‹ Les Indices du Mouvement Général des Affaires (Étude de quelques tentatives récentes)Chapitre 42 sur 53 · III. — CGYCLES COMMERCIAUX · texte numérisé non relu

III. — CGYCLES COMMERCIAUX

La tendance séculaire et les variations saisonnières ayant été éliminées, notre courbe présente encore un mouvement ondulatoire bien connu des économistes sous le nom de cycles économiques (business cycles).

Quatre phases. — Ces cycles se traduisent par un certain rythme dans le mouvement général des affaires, rythme qui aïlecte par répercussion toutes les activités £conomiques.

Elles se manifestent par une succession de périodes de prospérité et de dépression; un examen plus proche permet d'en distinguer quatre phases :

a) prospérité se traduisant : par une augmentation rapide du cours des valeurs mobilières, des profits, du chiffre des affaires, une intensification de la production, une hausse des salaires et du taux de l'intérêt, tout cela consécutif à une hausse des prix.

b) tension : la hausse générale s'arrête, les valeurs mobilières, notamment, abandonnent les premières leur mouvement ascendant, puis les prix, puis les salaires; le chiffre au commerce extérieur et intérieur diminue. La demande des produits et des services se replie, la consommation diminue, le chiffre de papier en circulation augmente et l'encaisse s’amoindrit (en temps normal).

c) crise : les affaires ont langui de plus en plus, la production finit par se ralentir. La croyance tenace à la continuation de la prospérité finit par faire place à l'esprit de panique. Les entreprises les moins puissantes réalisent à grand frais; certaines font faillite.

d) liquidation : le besoin impérieux de continuer les affaires provoque la baisse des prix, le porteleuille des banques se dégarnit, le numéraire reflue dans l’encaisse (en temps normal) et les capitaux disponibles augmentent de jour en jour; l’esprit d'entreprise est paralysé. |

Cependant, cette liquidation achevée, l'esprit d'entreprise se réveille; les salaires bas, les capitaux abondants, la diminution de la production, sont autant de causes favorables à une reprise des affaires, et voici que l’activité recommence, la spéculation, qui a deviné cette reprise avant sa naissance, fait monter le cours des valeurs mobilières, surtout des valeurs à revenu variable, et un nouveau cycle se poursuit,

ainsi que nous venons de le décrire.

Nous avons donné ainsi l’image d’une crise de surproduction où le mouvement gravite autour des indices de la production; mais parfois ce sont les indices de la monnaie, du crédit, des valeurs mobilières qui semblent synthétiser l’évolution. Dans tous ces cas, la marche générale des phénomènes se reproduit cependant suivant un cycle à peu près invariable, et semble obéir plus ou moins à la courbe des prix.

Les théoriciens des crises. — Les cycles ont été observés depuis longtemps. Stuart Mill a remarqué le premier leur existence. Le point qui nous intéresse est de savoir si les théoriciens des crises se sont appuyés, pour échafauder leurs systèmes, sur une documentation assez sérieuse et assez générale (1).

Leur principale préoccupation semble surtout avoir été de faire ressortir l’influence de tel ou tel facteur, sur lequel ils ont concentré toute leur attention. Le reproche général que l’on pourrait leur adresser est de n’avoir pas étudié assez longuement la corrélation des divers phénomènes économiques, de n’avoir pas recouru davantage à l'étude statistique de la covariation, dont les procédés sont très perfectionnés, et d’avoir envisagé un trop petit nombre d'indices dont 1ls ont souvent exagéré la valeur symptomatique : ils ont commencé leur travail de construction et d'explication avant d’avoir prolongé suffisamment celui d'observation.

Etude graphique du mouvement cyclique. — La tendance séculaire et les variations saisonnières ayant été éliminées

(1) Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux sur les crises économiques, et notamment : Clément Juczar : Des Crises commerciales et de leur retour pérodique. Paris, Guillaumin, 1889; Jean Lescure : Des Crises générales et périodiques de surproduction. Paris, Larose et Tenin, 2 édition, 1910; Albert Arrarion : Les Crises périodiques de surproduction. Paris, Rivière, 1913; Mentor BouniarTian : Les Crises économiques. Paris, Giard,

de nos diagrammes, ces derniers accusent nettement le mouvement cyclique; le mouvement est isolé, et nous pouvons l’étudier avec facilité.

Cette étude doit porter sur l’amplitude et la durée de ces oscillations, mais elle doit être, avant tout, comparative. Avant de nous préoccuper de tirer des conclusions de la marche du cycle d’un indice, nous nous inquiéterons plutôt de préparer sa comparaison avec les cycles des autres indices. |

Ce que nous devons étudier, ce qui reste sur notre courbe, ce sont, en somme, les déviations de l'indice à partir de la ligne de variation saisonnière. La valeur donnée par cette courbe saisonnière, elle-même ajustée à la tendance séculaire, est considérée comme normale, et sera représentée par conséquent par une ligne droite qui sera l’axe des abscisses; en ordonnées nous porterons les déviations en plus ou en moins de la valeur de l'indice qui sont l’elfet du cycle commercial. Les déviations positives seront portées audessus de l’axe des abscisses, les déviations négatives en dessous. Cet axe des abscisses recevra des divisions de temps, comme à l'ordinaire.

Quant à l’axe des ordonnées, nous devons le graduer suivant une unité qui mesure l'écart de l'indice à partir de la valeur normale, et permette une comparaison des différentes séries.

La meilleure mesure de la déviation normale est l’écart type (standard deviation).

L'écart type est la racine carrée de la moyenne arithmétique des carrés de tous les écarts, ces écarts étant mesurés à partir de la moyenne arithmétique de toutes les valeurs de l'indice.

Si x représente ces écarts à partir de la moyenne arithmé-

tique, n le nombre d'éléments de la série et ç l'écart

ART Le type, nous avons : & — E (ES x?) N mp2 ets = Ve n

Cette opération porte sur les carrés des écarts et non Sur ces écarts eux-mêmes pour éviter que les écarts de signes contraires ne se compensent (tous les carrés étant positifs).

Le diagramme représentant les variations des valeurs de s représente les oscillations du cycle économique. Si cette courbe est trop cahotique, on pourra l’adoucir en exprimant la valeur moyenne trimestrielle de la courbe, au lieu de sa valeur mensuelle (Planche IT bis).

Le Comité Harvard à appliqué cette analyse cyclique à tous ses indices. Ces procédés ont été encore employés tout récemment par M. Van Berchem, auteur d’une thèse remar-quable sur les variations des cours de certaines valeurs françaises, des prix de gros en France et du portefeuille de la Banque de France. f

Critique de ces méthodes. — Ces méthodes sont compliquées mais extrêmement ingénieuses. L'intérêt de leur résultat est-il en proportion de la quantité de travail énorme qu'elles exigent? Nous ne le croyons pas. Si elles sont très recommandables pour une étude théorique des cycles économiques, nous nous plaisons à répéter que de bons diagrammes absolus ou rapportés à une période de base, établis avec soin et unité, seront plus propres à renseigner l’homme d’affaires sur la marche des faits économiques.

Avis de l’Institut international de statistique. — L'Institut international de statistique, dans la XV° session, a exprimé la crainte que les méthodes de construction de ces indices n'échappent à celui qui les utilise et ne faussent son jugement au lieu de de confirmer et, il a formulé le désir « que

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ieur publication soit partout accompagnée d’exposés détailés faïsant connaître les méthodes appliquées à la détermination des éléments et au mode de calcul des indices, de façon à permettre la reconstruction des indices sur d’autres bases. en partant des mêmes éléments ». |

L Institut international, après avoir examiné les méthodes d'élimination des mouvements à longue tendance et saisonnier, à reconnu : «il y aurait quelque intérêt à éliminer, quand on le peut, les effets des fluctuations saisonnières et ceux des tendances qui se manifestent sur une durée beaucoup plus longue que celle des cycles commerciaux, mais l'élimination de ces tendances comporte nécessairement une forte part d’arbitraire ».

CONCLUSION QUANT AUX CRISES. — Sur les indices ainsi élaborés, les mouvements des cycles apparaissent très nets avec une assez grande régularité. De l’examen de toutes les courbes on peut conclure :

1° Existence. — A l'existence indiscutable des cycles économiques se traduisant par une alternance entre les périodes d'augmentation et de diminution de la valeur de l'indice, quel qu'il soit.

2° Durée. — La durée d’une oscillation complète n’est pas régulière. Elle oscille entre #4 et 8 ans sur l’ensemble des diagrammes américains qui ont été établis pour la période 1903-1920.

Les indices anglais cnt été établis sur une période trop courte pour qu'on puisse y trouver la durée moyenne d’un cycle. Un cycle très net commence en 1919 et finit en 1922. Depuis cette année, ils ont conservé une grande régularité.

Dans les indices de l’Institut de statistique de Paris il est plus difficile encore de retrouver le mouvement cyclique. Un cycle semble pourtant avoir été amorcé en 1922, nous

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serions, à l'heure actuelle, à la fin d’une courte période d'’essor, ralentie, il est vrai, par une mauvaise condition du

crédit. La seule analyse cyclique, à notre connaissance, qui ait

été faite pour la France, est celle de M. Alec Van Berchem dans sa thèse : « Influence du cycle économique sur cerlaines valeurs françaises ». Elle porte sur les valeurs à revenu fixe et à revenu variable, sur les prix de gros et le portefeuille de la Banque de France, de 1896 à 1913.

Les cycles y sont nettement dessinés, et les minima des courbes se placent en 1902, 1904, 1908.

L'étude statistique cyclique vient donc dans l’ensemble confirmer les conclusions des théoriciens sur les crises sur l'existence d’un rythme de l’activité économique, mais d'un rythme irrégulier.

3° Amplitude. — Les maxima et les minima ne se placent pas au même niveau. Ainsi pour les Etats-Unis, de 1903 à 1920, les maxima du cycle des prix de gros et de la production exprimés en 5 sont + 1,5 en 1906, + 4 en 1909, + 0,6 en 1943; les minima, — 1,2 en 1904, — 1,5 en 1908, — 0,6 en 1911, — 1 en 1914, écarts qui constituent des différences assez sensibles. Encore le rythme des affaires nous paraît-il plus régulier aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne et en France.

Cette irrégularité dans l’amplitude des variations provoque parfois le doute sur le point de savoir si l’on peut appeler « crise » telle baisse de l'indice, parce que son importance est moindre que celle des autres années de crise. Ainsi, la baisse de 1904 est qualifiée « crise » par certains. auteurs, alors que d’autres n’y voient qu’une dépression passagère.

En tout cas, malgré cette double inconstance dans la durée et l’amplitude des oscillations, l’analyse cyclique est

venue confirmer les dates sur lesquelles les auteurs s’accordent généralement pour fixer les crises : pour la France en 1900-1904-1907-1920-19231; pour l'Angleterre en 1900- 1907-1920; pour l’Amérique du Nord en 1904-1907 (cette dernière est la crise la plus typique que l’on puisse citer en exemple) 1911 (légère) et 1920.

4° Vitesse de rupture. — Il est à remarquer aussi que la vitesse d’accroissement ou de baisse a une grande importance. Le mot « crise » s'entend surtout dans le sens de « brusque rupture » d'équilibre, mais il faut la distinguer alors de ces larges mouvements d'inflation et de dépression de l’activité économique. Or, s’il est difficile de déterminer à partir de quel degré minimum on doit appliquer le mot « crise », il est encore plus difficile de se mettre d'accord sur la vitesse de rupture qui justifie l’emploi de ce mot; il est aisé de voir si tel point minimum a été atteint ou non par la courbe; il est beaucoup plus délicat d'évaluer la vitesse moyenne de baisse de l’indice, même sur des courbes de moyennes trimestrielles, qui présentent encore assez de « dents de scie » irrégulières

On voit combien ces nombreuses conditions viennent restreindre la valeur et la portée de ces indices.

Après avoir insisté sur la vanité de toute théorie qui ne se fonde pas sur un travail statistique étendu et méthodique, nous dirons la vanité d’un enseignement statistique qui ne viendrait pas s'appuyer sur une raisonnable et intelligente explication des faits. En tout cas, les difficultés que les méthodes américaines ont fait surgir, les contradictions qu’elles ont pu opposer aux théoriciens porteront leurs fruits. Nous répétons après M. March : « trouver des difficultés là où tout était simple autrelois est encore une forme du progrès scientifique ».

Ginestet 9

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