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VULGARISATION DES INDICES ECONOMIQUES

La construction de ces indices économiques ne portera ses fruits et ne pourra être organisée d’une facon assez suivie que lorsque le public des praticiens de l'Economie politique, c'est-à-dire des hommes d’affaires, s y intéressera.

Cette condition est déjà réalisée en Angleterre et surtout aux Etats-Unis. Le service de Londres et Cambridge, les agences Babson, Brookmire, et la Review of Economic Statistics, publiée par l’Université de Harvard, envoient leurs indices à des milliers d'abonnés qui s'efforcent de les utiliser.

En vérité, il y a souvent chez l’Américain et chez l’Anglais le secret désir de faire un pari dans un sens ou dans l’autre plutôt que d'appuyer son action sur une longue et consciencieuse Contemplation des faits. Les agences ne manquent pas de flatter cette tendance et de leur donner des indications trop précises pour être exactes sur le niveau que va atteindre tel indice le mois suivant.

Après avoir avoué que sa prévision n'est pas nécessairement rigoureuse, Roger Babson écrit : « La quantité d’argent que 1 on peut gagner en étudiant ces statistiques n’est limitée que par le capital disponible à l’origine et par le nombre d'années pendant lesquelles on poursuit cette

étude. » « Quand on se rend compte de ce que signifie ce fait qu'un capital de 50.000 dollars devient un capital de 1.000.000 de dollars en vingt ans, la valeur des statistiques fondamentales apparaît clairement. » Et plus loin : « Le point que voudrait développer ce livre est celui-ci : un capital de quelques milliers de dollars peut se changer en un capital de plusieurs centaines de milliers de dollars dans l’espace de vingt années et avec un risque très minime. »

Tout cela ressemble un peu à une « recette pour faire fortune », mais il y a derrière ce charlatanisme apparent (qui a toujours une influence sur la clientèle américaine) un travail si considérable que les souscripteurs sont accourus par milliers et se sont toujours consolés des déceptions que leur avaient occasionnées des prévisions trop docilement écoutées par l’espoir de les voir bientôt réalisées.

Les hommes d'Etat font encore trop peu de cas de la statistique économique. On trouve encore dans les travaux parlementaires trop de discours et d’écrits « en l’air », qui ne s'appuient pas sur une solide assise de chiffres. Napoléon était fervent statisticien; c’est, croyons-nous, une référence qui a sa valeur.

Le gros public s'intéresse davantage, aujourd’hui, aux chiffres économiques. Il sait lire les diagrammes, qu'il trouve dans tous les journaux; les chiffres de l’encaisse de la Banque de France, des billets de banque émis, les cours des changes, les indices des prix, sont à l’esprit de très nombreuses personnes.

Quant aux hommes d’affaires, il est aujourd’hui de toute nécessité qu'ils soient bien documentés et qu'ils aient devant eux un miroir de l’évolution économique générale à laquelle leur entreprise est liée. Ces procédés de statistique

et d'exposition graphique sont d’ailleurs appliqués au sein de certaines grosses entreprises qui déclarent en retirer le plus grand avantage, et nous croyons qu’ils vont devenir presque aussi indispensables, dans toutes les administrations commerciales, que la tenue d'une comptabilité régulière, prélude de l’organisation statistique.

De nombreux praticiens s’exagèrent la complexité des procédés statistiques et la difficulté d'interprétation de ces courbes; les efforts qu'ils ont faits pour lire les ouvrages de vulgarisation les ont découragés.

Les théoriciens de la statistique ont toujours été malheureux, en eflet, dans ces tentatives de vulgarisation. En 1905, M. Liesse destinait un petit livre aux statisticiens improvisés, et cet ouvrage, écrit dans une langue très technique, était loin d’être accessible au vulgaire. Aussi vaut-il mieux adopter des méthodes assez simples, pour permettre à tous les praticiens de discuter en connaissance de cause les courbes qui leur sont soumises et d'établir eux-mêmes, sur les données qu'ils pourront recueillir, les indices qu'ils croient les plus intéressants. L'erreur matérielle occasionnée par un mode de calcul un peu simpliste sera largement compensée par la clarté qui en résultera pour le non-initié. Pour rejeter ces méthodes de calcul un peu primitives, faudrait-il d’ailleurs être sûr que les nouvelles sont en progrès sensibles. Or les maîtres de la statistique sont souvent en désaccord sur la meilleure formule à appliquer, et quand l'accord se réalise ce n'est que pour des applications limitées. Ces conflits et ces discussions ont pour conséquence de décourager l’homme d’affaires qui attend de la science une indication, une « directive » précise. Les subtilités, les « à peu près », sont pour lui incompréhensibles : il veut des chiffres, des pourcentages; il se méfie des chiffres « travail-

lés », des courbes dont il ne connaît pas la facture. A l’intéresser à la méthode d'exposition graphique, les savantes discussions demeureront impuissantes.

Nous concluons donc : pour le praticien, mieux valent des méthodes simples, qui seront un forfait entre l'erreur et la vérité, mais suffiront à orienter son action et lui inspireront le goût de la statistique et le désir de la voir progresser. L

L'homme d’affaires approuve la méthode d'exposition graphique, qui économise son temps et son ellort. L'Agence Brookmire a cru bon de lui soumettre, à côté des diagrammes, une sorte de cadran où est marqué par une flèche le moment actuel du cycle économique. Ce cadran est divisé suivant les quatre phases du cycle et indique la politique à suivre par les industriels, les commerçants, les banquiers et les capitalistes; ces conseils découlent d’ailleurs du simple bon sens (Planche IX).

L'unification de ces statistiques au point de vue international est chose difficile, mais souhaitable. Les comités officiels et privés s’y emploient.

Nous jugeons inutile de souligner l'importance d’une disposition claire et saisissante des diagrammes, d’une mise en page Judicieuse des échelles, notes et observations, et la difficulté de faire coïncider ces qualités avec un prix d’abonnement réduit et un service rapide et régulier.

Le recueil trimestriel de l’Institut de Statistique de l’Université de Paris satisfait, à notre avis, à toutes ces conditions. Au point de vue de l'utilité que peuvent en retirer les praticiens, nous la considérons comme la meilleure des publications des trois Universités. Les très nombreuses souscriptions qu'il à trouvées dans le monde des affaires, dès l’origine de sa publication, prouvent que cet effort est compris,

On se rend compte, de plus en plus, qu’il n’y a point de « flair » en affaires. Ceux qui se croient doués de cet ins-. tinct de divination appliquent en réalité, inconsciemment, pour leur plus grand avantage, les règles et les lois de la « science des affaires ».

« Cette science — dit Pearson — ne peut démontrer en aucun cas l’absolue nécessité d’une régularité. Elle est, pour le passé, une description, pour le futur, une croyance. »

Dans la lutte pour la vie, l’homme a su imposer sa dictature sur toutes les formes de cette vie par son pouvoir de prévision, c’est-à-dire de généraliser une expérience passée. Il faut que son contrôle des forces économiques devienne plus étroit, et, pour cela, qu'il les connaisse davantage pour les avoir mieux mesurées. Alors, peut-être, poursuivra-t-il dans le champ économique cette grande œuvre de domination des causes naturelles, qu’on appelle « civilisation ».

Vu : Pour le Doyen, L’'Assesseur délégué, Vu : Le Président de la Thèse,

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