DEUXIÈME PARTIE
clients des maisons de jeu, les inculpes sont des étrangers.
Les immigrants — russes et polonais surtout — ont pour le jeu une passion effrénée; ils en ont généralisé la pratique à Whitecbapel.
« Il est très difficile à la police, dit l'inspecteur Gil- » mour, de surveiller efficacement ces tripots elandes- » tins. Le plus souvent, les tables de jeu se dressent » dans des maisons privées; on y joue jusque dans les » cuisines et les caves. Le propriétaire du local per- » çoit tant par partie.
» Les Russes et les Polonais sont les plus fanatiques » du jeu. Ils s'installent quelquefois autour des tables » le vendredi soir et jouent sans désemparer jusqu'au » dimanche matin » (').
Ces tripots sont largement utilisés pour la vente des liqueurs frelatées fabriquées dans les distilleries clandestines : ces « distilleries », si Ton peut appeler ainsi des officines malpropres où s'élaborent de véritables poisons, trois-six et tord-boyaux de couleurs diverses, ont pour principale clientèle des mercantis russes et polonais qui vont de porte en porte placer l^ur marchandise : cette industrie illicite est très prospère, malgré la sévérité extrême des tribunaux anglais à l'égard des délinquants (*),
Certains immigrants — allemands surtout — excellent dans la fabrication de la fausse monnaie ou des timbres-poste faux (3).
(1) Minutes of Evidence, §§ 8304 et 8305.
(2) Stephen White, § 7586; Mulvaney, § 8348. ("j Mac Connell, §§ 12704 et sq.
LE MAL
Bref, l'East End est devenu un rendez-vous général de criminels étrangers rayonnant sur toute l'Angleterre et qui trouvent dans ces quartiers excentriques toute facilité pour échapper aux recherches de la police et receler les objets volés.
M. Mac Connell a même signalé l'existence d'associations de malfaiteurs étrangers ayant leur « siège social » à Stepney et à Whitechapel et opérant en province, dans les stations balnéaires ou les trains.
Ces criminels étrangers, d'après une statistique fournie par le major Clayton, secrétaire de la Commission des prisons, se décomposeraient ainsi en ce qui concerne leur nationalité :
Sur un total de 13.114 condamnations à l'emprisonnement prononcées contre des étrangers par les Cours anglaises pendant les cinq années 1899-1903, 23 0/0 concernaient des Américains, 19 0/0 des Allemands, 17 0/0 des Russes et Polonais, 11 0/0 des Norvégiens, Suédois our Danois, 9 0/0 des Italiens et 9 0/0 des Français.
Pendant ces cinq mêmes années, la criminalité a augmenté de 117 0/0 parmi les Russes et Polonais; de 67 0/0 parmi les Allemands, de 78 0/0 parmi les Norvégiens et Danois, de 58 0/0 parmi les Français, de 86 0/0 parmi les Autrichiens, de 45 0/0 parmi les Italiens, de 40 0/0 parmi les Suisses, de 25 0/0 parmi les Américains, de 85 0/0 parmi les Espagnols et de 44 0/0 parmi les Belges (').
Voilà qui devrait donner à réfléchir aux partisans irréductibles du fameux « droit d'asile » qui placent
v1) Minutes of Evidence, § 23280.