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C. — Taux de l’escompte dela Banque de France

On voit que l'Institut de Statistique de Paris a préféré ne présenter ainsi en indices généraux que des indices simples.

Les indices composant ces trois séries étant de même nature pour les trois pays, on a pu leur donner, partout, les rubriques suivantes

Série A. Spéculation;

Série B. Affaires;

Série C. Prix de l’argent.

LA PREVISION ECONOMIQUE

La prévision économique est l’opération pour laquelle nous avons fait fonctionner tout le mécanisme statistique. Nous entendons bien entendu le mot « prévision » dans son sens scientifique. Prévoir n’est point deviner, mais arri ver à connaître le futur par la connaissance rationnelle du passé et l’application du principe métaphysique de continuité.

Cette définition est elle-même le résultat de l’observation. Dans tous les domaines, l’homme a remarqué une certaine tendance naturelle des faits, soit à évoluer dans un sens unique, soit à osciller, comme si le rythme produit par ces oscillations, analogue au battement du cœur, était une condition de la vie.

Roger Babson exprimait cette idée en disant que « la réaction est égale à l’action ».

Depuis qu’il a pu mesurer ces variations, l'économiste s’est aperçu que le mouvement ondulatoire provoqué par les crises économiques était trop régulier pour qu'on püût

l’assimiler à un phénomène pathologique, ainsi qu’avaient été tentés de le faire les premiers auteurs qui l'avaient étudié. On y voit de plus en plus un phénomène physiologique constitutif du corps économique.

Sans soutenir aucune théorie finaliste ou déterministe on peut donc affirmer qu’il y a une régularité dans les faits économiques — qu'il est légitime de penser que cette régularité, de nature physiologique, est une condition de la vie économique — que, dès lors, elle se poursuivra dans le futur et que la prévision des phénomènes qu'elle régit est légitime. Eure

Cette régularité ne vaut que pour les causes normales qui influent sur les faits. Leur action est toujours intimement confondue avec celle des causes anormales, en entendant par ce mot toutes celles qui échappent à la régularité. C'est pour cela que nos prévisions n'auront jamais qu une valeur

relative, d'autant plus relative que les causes accidentelles

l’emporteront davantage sur les causes normales.

La prévision économique peut se faire de deux façons :

a) Pour une seule courbe, simple ou composée, on peut appliquer au futur, par une hypothèse, les variations réguhères qu’elle présente dans le passé. Cette ligne de prévision unique est à la base des « Baromètres » de Babson et de Brookmire;

b) Pour deux courbes qui présentent des oscillations analogues, mais séparées par un intervalle de temps, on peut noter la courbe qui fluctue la première, noter le décalage qui sépare ses fluctuations de celles de la courbe B, et pré-

voir ainsi un mouvement analogue pour cette seconde courbe.

Le second mode de prévision, par interprétation de mouvements comparés, nous semble de beaucoup supérieur. Les

indices Babson et Brookmire ont tendance aujourd’hui à compléter leur « ligne de prévision » unique par des courbes correctives annexes, afin de se rapprocher de la deuxième méthode, qui est suivie par les trois Universités.

M. L. March s’est servi de la première méthode pour donner une prévision de la valeur, pour les trois mois à venir, de toutes les courbes de l’Institut de Statistique de Paris. I à calculé la valeur moyenne de l'indice pour le mois correspondant des cinq années précédentes, puis a corrigé cette valeur moyenne en la ramenant au niveau général de l’indice pour l’année en cours. C'est, en somme, un mode simplifié de mesure de la variation saisonnière et de la tendance séculaire.

En appliquant successivement les deux méthodes à l’étude des trois mouvements économiques (tendance séculaire, variation saisonnière, cycles commerciaux) pour tous les indices, nous remarquons que la régularité a été beaucoup plus frappante pour les deux premiers que pour le troisième, sans doute à cause de la faible amplitude de leurs oscillations. Cela permet de penser que les forces qui déterminent ces mouvements sont moins nombreuses et moins puissantes que celles qui déclenchent le cycle commercial. C'est encore pour cette raison que toute l’attention se reporte sur les cycles commerciaux qui comprennent dans leurs causes efficientes une plus grande part d’accidentel et d’anormal.

De ces réflexions découlent les deux idées suivantes :

a) Les caractères normaux seront d'autant mieux dégagés par l'observation qu’elle aura porté sur une plus longue période du passé; en d’autres termes, l'erreur probable de ces prévisions, qui s’évalue au moyen du calcul des probabilités a posteriori, diminuera à mesure qu'augmentera le nombre des observations;

b) Les prévisions seront d'autant plus sûres qu’elles seront à plus brève échéance, car l’homogénéité des causes efficientes n'aura pas encore eu le temps de disparaître.

Cette proportion de « normal » qui influe sur les cycles est-elle assez grande, par rapport à l’ensemble des causes, pour que sa régularité permette une prévision ?

Le Comité Harvard, les Agences Babson, Brookmire, les Universités de Londres et de Paris répondent à cette question par l’affirmative, surtout les auteurs américains.

Voici, fixé par l'expérience américaine de onze années, le mouvement relatif dès trois courbes A. B. C. qui se retrouve dans les trois pays

La courbe À est la première à accuser le cycle. Ses oscillations précèdent de six à huit mois celles de la courbe B, elle-même suivie, avec un décalage de quatre à six mois, par les oscillations de la courbe CG. L’amplitude de ces oscillations est à peu près la même pour les trois courbes.

Cette succession est la plus nette, en durée et en amplitude, pour les indices des Etats-Unis, sans doute à cause de l’analyse cyclique. En ce qui concerne la France et la Grande-Bretagne, les résultats sont plus incertains, mais cette succession y est aussi observable et permet, croyonsnous, de légitimes prévisions.

Ces prévisions, à longue ou brève échéance, peuvent et doivent recevoir, bien entendu, le secours d’un raisonnement clair et logique. Nous répétons, après M. Beveridge, que « l'examen de ces courbes doit fortifier le jugement personnel, et non le remplacer ».

Dans ces limites, et en soulignant une dernière fois toutes les réserves que nous avons posées, nous nous rangeons aux conclusions de l’Université Harvard en ce qui concerne la possibilité des prévisions économiques. Ce que l’on

peut affirmer plus catégoriquement, c’est que, si cette prévision est possible, c’est uniquement par les procédés statistiques d'observation. C’est Pourquoi nous considérons ces tentatives comme un pas décisif dans le progrès de l’Economie politique.

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