‹ Les Indices du Mouvement Général des Affaires (Étude de quelques tentatives récentes)Chapitre 9 sur 53 · CAR VONT · texte numérisé non relu

CAR VONT

assez critiquable. Après sa dissolution, son œuvre fut continuée par un Comité permanent d’études relatives à la prévision des chômages industriels, institué auprès du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, par un arrêté du 22 juin 49141, et présidé par l’éminent statisticien M. Levasseur.

Etude de M. Beveridge. — En 1909, M. Beveridge publiait, dans Unemployment, un article The pulse of the Nation, où il montrait par des graphiques les oscillations des affaires pendant une période de cinquante ans, de 1857 à 1907.

Etude de M. A. Julin. — A la même époque, M. Armand Julin, statisticien belge, professeur à l’Université de Louvain, étudiait le progrès économique de la Belgique, de 1880 à 1908, et publiait ce travail en 1910. Plusieurs allusions furent faites à la prospérité de la Belgique à cette époque, dans maints discours, plusieurs ouvrages publiés sur ce sujet, mais aucune tentative de mesure n’était entreprise. De tous les essais précédemment exposés, aucun n’avait encore atteint la valeur scientifique de celui de M. Julin. Il fut l’objet d’une discussion minutieuse à la’ Royal Statistical Society de Londres, et l’auteur envoya une réponse détaillée aux diverses critiques qui lui avaient été présentées. Le tout forme un document précieux, surtout en ce qui concerne le choix des indices.

Etude de M. March. — En 1911, M. Lucien March, directeur de la Statistique générale de la France, a publié, dans le Journal de la Société de Statistique de Paris, les comparaisons de l'indice général des prix et des principaux indices économiques avec le mouvement des mariages, pour déterminer si le nombre de mariages était bien un symptôme de la prospérité générale.

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Bulletin de la Statistique générale de la France. — En 1911, paraissait le premier Bulletin de la statistique générale de la France, trimestriel, qui est, aujourd’hui, une des sources les plus sûres. Les statistiques qui le composent portent sur les sujets les plus divers; les renseignements économiques qu'il fournit sont considérables, et pourraient suffire à dresser les principaux indices du mouvement des affaires. Il présente toutes les garanties d'impartialité. Ses méthodes sont très scientifiques, le personnel qui les applique très compétent; malheureusement, ses moyens sont limités et il vient de subir dernièrement encore une pénible réduction de crédits.

Aux statistiques économiques, il joint parfois certaines études spéciales, parmi lesquelles nous signalons celle de M. Lenoir sur un Index des valeurs mobilières, celle de M. J. Dessirier sur un Index global de la production.

XIV° Session de l’Institut international de statistique. — A cette session, trois communications furent faites intéressant notre sujet :

La première par le docteur Richard Sorer, qui présenta quelques chiffres du développement économique de l’Autriche. Il employait une méthode graphique synoptique, qui faisait ressortir le développement de chaque élément.

M. Yves Guyot présenta un rapport sur les facteurs de prévisions économiques basés sur une douzaine d'indices, dont certains étaient politiques et même législatifs. |

Le docteur Mortara exposa aussi, à l’aide d’une vingtaine d'indices généralement admis, une étude de la période comprise entre 1872 et 1912.

A la suite de ces trois rapports, une Commission spéciale des méthodes de séméiologie fut nommée.

Après la Guerre, qui a interrompu ou paralysé ces études,

LLNOR TS L ® . AI Lé ‘4 Q Lé ce besoin d'informations précises s’est accru et généralisé.

Société des Nations. — La Société des Nations publie chaque mois, en français et en anglais, un Bulletin qui donne, pour les principaux pays, les chiffres de la production de quelques produits importants (charbon, fonte, acier), les chiffres du commerce extérieur, en quantité et en valeur, ceux de la circulation fiduciaire et des encaisses métalliques dans les banques d’émission.

Bureau international du Travail. — Cet organe assure aussi, depuis sa création, un formidable service de documentation statistique. Sa revue périodique, ses procès-verbaux de congrès et de commissions sont des documents remarquables par le travail considérable de compilation qu’ils demandent. Ils constituent la meilleure publication de statistique internationale que l’on puisse consulter aujourd’hui, surtout

en ce qui concerne les prix. Bien entendu, l'Economie sociale et les statistiques du chômage et des salaires sont spécialement traitées.

Le Bureau international du Travail a entrepris, en 1920, une « Enquête sur la Production », dans les principaux pays du monde. Aucun travail de ce genre n'avait encore été aussi complet. Pour la première fois, on possédait des statistiques très détaillées, relevées suivant des méthodes à peu près analogues dans le monde entier. Il faut cependant signaler que certains problèmes n'ont pas toujours été examinés en toute impartialité; dans l'enquête sur les répercussions de la journée de huit heures, ce caractère tendancieux est assez accentué en faveur de la thèse ouvrière.

Comité Harvard. — Nous arrivons enfin, en 1947, à l’insüitution du Comité économique de l’Université américaine Harvard, à Cambridge. Le Harvard Committee on Economic

L'SCIONeS

Research est appointé par l'Université. Il est présidé par le professeur Bulloch, et dirigé par le professeur Persons, de Colorado College. I1 comprend aussi le professeur Allyn A. Young et le professeur Wesley C. Mitchell, de Columbia University, qui avait déjà publié un ouvrage sur les crises économiques, quelques années auparavant. Le professeur Persons a pris la plus grande part aux recherches de ce Comité, qui, après un travail énorme que nous exposerons en détail, commença, en 1919, la publication périodique de la Review of Economic Statistics.

Plusieurs volumes préliminaires exposent les méthodes employées, et surtout l’article inaugural du professeur Persons : Un Index des conditions générales des affaires.

Ce service, richement doté, a employé de très nombreux collaborateurs pendant ces deux années d’études. Il a reçu le plus grand appui des organisations déjà existantes dont il a su se ménager le concours, en spécifiant qu'il ne venait pas les concurrencer, mais seulement unifier leurs procédés.

Les bureaux officiels, notamment le National Bureau on Economic Research, et le Bureau of Labor Statistics, le secondèrent aussi. Les indices sont publiés dans une revue luxueusement éditée, et accompagnés de nombreux articles spéciaux. Jamais des statistiques économiques n’avaient été élaborées avec autant de soin.

Les autres Universités américaines avaient toutes entrepris un travail analogue, ainsi que le Federal Reserve Board de : Washington. De son côté, la Pollak Foundation for Economic Research, sous la direction de W. Forster et du professeur H. Hastings, encourageait la publication de tous les ouvrages économiques, notamment de celui d’Irving Fisher, The Making of Index Numbers, qui eut un grand retentissement.

Jamais une aussi grande somme de temps, de travail et

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d'argent n'avait été consacrée à l'établissement d'indices économiques. Toutes les méthodes déjà proposées ont été examinées par le Comité Harvard; ses conclusions seront donc la clef de cette thèse, et elles nous serviront toujours

d’étalon, pour comparer les autres publications.

Statistique internationale. — Entre temps la statistique internationale s’organisait. Lors des Congrès de Paris et de Londres, en 1920 et 1921, les adhérents de la Chambre de commerce internationale ont « nettement manifesté le désir d’avoir entre les mains des données statistiques indispensables pour qui s'occupe des transactions économiques ». Le besoin se faisait surtout sentir de statistiques portant sur les matières premières. Le Comité des statistiques de la Chambre internationale a longuement examiné la question dans sa réunion de 1922, et a émis une série de vœux qui sont tout un programme d'organisation.

D'autre part, l’Institut international de Statistique avait créé un Office permanent, destiné à assurer la liaison entre les sessions. Cet Office entreprit, en 1921, la rédaction d’un Bulletin mensuel, consacré surtout à l’étude des prix.

Norvège. — En Norvège, le Gouvernement commençait aussi à publier dans le Statistike Meddelelser un grand nombre de séries statistiques propres à dessiner les mouvements économiques.

Suède. — À la fin de l’année 1922, un index de la situation des affaires était établi dans la Revue économique de Suède par M. Ackermann, suivant des méthodes calquées sur celles de Harvard.

Russie. — Un baromètre économique semblable paraissait aussi en Russie, en mai 1923, élaboré par l’Institut de recherches du commissariat des Finances de Russie, à

Manchester Guardian. —— En Angleterre, le Manchester Guardian consacrait une série de numéros spéciaux à la Reconstruction de l'Europe. Il avait fait appel à de nombreux économistes et statisticiens très estimés, et envisageait les sujets les plus divers : change, Conférence de Gênes, industries textiles, navigation maritime et intérieure, pétrole, finances, tarifs douaniers et coût de la vie. Les auteurs appartenaient à tous les pays d'Europe, et l'édition, entreprise par M. J.-M. Keynes, qui écrivit lui-même un certain nombre d'articles, fut réalisée avec un remarquable succès. L'objet premier du Manchester Guardian n'était pas de donner des statistiques, mais il fut amené à le faire, et finit par publier des Baromètres du commerce pour divers pays.

London and Cambridge Service. — Le succès du Manchester Guardian provoqua le désir d'organiser périodiquement une enquête analogue à la sienne. C’est alors que l’Université Harvard offrit son concours à un Comité dont elle favorisa la création, le London and Cambridge Economic Service, qui fonctionne sous les auspices de la London School of Economics and Political Science, et du Comité économique de l’Université de Cambridge. Le Conseil général d’information économique et la Fédération des Industries britanniques sont représentés dans le Comité exécutif, présidé par Sir W.-H. Beveridge. Les statistiques sont établies sous la direction du D’ A.-L. Bowley, professeur de statistique à l’Université de Londres. Les études commencèrent en 1922, et le premier numéro de la publication, qui contenait un exposé des méthodes par Sir William Beveridge, parut en janvier 1923.

La publication comprend un bulletin mensuel, qui donne à la fin de chaque mois, avec les indices anglais, les indices américains que lui câble le Comité Harvard, un supplément

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qui jette un coup d'œil sur la situation européenne, et une revue trimestrielle renfermant des résumés et des articles sur des sujets spéciaux.

Enfin, des special memoranda traitent à intervalles réguliers des sujets suivants : Les statistiques des stocks. — Les résultats et les prévisions de récoltes. — Les relations anglo-américaines. — Le commerce du charbon, du coton, etc.

Le Comité se propose aussi de fournir aux souscripteurs, individuellement, la documentation statistique qu’ils pourraient lui demander sur une matière déterminée.

Société d'Etudes et d’Informations économiques. — En France, des publications analogues voyaient le jour. En 1922, la Société d'Etudes et d’Informations économiques commençait à insérer, dans son Bulletin quotidien, un index des valeurs de bourse, qui ne constituait pas un nouveau recueil de cours, mais bien quelques indices composites « formant des points de repère raisonnés ». Cet indice était mensuel. |

En 1993, elle insérait aussi un baromètre industriel qui réunissait 20 indices de l’activité industrielle, totalisés en

un indice général.

Institut international du commerce. — L'Institut international du commerce de Bruxelles, institution privée, entreprenait aussi, en 1922, de publier des statistiques em- | pruntées à des publications officielles ou privées, et éclaircies par des moyennes ou des pourcentages établis et calculés par l’Institut lui-même, et portant sur la production, le commerce et les finances.

Indices de l’Institut de Statistique de Paris. — La France commença enfin, en 1923, une publication d’ensemble des indices économiques. La Revue politique et parlementaire en publiait déjà mensuellement quelques-uns, depuis 1919,

En 1993, elle les réunit dans une revue trimestrielle, sur dix planches luxueusement éditées qui donnent, avec les indices français, les indices généraux du Comité Harvard, et ceux du London and Cambridge Economic Service. Ces comités lui ont assuré leur collaboration. L'Institut de Statistique de Paris, placé sous la direction scientifique des Facultés de droit, des sciences, de médecine, des lettres, contrôle toutes les parties de l’entreprise et lui assure une grande valeur technique. M. Lucien March, directeur honoraire de la Statistique générale de la France, dirige personnellement le travail statistique.

De cette façon, un travail d'observation, effectué d’une manière désintéressée, se poursuit dans les trois principaux pays de la vie économique mondiale. C’est l’Université de Harvard qui en a tout le mérite; non contente de fixer des méthodes impartiales et sûres, elle a encouragé dans les autres pays la création de comités analogues au sien. Espérons qu'ils seront institués partout en Europe.

Ces organismes universitaires ne recherchent aucun profit matériel. Leurs travaux sont donc absolument désintéressés et n'obéissent pas à d'autre souci que celui de vérité scientifique.

Premier Comité d'experts. — Une application intéressante des indices composés fut faite par le premier Comité d’experts, qui voulut régler les paiements supplémentaires à effectuer par l'Allemagne, au titre des réparations, par des prélèvements sur ses ressources budgétaires, variant d’après un coefficient général de prospérité, dont nous exposerons plus loin le mode de calcul.

Conclusion. — En résumé, les indices du mouvement général économique ne manquent point de nos jours. Les Ginestet 3

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problèmes économiques deviennent si importants qu’ils sont maintenant familiers à tous les milieux; aussi toutes les revues politiques et économiques — et elles sont nombreuses! — tous les bulletins corporatifs et syndicaux, les grands quotidiens, les. journaux scientifiques, littéraires même, se croient-ils obligés d’insérer dans leurs colonnes « quelques indices économiques » qui portent surtout sur les prix et sont généralement représentés par des diagrammes (souvent sans grande valeur, d'ailleurs).

Les diverses commissions de recherches sur les mesures à prendre pour diminuer le coût de la vie ont été amenées, elles aussi, à établir une documentation générale.

De même, le Comité consultatif supérieur du commerce et de l’industrie, récemment institué, a créé dans son sein une Commission de documentation et de statistique.

Si les méthodes sont nombreuses, les matériaux ne manquent donc pas non plus; on peut même éprouver l'embarras du choix devant un tel monceau de périodiques.

Nous croyons qu'une étude du mouvement général des allaires peut et doit se contenter, pour rester utile, des recueils de Harvard, de Londres et Cambridge, et de l’Enstitut de statistique de Paris. Ce dernier, publiant d’ailleurs les indices généraux américains et anglais, peut suffire à donner une idée rapide, mais Juste, de la situation respec-

tive des divers pays.

Les autres ouvrages ne doivent être employés que dans un but de comparaison avec les résultats étalons des trois Universités, ou pour y chercher des indications sur un point spécial qui aura pu y recevoir un développement plus poussé. Parmi ces ouvrages auxiliaires, nous citerons l’étude de M. Julin et le Bulletin de la Statistique générale de la France, qui nous donnera à peu près tous les renseignements désirables.

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