DEUXIÈME PARTIE
peu dans toute la métropole anglaise, gagnant les quartiers du centre, comme Regent street ou Piccadilly, et jusqu'à ceux du West End, comme Euston road et Fitzroy square.
Cette aggravation d'un mal social, mal dont il faut peut-être prendre son parti, mais que Ton doit chercher à restreindre, est constatée dans le Rapport de la Commission royale sur l'immigration (').
Les nombreux témoignages apportés, lors de l'enquête de 1902, sont d'accord pour reconnaître que, depuis peu d'années, l'immoralité a fait dans certains districts des progrès effrayants.
Le troupeau des prostituées d'origine étrangère s'est accru, chaque année, surtout dans l'East End et dans les parages avoisinants.
D'après une statistique fournie par la division de police de Whitechapel, pour ce quartier seul, 13 filles de nationatité étrangère furent arrêtées en 1892, 14 en 1893, 11 en 1894, 23 en 1895, 22 en 1896, 24 en 1897, 32 en 1898, 48 en 1899, 28 en 1900, 52 en 1901 (2). Il s'agit seulement là de personnes détenues pour ivrognerie, scandale sur la voie publique, raccolage ou attitude provoquante (drunkeness and disorder, solicitation or using insulting behaviour) ; ces chiffres établissent uniquement une augmentation rapide dans la catégorie des « disorderly prostitutes », mais ne correspondent que de fort loin au nombre réel des étrangères faisant leur métier de la prostitution. Ceci est d'autant plus vrai que la prostituée
('j Reporl of Ihe Royal Commission on Alien Immigration, p. 18. (2) Royal Commission, appendice, table LXX.
LE MAL
étrangère serait, d'après les rapports de police, beaucoup plus rangée et plus sobre que sa congénère anglaise. Ce n'est donc que l'exception d'entre elles qui aurait, de temps à autre, maille à partir avec la police
Tous les témoignages apportés devant la Commission d'enquête de 1902 sont d'accord pour constater et pour déplorer ce débordement du vice de source cosmopolite dans l'East End.
Le major Evans Cordons, l'un des membres les plus autorisés de la Commission, disait :
« J'ai eu l'occasion de constater par moi-même cette » invasion de la prostitution étrangère. Les rues de » l'East End sont, non seulement le soir, mais pen- » dant toute la journée, infestées par des femmes de » mauvaise vie* Elles pullullent dans High street, » Mile End, Whitechapel Road et Commercial Road. » Elles ont pour concurrents certains personnages » inavouables sur lesquels je me garderai bien d'in- » sister !
» Cette pourriture sociale est aux trois quarts le » fruit d'une importation étrangère provenant de tous » les pays du continent » (2).
M. Mead, magistrat de la « Thames Police Court », chargé spécialement de la surveillance de l'Arbour Square, district situé en plein cœur de l'East End, déclare qu'il est impossible de faire un pas dans ces quartiers, sans avoir à subir les assauts de ces « Whitechapel birds » (oiseaux de Whitechapel) !« Pres-
(') Evans Gordon, Minutes of Evidence, § 8468. (2) Evans Gordon, Minutes of Evidence, loc. cit.