CHAPITRE X
Nous traversâmes la prairie de l’Herbe longue. La plaine était semée des ossements de tout un camp
indien, qui avait été détruit par le fléau habituel à
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cette race, la petite vérole; ces ossements étaient tombés desarbresauxquelsil est d'usage de suspendre les morts enveloppés dans des peaux. Un ours énorme buvait dans une mare, et notre chasseur s’élança pour chercher à le tirer. L'ours l’attendit de pied ferme ; l'Indien hésila un peu et tira de trop loin. L'ours se leva tranquillement et regardant le chasseur un instant, se détourna et s’en alla au pas. Je résolus de tenter à mon tour la chance. Comme j'étais bien monté, je m'approchai à trente pas, et, tandis que l'animal me regardait, je lui tirai mes deux coups; l’un des deux le blessa à l'épaule, et l’ours, avec un hurlement sauvage, se mit à ma poursuite. Je revins alors au galop près de M. Rowand, qui le blessa de nouveau; cependant l'ours avançait toujours.
Pendant ce temps, l'Indien et moi, nous avions rechargé nos armes; l’Indien fit feu, l'ours se dressa de nouveau sur les jambes de derrière; profitant du moment, je lui logeai une balle dans le cœur ; l’Indien alors écorcha cet immense gibier, et coupa les pattes qui nous fournirent un excellent rôti. Les griffes, que je conservai, mesuraient quatre pouces et demi. Il n’est pas d'animal, sur tout le continent, que les Indiens craignent autant que l'ours, et ils se garderaient bien de l’attaquer sans avoir un cheval très-vite.
Nous eûmes beaucoup de difficulté à trouver une place pour camper, à cause du nombre des bisons qui nous entouraient , et nous dûmes tirer des coups de fusil toute la nuit pour les éloigner. Dans un certain endroit, le sol était couvert de bois de daims. Notre course avait été si rapide que le cheval de M. Rowand était forcé ; mais nous avions des chevaux de relais, et nous abandonnâmes le pauvre animal aux loups qui
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nous faisaient une constante escorte. Nous campämes ce soir-là sur les rivages d’un superbe lac d’eau douce. Pendant notre route de la journée, nous avions passé devant plusieurs lacs desséchés généralement petits, qui étaient couverts d'une couche de sous-carbonate de soude ; leurs rivages étaient semés de plantes qui ressemblaient à cette végétation marine qu’on nomme crise, mais la couleur était pourpre. La couche de soude est si unie que ces lacs semblent recouverts de neige.
26 septembre. — M. Rundell, complétement épuisé de la journée de la veille, resta au camp ce matin avec le gamin indien. Nous le quittâmes à notre grand regret, M. Rowand et moi, à trois heures et demie du malin, et nous galopèmes toute la journée, ne nous arrêtant qu’une heure pour déjeuner et faire souffler les chevaux.
Vers cinq heures du soir, nous rencontrâmes, à dix milles du fort Edmonton , une société de gens du fort à la chasse des oies sauvages; ils avaient été fort heureux, et voyant l’état piteux de nos chevaux, ils nous donnèrent les leurs pour nous permettre d'arriver plus vite au gîte.
Au bord de la rivière, que l’on traverse pour gagner le fort, M. Rowand qui montait un Lon cheval se jela à l'eau ; j'y noussai le mien, quoique plus petit; mais il ne put me porter et perdit pied en heurtant un rocher caché dans l’eau. Je faillis y rester, à la grande joie de M. Rowand, qui me regardait du rivage; mais j'en sortis cependant à mon honneur.
Edmonton est un grand établissement; on y conserve de grandes provisions de viandes séchées, de langues et de pinmmikon. Il est habité toute l’année par un facteur chef avec un employé, et quarante ou cinquante
7h LES INDIENS DE LA BAIE D'HUDSON.
ménages, qui vivent dans son enceinte. Leurs travaux consistent surtout à construire des bateaux pour le commerce, à scier du bois qu'ils font flotter sur la rivière. Les peupliers abondent sur ces rivages , et le fort en brûle chaque hiver huit cents cordes à peu près. Les femmes, presque toutes Indiennes ou métis, font des mocassins et des vêtements pour les hommes et convertissent la viande séchée en pimmikon.
La nuit de notre arrivée à Edmonton, le vent s’éleva à l’état de tempête, et nous bénîmes la Providence de nous trouver ainsi en sûreté. La prairie que nous venions de traverser quelques heures auparavant, était en feu, et formait un spectacle terrible de beauté, à cause de l'éclat des flammes plus grand dans une nuit plus obscure. Nous tremblions de voir l'incendie se propager du côté du fort qui eût été nécessairement détruit. Nos craintes pour M. Rundell, que nous avions laissé en arrière avec les gamins, ne furent calmées que trois jours après, quand il vint. Il paraît qu'il aperçut la flamme à une grande distance et qu’il gagna au plus vite la rivière qu'il traversa pour son bonheur. En pareil cas, les Indiens, quand ils se trouvent près d’une prairie enflammée, mettent le feu à une longue traîrée d'herbes devant eux, et, en la suivant ensuite , is échappent à tout danger, sauf à la fumée qui les suffoque presque.
Comme nous devions rester à Edmonton jusqu'à l'arrivée du bateau avec M. Lane et les fourrures pour la Russie, je me mêlai beaucoup aux Indiens qui entourent toujours le fort pour leur commerce. (étaient surtout des Crees et des Assiniboïnes. Je fis le portrait d'un chef assiniboine , Potika-Poo-Tis, ou « le Petit-Homme rond. » On le connaissait beaacoup à
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Edmonton, où on l’appelait le duc de Wellington, sans doute à cause de ses hauts faits. Il eut un jour une affaire avec les Pieds-Noirs, et, pendant qu'il tirait un coup de fusil , il reçut une blessure assez curieuse. La balle entra dans son poignet, traversa le bras, entra dans son cou et ressortit en haut de l’épine dorsale.
Après m'avoir dit une foule de ses exploits, il me raconta, à mon grand étonnement, qu’il avait tué sa propre mère. Îl paraît que, pendant un voyage, elle lui dit que , se sentant trop vieille et trop faible pour supporter ies fatigues de ia vie, elle lui demandait de la prendre en pitié et de mettre fin à ses souffrances : i] la tua sur la place. Je lui demandai où il l'avait: visée. « Pensez-vous, me dit-il, que j'aie chosi une mauvaise place ? Je l'ai frappée là, ajouta-t-il en montrant son cœur ; elle mourut sur-le-champ; je pleurai d’abord, puis quand je l’eus enterrée je n'y songeai plus. »
Il ne faut pas croire que les Indiens considèrent les femmes avec les sentiments des nations civilisées : ils ies regardent plutôt comme des esclaves que comme des compagnes. Gela se remarque surtout dans leur manière d'être avec les femmes âgées, qu’ils trouvent à peine faites pour vivre. En voici un exemple :
Quelques domestiques de la compagnie remontaient, pendant l'hiver, la rivière Saskatchawan sur la glace, avec un traineau à chiens, chargé, entre autres choses, d’un tonneau contenant huit gallons de spiritueux ; en passant sur un endroit de glace mince, les chiens enfoncèrent avec le traineau et disparurent emportés par le courant. L'été suivant, des Indiens qui se baignaient près du rivage trouvèrent le tonneau intact, et, voyant quel était son contenu, ils résolurent de faire bombance. Un d’entre eux, toutefois, supposa que la li-
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queur pouvait bien avoir été empoisonnée par les blancs, pour se venger de ce que la brigade de canots avait été attaquée l’année précédente. On décida doric de faire goñter la liqueur au préalable, et on choisit rouc cele huit des plus vieilles femmes du caiop, delles-ci y furent prises, et, commençant à être soûles, se mirent à chanter. Alors un vieux chef arrêta leurs libations, en disant que le rhum ne pouvait être empoisonné, et qu’ii était bien trop bon pour être bu par des vieilles femmes. Toute la tribu se mit donc de la partie, et le tonneau fut bientôt vide.
Un jour, pendant que je flänais au sud du fort, je vis
deux Assiniboines qui chassaient le bison. L’un d’eux Nous était armé d’une lance faite d'une tige de frêne, ornée impra de touffes de cheveux et armée d’une pointe de fer ; les ch l'autre portait un arc recouvert de nerfs de bison. Les leur c Indiens se servent de ces arcs avec une force et une Nous adresse rares ; par exemple la flèche traverse le corps ordine d'un bison et va se ficher en terre de l’autre côté. blerai les ass 8 oO avait € celés ( dant tailler vers 0 CHAPITRE XL. 9 0 nous nom ( Nous restâämes à Edmonton jusqu’au 6 octobre, pour tit Pos nous préparer au pénible voyage qui nous attendait. vière Nous partimes le 6, au point du jour. Notre troupe se il vie amen
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commis appelé Charles, qui se rendait à un poste du fanc des montagnes Rocheuses, d’un M. Gillveray et de dix-huit hommes; nous emmenions soixante-cinq chevaux pour porter les bagages et les provisions. Cc nombre de chevaux peut paraître énorme pour une si petite troupe ; mais Edmonton était le dernier poste où nous pussions trouver des provisions, de ce côté-ci des montagnes , et nous devions forcément en emporter de crandes quantités. Grâce aux lentcurs du départ et à l'agitation des chevaux, le premier jour de marche ne nous mena qu’à la crique de l'Esturgeon, à seize milles.
7 octobre. — Les prairies s’éloignent vite de nous. Nous marchons au nord. Le chemin devient presque impraticable, à cause de l'humidité et de la boue; les chevaux s’embourbent à chaque pas, en perdant leur charge dans leurs effor:s pour se tirer d'affaire. Nous sommes assez heureux de pouvoir varier notre ordinaire ; nous tuons des oies sauvages qui me sembleraient moins mauvaises si nous avions du sel pour les assaisonner.
8 octobre. — La tempête dont j'ai parlé plus haut avait déraciné des arbres immenses et les avait amoncelés dans toutes les directions. Cela nous retient pendant des heures : il faut que les hommes coupent et taillent pour nous livrer passage. Cette marche à travers des bois épais fut donc des plus pénibles.
9 octobre. — Mauvais chemin et pas de gibier. Nous nous tenions à côté des chevaux. Un highlander, du nom de Colin Frazer, nous rejoint. Il se rend à un petit poste dont il est chargé, à l'embouchure de la rivière Athabasca, dans les montagnes Rocheuses, où il vient de passer ces onze dernières années. Il a été amené dans le pays par sir Georges Simpson, cn
qualité de joueur de pipeaux, quand sir Georges ex- | soul plorait la rivière Frazer. fi fit un grand voyage à tra- à vers un pays peu connu, chez des Indiens qui n'avaient presque jamais vu de blanes. Colin portait les pipeaux,
en gardant son habit d’highlander; quand on s’arrêtait
dans les forts ou dans n'importe quel autre endroit, on
le faisait jouer, au grand étonnement des naturels, qui } le prenaient pour un parent du Grand-Esprit, e’était la première fois qu’ils voyaient un homme aussi extraordinaire. Un des Indiens lui demanda d’intercéder pour lui auprès du Grand-Esprit ; mais, ajoute Frazer, le demandeur connaissait mal mon peu d’influence sur ce personnage !
10 octobre. — Je quiitai la troupe ce matin pour continuer en avant, et à deux heures de l'après-midi, après une marche rapide, j'atteignis le fort Assiniboine sur la rivière Athabasca. Cet endroit, bien qu'honoré du nom de fort, est une simple construction employée à gardez les chevaux. Nous y trouvèmes deux bateaux que les hommes se mirent de suite à réparer. A deux heures, uovs repartons, et pendant les cinq jours suivants, r'ous faisons peu dé chemin, ayant à lutter contre un courant rapide; les eaux basses nous conirarient aussi beaucoup. Nous n'avons ni gibier ni Indiens, ce qui a rendu :utre route terriblement monotone; les matinées deviennent glaciales.
15 octobre. — A l'heure du déjeuner, il fait très-froid et il neige, nous tenons conseil; on décide que vu le temps, “inq i:cmmes, un des bateaux, et le commis Charles re:surncront au fort Assiniboine avec les pa-
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soulager l'embarcation. Nous avons presque toujours à tirer le bateau; nos hommes ont de l’eau jusqu’à la poitrine. Un d’eux glisse dans un trou, et nous avons grand’'peine à l'empêcher de se noyer. Cinq minutes après sa sortie de l’eau, ses vêtements étaient tout couverts de glaçons. Je lui demande s’il avait froid, il me répond avec le stoïcisme des Iroquois : « mes habits sont froids, mais moi je n’ai pas froid. »
16 octobre. — Le temps devient si glacial que nous nous demandons si nous pourrons traverser les montagnes celte année. La corde qui sert à tirer l’'embarcation se casse deux fois, et notre bateau court grand risque de se briser en mille morceaux sur les rochers; si ce malheur nous arrivait, nous perdrions nos provisions et nous mourrions probablement de froid.
17 et 18 octobre. — Beau temps. Cette rivière est la plus monotone que j'aie vue dans mes voyages. Rien que des pointes les unes après les autres, toutes couvertes de pins, sans aucun aspect étendu. Le cours de la rivière, bien que tortueux, est rapide, interrompu par des chutes, et marchant de six à sept milles à l'heure.
19 octobre. — Nous rencontrons un chasseur indien avec sa famille; il a deux canots: il en vend un à Colin Frazer, qui s’y embarqua avec quatre hommes afin de soulager le nôtre. Nous achetons de cet Indien de la viande de castor et des nez d’élans ; ces derniers forment un manger délicieux et sont très-goûtés des Indiens.
22 octobre. — Les hommes des embarcations sont bien disposés. Je mesure un arbre couché par terre et qui marque sept pieds de tour; nous trouvons trois ours laissés en cache. par Colin Frazer, un vieux et deux
jeunes. Il me dit plus tard qu'il avait tué les deux jeunes d’un seul coup pendant qu’ils grimpaient sur le dos l’un de l’autre pour monter sur une berge. Les oursons nous font grand plaisir à manger, car nos provisions fraîches sont depuis longtemps épuisées.
24 octobre. — Passé les rapides de la Mort. Les hommes ont de grandes difficultés à enlever le bateau ; quant à nous, il nous faut marcher. Tous les étangs et les eaux tranquilles sont assez gelés pour nous supporter. La rapidité du courant empêche seule la rivière de prendre. Un petit sac contenant des baies de sasketome a été volé, et on le retrouve dans le bagage d’un des hommes. M. Gillveray, un des plus solides de la troupe, est appelé pour administrer un châtiment, ct il y procède en donnant une affreuse volée au délinquant; le fait méritait punition, car les plus terribles conséquences résulteraient du vol des provisions dans un voyage à travers ces régions désolées.
28 octobre. — Nous passons l'embouchure de la rivière du Vicil-Homme. Les Indiens disent qu’un mauvais esprit descendait un jour cette rivière qui est si rapide qu’un canot ne peut la remonter. Parvenu à son embouchure, là où elle entre dans l’Athabasca, il fit cinq enjambées pour la descendre, laissant un rapide à chaque pas; ces rapides sont à un mille les uns des autres. La rivière devient si basse qu’il nous faut deux fois décharger les bagages.
29 octobre. — Je monte sur la berge, qui cst trèsélevée, et je vois pour la première fois la sublime ct en apparence interminable chaîne des montagnes Rocheuses; c’est à peine si on peut découvrir leur silhouette à travers l’atmosphère fumeuse des prairies sans cesse enflammées à cette époque de l’année.
Mecemeenatneanaeeammneree
M. Gillveray blesse une antilope qui passait la rivière où je l’achève; nous campons à la place mème ct faisons un succuient souper.
le novembre. — Entré le matin dans Jasperlake. Ce lac a environ vingt milles de longueur, et de trois à quatre milles de largeur ; mais il cst très-bas en cette saison, les sources de la montagne étant gelées. Nous débarquons trois hommes pour soulager le canot; mais quelques instants après s'élève une bourrasque terrible qui nous mène au nord; une tempête de neige vient s’y ajouter ; nous campons. Ceci est bien malheureux : nous ne pouvons communiquer avec les hommes restés en arrière qui se trouvent ainsi sans provisions et sans couvertures par un froid intense.
2 novembre. — Nous touchons aux montagnes; la neige est profonde; on se figurerait difficilement la force du vent qui se déchaine à travers une brèche formée, d’un côté, par le rocher perpendiculaire de quinze cents pieds, appelé le rocher de Miette, et une immense montagne de l'autre. Le nom de Miette vient d'un voyageur français qui grimpa jusqu’à son sommet, et s’assit fumant sa pipe avec les jambes pendantes au-dessus d’un abime horrible; M. Gillveray ct le guide vont en avant près de Colin Frazer à quatorze ou quinze milles pour se procurer des chevaux, parce que nous voyons que la marche en bateau devient impossible, tant à cause des eaux basses que de la violence du vent.
3 novembre. — La bourrasque continua avec la neige ; d’après ce qu’on m'a dit, il règne toujours du vent dans cet endroit. La forêt se compose en entier de très-hauts pins, petits en circonférence, et poussant très-serrés ; la tempête leur donnait un aspect bizarre
en les inclinant comme des épis de blé. Comme le sol est très-léger et appuyé sur les rochers, les racines forment un véritable filet qui s’agite constamment ; il nous berça pendant toute la nuit. Cependant, notre guide revint de Jasper-House avec plusieurs chevaux; notre embarcation avait été soulevée par le vent hors de l’eau, et transportée à quinze pieds du rivage, bien que son poids fût si grand que les neuf hommes qui nous restaient ne purent la remettre à flot.
Je choisis un cheval, et prenant un guide, je partis en avant pour le fort. Je marchai quatre heures, et traversai quatre fois la rivière, chose fort dangereuse à cause de la glace qui descendait le courant et passait parfois par-dessus ma selle : j’atteignis Jasper- House, gelé, trempé et affamé. Mais je fus bien vite remis par un feu éclatant, et cinq ou six livres de mouton de montagne, manger que je trouve bien plus délicat que tout autre animal domestique de la même espèce. À dix heures du soir, à notre grande joie, les trois hommes que nous avions laissés en arrière nous rejoignirent. Leurs souffrances avaient été très-grandes, car ils avaient erré pendant trois jours dans les bois sans nourriture, ne pouvant découvrir une: maison où ils n'étaient jamais venus auparavant. Un d’eux n’àvait même pas pris son habit, et ils n’évitèrent d’être gelés qu’en se serraat la nuit les uns contre les autres. Un de ces malheureux souffrait cruellement de ses jambes gonflées par les lanières qui serraient trop ses leggins, ce qu’il n’avait pas vu à cause de son engourdissement; nous eûmes beaucoup de peine à couper ces lanières qui étaient à peu près cachées dans la chair boursouflée.
h novembre. — M. Lane et le reste de la bande ren-
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trent sains et saufs le soir avec les chevaux chargés. Jasper-House se compose de trois misérables cabanes. L'habitation contient deux chambres de quatorze ou quinze pieds carrés. L'une est consacrée aux allants et venants : voyageurs indiens, négociants, femmes, hommes et enfants s’y entassent pêle-mêle; l’autre chambre appartient à Colin et à sa famille, composée d’une femme indienne et de neuf enfants métis; une des deux autres huttes sert de magasin aux provisions, lorsqu'on peut en avoir, et j'aurais pris la dernière pour un chenil, si je n’avais vu les chiens rôder sans gîte autour des habitations. Cette hutte contient les chevaux destinés aux voyageurs qui traversent la montagne. 5 novembre. — Nous partons avec une cavalcade de treize chevaux chargés; mais comme nous ne pensons pas pouvoir leur faire passer la montagne, je me fais faire par un Indien une paire de raquettes à neige. Les Indiens, dans les environs, ne sont pas au nombre de plus de quimze à vingt ; ils sont Shoo-Shawp, et leur chef s'appelle la Capote-Blanche . Il habite à une grande distance au nord-est; mais il a été affreusement battu dans son pays en voyageant avec trente-scpt personnes
de sa tribu, par une tribu hostile qui l'avait invité à
venir fumer le calumet de paix. Les hommes de la Carpote-Blanche déposèrent leurs armes; mais avant qu’ils eussent le temps de fumer, leurs hôtes s'emparèren? d'eux et les massacrèrent, à l'exception de onze qui se réfugièrent à Jasper-House où ils restèrent, n’osant pas regagner leur patrie. La Capote-Blanche est un très-simple et brave vieillard avec lequel je ne tardai pas à me lier d’éinitié. | Nous quitlons Jasper-House vers midi, et passons la
rivière dans un petit canot pour gagner l'endroit où
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