calculé que la dépense revenait en moyenne dans ces cités ouvrières à 54 & par locataire !
Le County Council de Londres, pris d'un beau zèle, semble, depuis deux ou trois années, vouloir appliquer d'une manière plus intégrale l'Housing Act de 1891 (chap. III) qui lui permet, dans certaines conditions, d'acheter des terrains dans la banlieue et d'y construire des maisons ouvrières. On nourrit l'espoir que les gens de l'East End, quand ils ne seront pas absolument forcés de rester auprès du lieu où ils ont un travail fixe, seront attirés vers ces habitations nouvelles où le logement leur est offert dans des conditions avantageuses. Par ce moyen, Londres se décongestionnerait peu à peu.
Ainsi, à White-Hart Lane, faubourg suburbain de création récente, il y a une population de près de 70.000 individus déplacés pour la plupart à la suite des mesures de décentralisation prises par le County Council.
A Shoreditch, quartier près de Stepney et de Bethnal Green, une partie de Boundary Street a été démolie par les soins de la municipalité : 5.719 personnes ont dû chercher ailleurs leur logement.
L'Improvement Committee du County Council, qui s'attache spécialement aux mesures d'embellissement et d'amélioration de Londres, a puissamment aidé le Housing Committee dans l'exécution de ces grands travaux, en lui consentant des virements de crédit.