TROISIÈME PARTIE
La commission déposa son rapport dans le cours de Tannée 1889. Ses conclusions étaient plutôt optimistes et, dans tous les cas, assez imprécises. Le « pour et le contre » s'y balançaient.
Le rapport constatait bien que « la meilleure classe » d'étrangers arrivait en transit, tandis que les plus » pauvres et les pires (the poorest and the worst), » seuls restaient; que ces étrangers avaient tendance » à se réunir tous dans de mêmes localités, rendant » ainsi la surpopulation inévitable et l'aggravant sans » cesse; qu'ils travaillaient plus longtemps que Fou- » vrier anglais et avilissaient les salaires; que leur » condition physique était inférieure à celle des » Anglais; qu'ils étaient généralement sales et d'habi- » tudes malpropres (generally dirty and uncleanly » in their habits) ».
Mais, d'autre part, le même rapport ajoutait :
« Qu'il était impossible d'établir avec certitude le » nombre des étrangers résidant alors dans le royaume, » que ce nombre toutefois ne paraissait pas suffisant » pour justifier des alarmes : qu'ils avaient de bonnes » qualités et constituaient pour la plupart des citoyens » inoffensifs ».
Dans ses « recommandations » (n° 5) la commission se rangeait au parti du « statu quo » provisoire, mais avec des motifs qui laissaient deviner sa conviction intime et son souci de laisser la porte ouverte aux réformes.
« Nous considérons qu'il y aurait de très graves » difficultés pratiques à mettre en vigueur chez nous » une loi semblable à celle des Etats-Unis; notre avis » est qu'il vaut mieux attendre et ne pas créer une
LE REMÈDE
» réglementation immédiate. Nous entrevoyons, à » vrai dire, un avenir dans lequel une législation » restrictive deviendra peut-être une nécessité, en » raison de la condition de plus en plus encombrée de » nos grandes villes, de l'écrasement pour l'existence » (the pressure for existence) dont souffrent les classes » plus pauvres de la population et pour combattre » aussi cette concurrence néfaste que les étrangers » pauvres font à nos propres pauvres en ramenant » toujours plus bas les conditions de leur vie sociale » et matérielle ».
Aucun bill ou projet de loi ne sanctionna les travaux de la Commission ; leur seul résultat fut de faire attribuer au Board of Trade des pouvoirs plus grands pour l'élaboration des statistiques et pour assurer la sincérité des renseignements fournis à ses agents par les compagnies de navigation.
En 1894, le marquis de Salisbury, leader de l'opposition, déposait sur le bureau de la Chambre des lords un bill restreignant l'immigration : ce projet avorta.
Mais à mesure que le mal de l'immigration, loin de se calmer, augmentait, la question d'un remède qui s'imposait fut de plus en plus à l'ordre du jour.
Dès l'ouverture de la session parlementaire de 1896, le discours de la reine promettait de préparer et d'introduire devant le Parlement un projet destiné à faire obstacle (checking) à l'importation des étrangers dénués de moyens d'existence (destitute).
Le bill annoncé fut déposé devant la Chambre haute, en 1898, sous le parrainage du comte de Hardwicke : c'était la reproduction presque intégrale du projet Salisbury de 1894.